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19 Avril 2005
 

Seul l'Infini peut remplir le cœur, affirme Benoît XVI

 

Le 12 janvier 2008 - (E.S.M.) - En s'adressant aux jeunes, le pape Benoît XVI leur posa cette question "avez-vous déjà découvert ce qui est bon" ? "suivez-vous les commandements du Seigneur" ? Comment voulez-vous que ces jeunes y arrivent si nous, leurs aînés, sommes démissionnaires et ne leur donnons pas l'exemple d'une sainte conduite ?

La multiplication des pains Pour agrandir l'image: C'est ici

Seul l'Infini peut remplir le cœur, affirme Benoît XVI

(pour lire la page précédente) Ne pas sacrifier la jeunesse à cause de notre mauvaise volonté (première partie)

Cette page d'évangile afin de nous permettre de prendre conscience de notre "bonne ou mauvaise volonté" face aux sollicitations du Christ. Notre conduite (notre sainte conduite !), lourde de conséquences, façonnera les jeunes qui nous regardent.

En s'adressant à eux, lors de son voyage au Brésil, le pape voulait entendre de leur part la réponse que le jeune homme de l’Évangile fit à Jésus. Benoît XVI leur posa cette question "avez-vous déjà découvert ce qui est bon" ? "suivez-vous les commandements du Seigneur" ? Comment voulez-vous que ces jeunes y arrivent si nous, les adultes, sommes démissionnaires ? Écoutons encore le Saint-Père : "Les années que vous êtes en train de vivre préparent votre avenir. Le « demain », précise Benoît XVI, dépend beaucoup de votre façon de vivre « l’aujourd’hui » de votre jeunesse. Vous avez, devant vous, une vie que nous souhaitons longue ; mais elle est unique : ne permettez pas qu’elle se passe en vain, ne la gaspillez pas."  (L'appel de Benoît XVI aux jeunes)

Lors du dernier jour de l'année 2007, au cours des Vêpres, Benoît XVI a prononcé cette supplication : "Aide Seigneur, par Ta miséricorde, les jeunes, qui sont attirés par une fausse exaltation ou, pire, la profanation du corps et la banalisation de la sexualité" ; "comment dénombrer  les innombrables défis qui, liés à la consommation et au sécularisme, interpellent les croyants et les hommes de bonne volonté ? (Homélie) De telles paroles devraient interpeller directement tous les chrétiens, que l'on soit prêtre, parent, éducateur, catéchiste et nous obliger à nous situer par rapport à l'enseignement du Christ.

Au cours de la Journée mondiale de la jeunesse, le pape Benoît XVI invitait les jeunes "à suivre le Christ et à cultiver la liberté intérieure, pour dépasser « la corruption et l’avidité » qui  inondent le monde". (Benoît XVI) L'on pourrait se poser la question : le monde, qui est-ce... c'est sûrement les autres ?

- Ne craignez pas d'envisager de grands projets positifs, proposait le pape aux jeunes et ne vous laissez pas décourager par les difficultés. "Je sais bien - a ajouté Benoît XVI - que ce message est de plus en plus difficile à comprendre. Quelle accumulation d'échecs autour de nous ! (...) Le Pape vous est proche et prie pour que la crise de la famille ne devienne pas une catastrophe irréversible". (Réponses du Saint Père)

- Jésus a une prédilection pour les jeunes, comme le souligne le dialogue avec le jeune riche (cf. Mt 19, 16-22; Mc 10, 17-22); il en respecte la liberté, mais il ne se lasse jamais de leur proposer des objectifs plus élevés pour la vie: la nouveauté de l'Évangile et la beauté d'une conduite sainte. (...) Laissez-vous emporter par la vie nouvelle qui naît de la rencontre avec le Christ et vous serez en mesure d'être des apôtres de sa paix... (Homélie du Saint Père)

- Les initiatives de divertissement au cours des week-ends rassemblent de nombreux jeunes fait remarquer Benoît XVI. On peut "errer" également virtuellement en "naviguant" sur Internet, en recherchant des informations ou des contacts en tout genre. Malheureusement, ne manquent pas - et ils sont même hélas trop nombreux ! - les jeunes qui cherchent des paysages mentaux aussi vides que destructeurs dans les paradis artificiels de la drogue. (...) La vérité est que les choses finies peuvent apporter des lueurs de joie, mais seul l'Infini peut remplir le cœur. (Jeunes)

Extraits de quelques pages de cours et d'étude sur l'évangile Johannique (suite)
Où nous situons-nous ?

Si le monde désigne avant tout ceux que leur orgueil, leur dureté, leur manque de bonne volonté tiennent écartés de la foi, il est, dans l'évangile johannique une tout autre catégorie d'âmes, chez lesquelles la bonne volonté existe, mais se heurte à des obstacles qui risquent de l'annihiler. Chez ces âmes, à la différence des pharisiens, la difficulté provient, non de la malignité, mais de la faiblesse. L'entraînement des sens et les péchés qui en dérivent les ont rendues captives, substituant à l'attirance divine une autre attirance, tyrannique, et bientôt prépondérante.

Cependant, ces âmes ne se sont pas fermées volontairement aux appels de Dieu, aussi sont-elles encore capables de les entendre, bien qu'elles soient incapables de les suivre. La bonne volonté, bien qu'inefficace, ne leur fait pas défaut, et c'est pourquoi Dieu a encore prise sur elles. Il l'a d'autant plus, qu'elles ont, sur les âmes orgueilleuses et suffisantes, un immense avantage : celui de se savoir et de se reconnaître coupables. Elles n'ont pas élevé de leurs propres mains une infranchissable muraille entre elles et Dieu. C'est par faiblesse et comme à regret, qu'elles l'ont laissée monter peu à peu. Mais Dieu, mettant à profit cette faiblesse et leur misère avouée, se fraiera un chemin jusqu'à elles. Connaissant mieux qu'elles encore leur désir de se détacher de ce qui, si souvent contre leur gré, les tient asservies, il fera miséricordieusement naître l'occasion qui les ouvrira à la grâce et les délivrera.

Ainsi en agit-il avec la Samaritaine, Madeleine et la femme adultère ; ainsi agit-il encore avec chaque âme faible, mais de bonne volonté.

Jean qui nous a rapporté en des termes d'une rigueur redoutable la condamnation des pharisiens par le Christ, use au contraire d'une admirable délicatesse pour nous montrer dans ces âmes, apparemment mal préparées, mais en fait si peu éloignées de Dieu, les premières lueurs d'un retour et l'aube d'une foi qui s'éveille sous le souffle de la divine miséricorde.

En revanche, il nous montre le Christ plus sévère pour les âmes pusillanimes dont la bonne volonté est pratiquement neutralisée, annihilée par la crainte de s'engager, et par une insuffisante générosité... Ces âmes s'avèrent incapables de faire le pas, de passer à l'acte. Ce fut le cas des nombreux témoins de la multiplication des pains. Ces « disciples » de Jésus, pleins d'enthousiasme et d'une générosité de surface, s'étaient alors écriés : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu (6. 28) ? » Mais placés, aussitôt après, devant l'obligation d'adhérer aux paroles du Christ sur le pain de vie, et de poser un acte de foi vraiment onéreux, ils se récusent et refusent de s'engager. « Ce qu'il dit est trop fort, qui peut l'écouter ? Dès lors bon nombre de ses disciples se retirèrent et cessèrent de l'accompagner (6. 66). »

En mettant en lumière les obstacles à la bonne volonté et à la foi, Jean n'a pas manqué d'en chercher la cause. Sans doute l'inclination au mal de la nature déchue suffirait à expliquer que l'attirance vers la lumière et la vérité soit si souvent battue en brèche. Ainsi en va-t-il chez tous ceux qui appartiennent « au monde » et en sont prisonniers. Cependant les obstacles ne seraient pas aussi forts, aussi redoutables, sans l'action incessante de Satan.

C'est lui qui cherche à ruiner la bonne volonté dans les âmes, en les séduisant et en les tenant captives. Si elles ne se libèrent pas de celui : « qui est homicide dès le commencement  (8. 44) », elles ne parviendront pas à connaître la Vérité ; elles sont vouées à la mort.

Je m'en vais et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché (8. 21).
Oui, si vous ne croyez pas que je suis, vous mourrez dans votre péché (8. 24).

Jésus ne précise pas de quel péché il s'agit, parce qu'en définitive tout péché tend à produire dans l'âme les mêmes effets, à élever les mêmes obstacles entre elle et Dieu.

Tout homme qui commet le péché est un esclave (8.34).

Cet esclavage empêche l'âme d'entendre la voix de Dieu, d'écouter ses appels et de les suivre.

Ma parole n'entre pas en vous (8.37)
Vous ne pouvez pas écouter ma parole (8.43).

Asservie au péché, l'âme ne peut plus, quand bien même elle en aurait le désir, s'établir dans la vérité et dans la lumière. L'action de celui « en qui il n'y a pas de vérité (8.44) », qui est « menteur et père du mensonge (8.44) », a fini par avoir raison de cette bonne volonté qui pouvait encore subsister en l'âme et avait mission de préparer les voies à la foi.

L'obstacle à la bonne volonté réside donc dans le péché, dans tous les péchés, aussi bien ceux qui nous détournent de la lumière que ceux qui nous asservissent à nos sens. En faisant de nous des esclaves, ils nous placent sous le pouvoir du démon. Le Christ ira jusqu'à dire à ceux qui se soumettent au péché :

Vous avez pour père le diable,
et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir
(8.44).

Devenir « enfant de Dieu (1.I4) » par la foi, ou « avoir pour père le diable (8.44) », tel est en fin de compte l'enjeu de cette option redoutable qui repose sur la bonne ou la mauvaise volonté.

Il serait cependant d'une psychologie paresseuse et quelque peu simpliste de rendre Satan seul responsable de la faillite de notre bonne volonté. Certes, il exerce sur elle une influence indéniable, constante et multiforme ; mais les difficultés qu'elle rencontre, tiennent plus encore à notre nature, et à notre manière de recevoir ou d'écarter les grâces divines.

Or il semble que la bonne volonté s'appuie elle-même sur une disposition plus cachée et plus intime, exigée de tous ceux que l'Évangile nous présente : des pharisiens orgueilleux, des âmes faibles et prisonnières de leur péché, des âmes pusillanimes qui hésitent à s'engager, des âmes droites et généreuses enfin, qu'il s'agisse du fonctionnaire de Capharnaüm, de l'aveugle-né, ou des apôtres eux-mêmes.

Cette disposition paraît consister en une volonté d'attention bienveillante, d'accueil favorable à ce qui nous vient du prochain, et plus encore, en une ouverture à Dieu, commandées par une humilité, une « pauvreté en esprit » véritables. Mais le quatrième Évangile n'employant jamais ce mot, on pourrait parler ici de « modestie », intellectuelle ou spirituelle, selon les cas.

Celui qui la possède connaît ses limites. Il ne s'enferme pas dans son propre univers, mais accepte qu'il en existe d'autres, aussi valables que le sien, encore inconnus de lui, et que le prochain l'aidera à découvrir.

En revanche, ceux qui, dans les Évangiles, ont refusé la lumière, apparaissent jalousement prisonniers de leur trésor, de leur champ, de leurs privilèges, de leur volonté ou de leur univers propre, voire de leur religion elle-même, considérée comme un bien dont ils ont la propriété et l'usage exclusifs. Plus le « riche » est centré sur lui-même, plus il réagit fortement à ce qui menace de l'atteindre et de le priver de ses biens, et moins il est capable de « bonne volonté ». Au contraire, l'humble, le modeste, même s'il possède beaucoup de biens, garde le sens de leurs limites, de leur précarité, il est toujours prêt à les quitter pour d'autres valeurs, plus hautes, plus universelles.

L'invitation à la foi adressée à chaque homme le prend là où il est et comme il est. Elle lui demande seulement de ne pas se considérer comme un absolu, mais d'accepter de voir ses positions remises en question. Ceci exige qu'il fasse confiance à un autre et avance dans l'inconnu.

Le quatrième Évangile qui illustre admirablement cet état d'esprit, nous permet également de comprendre qu'en ses débuts cette modestie manque encore sur certains plans, tandis que déjà elle se manifeste sur d'autres. C'est ainsi que chez la Samaritaine aucun changement notable d'attitude n'apparaît, alors pourtant que déjà la grâce progresse en son âme.

Et cependant, le récit évangélique nous la montre véritablement sur ces frontières où l'immodestie des mœurs et de l'esprit risque de constituer un infranchissable obstacle. Mais, aussi bien son persiflage que son attitude désinvolte apparaissent assez vite comme le bouclier derrière lequel elle s'abrite, afin de se défendre contre une emprise qu'elle redoute. Poursuivie dans ses retranchements, elle finit par s'avouer vaincue. C'est qu'en dépit des apparences, son âme n'avait jamais opposé aux avances divines une véritable fin de non-recevoir.

De cela, ses actes bien plus que ses paroles permettent de prendre conscience. Ils nous la montrent en effet acceptant d'être mise en face d'elle-même, reconnaissant sa faiblesse, sa misère (4.29), et ne s'opposant pas à ce que le «Prophète (4.19)» renverse l'édifice intérieur qu'elle s'était efforcée de maintenir dans un équilibre précaire. Elle accepte même, en définitive, qu'il la place devant cet absolu dont elle avait soif, mais dont elle redoutait les exigences. Dès lors les voies sont ouvertes par où la grâce va cheminer et la conduire à la foi.

Quant à Marie Madeleine, — dont la présence se devine à l'arrière-plan de l'évangile johannique, bien avant que l'apôtre ne la mette en scène — c'est, pourrait-on dire, par état de vie qu'elle est immodeste ; ayant pour métier de susciter et d'accaparer les hommages dont elle s'enrichit, de servir pour son propre compte. Convertie, ses attitudes gardent encore la « forme » de jadis ; et cependant, par-delà l'immodestie — ce parfum à l'odeur persistante dont sa personne ne saurait se déprendre d'un seul coup — on perçoit l'effort qu'elle fait pour se dépouiller d'elle-même, son âme étant éprise d'une autre Beauté. Si ses gestes demeurent encore semblables à ce qu'ils furent hier, l'intention qui les lui dicte est toute autre. Désormais, en effet, ils ne sont plus commandés par le culte exclusif du moi, mais tournés vers l'oblation et le sacrifice.

Aussi ne se soucie-t-elle plus de voir moqués et méprisés les moyens qu'elle employait hier encore pour séduire et pour plaire. Qu'importe dès lors si la même grâce humaine émane encore de tout son être, de tous ses gestes, si à nouveau elle dénoue sa chevelure (Lc 7.38), et si la demeure s'emplit toute de l'odeur de son parfum; puisque désormais elle ne se recherche plus en tout cela et que tout en elle est définitivement renoncé et offert.

Modestie et bonne volonté d'une âme alors que les apparences demeurent inchangées... Dieu seul peut juger cette transformation intérieure ; seul il peut juger les cœurs. Les cheminements secrets de la bonne volonté demeurent cachés aux hommes (Lc 7.29) et ne sont connus que de Dieu. La parole du Sauveur, admirable en sa profondeur comme en sa mansuétude : « Ses nombreux péchés lui seront remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour (Lc 7.47)» permet de saisir comment le Christ met sa connaissance divine de « ce qu'il y a dans l'homme (2.25) » au service de son infinie miséricorde.

Plus aisés à interpréter sont les autres exemples de bonne volonté rencontrés dans le quatrième Évangile.

Le fonctionnaire de Capharnaüm, l'aveugle-né, ne réclament pas de preuve ; ils s'en remettent avec confiance à la parole du Maître. Tous deux acceptent qu'un Autre prenne en mains leur destinée et, faisant irruption dans leur vie, en modifie le cours.

Plus remarquable encore la modestie des futurs apôtres. Quoi d'étonnant, dira-t-on peut-être, si le Christ en impose à de simples pêcheurs du lac de Tibériade, à des hommes de peu! Il faudrait en réalité retourner l'argument : S'Il s'est révélé à eux, s'Il a trouvé le chemin de leur cœur, c'est qu'Il les a connus humbles, ouverts, perméables à la lumière et à la vérité.

En effet, à moins de voir dans leur vocation et leur réponse un coup de force de la grâce, foulant aux pieds leur liberté, il faut bien admettre que chez eux, la rapide victoire de la foi s'explique par leur modestie foncière. S'ils ont répondu à l'appel du Christ, c'est que leur âme était celle de véritables pauvres en esprit, c'est qu'ils n'étaient pas prisonniers d'eux-mêmes. Ces âmes d'espérance, d'attente et de désir, n'étaient à aucun degré « des âmes propriétaires (L'expression est de saint JEAN DE LA CROIX. Montée, 11,26) ». Aussi, lorsque la route du Maître rencontra la leur, il leur fut aisé de le suivre, comme les feuilles que le grand vent d'automne soulève et entraîne après lui.

En face de ces âmes, l'attitude des pharisiens, des docteurs de la Loi, de tous les « sages », apparaît pleine de suffisance et fermée. Leur modestie feinte cache un orgueil foncier, une volonté arrêtée de ne rien accepter — fût-ce la Vérité elle-même — de ce qui viendrait bousculer leur univers. Dans un tel climat, l'attirance divine, se heurtant à des portes closes, demeure impuissante. Pleins d'eux-mêmes et sûrs d'eux-mêmes, les pharisiens regardent toutes choses de haut : «Nous savons, nous (9.24)...» En tous domaines, leur siège est fait. Pour que la grâce ait pu les atteindre, il leur aurait fallu considérer la Vérité comme un absolu vers lequel chaque homme se doit de tendre, dans une attitude de renoncement total à ses propres lumières, de dépendance amoureuse et de service.

Une telle attitude, impossible « aux sages et aux habiles (Mt 11.25) », est en revanche aisée et douce aux humbles et aux petits, ces véritables « enfants de Dieu » chez lesquels il semble que l'on aperçoive encore un reflet du Paradis. Si le péché a eu prise sur eux comme sur tous, du moins il ne semble pas qu'il les ait séparés, retranchés, opposés à Dieu, à l'égal des autres hommes, refermés sur eux-mêmes et qui ont pris l'habitude de n'admettre que ce qu'ils ont d'abord fait passer au crible de leur propre jugement. A de tels hommes, tout paraît menacer leur autonomie, leur indépendance. Et c'est ainsi qu'élevant des barrières autour d'eux, ils deviennent peu à peu prisonniers d'eux-mêmes.

Seuls l'humilité, le renoncement, l'ouverture généreuse à la Vérité et à ses exigences leur permettraient de recouvrer cette liberté intérieure que le Christ est venu leur proposer et dont ils ne veulent pas, parce que trop onéreuse :

Si vous demeurez dans ma parole... vous connaîtrez alors la vérité
et la vérité vous fera libres, dit alors Jésus à ceux des Juifs qui l'avaient cru
.

Ils lui répondirent : Nous sommes de la race d' Abraham, et jamais nous n'avons été esclaves de personne. Comment peux- tu dire : Vous deviendrez libres ?

Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, tout homme qui commet le péché est un esclave...
Si le Fils vous affranchit vous serez réellement libres...

Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ?
C'est que vous ne pouvez pas écouter ma parole...

Ma parole n'entre pas en vous...
Si vous n'entendez pas, c'est que vous n'êtes pas de Dieu (8. 31-47).

Dans cette libération par la dépendance, l'humilité, et le renoncement, Jean voit le secret de la bonne volonté et la condition de ses progrès.

En effet, le véritable obstacle à la bonne volonté chez un homme n'est pas tant sa faiblesse, que son refus de renoncer à ce qui s'oppose en lui à la foi, et surtout de se renoncer lui-même.

Réalité beaucoup plus religieuse que morale, le renoncement est le moyen universel et nécessaire sans lequel le travail divin ne peut s'accomplir. Il apparaît lié à l'attirance divine, c'est-à-dire à la grâce de foi prise à ses débuts, comme le moyen est lié à la fin. Or on ne répond à un appel qu'en quittant le lieu où l'on se trouve ; on ne suit une grâce qui vous attire, qu'en renversant ou brisant les obstacles ou du moins en  les dépassant. Répondre à Dieu, même lorsque son appel n'a pas encore la forme claire et personnelle que la foi lui conférera par la suite, exige déjà que l'on se mette en état de répondre, que l'on se libère de ce qui nous tient prisonniers, pour aller là où Dieu nous appelle et nous attend.

Tel était déjà l'enseignement de l'Ancien Testament. En le méditant, Jean n'avait pu manquer d'y découvrir, dès les premières pages de l'histoire du peuple de Dieu, les rapports étroits qui unissent le renoncement et la foi.

A celui qui devait devenir le « Père des croyants » et « notre Père dans la foi » : Abraham, la première parole de Yahvé avait été : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t'indiquerai (Gn 12. 1) ». La première étape sur le chemin qui devait conduire le patriarche à la foi, s'accompagnait d'un premier et nécessaire renoncement.

A la seconde étape devait correspondre un second renoncement, plus onéreux encore, celui de ses espérances. Abraham avait coupé tous les ponts derrière lui, il lui fallait maintenant renoncer à se survivre. A Yahvé qui lui promet une récompense très grande, le vieillard sans descendance et désabusé ne peut que répondre : « Monseigneur Yahvé, que me donnerais-tu ? Je m'en vais sans enfant »... Le conduisant dehors, Yahvé lui dit alors : « Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux... telle sera ta postérité». «Abraham crut en Yahvé qui le lui compta comme justice (Gn 15-6) », car le vieillard, renonçant à ses propres lumières, se jeta en Dieu avec une absolue confiance.

Cependant, une troisième étape était encore nécessaire pour que la foi d'Abraham parvînt à sa pureté et à sa perfection. Cela ne pouvait se faire sans un ultime renoncement, le plus douloureux et le plus incompréhensible. N'atteignait-il pas Abraham dans sa propre chair, ne tuait-il pas le présent, après lui avoir ôté le passé et l'avenir ? : « Prends ton fils, ton unique que tu chéris, Isaac, et va-t'en au pays de Moriyya, et là tu l'offriras en holocauste sur une montagne que je t'indiquerai (Gn 22.2) ». Abraham obéit, et ce renoncement héroïque établit sa foi dans la perfection de l'amour. Telles avaient été les exigences de Yahvé pour établir la foi d'Abraham sur une base inébranlable. Elles ne devaient pas êtres moindres pour Jean le Baptiste, le maître du disciple bien-aimé.

Quel exemple de renoncement le Précurseur chargé par Dieu de frayer les chemins de la foi en Israël, et géant de la foi lui-même, n'avait-il pas donné ! Renoncement à toute gloire personnelle : «Qui es-tu ? — Je ne suis pas le Christ — Es-tu Élie ? —Je ne le suis pas — Es-tu le prophète ? Non — Qui es-tu, que nous donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés ? — Moi, je suis une voix qui crie dans le désert...(1.19-23) »

Renoncement à toute influence personnelle : «Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit : 'Voici l'Agneau de Dieu', ses deux disciples l'entendant parler, suivirent Jésus (1.36) ».

Désintéressement total : « Je ne suis pas le Christ... mais je suis envoyé devant lui. Il faut qu'il grandisse et que moi, je décroisse (1.20; 3. 29,30) » qui aboutira au martyre, (Mt 14.10) mais que la joie, la suavité viennent visiter parce que c'est un renoncement d'amour :

L'ami de l'époux qui est là et qui l'entend
est ravi de joie à la voix de l'époux.
C'est là ma joie, elle est maintenant parfaite
(3-29).

Mais était-il besoin de chercher des exemples dans le passé ? Son expérience personnelle montrait à l'apôtre Jean que sa foi avait suivi des voies toutes semblables : renoncement à sa famille, à son père, à son métier (Mt 4.22), renoncement à son maître le Baptiste (1.27). Et les mots : «Viens, suis-moi (1. 39,43,46) » qui scandent le début du quatrième Évangile, sont liés dans son souvenir à la naissance à la foi de ses compagnons : pour eux comme pour lui, elle avait fleuri sur un renoncement essentiel, définitif, total.

Certes, l'appel est toujours premier et l'amour divin précède notre réponse, donc notre renoncement. Mais le renoncement est inscrit dans cet appel même et la foi ne jaillit pour ainsi dire que d'une terre dépouillée, comme certaines fleurs n'éclosent en forêt que lorsque le bûcheron a abattu la futaie, dont le couvert faisait écran aux rayons du soleil.

A plusieurs reprises Jean laisse entendre que l'incapacité à pratiquer le détachement paralyse en nous cette grâce d'attirance qui, fidèlement suivie, aurait abouti à la foi :

Comment pourriez-vous croire, vous qui tirez les uns des autres votre gloire et de la gloire qui vient du seul Dieu n'avez nul souci (5-44)?

Renoncement à l'égoïsme, à l'orgueil, à la vanité, renoncement aux lumières que nous croyons avoir, à l'estime, à l'espérance humaine, renoncement au péché sous toutes ses formes :

Tout homme qui commet le péché est un esclave (8.34).
Quiconque fait le mal, hait la lumière
et ne vient pas à la lumière (3.20).

Renoncement à l'esprit de lucre et de possession que Jean stigmatise en Judas, ce « voleur (12.6) » et qui devait si fortement contribuer à son naufrage.

Renoncement à la triple concupiscence, qui tient les hommes enchaînés et dont on ne se délivre que par un véritable détachement, condition de cette «victoire sur le monde qu'est notre foi (1 Jn 5- 5) ».

Renoncement à nous-mêmes enfin, qui contient tous les autres et les accomplit :

Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ;
s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ;
et qui hait sa vie en ce monde
la conservera en vie éternelle
(12.24,25).

Telles apparaissent, dans le quatrième Évangile, les exigences de celui qui vient nous proposer la foi.

Cependant, renoncement et bonne volonté ne sont pas nécessaires seulement sur le chemin qui mène à la foi : ils le demeurent encore, lorsque ayant répondu à l'attirance divine et reçu du Christ la grâce de foi, l'homme désire progresser dans cette foi, en découvrir et en vivre les inépuisables richesses.
 

Sources: www.vatican.va - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 12.01.2008 - BENOÎT XVI - T/Spiritualité - Famille - Méditations

 

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