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19 Avril 2005
 

Les liturgistes modernes, Benoît XVI et la fonction sociale du dimanche

 

Rome, le 03 décembre 2007 - (E.S.M.) - La question qui se pose maintenant pour le chrétien, observe Benoît XVI, est la suivante : était-il opportun de mettre en danger la grande fonction sociale du sabbat, de briser l'ordre sacré d'Israël, au profit d'une communauté de disciples que, pourrait-on dire, seule la figure de Jésus définit ?

Les épis arrachés par les disciples le jour du sabbat Pour agrandir l'image: C'est ici

Les liturgistes modernes, Benoît XVI et la fonction sociale du dimanche

II. La Torah du Messie
1) II a été dit - Et moi je vous dis : Benoît XVI
2) (suite) La querelle du sabbat

Suivons le dialogue de Neusner - le Juif croyant - avec Jésus et commençons par le sabbat. Pour Israël, rapporte Benoît XVI, observer scrupuleusement le sabbat est l'expression centrale de son existence en tant que vie dans l'alliance avec Dieu. Même la lecture superficielle des Évangiles permet de savoir que la querelle concernant ce qui doit être fait ou non pendant le sabbat est au centre de la discussion que Jésus mène avec le peuple d'Israël de son temps. L'interprétation courante consiste à dire que Jésus a rompu avec une pratique légaliste bornée pour gratifier Israël d'une conception plus généreuse et plus libérale, ouvrant ainsi la porte à une pratique raisonnable et conforme à chaque situation. On en veut pour preuve la phrase suivante : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non pas l'homme pour le sabbat » (Mc 2, 27), où l'on trouve une conception anthropocentrique de toute la réalité, de laquelle ressortirait de manière évidente une interprétation « libérale » des commandements. C'est justement des querelles autour du sabbat que l'on déduit l'image d'un Jésus libéral. Sa critique du judaïsme de son temps serait la critique que fait l'homme libéral et raisonnable d'un légalisme figé, dont le fond n'est plus qu'hypocrisie et qui réduit la religion à n'être plus qu'un système asservissant de préceptes en fin de compte déraisonnables, qui empêcheraient l'homme de développer son action et sa liberté. Il va de soi que cette interprétation ne pouvait guère susciter une image très sympathique du judaïsme. Il est vrai que la critique moderne, à commencer par celle de la Réforme, voyait « l'élément juif » ainsi conçu être présent dans le catholicisme.

Quoi qu'il en soit, ce qui est débattu ici, c'est Jésus — qui était-il réellement et que voulait-il vraiment ? —, ainsi que la question de la réalité du judaïsme et du christianisme : Jésus a-t-il été en réalité un rabbi libéral ? un précurseur du libéralisme chrétien ? Le Christ de la foi et, par conséquent, toute la foi de l'Église ne seraient-ils donc qu'une grosse erreur ?

Neusner écarte ce type d'interprétation avec une célérité surprenante, et il peut le faire parce qu'il pointe le véritable objet du litige de façon tout à fait convaincante. À propos de la discussion concernant les disciples qui arrachent les épis, il se contente de dire : « Ce qui m'inquiète, par conséquent, n'est pas le fait que les disciples aient violé le commandement d'observer le sabbat. Ce serait absurde et passerait à côté de l'essentiel (Ibid., P- 87). » Certes, quand nous lisons la querelle sur les guérisons accomplies le jour du sabbat et les récits sur la tristesse et la colère du Seigneur causées par la dureté de cœur des représentants de l'interprétation dominante du sabbat, nous voyons que, dans ces débats, ce sont les questions fondamentales concernant l'homme et la bonne façon d'honorer Dieu qui sont en jeu. A cet égard, même cet aspect du conflit n'est sûrement pas que « banal ». Neusner a pourtant raison quand il voit le nœud du conflit dans la réponse que fait Jésus à propos de la querelle des épis arrachés un jour de sabbat.

Jésus défend la façon dont les disciples apaisent leur faim en invoquant d'abord David, qui avait mangé les pains de l'offrande dans la maison de Dieu avec ses compagnons, « or, cela n'était permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement. » (Mt 12, 4). Après quoi il poursuit : « Ou bien encore, n'avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ? Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices (Os 6, 6 ; cf. 1 S 15, 22), vous n'auriez pas condamné ceux qui n'ont commis aucune faute. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat » (Mt 12, 4-8). Neusner commente : « Lui (Jésus) et ses disciples peuvent faire ce qu'ils font le jour du sabbat parce qu'ils ont pris la place des prêtres dans le Temple : le sanctuaire s'est déplacé. Il est désormais constitué par le cercle du Maître et de ses disciples (Ibid., P- 86s). »

II est temps, averti Benoît XVI, de s'arrêter un instant afin de voir ce que le sabbat signifiait pour Israël, et ainsi de comprendre les enjeux de cette querelle. Dieu s'est reposé le septième jour, nous dit le récit de la création. « Ce jour-là, nous fêtons la création », conclut Neusner avec raison (Ibid., P- 86s).  Et il poursuit : « Ne pas travailler le jour du sabbat est plus qu'accomplir un rite avec une obéissance scrupuleuse. C'est une façon d'imiter Dieu (Ibid. , P- 78).  » Est donc partie intégrante du sabbat, non seulement, sur le mode négatif, le fait de s'abstenir de toute activité extérieure, mais, positivement cette fois, le « repos » qui doit aussi trouver une expression spatiale : « Pour observer le sabbat, il faut donc rester chez soi. Le renoncement à tout travail ne suffit pas, il faut également se reposer, et cela signifie, sur le plan social, que le cercle familial et domestique est rétabli un jour par semaine, cercle à l'intérieur duquel chacun est chez soi et où tout est à sa place (Ibid. , P- 84).  » Le sabbat n'est pas seulement une affaire de religiosité personnelle, c'est le noyau d'un ordre social : « Ce jour fait de l'éternel Israël ce qu'il est, le peuple qui se repose le septième jour de sa création, comme Dieu l'avait fait après la création du monde (Ibid., P- 77).  »

Dans ce contexte, il serait sans doute opportun d'amorcer une réflexion sur notre société contemporaine et de considérer combien il serait salutaire que les familles puissent passer une journée ensemble et fassent de leur maison le foyer et le lieu de l'accomplissement de la communion dans le repos de Dieu. Mais interdisons-nous ici ce genre de considérations et restons-en au dialogue entre Jésus et Israël, qui est aussi un dialogue entre Jésus et nous, comme l'est aujourd'hui notre dialogue avec le peuple juif.

Le thème du « repos » comme élément constitutif du sabbat permet à Neusner de faire référence au cri de jubilation de Jésus, qui, dans l'Évangile selon Matthieu, précède l'épisode des épis arrachés par les disciples. Il s'agit de ce qu'on appelle le cri d'allégresse messianique, qui commence ainsi : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits...(Mt 11, 25-30). »  Dans notre interprétation classique, ces deux textes évangéliques apparaissent complètement différents l'un de l'autre : l'un parle de la divinité de Jésus, l'autre de la querelle du sabbat. Chez Neusner, il apparaît clairement que les deux textes sont étroitement liés, car il s'agit dans les deux cas du mystère de Jésus, du « Fils de l'homme », du « Fils » par excellence.

Voici les phrases qui précèdent immédiatement l'épisode du sabbat : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger » (Mt 11, 28-30). D'ordinaire, on en donne une interprétation moralisante à partir de la conception d'un Jésus libéral : comparée au « légalisme juif », la conception libérale de la Loi qui est celle de Jésus faciliterait la vie. Dans la pratique, cette interprétation n'est guère convaincante, étant donné que suivre le Christ n'est pas très facile - du reste Jésus n'avait jamais affirmé cela. Mais alors ?

Neusner nous montre qu'il ne s'agit pas d'une forme de moralisme, mais d'un texte hautement théologique ou, pour être plus précis, d'un texte christologique. Le thème du repos et le thème conjoint de la peine et du fardeau rattachent le texte à la question du sabbat. Le repos dont il s'agit a désormais un lien avec Jésus. L'enseignement de Jésus concernant le sabbat apparaît désormais dans l'harmonie ainsi établie entre le cri d'allégresse et les paroles qui font du Fils de l'homme le maître du sabbat. Voici la synthèse qu'en donne Neusner : « Mon joug est léger, je vous donne du repos. Le Fils de l'homme est vraiment maître du sabbat. Car le Fils de l'homme est désormais le sabbat d'Israël et c'est ainsi que nous agissons comme Dieu (Ibid., P- 90).  »

A présent, Neusner peut affirmer encore plus clairement qu'auparavant : « II n'est donc pas surprenant que le Fils de l'homme devienne maître du sabbat ! Non parce qu'il fait une interprétation libérale des restrictions du sabbat... Jésus n'avait rien d'un réformateur rabbinique désireux de "faciliter" la vie aux hommes... Non, il ne s'agit nullement d'alléger un fardeau... C'est l'autorité de Jésus qui est en jeu...(Ibid., P- 89) » « Maintenant le Christ est sur la montagne, maintenant il prend la place de la Torah (Ibid., P- 91).  » L'entretien du Juif croyant avec Jésus touche ici le point décisif. Et d'interroger, avec cette timidité qui l'honore, non pas Jésus lui-même, mais le disciple de Jésus : « "Ton maître, le Fils de l'homme, est-il vraiment le maître du sabbat ?" Et je demande une nouvelle fois : "Ton maître est-il Dieu ?" (Ibid., P- 92).  »

Voilà donc mis au jour le véritable nœud de la querelle. Jésus se conçoit lui-même comme la Torah, comme la Parole de Dieu en personne. Le majestueux prologue de l'Évangile de Jean - « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » - ne dit rien d'autre que ce qu'affirme Jésus dans le Sermon sur la montagne et dans les Évangiles synoptiques. Le Jésus du quatrième Évangile et le Jésus des synoptiques sont une seule et même personne : le vrai Jésus « historique ».

Le cœur des divergences à propos du sabbat concerne la question du Fils de l'homme, la question de Jésus Christ lui-même. Nous voyons une fois encore à quel point Harnack, et à sa suite l'exégèse libérale, se trompait, quand il pensait que le Fils, que le Christ, n'avait pas sa place dans l'Évangile de Jésus : en réalité il en est toujours le centre.

Mais il nous faut maintenant considérer un autre aspect du problème, constate Benoît XVI, qui apparaîtra beaucoup plus nettement à propos du quatrième commandement : ce qui choque le rabbin Neusner dans le message de Jésus à propos du sabbat, ce n'est pas seulement le caractère central de Jésus lui-même. Il le souligne très clairement et, tout compte fait, ne le met pas en question. Ce qu'il met en question, c'est la conséquence qui en ressort pour la vie concrète d'Israël : le sabbat perd son importante fonction sociale. Le sabbat fait partie des éléments essentiels qui assurent la cohésion d'Israël en tant qu'Israël. Dès lors que Jésus est mis au centre, cette structure sacrée se brise, et un élément essentiel de la cohésion du peuple se trouve menacé.

La prétention de Jésus lui-même a pour conséquence que la communauté des disciples de Jésus est le nouvel Israël. Cela ne trouble-t-il pas forcément celui à qui l'« éternel Israël » tient à cœur ? La question de la prétention de Jésus à être lui-même la Torah et le Temple en personne a aussi un rapport avec le thème d'Israël - la question de la communauté vivante du peuple -, dans lequel la Parole de Dieu se réalise. Dans la majeure partie du livre de Neusner, c'est justement ce second aspect qui est souligné, comme nous allons le voir à présent.

La question qui se pose maintenant pour le chrétien, observe Benoît XVI, est la suivante : était-il opportun de mettre en danger la grande fonction sociale du sabbat, de briser l'ordre sacré d'Israël, au profit d'une communauté de disciples que, pourrait-on dire, seule la figure de Jésus définit ? Cette question ne pourrait et ne peut se clarifier que dans le développement de la communauté des disciples, c'est-à-dire de l'Église. Mais ce n'est pas le moment de l'approfondir. La résurrection de Jésus eut lieu « le premier jour de la semaine », si bien que, pour les chrétiens, ce « premier jour » - le début de la Création - devint désormais le « jour du Seigneur », vers lequel se rassemblèrent les éléments essentiels du sabbat vétérotestamentaire, à travers la communion dans le repas avec Jésus.

Qu'à cette occasion l'Église ait aussi repris la fonction sociale du sabbat, toujours dans la perspective du « Fils de l'homme », trouva une confirmation éclatante lorsque Constantin, avec sa réforme juridique d'inspiration chrétienne, associa notamment à cette journée des libertés pour les esclaves et introduisit donc, dans le système juridique fondé sur les principes chrétiens, le jour du Seigneur comme jour de la liberté et du repos. Je trouve extrêmement inquiétant que des liturgistes modernes veuillent de nouveau écarter cette fonction sociale du dimanche, enracinée dans la continuité de la Torah d'Israël, en la qualifiant d'égarement constantinien. Mais là, on est naturellement confronté au problème du rapport entre foi et ordre social, entre foi et politique, qui va solliciter toute notre attention dans la prochaine section.

donc à suivre... : 3) La famille, le peuple et la communauté des disciples de Jésus

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Sources: www.vatican.va -

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 03.12.2007 - BENOÎT XVI - T/J.N.

 

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