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19 Avril 2005
 

Est-il difficile pour nous, demande Benoît XVI, de reconnaître là l'esprit de notre époque ?

 

Le 29 décembre 2007 - (E.S.M.) - Cet esprit de rébellion contre Dieu et contre la Loi divine ? L'abandon de tout ce qui constituait jusqu'ici nos fondements, et le choix d'une liberté sans limites ? Le mot grec qui dans la parabole, désigne la fortune dilapidée, indique Benoît XVI, signifie dans le langage des philosophes grecs « substance », nature. Le fils prodigue dilapide « sa substance », lui-même.

Le Retour du fils prodigue - (Murillo 1670) Pour agrandir l'image: C'est ici

Est-il difficile pour nous, demande Benoît XVI, de reconnaître là l'esprit de notre époque ?

Chapitre 7 - Le message des paraboles (pages 207 à 243)
1) Nature et finalité des paraboles Benoît XVI
2) Jésus lui-même est la semence, il est le Royaume de Dieu en personne   Benoît XVI
3) Qu'est-ce en fait qu'une parabole ? Et que cherche celui qui la dit ? Benoît XVI
4) La parabole du bon Samaritain Benoît XVI
5) La parabole des deux frères et du père miséricordieux :

La parabole des deux frères (le fils prodigue et le fils aîné) et du père miséricordieux (Lc 15, 11-32)

Cette parabole, peut-être la plus belle de Jésus, est connue sous le nom de « parabole du fils prodigue ».

Effectivement, le fils prodigue est si impressionnant dans le portrait qui en est dressé, son sort, dans le bien comme dans le mal, nous va tellement droit au cœur, qu'il apparaît nécessairement comme le véritable centre du texte. Mais en réalité, il y a trois personnages principaux dans cette parabole. Joachim Jeremias et d'autres ont proposé de l'intituler plutôt « parabole du père miséricordieux », arguant que c'était lui le vrai centre de l'histoire.

De son côté, Pierre Grelot a porté son attention sur la figure du second frère comme tout à fait essentielle, et il est d'avis — très justement me semble-t-il — que le titre le plus exact serait « parabole des deux frères ». Cela résulte tout d'abord de la situation à laquelle la parabole répond. Dans l'Évangile de saint Luc, la situation est introduite de la manière suivante : « Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : "Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux !" » (Lc 15, 1). Nous voici face à deux groupes, à deux « frères » : publicains et pécheurs, pharisiens et scribes. Jésus répond alors en trois paraboles : celle de la brebis perdue et des quatre-vingt-dix-neuf brebis restées au bercail, celle de la pièce d'argent perdue, et finalement il commence un nouveau récit en disant : un homme avait deux fils (Lc 15, 11). Ils ont tous deux leur importance.

Le Seigneur reprend ici une tradition très ancienne : la thématique des deux frères traverse tout l'Ancien Testament, depuis Caïn et Abel, en passant par Ismaël et Isaac, jusqu'à Ésaü et Jacob, et elle se reflète une fois encore sous une forme modifiée dans le comportement des onze fils de Jacob à l'égard de Joseph. L'histoire des élections est dominée par une étrange dialectique entre deux frères, qui, dans l'Ancien Testament, reste une question en suspens. Jésus a repris cette thématique à un moment nouveau de l'agir de Dieu dans l'histoire, et il lui a imprimé une direction nouvelle. On trouve chez Matthieu un texte relatif à deux frères, assez proche de notre parabole : l'un déclare vouloir exécuter la volonté du père, mais ne l'accomplit pas, l'autre dit non à la volonté du père, puis, s'étant repenti, il exécute la mission dont on l'avait chargé (cf. Mt 21, 28-32). Ici aussi nous avons affaire à la relation entre pécheurs et pharisiens, ici aussi le texte invite en définitive à donner de manière renouvelée son assentiment à l'appel de Dieu.

La figure du fils prodigue

Mais essayons à présent de suivre pas à pas la parabole. Il y a tout d'abord la figure du fils prodigue ; toutefois, la générosité du père est, elle aussi, visible d'emblée. Ce dernier satisfait à la requête du fils cadet qui demande la part d'héritage qui lui revient, et il fait le partage de ses biens. Il donne la liberté. Il peut imaginer ce que le plus jeune fils va faire de ses biens, mais il le laisse suivre sa route personnelle.

Le fils part « pour un pays lointain ». Les Pères de l'Église ont interprété cela principalement comme un éloignement intérieur du monde du père, du monde de Dieu, comme la rupture intime de la relation, le fait de partir très loin de ce qui vous est propre et véritablement essentiel. Le fils dilapide son héritage. Il veut simplement jouir de la vie, thème si souvent abordé par Benoît XVI, en profiter jusqu'à la dernière goutte et l'avoir, croit-il, « en abondance ». Il ne veut plus être soumis à aucun commandement, à aucune autorité. Il cherche la liberté radicale, il veut vivre seulement selon sa propre règle, sans se soumettre à une exigence extérieure. Il jouit de la vie, il se sent tout à fait autonome.

Est-il difficile pour nous de reconnaître là l'esprit de notre époque, cet esprit de rébellion contre Dieu et contre la Loi divine ? L'abandon de tout ce qui constituait jusqu'ici nos fondements, et le choix d'une liberté sans limites ? Le mot grec qui, dans la parabole, désigne la fortune dilapidée signifie dans le langage des philosophes grecs « substance », nature. Le fils prodigue dilapide « sa substance », lui-même.

À la fin, il a tout dépensé. Cet homme qui a été tout à fait libre devient alors réellement esclave, gardien de porcs, et il s'estimerait heureux si on lui donnait à manger ce que mangent les porcs. L'homme qui entend par liberté l'arbitraire absolu de sa volonté propre, de son chemin personnel et d'eux seuls, vit dans le mensonge, car, par nature, sa place est d'être dans la réciprocité, sa liberté est une liberté à partager avec autrui. Par nature, il porte inscrites en lui la discipline et la norme ; s'identifier profondément avec elles, telle serait la vraie liberté. Une fausse autonomie conduit à la servitude, l'histoire nous l'a montré entre-temps de façon éclatante. Pour les Juifs, le porc est un animal impur ; être gardien de porcs est donc l'expression de l'aliénation et de la paupérisation les plus extrêmes. L'homme totalement libre est devenu un pitoyable esclave.

C'est ici qu'advient le « retournement ». Le fils prodigue comprend qu'il est perdu, que c'est dans la maison paternelle qu'il était libre, et que les domestiques de son père sont plus libres que lui, qui s'était cru totalement libre. Il « rentre alors en lui-même », dit l'Évangile (Lc 15, 17) et, comme la parole sur le pays lointain, cette formule invite les Pères à la réflexion philosophique : cet homme qui vit loin de chez lui, coupé de son origine, s'est aussi beaucoup éloigné de lui-même. Il vivait coupé de la vérité de son existence.

Son retournement, sa « conversion », consiste à reconnaître cela, à comprendre sa propre aliénation d'homme parti réellement « à l'étranger » et devenu étranger à lui-même, et maintenant elle consiste à revenir à soi. En lui-même, il trouve inscrit le principe qui l'oriente vers le père, vers la vraie liberté de « fils ». Les paroles qu'il prépare pour son retour nous montrent l'étendue du cheminement intérieur qu'il accomplit maintenant. C'est l'expression d'une existence qui s'est mise en route et qui, traversant tous les déserts, retourne « chez elle », pour se retrouver elle-même et pour retrouver le père. Il se met en route vers la vérité de son existence, une route qui le mène « chez lui ». Par cette interprétation « existentielle » du retour au bercail, les Pères nous expliquent aussi ce qu'est la « conversion », quelles souffrances et quelles purifications intérieures elle implique, et nous pouvons dire sans crainte qu'en cela, ils ont compris très justement l'essence de cette parabole et qu'ils nous aident à en percevoir toute l'actualité.

« Comme il était encore loin, son père l'aperçut » et partit à sa rencontre. Il écoute la confession du fils et mesure le chemin intérieur qu'il a parcouru ; il voit qu'il a trouvé le chemin de la liberté réelle. Alors, il ne le laisse même pas terminer, il le prend dans ses bras, il l'embrasse et fait préparer un grand festin pour exprimer sa joie. La source de cette joie, c'est que le fils, qui « était mort » (15, 32) lorsqu'il était parti avec sa fortune, est maintenant revenu à la vie ; il est ressuscité. Il était perdu et il « est retrouvé ».

Les Pères ont mis tout leur amour dans l'interprétation de cette scène. Pour eux, le fils prodigue est l'image de l'homme par excellence, de l'« Adam » que nous sommes tous, cet Adam à la rencontre duquel Dieu est allé et qu'il a à nouveau accueilli dans sa maison. Dans la parabole, le père demande à ses domestiques de vite apporter « le plus beau vêtement ». Pour les Pères, ce « plus beau vêtement » se réfère à la grâce perdue dont l'homme était paré à l'origine et qu'il a perdue en péchant. À présent, on lui fait à nouveau don de ce « plus beau vêtement », le vêtement du fils. Dans la fête que l'on prépare, les Pères voient l'image de la fête de la foi, la célébration de l'Eucharistie qui anticipe le repas éternel. Si l'on s'en tient à la lettre du texte grec, le fils aîné, en rentrant chez lui, entend « une symphonie et des chœurs » : pour les Pères, c'est à nouveau une image de la symphonie de la foi, qui fait de l'existence chrétienne une joie et une fête.

La figure du père

Mais le point essentiel du texte ne se trouve bien sûr pas dans ces détails, l'essentiel est maintenant clairement la figure du père. Est-elle compréhensible ? Un père peut-il, doit-il agir ainsi ? Pierre Grelot a fait remarquer qu'ici, la parole de Jésus est entièrement fondée sur l'Ancien Testament : l'archétype de cette vision de Dieu, du Père, se trouve au Livre d'Osée (11, 1-9). Il y est d'abord question de l'élection d'Israël et de sa trahison : « Mais plus je les appelais, plus ils s'écartaient de moi ; aux Baals ils sacrifiaient, aux idoles ils brûlaient de l'encens » (Os 11, 2). Mais Dieu voit aussi dans quel état de désolation se trouve ce peuple, avec quelle violence l'épée sévit dans ses villes (cf. Os 11, 6). Et il se passe exactement ce qui est dépeint dans notre parabole : « Comment t'abandonnerais-je, Éphraïm, te livrerais-je, Israël [...] Mon cœur se retourne contre moi, et le regret me consume. Je n'agirai pas selon l'ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint » (Os 11, 8-9). Parce que Dieu est Dieu, le Saint, il agit comme nul homme ne saurait agir. Dieu a un cœur, et ce cœur se retourne pour ainsi dire contre lui-même : chez le prophète comme dans l'Évangile, nous retrouvons ici le mot « compassion », qui renvoie à l'image du sein maternel. Le cœur de Dieu transforme sa colère ; au lieu de punir, il pardonne.

Le chrétien se pose alors la question suivante : où Jésus Christ a-t-il sa place ici ? Dans la parabole, seul le Père apparaît. Est-elle dépourvue de toute dimension christologique ? Augustin a tenté d'introduire l'aspect christologique là où il est dit que le père prend son fils dans ses bras (cf. Lc 15, 20). « Le bras du Père, c'est le Fils », dit-il. Il aurait pu trouver sa référence chez Irénée qui dit du Fils et de l'Esprit qu'ils sont les deux mains du Père. « Le bras du Père, c'est le Fils » : quand il pose ce bras sur notre épaule, comme « son joug facile à porter » (Mt 11, 30), ce n'est pas d'un fardeau qu'il nous charge, il s'agit au contraire d'un geste d'accueil affectueux. Le « joug » de ce bras n'est pas un fardeau que nous devons porter, c'est un don d'amour, qui nous porte et qui fait de nous des fils. C'est une interprétation très suggestive, mais cela reste une « allégorie » qui va nettement au-delà du texte.

Pierre Grelot a trouvé une interprétation qui s'en tient au texte et qui nous mène plus profond encore. Il fait remarquer que, dans cette parabole comme dans les précédentes, Jésus légitime sa propre bonté à l'égard des pécheurs, son accueil des pécheurs, par l'attitude du père. Jésus, « par sa propre attitude, devient lui même la révélation de celui qu'il appelait son Père ». Une « christologie implicite » apparaît d'elle-même dès lors que l'on considère le contexte historique de la parabole. « Sa passion et sa résurrection renforcent encore cet aspect : comment Dieu a-t-il montré aux pécheurs son amour miséricordieux ? Parce que "le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs" (Rm 5, 8). Jésus ne peut aucunement entrer dans le cadre narratif de sa parabole, parce qu'il vit en s'identifiant au Père des cieux, en calquant son attitude sur celle du Père. Or, le Christ ressuscité reste actuellement, sur ce point, dans la situation de Jésus de Nazareth durant son ministère (P. Grelot, Les Paroles de Jésus-Christ, p. 228-229, voir bibliographie, p. 400). ». Effectivement, dans cette parabole, Jésus légitime son attitude dans la mesure où il la rapporte à celle de son Père et où il l'identifie à elle. C'est donc à travers la figure du père, en tant qu'il réalise concrètement l'action paternelle, que le Christ est au centre de cette parabole.

Le frère aîné

Voici qu'intervient le frère aîné. Il rentre du travail des champs ; il entend la fête qui se donne chez lui ; il en apprend la raison et se met en colère. Il lui est tout simplement impossible de trouver juste qu'en l'honneur de ce bon à rien qui a dépensé toute sa fortune - les biens de son père — avec des prostituées, on donne aussitôt une fête splendide, sans mise à l'épreuve, sans temps de pénitence. Cela contredit son sens de la justice. Il a passé sa vie à travailler, et cela semble sans importance en regard du passé impur de l'autre. L'amertume monte en lui : « II y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres », dit-il à son père, « et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis » (Lc 15, 29). Le père est sorti à sa rencontre aussi, et il essaye de le calmer. Le fils aîné ne sait rien de l'itinéraire et des mutations intérieures de son frère, ni du fait qu'il est parti très loin, ni qu'il est tombé très bas avant de se retrouver lui-même. Il ne voit que l'injustice. Et cela montre sans doute que lui aussi avait secrètement rêvé d'une liberté sans limites, qu'au fond de lui, son obéissance l'a rendu amer, et qu'il ne sait rien de la grâce d'être au bercail, de la liberté réelle qui est la sienne en tant que fils. « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi », lui dit le père, « et tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15, 31). Il lui explique par là la grandeur d'être fils. Ce sont les mêmes mots que ceux par lesquels Jésus, dans sa prière sacerdotale, décrit sa relation au Père : « Tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17, 10).

La parabole s'interrompt ici sans rien nous dire de la réaction du frère aîné. Il ne peut d'ailleurs en être autrement car, à ce point, c'est la réalité qui fait irruption : à travers ces paroles du père, Jésus s'adresse au cœur des pharisiens et des scribes mécontents, qui s'indignaient de le voir témoigner de la bonté à l'égard des pécheurs (Lc 15, 2). On voit à présent très clairement que Jésus identifie sa bonté à l'égard des pécheurs à la bonté du père dans la parabole, et toutes les paroles qui sont mises dans la bouche du père sont celles qu'il adresse lui-même aux hommes pieux. La parabole ne raconte pas une quelconque histoire lointaine, elle traite de ce qui advient par lui ici et maintenant. Il veut gagner le cœur de ses adversaires. Il les invite à entrer dans sa maison et à partager la joie de tous en cette heure du retour au bercail et de la réconciliation. Paul reprend cette invitation et cette demande quand il écrit : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20).

Mais à qui s'adresse-t-il à présent ?

Ainsi, la parabole s'inscrit de manière très réaliste dans le contexte historique dans lequel le Christ l'a prononcée, mais en même temps, elle transcende le moment historique, car Dieu continue de nous lancer des appels afin de nous gagner à lui. Mais à qui s'adresse-t-il à présent ? En règle générale, les Pères ont rapporté le thème des deux frères aux relations entre Juifs et païens. Il ne leur a pas été difficile de reconnaître, dans le fils dépravé qui s'est éloigné de Dieu et de lui-même, le monde païen auquel Jésus a ouvert la porte qui mène à la communion avec Dieu dans la grâce et pour lequel il donne alors la fête de son amour. Et il n'était pas difficile non plus de voir dans le frère resté à la maison le peuple d'Israël, qui disait à juste titre : « II y a tant d'années que je suis à ton service sans jamais avoir transgressé un seul de tes commandements. » C'est dans la fidélité à la Torah que se révèle la fidélité d'Israël, ainsi que son image de Dieu.

L'interprétation qui renvoie aux Juifs n'est pas infondée tant qu'on la prend telle qu'elle est apparue dans le texte : une délicate tentative de Dieu de persuader Israël, tentative qui se trouve totalement entre les mains de Dieu. Remarquons bien que, dans la parabole, le père ne remet pas en question la fidélité du fils aîné, et aussi qu'il le confirme de manière expresse dans son statut de fils : toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais cette même interprétation devient erronée dès lors qu'on en fait une condamnation des Juifs, dont il n'est nullement question dans le texte.

Si l'on peut appliquer la parabole des deux frères à Israël et aux païens comme étant une dimension implicite du texte, il n'en reste pas moins que d'autres dimensions sont présentes. Dans la bouche de Jésus, le discours du frère aîné ne vise pas simplement Israël (les pécheurs qui venaient à lui étaient eux aussi des Juifs), mais il vise la menace spécifique qui pèse sur les hommes pieux, sur ceux qui sont « en règle » avec Dieu, selon l'expression de Grelot (p. 229). Grelot met en évidence la petite phrase : « Jamais je n'ai transgressé un seul de tes commandements. » Pour les pieux, Dieu est avant tout la Loi ; ils se conçoivent dans une relation juridique à Dieu, et sur ce point ils sont à son égal. Mais Dieu est plus grand ; il leur faut se convertir et passer du Dieu-Loi au Dieu plus grand, le Dieu d'amour. Cela ne signifie pas qu'ils renoncent à l'obéissance, mais cette obéissance procédera d'une source plus profonde et elle gagnera donc en grandeur, en ouverture et en pureté, et surtout, elle gagnera en humilité.

En complément, revenons à une perspective déjà abordée. L'amertume ressentie par les hommes de bien à l'égard de Dieu révèle que l'obéissance dont ils font preuve suscite une amertume intérieure qui fait apparaître les limites de cette obéissance : dans leur for intérieur, ils auraient aimé, eux aussi, partir au loin, vers la grande liberté. Ils sont secrètement envieux de ce que l'autre a pu se permettre. Ils n'ont pas parcouru tout ce chemin qui a permis au plus jeune de se purifier et de comprendre ce que signifie la liberté, ce que signifie être fils. En réalité, ils portent leur liberté comme une servitude, sans être parvenus à la maturité de la véritable condition de fils. Eux aussi ont encore besoin de faire du chemin. Ce chemin, ils peuvent le trouver s'ils donnent tout simplement raison à Dieu, s'ils acceptent que sa fête soit aussi la leur. Par cette parabole, le Père nous parle à travers le Christ, à nous qui sommes restés au bercail, afin que, nous aussi, nous nous convertissions vraiment et que nous nous réjouissions de notre foi.

à suivre ... 6) La parabole du riche et du pauvre Lazare

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« SUB TUUM PRAESIDIUM » Prière à la divine Miséricorde

J'ai recours à votre Miséricorde, Dieu clément, qui seul êtes bon (Mat. 19, 17). Malgré ma grande misère et mes innombrables fautes, j'ai confiance en votre Miséricorde, parce que Vous êtes « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation » (2 Cor. 1, 3). On n'a jamais entendu dire, et ni le Ciel ni la terre ne s'en souviennent, qu'une âme confiante en votre Miséricorde ait été abandonnée.
O Dieu de pitié, Vous seul pouvez me justifier; Vous ne me rejetterez pas, chaque fois que je me rendrai, contrit, à votre Cœur Miséricordieux où nul n'a connu de refus, si grand pécheur fût-il. 0 doux Sauveur, puisque Vous-même avez promis que le Ciel et la terre retourneraient dans le néant plutôt qu'une âme confiante ne dût éprouver votre Miséricorde, faites qu'aucune âme qui s'approche de vous ne parte sans avoir obtenu pardon, consolation et nouvelles grâces en abondance. Amen.
(Journal, cah. VI, p. 39; 54.)
 

Sources: www.vatican.va - E.S.M.

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 29.12.2007 - BENOÎT XVI - T/J.N. - T/Miséricorde

 

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