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19 Avril 2005
 

Jésus commence par faire exploser l'ordre social d'Israël

 

Le 09 décembre 2007 - (E.S.M.) - Par son invitation à rejoindre avec lui une nouvelle famille universelle dans l'obéissance commune au Père, Jésus commence, certes, par faire exploser l'ordre social d'Israël.

La Synagogue pendant la lecture de la Loi - Pour agrandir l'image: C'est ici

Jésus, assure Benoît XVI, commence par faire exploser l'ordre social d'Israël

II. La Torah du Messie
1) II a été dit - Et moi je vous dis : Benoît XVI
2) La querelle du sabbat : Benoît XVI
3) (page précédente) La famille, le peuple et la communauté des disciples de Jésus : Benoît XVI
4) (suite) Mais Jésus, votre « Messie », qu'a-t-il donc apporté ?

Du côté des Juifs, précisément, la question qui revient sans cesse, et c'est une question absolument légitime, est la suivante : mais Jésus, votre « Messie », qu'a-t-il donc apporté ? Il n'a pas apporté la paix universelle et il n'a pas vaincu la misère du monde. Alors comment pourrait-il être le vrai Messie, puisque c'est justement cela qu'on attend d'un vrai Messie. Et en effet, qu'est-ce que Jésus a apporté ? Nous avons déjà rencontré cette question et Benoît XVI d'insister, nous connaissons aussi la réponse : il a apporté le Dieu d'Israël à tous les peuples, si bien que désormais tous les peuples le prient et reconnaissent sa parole dans les Écritures d'Israël, la parole du Dieu vivant. Il a fait don de l'universalité, qui est une grande promesse, une promesse marquante pour Israël et pour le monde. L'universalité, la foi en l'unique Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob accueillie au sein de la nouvelle famille de Jésus, répandue dans tous les peuples et dépassant les liens charnels de la filiation - tel est le fruit de l'œuvre de Jésus. C'est cela qui l'authentifie en tant que « Messie » et qui donne de la promesse messianique une interprétation fondée sur Moïse et sur les prophètes, mais en même temps tout à fait nouvelle.

Le vecteur de cette universalisation est la nouvelle famille, dont le seul préalable est la communion avec Jésus, la communion dans la volonté de Dieu. Car le je de Jésus ne se présente justement pas comme un ego entêté, gravitant sur lui-même. « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère » (Mc 3, 34) : le je de Jésus incarne la communion de volonté du Fils avec le Père. C'est un je qui écoute et qui obéit. La communion avec lui est une communion filiale avec le Père - un oui au quatrième commandement sur un plan différent et absolument supérieur. C'est une entrée dans la famille de ceux qui disent Père à Dieu et qui peuvent le dire dans le nous de ceux qui sont unis à Jésus et qui, à travers l'écoute qu'ils lui donnent, sont unis à la volonté du Père, s'inscrivant ainsi au cœur de l'obéissance que prône la Torah.

Cette union à la volonté de Dieu le Père à travers la communion avec Jésus, dont la nourriture est de faire la volonté du Père (cf. Jn 4, 34), ouvre à présent de nouvelles perspectives sur les différentes prescriptions de la Torah. La Torah avait en effet pour tâche de fournir à Israël un régime juridique et social concret à ce peuple particulier, qui est d'une part un peuple bien déterminé, dont la cohésion interne est assurée par la filiation et la succession des générations, mais qui est, d'autre part, d'emblée et par nature, porteur d'une promesse universelle. Dans la nouvelle famille de Jésus, que l'on appellera plus tard « l'Église », ces différents dispositifs juridiques et sociaux ne peuvent avoir de validité générale dans leur littéralité historique : c'était bien là le problème au début de « l'Église des nations » et l'objet de la controverse entre Paul et ceux qu'on appelait les « judaïsants ». Reporter l'ordre social d'Israël tel quel sur tous les hommes de tous les peuples aurait constitué, de fait, la négation même de l'universalité de la communauté de Dieu en train de se constituer. C'est ce que Paul a parfaitement vu. C'est ce que la Torah du Messie ne pouvait être. Et c'est ce qu'elle n'est pas, comme le montrent le Sermon sur la montagne et tout l'entretien du croyant et auditeur attentif qu'est le rabbin Neusner.

Il se produit là, un événement d'une extrême importance, dont la portée n'a pu être pleinement comprise qu'à l'époque moderne, qui s'est empressée d'en donner une version unilatérale, voire falsifiée. Les dispositions juridiques et sociales concrètes, les régimes politiques ne sont plus fixés comme un droit sacré dont la lettre vaut pour toutes les époques et pour tous les peuples. Ce qui est décisif, c'est la communion fondamentale de volonté avec Dieu, que Jésus a offerte. En partant d'elle, les hommes et les peuples sont désormais libres de discerner ce qui est conforme à cette communion de volonté en matière de régime politique et social, pour créer par eux-mêmes des ordres juridiques. L'absence de toute dimension sociale dans la prédication de Jésus, que Neusner critique avec beaucoup de discernement du point de vue juif, cache un événement d'une portée historique universelle, sans équivalent dans toute autre culture : les dispositifs politiques et sociaux concrets sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré, de la législation du droit divin, à la liberté de l'homme, qui, à travers Jésus, est enraciné dans la volonté du Père et qui, partant de lui, apprend à discerner ce qui est juste et bon.

Nous voilà ainsi revenus à la Torah du Messie, à la Lettre aux Galates : « Vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 13), non pas à une liberté aveugle et arbitraire, à une liberté « conçue pour la chair », dirait Paul, mais à une liberté visionnaire, ancrée dans la communion de volonté avec Jésus et ainsi avec Dieu lui-même, à une liberté, donc, qui puise dans une vision nouvelle pour bâtir justement ce dont il s'agit au plus profond de la Torah, qui l'universalise de l'intérieur avec Jésus et qui, par là, « l'accomplit » réellement.

Il est vrai qu'entre-temps cette liberté a été complètement arrachée à la perspective de Dieu et à la communion avec Jésus. La liberté pour l'universalité et donc pour la juste laïcité de l'État s'est transformée en quelque chose d'absolument profane, en « laïcisme », pour lequel l'oubli de Dieu et l'attachement exclusif au succès semblent être devenus des éléments constitutifs. Pour le chrétien croyant, les préceptes de la Torah restent une référence, sur laquelle il garde les yeux fixés. Pour lui, c'est surtout la recherche de la volonté de Dieu en communion avec Jésus qui reste une orientation pour la raison, faute de quoi celle-là court toujours le risque de s'aveugler ou d'être aveuglée.

Une dernière remarque importante. Cette universalisation de la foi et de l'espérance d'Israël, la libération qui s'ensuit de la lettre pour la nouvelle communion avec Jésus, sont en rapport avec l'autorité de Jésus et sa revendication de Fils. Cette libération perd son poids historique et sa base si l'on donne de Jésus une interprétation réductrice, en en faisant un rabbi réformateur libéral. Une interprétation libérale de la Torah serait une simple opinion de docteur de la Loi, mais n'aurait aucune importance historique. Au demeurant, la Torah, son origine dans la volonté de Dieu, se verraient elles aussi relativisées, et pour tout ce qui a été énoncé, ne resterait plus qu'une autorité humaine, celle d'un savant docteur. Cela ne crée pas de nouvelle communauté de foi. Le saut dans l'universalité, la liberté nouvelle qui lui est nécessaire, ne sont possibles qu'en vertu d'une obéissance plus grande. Cela ne peut avoir un impact historique que si l'autorité de cette nouvelle interprétation n'est pas moindre que celle du texte original lui-même : ce doit être une autorité divine. La nouvelle famille universelle est le but de la mission de Jésus, mais son autorité divine - la condition de Fils de Jésus dans la communion avec le Père - est le préalable pour que le départ vers un horizon neuf et plus vaste soit possible sans trahison ni arbitraire.

Nous avons entendu que Neusner demande à Jésus : veux-tu m'inciter à violer deux ou trois commandements de Dieu ? Si Jésus ne parle pas avec la pleine autorité du Fils, si son interprétation n'est pas le début d'une nouvelle communauté fondée sur une obéissance libre et renouvelée, alors il ne reste plus que ceci : Jésus incite à désobéir au commandement de Dieu.

Pour la chrétienté de tous les temps, il est fondamental de ne jamais perdre de vue le lien existant entre dépassement (Überschreitung), qui n'est pas «violation» (Uber-tretung), et accomplissement. Tout en respectant totalement Jésus, Neusner - nous l'avons vu - critique avec la plus grande énergie la dissolution de la famille, qu'il voit à l'œuvre dans l'incitation de Jésus à « violer » le quatrième commandement, de même que la menace contre le sabbat, qui constitue l'une des pierres angulaires de l'ordre social d'Israël. Or Jésus ne veut abolir ni la famille ni la finalité du sabbat selon la création, mais il doit créer pour les deux un nouvel espace plus vaste. Par son invitation à rejoindre avec lui une nouvelle famille universelle dans l'obéissance commune au Père, il commence, certes, par faire exploser l'ordre social d'Israël. Mais pour l'Église qui allait venir et celle qui est advenue, il a toujours été fondamental de défendre la famille considérée comme le noyau de tout ordre social, de s'engager en faveur du quatrième commandement dans toute sa signification : on sait le combat qu'elle mène aujourd'hui sur ce terrain. On comprend alors évidemment que le contenu essentiel du sabbat devait être de nouveau valorisé dans le jour du Seigneur. Le combat en faveur du dimanche fait également partie des préoccupations actuelles de l'Eglise, notre époque étant caractérisée par de nombreux cas de désagrégation du rythme du temps sur lequel se règle la communauté.

Une juste intrication de l'Ancien et du Nouveau Testament a toujours été et reste une composante essentielle de l'Église : les discours du Ressuscité insistent justement sur le fait que Jésus ne peut être compris que dans le contexte de « la Loi et des Prophètes », et que sa communauté ne peut vivre que dans ce contexte bien compris. En cette matière, deux dangers opposés ont menacé l'Église dès le début et la menaceront toujours : d'un côté, un légalisme erroné, que combat Paul et que l'on a malheureusement baptisé tout au long de l'histoire du nom de « judaïsme ». De l'autre, on trouve le rejet de Moïse et des Prophètes, donc de l'Ancien Testament, rejet que Marcion avait été le premier à formuler au IIe siècle et qui est aussi l'une des grandes tentations de l'époque moderne. Ce n'est pas un hasard si Harnack, en tant que représentant éminent de la théologie libérale, a demandé que l'on assume enfin l'héritage de Marcion libérant la chrétienté du fardeau de l'Ancien Testament. Aujourd'hui très répandue, la tentation d'interpréter le Nouveau Testament de façon purement spirituelle et de le détacher de toute référence sociale et politique va dans la même direction.

À l'inverse, les théologies politiques de toute obédience reviennent à théologiser une voie politique particulière, ce qui contredit la nouveauté et l'ampleur du message de Jésus. Il serait néanmoins erroné de considérer de telles tendances comme une « judaïsation » du christianisme, du fait qu'Israël rapporte à la communauté de lignage de l'« éternel Israël » son obéissance aux différentes dispositions sociales concrètes de la Torah, au lieu d'en faire un remède politique universel. Globalement, la chrétienté ferait bien de considérer avec respect cette obéissance d'Israël et de prendre ainsi la mesure des grands impératifs du Décalogue, que la chrétienté doit retranscrire dans l'espace de la famille universelle de Dieu et que Jésus nous a offerts en tant que « nouveau Moïse ». C'est en lui que nous voyons s'accomplir la promesse faite à Moïse : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi » (Dt 18, 15).

à suivre... : 5) Compromis et radicalité prophétique

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Sources: www.vatican.va

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 07.12.2007 - BENOÎT XVI - T/J.N.

 

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