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19 Avril 2005
 

Benoît XVI explique que Dieu ne laisse pas tomber l'homme

 

ROME, le 7 Juin 2007 - (E.S.M.) - Le Livre de Job peut aussi nous aider à distinguer entre mise à l'épreuve et tentation. Pour mûrir, pour passer vraiment de plus en plus d'une piété superficielle à une profonde union avec la volonté de Dieu, l'homme a besoin d'être mis à l'épreuve, souligne Benoît XVI.

Les épreuves de Job  -  Pour agrandir l'image: C'est ici

Job sur son fumier
Dérision de Job par sa femme
Dérision de Job par ses amis
Mort des enfants de Job pendant un festin

Benoît XVI explique que Dieu ne laisse pas tomber l'homme

LA PRIÈRE DU SEIGNEUR - Analyse du pape Benoît XVI (p. 184 à 188)

Et ne nous soumets pas à la tentation

La formulation de cette demande, fait très justement remarquer le pape Benoît XVI, semble choquante aux yeux de beaucoup de gens. Dieu ne nous soumet quand même pas à la tentation. Saint Jacques nous dit en effet : « Dans l'épreuve de la tentation, que personne ne dise : "Ma tentation vient de Dieu." Dieu en effet ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne » (Jc 1, 13).

Nous pourrons avancer d'un pas si nous nous rappelons le mot de l'Évangile : « Alors Jésus fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon » (Mt 4, 1). La tentation vient du diable, mais la mission messianique de Jésus exige qu'il surmonte les grandes tentations qui ont conduit et qui conduisent encore l'humanité loin de Dieu. Il doit, nous l'avons vu, faire lui-même l'expérience de ces tentations jusqu'à la mort sur la croix et ainsi ouvrir pour nous le chemin du salut. Ce n'est pas seulement après la mort, mais en elle et durant toute sa vie, qu'il doit d'une certaine façon « descendre aux enfers », dans le lieu de nos tentations et de nos défaites, pour nous prendre par la main et nous tirer vers le haut. La Lettre aux Hébreux a particulièrement insisté sur cet aspect en y voyant une étape essentielle du chemin de Jésus : « Ayant souffert jusqu'au bout l'épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l'épreuve » (He 2, 18). « En effet, le grand prêtre que nous avons n'est pas incapable, lui, de partager nos faiblesses ; en toutes choses, il a connu l'épreuve comme nous, et il n'a pas péché » (He 4, 15).

Un regard sur le Livre de Job, où se dessine déjà à maints égards le mystère du Christ, peut nous aider à y voir plus clair. Satan, relève Benoît XVI, se moque des hommes pour ainsi se moquer de Dieu. La créature que Dieu a faite à son image est une créature misérable. Tout ce qui semble bon en elle n'est que façade. En réalité, l'homme, c'est-à-dire chacun de nous, ne se soucie toujours que de son bien-être. Tel est le diagnostic de Satan que l'Apocalypse désigne comme « l'accusateur de nos frères », « lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu» (Ap 12, 10). Blasphémer l'homme et la créature revient en dernière instance à blasphémer Dieu et à justifier le refus de lui.

Satan se sert de Job, le juste, afin de prouver sa thèse : si on lui prend tout, il va rapidement laisser tomber aussi sa piété. Ainsi, Dieu laisse Satan libre de procéder à cette expérimentation, mais, certes, dans des limites bien définies. Dieu ne laisse pas tomber l'homme, mais il permet qu'il soit mis à l'épreuve. Très discrètement, implicitement, apparaît ici déjà le mystère de la satisfaction vicaire qui prendra toute son ampleur en Isaïe 53. Les souffrances de Job servent à la justification de l'homme. À travers sa foi éprouvée par les souffrances, il rétablit l'honneur de l'homme. Ainsi, les souffrances de Job sont par avance des souffrances en communion avec le Christ, qui rétablit notre honneur à tous devant Dieu et qui nous montre le chemin, nous permettant, dans l'obscurité la plus profonde, de ne pas perdre la foi en Dieu.

Le Livre de Job peut aussi nous aider à distinguer entre mise à l'épreuve et tentation. Pour mûrir, pour passer vraiment de plus en plus d'une piété superficielle à une profonde union avec la volonté de Dieu, l'homme a besoin d'être mis à l'épreuve, souligne Benoît XVI. Tout comme le jus du raisin doit fermenter pour devenir du bon vin, l'homme a besoin de purifications, de transformations, dangereuses pour lui, où il peut chuter, mais qui sont pourtant les chemins indispensables pour se rejoindre lui-même et pour rejoindre Dieu. L'amour est toujours un processus de purifications, de renoncements, de transformations douloureuses de nous-mêmes, et ainsi le chemin de la maturation. Si François Xavier a pu dire en prière à Dieu : « Je t'aime, non pas parce que tu as à donner le paradis ou l'enfer, mais simplement parce que tu es celui que tu es, mon Roi et mon Dieu », il fallait certainement un long chemin de purifications intérieures pour arriver à cette ultime liberté - un chemin de maturation où la tentation et le danger de la chute guettaient - et pourtant un chemin nécessaire.

Dès lors, nous pouvons interpréter la sixième demande du Notre Père de façon un peu plus concrète. Par elle, nous disons à Dieu : « Je sais que j'ai besoin d'épreuves, afin que ma nature se purifie. Si tu décides de me soumettre à ces épreuves, si - comme pour Job - tu laisses un peu d'espace au mal, alors je t'en prie, n'oublie pas que ma force est limitée. Ne me crois pas capable de trop de choses. Ne trace pas trop larges les limites dans lesquelles je peux être tenté, et sois proche de moi avec ta main protectrice, lorsque l'épreuve devient trop dure pour moi. » C'est dans ce sens que saint Cyprien a interprété la demande. Il dit : lorsque nous demandons « Ne nous soumets pas à la tentation », nous exprimons notre conscience que « l'ennemi ne peut rien contre nous, si Dieu ne l'a pas d'abord permis. Ainsi nous devons mettre entre les mains de Dieu nos craintes, nos espérances, nos résolutions, puisque le démon ne peut nous tenter qu'autant que Dieu lui en donne le pouvoir (10) ».

En prenant la mesure de la forme psychologique de la tentation, il développe deux raisons différentes pour lesquelles Dieu accorde un pouvoir limité au mal. Tout d'abord pour nous punir de nos fautes, pour tempérer notre orgueil, afin que nous redécouvrions la pauvreté de notre foi, de notre espérance et de notre amour, et pour nous empêcher de nous imaginer que nous pourrions être grands par nos propres moyens. Pensons au pharisien qui parlait à Dieu de ses propres œuvres et qui croyait pouvoir se passer de la grâce. Malheureusement, Cyprien ne développe pas plus longuement ce que signifie l'autre forme d'épreuve, la tentation que Dieu nous impose ad gloriam, pour sa gloire. Mais ne devrions-nous pas considérer ici que Dieu a imposé une charge particulièrement lourde de tentations aux personnes qui lui sont les plus proches, aux grands saints, à commencer par Antoine dans le désert jusqu'à Thérèse de Lisieux dans l'univers pieux de son carmel ? Ils se tiennent en quelque sorte dans l'imitation de Job, comme une apologie de l'homme qui est en même temps une défense de Dieu. Plus encore, ils se tiennent d'une façon toute spéciale dans la communion avec Jésus Christ, qui a vécu nos tentations dans la souffrance. Ils sont appelés à surmonter, pour ainsi dire, dans leur corps, dans leur âme, les tentations d'une époque, de les porter pour nous, les âmes ordinaires, jusqu'au bout et de nous aider à aller vers celui qui a pris sur lui notre fardeau à tous.

Lorsque nous disons la sixième demande du Notre Père, nous devons nous montrer prêts, précise Benoît XVI à prendre sur nous le fardeau de l'épreuve, qui est à la mesure de nos forces. D'autre part, nous demandons aussi que Dieu ne nous impose pas plus que nous ne pouvons supporter, qu'il nous ne laisse pas sortir de ses mains. Nous formulons cette demande dans la certitude confiante, pour laquelle saint Paul nous a dit : « Et Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de ce qui est possible pour vous. Mais, avec l'épreuve, il vous donnera le moyen d'en sortir et la possibilité de la supporter » (1 Co 10, 13).

Notes
10. Saint Cyprien, Dom. orat., n. 25.

(à suivre)

La prière du Seigneur, cinquième chapitre du livre du Saint-Père Benoît XVI, "Jésus de Nazareth :
1) La vérité, indique Benoît XVI, c'est d'abord Dieu, le Royaume de Dieu : Benoît XVI
2) Benoît XVI désigne le Malin comme l'ultime menace pour l'homme : Benoît XVI
3) Notre Père qui es aux cieux : Benoît XVI
4) Que ton nom soit sanctifié : Benoît XVI
5) Que ton règne vienne :  Benoît XVI
6) Benoît XVI commente que la terre devienne "ciel" :  Benoît XVI
7) Benoît XVI explique que nous pouvons demander et nous devons demander : 03.06.07
8) Si nous appartenons au Christ, le reste n'a plus aucun pouvoir : 04.06.07
9) Avec le Christ, précise Benoît XVI, nous devons résorber le mal par l'amour : Benoît XVI

NE NOUS LAISSEZ PAS SUCCOMBER À LA TENTATION (ndrl. suite des notes de cours)

Le démon séduit

(...) Dans ses méthodes comme dans ses buts, l'action du démon s'inscrit très exactement à l'opposé de celle de Dieu. La séduction diabolique est tout le contraire de « l'épreuve » car elle est à base de tromperie et d'illusion. Le père du mensonge séduit l'homme afin de le détourner de la lumière et de la vérité. Il lui propose à cette fin une image trompeuse du monde ou de sa propre excellence: Vous serez comme des dieux (Gn 3 5). Prisonnier de son orgueil et de son amour-propre, l'homme est alors mûr pour toutes les chutes.

Pour le séduire, le démon exploite les tendances inscrites dans sa nature et que la faute originelle a rendues plus virulentes. Certes, ainsi que le remarque saint Jacques: Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l'attire et le leurre. Puis, la convoitise ayant conçu, donne naissance au péché, et le péché parvenu à son terme, enfante la mort (Jc 1 14,15). S'il est bien vrai que la convoitise, à elle seule, suffit le plus souvent à rendre compte de la tentation et de la chute; cependant, le tentateur ne manque jamais de la réveiller, de la solliciter, et de « souffler sur le feu », renouvelant ainsi en chacun de nous la tactique utilisée auprès d'Ève. Aussi ne méditerons-nous jamais assez le récit douloureux mais profondément révélateur de la Genèse, puisque la séduction y est présentée à l'état pur et sous sa forme « exemplaire ».
Satan commence par se cacher en prenant une apparence d'emprunt; premier mensonge qui sera suivi de beaucoup d'autres. En effet, à la femme qui, à sa proposition captieuse de manger du fruit de l'arbre, répond que Dieu le leur a défendu, à Adam et à elle sous peine de mort, Satan réplique: Pas du tout, vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal (Gn 3 5). Paroles empoisonnées qui éveillent et développent en ceux qui les écoutent, non seulement l'orgueil et l'amour-propre, mais encore un désir désordonné d'indépendance à l'égard d'un Dieu faussement présenté comme un despote arbitraire et jaloux.

Satan parvient ainsi à faire basculer d'un seul coup les plus nobles aspirations du cœur humain, en même temps que ses désirs les plus légitimes, dans le sens de l'orgueil et de la révolte. Détournant ses regards d'un Dieu en qui désormais il ne voit plus un père, mais un maître injuste et cruel, Adam les tourne sur soi et se prend pour fin. Du coup, il entre dans un monde d'illusion et d'erreur; il ne voit plus les réalités dans leur vérité, c'est-à-dire dans la lumière divine, mais colorées et déformées par son désir. Trompé, il se trompe sur leur valeur et sur leur fin; séduit, il se laisse prendre à leur pouvoir. Dès lors le voici engagé sur un chemin qui conduit à la chute. Lorsqu'il s'en aperçoit, lorsque le goût délicieux du fruit défendu a fait place à l'amère saveur du péché, ses yeux s'ouvrent, mais trop tard: Qu as-tu fait là ?- dit Yahvé à la femme. - Et Ève de répondre: C'est le serpent qui m'a séduite, et j'ai mangé (Gn 3 13).
Subtile en apparence, la tactique du démon est en réalité assez grossière. Sans les intelligences qu'il rencontre dans la place, et qu'il utilise, il échouerait bien souvent. En particulier cette ruse qui consiste pour lui à agir par personnes interposées serait déjouée; il sait-en effet que, plus il se cache, mieux il parvient à ses fins. A peine a-t-il séduit Ève, qu'il s'abrite derrière elle et en fait son auxiliaire pour tenter Adam. Le fruit défendu aura plus de chance de séduire l'homme sans méfiance, s'il lui est présenté par sa compagne. Mensonge, illusion, séduction, ruse; le démon remet volontiers ses propres armes à ceux qui sont devenus ses auxiliaires et ses complices. Si déjà des objets inanimés peuvent devenir entre ses mains des sources de concupiscence et de séduction, que dire alors des êtres intelligents et libres, lorsqu'il peut les utiliser à son gré ! C'est ainsi, que de proche en proche, il tisse de par le monde, un réseau toujours plus serré dans lequel il s'efforce d'emprisonner les hommes. En leur faisant prendre le mensonge pour la vérité, et en leur laissant l'illusion de leur liberté, il les enferme dans une prison sans barreaux, il en fait des esclaves, chaque jour moins capables de résister, et finalement impuissants, à force de céder sans combat, à donner jusqu'à un sens au mot « tentation ».

Le Christ a dénoncé avec une âpre violence cette immense entreprise de séduction de Satan, ce père du mensonge, homicide dès le commencement (Jn 8 44) et l'Évangile johannique souligne la collusion entre le «monde» et celui qui en est le «prince». Invisible, omniprésent, connaissant nos faiblesses multiples et sachant habilement en tirer parti, il rôde à la poursuite d'une proie à dévorer (1 P 5 8), aidé dans sa tâche par une multitude d'esprits mauvais et de créatures à sa solde. Sa puissance est donc redoutable; il ne faudrait cependant pas l'exagérer et considérer que nous lui sommes remis, pieds et poings liés. Dieu nous ferait-il encore lui demander son aide dans la tentation, si nous étions incapables de résister victorieusement à Satan ? Bien mieux, cette puissance redoutable doit être vaincue et le Christ nous a dit qu'en un sens, elle l'est déjà par la vertu de la Croix: Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair (Lc 10 18).

Il reste que, par une permission divine, le démon dispose jusqu'à la fin du monde, du pouvoir de séduire les hommes, qu'il en use inlassablement, et qu'aucune créature ne sera jamais à l'abri de ses embûches.

Ainsi, parce que Dieu a mis entre nos mains la vie et la mort, et qu'à notre gré, l'une ou l'autre nous est donnée (Ec 15 17), et parce que grande est notre faiblesse, nous sommes tentés, soit par l'épreuve, soit par la séduction. Cette tentation est une conséquence et une manifestation de notre nature. Il ne peut donc être question que nous soit épargné ce qui manifeste la tension dans laquelle nous sommes appelés à vivre. C'est même la tentation qui nous donne d'en prendre conscience d'une manière souvent douloureuse il est vrai, et d'y découvrir un moyen privilégié de pratiquer à l'égard de Dieu une fidélité méritoire. (...)

NE RETIRE PAS DE MOI TON ESPRIT SAINT

(...) Devant la soudaineté, l'agressivité et la subtilité de la tentation, les âmes les plus saintes - Adam et Ève eux-mêmes, établis pourtant dans l'intimité avec Dieu - ont pu tomber par surprise ou être frappées de désarroi. Une faille est toujours possible, par laquelle la tentation s'introduit en nous. Mais c'est la fuite de Dieu qui, seule, signe notre défaite et nous y enfonce, et c'est là, vraiment, la chute.

La vie chrétienne est tout entière, vie cachée en Dieu avec Jésus Christ (Col 3 3) et elle est placée sous la conduite de l'Esprit-Saint.

Ayant assumé notre nature et connu la tentation, le Christ sait à quel point nous avons besoin de son Esprit pour y résister. C'est pourquoi il nous a promis de nous l'envoyer. Le Pater qui évoque cette menace de la tentation toujours suspendue au-dessus de nous, constitue un véritable appel à l'Esprit. Nous ne lui demandons pas qu'elle nous soit épargnée et pas davantage à la subir, car elle est ordinairement trop redoutable et souvent trop délectable; nous demandons à la repousser avec son aide.

Trop souvent, les chrétiens pour se défendre de la tentation, n'ont recours qu'aux injonctions de la loi morale derrière laquelle ils se retranchent; mais cette loi morale, les païens l'ont aussi. Son efficacité viendrait-elle donc pour le chrétien de ce qu'un châtiment est réservé à sa désobéissance?  Est-ce vraiment ainsi qu'il convient de traiter les choses de Dieu? et la crainte du châtiment est-elle le seul ressort de la lutte contre la tentation ? Dans ce cas les païens auraient le droit de nous mépriser. En vérité, le chrétien, pour résister à la tentation, dispose d'une réalité infiniment plus puissante qu'une loi morale ou que des interdictions: l'amour et la foi en cette Présence qui l'habite, et dont se détourner équivaudrait à trahir une amitié et une alliance qui doivent lui être plus précieuses et plus chères que tout.

Le premier effet de la tentation lorsque nous l'accueillons, lorsqu'elle « entre en nous » c'est de nous désensibiliser aux choses de Dieu, de nous rendre progressivement sourds à ses appels, et plus spécialement de nous fermer à l'action de son Esprit. C'est en effet de l'Esprit-Saint que la tentation nous détache en premier lieu; et, nous détachant de lui, elle rend par là impuissant en nous l'Amour du Père et du Fils. Sitôt que nous l'accueillons, la tentation nous frappe d'une sorte de paralysie spirituelle, qui nous isole de Dieu, et nous rend incapables d'aller à lui. Pour la vaincre nous avons donc besoin d'un supplément de foi « vive ». Mais au moment de la tentation il est trop tard pour l'acquérir. Seule, une prière humble et fervente eût pu prévenir à l'avance notre faiblesse et nous armer contre elle.

Nous ne savons pas par quels chemins nous viendra demain la tentation; mais nous savons que même si elle est au-delà de nos seules forces humaines, elle ne sera jamais au-delà des forces divines. Si nous demandons à Dieu son aide, si nous ne nous séparons pas de lui: Ne retire pas de moi ton esprit saint (Ps 51 13), il nous assistera selon ses promesses.

A côté des tentations nées des passions du cœur et des sens auxquelles il peut sembler que se rapporte plus particulièrement ce qui a été dit jusqu'ici, il en est d'autres plus insidieuses, en ce sens qu'elles ne sont pas reconnues comme telles par qui les subit. Le péché est alors commis sans lutte, comme l'arbre donne son fruit, car le danger n'a pas même été discerné. Aucun signal d'alarme n'a retenti, le péché n'ayant pas été reconnu comme faute. Ainsi en va-t-il de bien des péchés contre l'honnêteté et la charité. On pourrait presque dire qu'en pareil cas, il n'y a pas eu tentation proprement dite; et peut-être est-ce contre ce danger, que la dernière partie de la demande du Pater s'élève avec force. Nous sommes si misérables en effet, que nous ne reconnaissons même pas le mal lorsqu'il se présente à nous, lorsqu'il nous envahit, lorsqu'il s'empare de nous. Sans doute un tel aveuglement ne serait pas possible si la vie divine était vraiment nôtre, si nous vivions de Dieu et en Dieu. Mais nous sommes si naturellement pécheurs, notre pente est si pré accordée au péché, que nous le commettons sans y reconnaître le Mauvais; le péché nous semble même une chose bonne et naturelle et nous découvrons au surplus d'excellentes raisons de le commettre. Ce n'est qu'en avançant sur les chemins de Dieu que nous démasquons sa malice; si bien que pour se sanctifier, la première chose est sans doute de se connaître pécheur, non point pécheur par accident, comme la tentation tendrait à nous le faire croire, mais de façon permanente, comme le prouve la propension que nous avons à commettre le péché sans débat, ni conflit, sans avertissement et sans honte. Nous ne résisterons à la tentation, que dans la mesure où nous réaliserons notre état foncier de pécheur.

Dans cet état qui est le nôtre, les lois morales ne sont ni des « guides ni des appuis suffisants. Seul un surcroît de lumière intérieure et toute divine, nous permet de démasquer le vrai visage du péché. Mais c'est là quitter le domaine de la tentation pour entrer dans celui du mal.

TENTATIONS DE LUMIÈRE

Les tentations dont il vient d'être question peuvent toutes être qualifiées de tentations de ténèbres. Plus difficiles à reconnaître celles qui, naissant dans l'esprit, ont pour elles l'évidence et la raison. Ce ne sont plus alors des tentations d'ombre, mais de « plus grande lumière », qui surgissent au terme d'un raisonnement et s'imposent avec la force d'une idée claire. Oublierions-nous donc que le prince des ténèbres peut se transformer en « ange de lumière » et que sous ce déguisement il est plus subtilement que jamais, dangereux pour l'homme, car il fait luire devant lui une clarté mensongère qu'il ne possède plus qu'en apparence. En même temps, pour mettre le comble à la confusion, c'est du côté de Dieu que se trouvent la nuit et les ténèbres. Mais précisément, et c'est là ce qui devrait nous mettre sur nos gardes, nous devrions savoir que la lumière divine n'est pas perceptible aux sens, ni même à notre esprit; que les conduites de Dieu échappent à notre raison et qu'il est le Dieu caché. Une évidence contraire, parce qu'elle est une évidence simplement «humaine» devrait nous apparaître un piège pour notre foi. N'ayant plus que « notre » évidence et « nos » raisonnements, nous devrions une fois encore, nous défier de cette « solitude » qui accompagne toute tentation et prélude à la chute.

Certes, ce n'est plus ici la solitude affective, l'insensibilité, la sécheresse, mais une solitude qui vient d'une rupture de contact avec la Lumière de Dieu, avec sa Sagesse, avec son Esprit. Nous devrions sentir que nous cessons d'être « abandonnés » à lui, remis à lui, que nous avons repris en mains notre propre conduite et que Dieu n'en est plus le maître. Autrement dit, que nous avons usurpé en nous, la place qui de plein droit revient à Dieu.

Pour être averti de cette montée de la tentation, il faut être fidèle à vivre dans l'intimité du Dieu Vérité, et de sa Lumière. Celui qui n'accepterait le dogme ou l'autorité de l'Église qu'en tant qu'ils lui paraîtraient raisonnables, ne peut manquer, le jour où une objection sérieuse, ou encore une puissante raison affective viendraient à la traverse, de donner prise à la tentation.

En revanche, celui sur lequel Dieu veille et dont il protège d'une haie la tente (Jb 29 2,4) ne se résignera pas, si évidentes que puissent lui apparaître telles ou telles objections, à leur faire une place... Il se battra s'il le faut contre lui-même, pour justifier ou pour que soit justifiée une « déraison » infiniment supérieure à ses raisons. Tel est le cas de Job qui n'accepte pas la solitude où le place la tentation; alors même qu'il ignore qu'il s'agit d'une tentation, il prend position pour Dieu et veut que ce soit lui qui ait raison; il le somme même d'avoir raison. Pourtant, Dieu ne répondra à son serviteur éprouvé et tenté au-delà de toute imagination qu'en restant semblable à lui-même, c'est-à-dire au-delà de toute raison humaine : Inconnaissable et Incompréhensible. C'est ainsi que Job sera amené à s'enraciner dans son option fondamentale et dans sa fidélité inviolable, et à soumettre sa raison à un Dieu totalement mystérieux. Ce sera tout ensemble la victoire de Dieu en lui et sa propre victoire.

A la dimension psychologique de la tentation et à son rôle en chacun de nous, se superposent une autre dimension et un autre rôle d'ordre surnaturel. Nous devons nous souvenir en effet, qu'à l'occasion de la tentation, le monde invisible est tout entier mobilisé, soit afin de la provoquer soit pour nous aider à la surmonter. Ce n'est plus seulement comme dans le pardon donné à notre prochain, le monde d'ici-bas qui s'y trouve engagé, c'est encore l'enfer; c'est aussi le ciel entier; la Vierge, les anges, les saints nous aident en effet de leur intercession et de leurs prières, tandis que nos victoires ou nos chutes retentissent sur la destinée de toutes les âmes militantes de la terre et de toutes les âmes souffrantes du purgatoire. On peut donc dire qu'en chaque tentation, toute l'armée du ciel lutte contre la milice infernale.

Si nous gardions les yeux de la foi fixés sur ces réalités invisibles, nous éviterions de céder à la tendance aujourd'hui assez générale, à faire de la tentation et du péché, une conséquence sans portée morale, des déterminismes qui pèsent sur nous. La seule manière de nous prémunir contre une telle « tentation » est de considérer le Christ priant la face contre terre au jardin des Oliviers, et engageant ses forces et son amour, pour nous obtenir, au prix de son sang, la grâce de vaincre la tentation. C'est aussi de nous souvenir qu'il prie pour nous afin que notre foi ne défaille pas (Lc 22 32) et que sa prière est toute-puissante. Et de plus, ce regard sur le Christ à Gethsémani, nous permettrait de découvrir le rôle positif et sanctifiant de la tentation. (...)

(à suivre)

(ndlr) « PATER » : LE DÉBAT RELANCÉ ?

L'actuelle traduction de la sixième demande du « Notre Père » - « Ne nous soumets pas à la tentation » -, fixée en 1965 par une commission liturgique œcuménique francophone, soulève un grave problème théologique. Dans un entretien publié par La Croix, le R.P. Tournay, o.p., de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, relance le débat.

Un dominicain de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, le Père Raymond J. Tournay, soulève après bien d'autres ecclésiastiques et laïcs depuis trente ans, le problème posé par la traduction française de la sixième demande du Notre Père : « Ne nous soumets pas à la tentation ». Outre le tutoiement à l'égard de Dieu, tutoiement qui gêne certains par le manque de respect à l'égard de la toute-puissance et de la transcendance divines, l'emploi du verbe « soumettre » à l'impératif négatif laisse entendre que Dieu nous pousse à la tentation, que la tentation vient de Lui. Or, la théologie nous dit que Dieu, s'il permet que la tentation se fasse pour nous laisser ainsi gagner des mérites en la surmontant, ne peut s'ingénier à nous « soumettre à la tentation ». « Tentateur » est en revanche l'un des noms du démon.

Le Catéchisme de l’Église Catholique souligne lui-même implicitement l'erreur de cette traduction : « Traduire en un seul mot le terme grec est difficile : il signifie "ne permets pas d'entrer dans", "ne nous laisse pas succomber à la tentation" » (n° 2846). Et de poursuivre sur le « combat » spirituel que nous devons mener. Si le commentaire de cette sixième demande est orthodoxe, l'on peut se demander pourquoi la traduction qui est utilisée est celle que l'on entend le plus fréquemment et que le Père Tournay dénonce.

Cette traduction erronée est le fruit d'une commission liturgique œcuménique francophone réunie en 1965, où le pasteur Bonnard, de Lausanne, et un bénédiction belge, le P. Dupont, ont fixé cette formule. Elle ne fait l'unanimité ni chez les catholiques, ni chez certains protestants : au Portugal et en Espagne, l'on préfère garder l'ancienne traduction « ne nous laisse pas succomber à la tentation », et des protestants francophones disent « ne nous laisse pas entrer dans la tentation ». La France est donc au premier rang pour déshonorer Dieu et induire les âmes en erreur.

La traduction littérale

Cela dit, la traduction de la Vulgate, ne nos inducas in tentationem, si l'on traduit littéralement le verbe induco par « faire entrer dans », ne convient pas non plus. Cela, le Père Tournay le mentionne également. Les traductions françaises que nous en connaissons ont donné une traduction plus juste par le « ne nous laissez pas succomber à la tentation » qui date du XVIIème siècle. Auparavant, l'on s'en tenait au texte latin de la Vulgate que tout bon catholique savait interpréter de façon juste. Par ailleurs, il faut savoir que les textes de l'Écriture Sainte s'éclairent mutuellement. Cette parole du Pater peut très bien trouver une clef de lecture dans l'épître de saint Jacques lorsqu'il est écrit : « ...Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne » (Jc 12, 13-14). Cela le pape Benoît XVI le redit clairement dans le premier paragraphe repris au début de cette page. L'idée à retenir, c'est que Dieu sait que nous pouvons être tenter, par notre concupiscence, par le monde et surtout par le démon. Qui oserait faire croire que Dieu Qui est la bonté infinie puisse être Celui qui nous induise en erreur ? C'est proprement blasphématoire, et des esprits éminents comme l'Abbé Jean Carmignac l'ont dit ouvertement (1). La tentation existe, et c'est précisément la prière qui est notre plus grand recours.

La question de traduction du Pater pose problème avec d'autres langues mortes. Le texte grec, qui est celui qui fait foi et autorité d'après les Pères de l'Eglise, se traduit selon certains par : « ne fais pas entrer »; ce que conteste également le Père Tournay. D'autres ont traduit beaucoup plus justement par « fais que nous n'entrions pas dans la tentation ». S'il est légitime de demander à ne pas être tenté (le Christ dit à ses disciples sur le mont des Oliviers : « veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation »), un chrétien ne doit-il pas être instruit et formé sur la souffrance et la tentation, deux données inévitables en ce bas monde qui, vaincues et offertes au Christ Rédempteur, contribuent à son salut ? Ne confondons pas tentation et péché. Il n'y a péché que lorsque la volonté consent à la tentation. Mais enseigne-t-on toujours aux hommes à exercer leur volonté, cette deuxième principale faculté de l'âme après l'intelligence ?

Le Père Tournay souligne par ailleurs que la traduction araméenne donnerait : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». L'Abbé Carmignac, lui, d'après ses travaux sur les manuscrits de Qumrân, traduit les textes sémitiques par : « Garde-nous de consentir à la tentation ». N'oublions pas cependant que la traduction grecque fait référence.
 

Sources:  www.vatican.va - E.S.M.

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 07.06.2007 - BENOÎT XVI - Spiritualité

 

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