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19 Avril 2005
 

Là où Dieu n'est pas, explique Benoît XVI, rien ne peut être bon

 

ROME, le 31 Mai 2007 - (E.S.M.) - Le Règne de Dieu, répète Benoît XVI, vient à travers un cœur docile. Tel est son chemin. Et c'est pourquoi nous devons prier sans cesse.

Le Christ Roi  -  Pour agrandir l'image: C'est ici

Là où Dieu n'est pas, explique Benoît XVI, rien ne peut être bon

Analyse du pape Benoît XVI (pages 168 à 170)

5) Que ton règne vienne

Réfléchissant sur la demande relative au Règne de Dieu, nous nous rappellerons tout ce que nous avons pu dire précédemment à propos de l'expression « Royaume de Dieu ». Par cette demande, nous reconnaissons d'abord le primat de Dieu. Là où Dieu n'est pas, explique Benoît XVI, rien ne peut être bon. Là où l'on ne voit pas Dieu, l'homme déchoit, ainsi que le monde. C'est dans ce sens que le Seigneur nous dit : « Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus le marché » (Mt 6, 33). Ce mot établit un ordre de priorités pour l'agir humain, pour nos attitudes dans le quotidien.

On ne nous promet nullement un pays de cocagne, en contrepartie de notre piété ou de notre vague désir du Royaume de Dieu. On ne nous fait pas miroiter un monde parfait comme dans l'utopie de la société sans classes, un monde qui viendrait automatiquement et où tout irait bien tout simplement parce qu'il n'y aurait plus de propriété privée. Jésus ne nous fournit pas des recettes aussi simples. Mais, il pose, nous l'avons déjà dit, une priorité capitale pour tout : « Royaume de Dieu » veut dire « Seigneurie de Dieu », et cela signifie qu'on accepte que sa volonté soit prise comme critère. Cette volonté crée la justice, qui implique que nous reconnaissions la légitimité du droit de Dieu et que nous y trouvions le critère pour le juste droit entre les hommes.

L'ordre des priorités que Jésus nous indique ici n'est pas sans rappeler, dans l'Ancien Testament, le récit de la première prière de Salomon après sa montée sur le trône. On y raconte que, la nuit, le Seigneur est apparu en songe au jeune roi, lui offrant d'exaucer une de ses demandes. Un rêve on ne peut plus classique de l'humanité ! Que demande Salomon ? « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu'il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal » (1 R 3, 9). Dieu le loue parce qu'il ne demande pas — ce qui aurait été si facile — la richesse, la fortune, l'honneur ou la mort de ses ennemis ou une longue vie (cf. 2 Ch 1, 11), mais ce qui est véritablement essentiel : un cœur docile, la capacité de discerner le bien du mal. Et c'est pourquoi, fait remarquer Benoît XVI, le reste est aussi accordé à Salomon par surcroît.

Quand nous demandons la venue de « ton Règne » (et non pas du nôtre !), le Seigneur veut nous conduire exactement vers cette façon de prier et d'établir les priorités de notre agir. Il faut d'abord et essentiellement, un cœur docile, afin que Dieu règne, et non pas nous. Le Règne de Dieu, répète Benoît XVI, vient à travers un cœur docile. Tel est son chemin. Et c'est pourquoi nous devons prier sans cesse.

À partir de la rencontre avec le Christ, cette demande s'approfondit et se concrétise encore. Nous avons vu que Jésus était le Règne de Dieu en personne. Là où il est, est le « Règne de Dieu ». La demande du cœur docile est devenue la demande en vue de la communion avec Jésus Christ, la demande de pouvoir devenir toujours plus « un » avec lui (cf. Ga 3, 28). C'est la demande de le suivre véritablement, qui devient communion et qui nous réunit en un seul corps avec lui. Reinhold Schneider a exprimé cela de façon saisissante : « La vie de ce règne est la poursuite de la vie du Christ dans les siens ; lorsque le cœur n'est plus nourri par la force vitale du Christ, ce règne se termine ; lorsque le cœur est touché par elle et transformé par elle, il commence [...], les racines de l'arbre inexpugnable cherchent à pénétrer dans le cœur de chacun. Le règne est un. Il subsiste uniquement par le Seigneur, qui est sa vie, sa force, son centre (5). » Demander le Règne de Dieu signifie dire à Jésus : fais-nous être à toi, Seigneur. Pénètre en nous, vis en nous. Réunis dans ton corps l'humanité dispersée, pour que tout en toi soit soumis à Dieu et que tu puisses remettre l'univers au Père, « et ainsi, Dieu sera tout en tous» (1 Co 15, 26-28).

(5)  /te/., p. 31s.

La prière du Seigneur, cinquième chapitre du livre du Saint-Père Benoît XVI, "Jésus de Nazareth :
1) La vérité, indique Benoît XVI, c'est d'abord Dieu, le Royaume de Dieu : Benoît XVI
2) Benoît XVI désigne le Malin comme l'ultime menace pour l'homme : Benoît XVI
3) Notre Père qui es aux cieux : Benoît XVI
4) Que ton nom soit sanctifié : Benoît XVI

Notes du Père Paul-Marie de la Croix, O.C.D.

En effet, bien que soumis de droit, comme toute créature, au règne de Dieu, l'homme est - avec l'ange - le seul être qui puisse refuser de reconnaître cette domination et qui de fait, l'ait refusée. A tous moments il peut également, soit collaborer au Règne de Dieu au sein du Royaume, soit refuser de « servir ».

Déjà placée sous le signe du temps, la notion de Royaume se trouve donc, avec l'homme, engagée plus encore dans le devenir. Bien que le droit royal de Dieu sur la création, l'homme y compris, soit éternel et immuable, son Règne n'existe de fait sur l'homme, que dans la mesure ou celui-ci le « reconnaît ».

Ce Règne ne sera parfait et définitif qu'à la fin des temps. Dieu régnera alors sur tous les élus. Cet aspect eschatologique n'était pas ignoré de l'Ancien Testament. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu... Au jour de sa visite, ils resplendiront, ils commanderont aux nations et domineront les peuples, et le Seigneur régnera sur eux pour toujours (Sag 3). Ils recevront de sa main la couronne royale de gloire et le diadème de beauté (Sag 5).

Ce Règne eschatologique ne constitue d'ailleurs pas en lui-même un fait absolument nouveau. Il sera seulement le passage du droit au fait, l'explicitation et la réalisation d'une idée éternelle, le progrès merveilleux d'une réalité qui a commencé de la manière la plus humble.

Du fait que le Royaume demande à être accepté par l'homme et que celui-ci doit se soumettre aux exigences divines, il comporte des conditions morales. D'où la nécessité d'une préparation à la fois historique, pour annoncer ou rappeler la venue de Celui qui établira le Royaume véritable: le Messie, Roi d'Israël; et psychologique: Venez, montons à la montagne de Yahvé. Il nous instruira de ses voies et nous marcherons dans ses sentiers (Is 23).

Le roi messianique gouvernera les peuples avec équité et il fera arriver le jour du salut. En sa Personne: Yahvé deviendra Roi sur toute la terre, Yahvé sera unique et son Nom unique (Zach 14 9). Le Règne sera enfin établi.

Donnant à cette vision sa dimension définitive, saint Paul écrit: A la fin des temps le Christ remettra la Royauté à Dieu son Père après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu'il règne... Quand il dira: tout est soumis désormais, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis afin que Dieu soit tout en tous (I Co 15 24-28).

L'acceptation de ce Royaume étant laissée à la liberté de chaque homme, il n'y a rien de surprenant que son établissement se soit heurté à l'ambiguïté des vues humaines et qu'il ait été mêlé, à chaque génération, au meilleur et au pire.

Comment cette notion de Royaume fut-elle comprise par ceux chez qui, eu égard à la longue préparation des siècles, cette annonce aurait dû trouver un écho tout particulier ?

Constituait-elle une rupture, ou l'aboutissement de l'idée de Royaume depuis si longtemps élaborée? La réponse dont l'Évangile nous offre les éléments, n'est pas instructive pour l'époque du Christ seulement; elle nous éclaire nous aussi, sur la manière dont le problème du Royaume de Dieu se pose en fait, et elle nous apprend en même temps quelle idée chaque homme doit s'en faire, comment il doit s'y préparer, par quels chemins il doit passer s'il souhaite y entrer.

II semblerait à première vue que tout ait été prêt en Israël pour accueillir ce « Royaume de Dieu » que le Christ venait lui apporter. D'une part le peuple de Dieu était déjà constitué en royaume et les juifs étaient tous dans l'attente du Messie. Désemparé, opprimé, asservi par l'envahisseur, privé de ses chefs légitimes, il appelait de ses vœux avec plus d'ardeur que jamais le Roi promis par toute sa tradition scripturaire et prophétique.

D'autre part, les enseignements et les miracles du Christ témoignaient qu'il était bien celui que l'on attendait. Et cependant, une double question se fait jour tout au long des temps évangéliques. L'une posée par Israël au Messie: Es-tu bien le Roi promis ? L'autre, posée par le Messie à Israël: Êtes-vous bien mon peuple, êtes-vous bien les brebis de mon pâturage...?

En fait, les événements montrent qu'en Jésus, Israël n'a pas reconnu le Roi attendu et que, de son côté, le Christ n'a pas « trouvé » en Israël, son peuple. A qui entendait-il parler, et qui a-t-il en réalité trouvé devant lui ? Telle est la première question qui se pose à propos du Royaume.

Bien qu'il soit venu rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés (Jn 11 52) et bien qu'il se soit offert comme victime de propitiation pour tous les hommes, le Christ n'en a pas moins déclaré qu'il n'était venu que pour les véritables enfants d'Israël, et il a laissé entendre que ceux-là seulement méritaient ce nom qui étaient les enfants d'Abraham, non selon la chair, mais selon l'esprit (cf. Jn 8 40). L'appartenance à une race, quelle qu'elle soit, c'est-à-dire le fait d'appartenir à une descendance charnelle, ne saurait apporter à quiconque une certitude de salut. Tous les hommes sans exception seront criblés, triés, passés au van (cf. Mt 3 12). Cette distinction, cette discrimination, cette séparation entre enfants de ténèbres et enfants de lumière est l'une des données évangéliques les plus nettes. Sans doute, le principe de l'universalité de l'accès au Royaume est, en un certain sens au moins, sauvegardé, puisque chacun: s'il renaît de l'eau et de l'Esprit (Jn 3 5) peut y entrer; mais en même temps une condition doit être remplie, une exigence satisfaite: ceux-là seulement entreront, qui écoutent la voix du Bon Pasteur, qui entendent sa parole et la gardent (Lc 11 28), qui se feront petits et pauvres en esprit (Mt 5 3) et qui, renonçant à tout, mettront leurs pas dans les siens.

Dès le point de départ, le Christ, s'il écarte résolument les conditions charnelles quelles qu'elles soient, leur en substitue d'autres, toutes spirituelles: celles que procurent la foi, et la fidélité à se mettre sous sa conduite et sous sa loi.

Si le Christ a posé à Israël cette question: êtes-vous mon peuple ? Israël de son côté lui a demandé: es-tu le Roi promis, es-tu celui qui doit venir, es-tu celui que nous attendons ?

A cette question, le Christ répond en rapportant sa Royauté à une origine divine qui n'échappe pas à ses interlocuteurs, puisqu'ils le condamneront pour s'être dit « Fils de Dieu ». Certes, sur le plan humain, il se situe lui-même dans la lignée historique d'Israël, puisqu'il se réfère tout ensemble à l'envoyé de Dieu par excellence: Moïse, et à la figure la plus représentative de tous les rois d'Israël: David. Cependant, parallèlement, il n'hésite pas à affirmer qu'il transcende cette royauté terrestre à laquelle il se rattache. S'il s'insère dans la Tradition, il la dépasse infiniment.

En effet, dès le début de la prédication du Royaume, il rompt avec les rêves théocratiques qui avaient cours en Israël. Ses interlocuteurs restaient attachés à une certaine forme de société liée aux souvenirs de la splendeur de l'Israël fidèle et de la ruine de l'Israël infidèle. De fait, Israël était bien né de la Promesse, ainsi que de la fidélité à Yahvé, et s'il s'était maintenu en vie, à travers les siècles, c'était bien grâce à l'assistance qu'il n'avait cessé de recevoir de celui qui s'était fait son chef, son guide, son législateur et son Père. Au cours de l'Exode et dans les combats, Yahvé avait manifesté sa souveraineté et il l'avait également montrée en marquant les rois d'Israël de l'onction royale. En une foule de circonstances il avait fait éclater sa puissance et il avait « étendu son bras » en faveur d'Israël « son peuple ». C'est pourquoi celui-ci avait raison d'affirmer: «Yahvé est notre Dieu, Yahvé est notre Roi... »

Mais le tort d'Israël avait été de penser que la royauté était une fin en soi et que la protection divine allait au royaume comme tel, alors qu'en fait, ce royaume, qui devait servir de berceau au Roi Messie et au Rédempteur, avait aussi pour fonction d'établir et de conserver au milieu d'un monde voué aux idoles, la foi au Dieu unique.

Le royaume d'Israël n'était pas tant le royaume en faveur duquel Dieu avait multiplié les hauts faits, que celui où il était reconnu comme le Dieu véritable, le Dieu vivant, le Dieu de toute puissance et de toute sainteté. C'est sur la base du culte rendu au Dieu unique, seule force, seul pouvoir et seul Amour, qu'avait été établie l'Alliance, et non sur la promesse de miracles et de manifestations de la protection divine.

Ainsi donc: d'un côté, un royaume ordonné à la révélation et au culte du Dieu unique qui, avec le Christ, s'accomplira en révélation et en culte du Dieu Un et Trine, c'est-à-dire du mystère de l'Amour infini; de l'autre, l'aspiration à la venue ou à la restauration d'un royaume humainement puissant et glorieux, bénéficiant - de droit - de la protection et de la garantie divines. Telle était l'équivoque qui ne cessera de planer tandis que le Christ prêchera le Royaume de Dieu; et cela malgré ses efforts. En effet, il aura beau répéter sous des formes diverses, que son Royaume n'est pas de ce monde (Jn 18 36), qu'il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22 21) et replacer la conception du Royaume dans la continuité de la vraie tradition scripturaire et prophétique, c'est-à-dire dans la ligne d'une véritable dépendance de Yahvé; l'équivoque demeurera dans les esprits, non seulement au plan du « Royaume », mais encore en ce qui concerne la personne de son « Roi », alors pourtant que là aussi tout avait été fait pour la dissiper.

Afin de permettre de reconnaître dans le Messie le Roi véritable, Dieu avait voulu que dans l'Ancienne Alliance, les rois, et plus particulièrement l'un d'entre eux, David, soient marqués de certains traits destinés à l'annoncer et à le préfigurer; traits que l'on n'a pas coutume de rencontrer chez les grands et les puissants de ce monde.

C'est pourquoi, inaugurant sa prédication du Royaume, le Christ rappellera qu'il est de la race de David. Il entendait signifier par là qu'il renouvellerait en sa Personne et porterait à leur perfection,' les traits spirituels ébauchés par les anciens chefs du Royaume d'Israël, mais les pharisiens et beaucoup dans le peuple ne voulurent voir en cela que la promesse d'un royaume de puissance et de gloire. (...)

(...) C'est donc en second Adam, en vrai fils d'Israël, en représentant de ce peuple dont il est issu, en même temps qu'en vrai « roi » et pasteur d'Israël, qu'il entend connaître et supporter à son tour l'épreuve imposée d'abord à Adam, puis, très particulièrement à Israël. Ce qu'il va demander à ses frères les hommes, il veut tout d'abord le subir. Ainsi, sa victoire deviendra pour eux, non seulement une force qui les soutiendra mais encore une lumière qui les éclairera sur la nature du royaume et les guidera sur le chemin qui y conduit.

C'est en effet au plan du Royaume que se situent les trois tentations du Christ, en ce désert où il a voulu se rendre, conduit par l'Esprit, afin d'y rencontrer Satan en personne. Le débat qu'il va y connaître, en même temps qu'il est le débat de tout homme, est plus spécialement encore celui de son peuple lors de son cheminement dans le désert de l'Exode. Chacune de ces trois tentations illustre bien l'un des aspects majeurs de ce messianisme charnel qui séduisit si continûment Israël. Messianisme qui aspirait à voir satisfaire ses désirs de vie opulente et facile: Dis que ces pierres deviennent du pain; à procurer cette gloire dont il ne devait jamais être rassasié: Si tu es le Fils de Dieu jette-toi en bas... à assurer enfin puissance et domination universelles: Si tu tombes à mes pieds et m adores, je te donnerai tous les royaumes du monde (Mt 4 3-9).

En plaçant le Christ sur ce terrain, et en lui laissant entendre que, seule une telle conception du messianisme, était capable de lui rallier les multitudes et de répondre à leur attente, Satan allait lui donner le moyen de remporter une victoire définitive, sur le plan même où les hébreux avaient succombé.

Victorieux, le Christ replace le Royaume sur ses vraies bases, il lui rend sa signification et sa portée essentielles. Il en fait à nouveau le moyen qui permet de travailler en esprit et vérité à l'avènement du Règne: L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4 4). Il en fait une reconnaissance volontaire et libre de la seigneurie et de la domination de Dieu : Retire-toi Satan, car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c'est à lui seul que tu rendras un culte (Mt 4 10).

Et c'est seulement lorsqu'il a remporté cette triple victoire qui fait de lui le second Adam rendant à l'humanité ce que le premier lui avait fait perdre, que Jésus entreprend de prêcher la bonne nouvelle du Royaume.


Selon quelle économie va-t-il procéder
?

Le chemin que suit le Christ est tout ensemble profondément traditionnel, c'est-à-dire fidèle à l'Écriture, et cependant singulièrement hardi, et c'est pourquoi il ne répond pas aux idées que nous pourrions nous faire d'un cheminement logique et progressif du Royaume de Dieu. Il s'insère pourtant au plus profond de cette réalité si riche et si simple à la fois qu'est la vie.

Le Royaume qu'il annonce exige avant toute autre chose que l'on se montre avide de la parole de Dieu, cette vivante Parole de vérité qu'il est lui-même, et qu'on lui reconnaisse une royauté ici-bas comme au ciel. C'est pourquoi la manière même dont cette Parole sera accueillie ou rejetée, opère déjà une discrimination par rapport au Royaume. (...)

Heureux, vous les pauvres - Le Royaume "est" à vous

(...) Le Christ savait à qui il parlait ; il connaissait les cœurs, et n'ignorait pas, par-delà les inévitables faiblesses et les compromis qui habitent tout être humain, ce qui soulevait vers lui ces petits et ces miséreux. Certes, ils n'étaient pas exempts de fautes, ni même de rancœur et d'envie; mais l'amour en eux couvrait la multitude de leurs péchés (I P 4 8). C'est pourquoi, dans les Béatitudes, le Christ ne commence pas par les leur reprocher, ni même par leur demander de s'en accuser ou de les regretter. Mais à ceux auxquels la souffrance et le dur labeur quotidien apprennent à se taire et à supporter, il parle de la douceur, comme pour les prévenir contre la dureté, qui leur fermerait la porte du Royaume. Il parle de la pureté du cœur, mais avec cette suprême délicatesse qui consiste, en écartant l'impureté, à faire germer dans les cœurs le souvenir et le désir de cette pureté que chacun a coutume de voir fleurir dans le cœur des enfants. De ceux-ci le Christ dira d'ailleurs un jour, qu'ils sont les plus grands dans le Royaume des cieux. Il parle enfin de la pauvreté; mais de telle manière qu'il arrive à la rendre aimable et à en faire la première étape sur le chemin de la « pauvreté en esprit », cette « porte » du Royaume de Dieu.

En effet, ce ne sont pas les pauvres comme tels, mais les pauvres en esprit auxquels est promis le Royaume, et s'il y a un lien entre ces deux pauvretés, encore faut-il passer de l'une à l'autre. Passage impossible aux seules forces humaines, mais fruit de la grâce en l'homme qui entre ainsi dans le mystère du Royaume. Dans ce Royaume en effet, si Dieu se donne tout entier aux pauvres, d'eux également il exige tout, en leur demandant de devenir « des pauvres en esprit ». Or, ils ne peuvent le devenir qu'à l'aide d'une grâce dont le Christ seul est la source. S'il ne peut demander à l'homme que ce qu'il lui a tout d'abord donné, Dieu redemande cependant tout ce qu'il a donné.

Ayant infusé dans l'âme du pauvre, la foi, l'espérance et la charité, Dieu lui demande de nourrir et de développer ces vertus, et les Béatitudes sont là pour lui montrer par quels chemins surnaturels. Voilà pourquoi il ne saurait être question de se procurer le Royaume, ni même d'en approcher par des moyens humains. Fruit en nous d'un amour divin absolument surnaturel, le Royaume nous est donné, mais à la manière dont Dieu donne: soudainement, gratuitement, avec surabondance, en créant du même coup, en celui qui reçoit, l'exigence de se donner lui-même à Dieu, sans limite, sans réserve et sans retour.

Si c'est l'Amour divin qui ouvre aux pauvres et aux misérables les portes du Royaume, les conséquences qui en découlent ne doivent pas nous surprendre.

La possession d'un Royaume qui n'est pas de ce monde exige de nous la foi, et celle-ci ne laisse pas d'être pénible, puisqu'elle demande un détachement du sensible et une volonté de posséder comme ne possédant pas (I Co 7 30). Cependant les Béatitudes ne font pas intervenir pour autant la notion d'un « délai » et ne substituent pas un demain à un aujourd'hui, comme pourraient le faire croire ces mots du Maître: Heureux vous qui avez faim maintenant car vous «serez» rassasiés; heureux vous qui pleurez main" tenant, car vous « rirez ». La possession dont parlent les Béatitudes se situe bien dans l'aujourd'hui, mais le secret de cette possession n'est connu que de ceux qui s'en saisissent par la foi et l'espérance; car elle est d'un autre ordre; tout spirituel. Ceux qui s'y établissent et s'y maintiennent, deviennent « des pauvres en esprit » et, « aujourd'hui même » le Royaume « est à eux ».

Provenant d'un don divin, tout gratuit, et reçu dans la foi, cette possession présente deux caractères complémentaires: elle est extraordinairement onéreuse, elle est merveilleusement comblante.

Extraordinairement onéreuse, car, outre une nouvelle vision du monde, c'est aussi une nouvelle manière de s'y comporter et d'y vivre qui est demandée à ceux qui veulent entrer dans le Royaume. Est-ce parce que cette manière est plus facile dans la pauvreté matérielle qu'au milieu des séductions de la richesse, que le Christ a béatifié la première, et stigmatisé la seconde ? Quoi qu'il en soit, l'enfant du Royaume a l'obligation d'user de la foi comme d'un moyen de « voir », car il ne sera jamais possible de découvrir le Royaume avec nos yeux de chair. Jamais on ne pourra dire: Le voici ou: Le voilà (Lc 17 21). Seule la foi permet d'en discerner l'approche, la venue et la présence. Rien de sensible n'en donnera jamais l'évidence: Le Royaume de Dieu ne se laisse pas observer (Lc 17  20).

Mais la foi sera aussi pour lui un moyen « d'avancer » dans la découverte du Royaume, car elle lui permettra d'en accepter les modes de développement et de progrès.

Certes, il y a là une difficulté pour notre nature habituée à ne reposer que sur le palpable, à tirer de lui ses assurances, convaincue que tout progrès réel doit pouvoir être mesuré. Sans doute est-ce pour cette raison que, dans les Paraboles, le Christ revient si souvent sur le caractère caché du Royaume et sur l'impossibilité où nous sommes d'en discerner les progrès; on n'en voit pas les commencements, on n'en remarque pas davantage la croissance; et pourtant, il ne cesse de grandir; tel l'imperceptible grain de sénevé qui devient la plus grande des herbes et même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s'abriter dans ses branches (Mt 13 32). Tel le levain, que nul ne peut voir et dont cependant l'action cachée est si efficace: qu'il fait lever toute la pâte (Mt 13 33).

Difficulté également - et non moindre - de consentir à ce que tous nos efforts, bien que nécessaires et même indispensables, soient pourtant absolument impuissants à procurer un résultat surnaturel, et que les progrès sur le chemin du Royaume - en nous ou chez les autres - demeurent l'œuvre de Dieu: il en est du Royaume, comme d'un homme qui aurait jeté du grain en terre : qu'il dorme ou qu'il se lève, la nuit comme le jour, la semence germe et pousse, il ne sait comment (Mc 4 26, 27).

Et cependant, le Royaume de Dieu ne progresse en nous qu'au prix d'un effort toujours recommencé, d'une lutte âpre et quotidienne: les violents seuls s'en emparent et le prennent de force (Mt 11 12), et ceux-là seulement qui auront su s'imposer les plus grands sacrifices et le préférer à tout le reste, le posséderont. Il est en effet ce trésor, ou encore cette perle de grand prix qu'on acquiert en vendant tout ce que l'on possède (Mt 13 44,45).

Par ailleurs, ni l'entrée, ni les progrès dans le Royaume ne retirent l'homme du milieu où il vit, où il œuvre et combat, où il subit contraintes et sollicitations. Le divin Semeur sème en pleine terre des passions humaines, en plein vent des tentations. C'est enveloppé et parfois littéralement étouffé par l'ivraie, que le bon grain doit germer, grandir et porter du fruit. Cette coexistence du bien et du mal n'est pas seulement permise, elle est positivement voulue par le Maître du champ: Laissez croître ensemble le bon grain et l'ivraie jusqu'à la moisson (Mt 13 30), comme est également acceptée par lui la nécessité du scandale et de la tentation (Mt 18 7) (...)

Le Royaume identifié au Christ

(...) Son Royaume s'établit au sein de la vie quotidienne même la plus humble, et il est accessible à tous.

Et pourtant, une donnée se dégage clairement de son enseignement. En effet, la substitution progressive de conditions spirituelles aux données charnelles du Royaume s'accompagne d'une exigence toujours plus nette d'attachement à la Personne de celui qui en est le Roi. De plus en plus, le Royaume, tel qu'il apparaît dans l'Évangile, est polarisé par la Personne du Christ. A ceux qui désirent y entrer, Jésus demande seulement de devenir « ses » disciples, d'écouter « sa » parole et de la mettre en pratique; bref de l'aimer, et de tout quitter pour « le » suivre.

A qui veut, non seulement entrer dans le Royaume, mais y occuper la première place, il enseigne qu'il faut avoir comme lui, un esprit filial, un cœur d'enfant semblable au sien; car il est lui, le véritable Fils du Père qui est dans les cieux, comme le prouvent sa Personne et ses actes. C'est donc dans la mesure même où l'on aura en soi les sentiments que l'on découvre dans son cœur à lui, que l'on fera partie de ce Royaume dont il est la cellule mère, venue engendrer d'autres cellules semblables à elle et destinées à former peu à peu le corps de ce Royaume.

Ainsi, de proche en proche, tout dans la conduite comme dans l'enseignement du Christ, tend à faire comprendre à ceux qui l'ont suivi et qui l'écoutent, que le Royaume s'identifie à sa propre Personne. On sera du Royaume à proportion où l'on sera en lui.

C'est ainsi que, déroutant les conceptions humaines, mais accomplissant les espérances déposées par Dieu dans les cœurs - le prophète n'avait-il pas annoncé que Dieu mènerait son peuple avec de douces attaches, avec des liens d'amour (Os il 4) - le Royaume du Christ s'établit, non sur des réalités matérielles, mais sur des données spirituelles; non sur des biens à posséder, mais sur une Personne à connaître, à aimer et à suivre.

Oui, combien de fois Yahvé n'avait-il pas rappelé à son peuple que la connaissance et l'amour étaient la base de leurs relations ! Parole vivante du Père, le Christ ne vient pas dire ou rappeler autre chose. Il ne vient pas attirer à Dieu avec d'autres liens ni établir sur d'autres lois un Royaume qui doit être fondé sur l'union et l'unanimité de ceux qui, écoutant la voix du bon Pasteur, apprennent à se placer ainsi sous sa dépendance, à se rallier à son commandement d'amour et à le suivre partout où il ira (cf. Ap 14 4).

Cet attachement à la Personne du Christ entraîne des exigences qu'il n'a jamais cachées. Les Béatitudes, cette charte du Royaume, sont déjà fort explicites à ce sujet. Et pourtant, pour connaître la dimension dernière de ces exigences, il faudra attendre la révélation du mystère de la Croix.

A ses disciples, le Christ demande en effet, s'ils sont prêts à le suivre jusqu'au sacrifice et à la mort: Celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa Croix chaque jour et qu'il me suive (Lc 923); et lorsque les fils de Zébédée pleins d'enthousiasme, réclameront une place de choix dans le Royaume, le Christ leur demandera: Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? (Mt 20 22).

Deux raisons permettent de saisir que ce mystère de la Croix soit si intimement lié au mystère du Royaume. C'est tout d'abord que le disciple doit mettre ses pas dans ceux de son Maître: Là où est le Maître, là aussi doit être son serviteur (Jn 12 26). (...)

(à suivre)
 

Sources:  www.vatican.va - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 31.05.2007 - BENOÎT XVI - Spiritualité

 

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