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Captivant débat entre Benoît XVI et Neusner

 

Rome, le 02 décembre 2007 - (E.S.M.) - Passionnant débat, (par livre interposé) entre Benoît XVI et Neusner, Juif pratiquant et rabbin, qui enseigne à l'Université avec des théologiens chrétiens et qui témoigne d'un profond respect pour la foi de ses collègues chrétiens, tout en restant profondément convaincu de la validité de l'interprétation juive des Saintes Écritures.

La Torah de Moïse Pour agrandir l'image: C'est ici

Captivant débat entre Benoît XVI et Neusner

II. La Torah du Messie
1) II a été dit - Et moi je vous dis

Du Messie, on attendait qu'il apporte une Torah renouvelée, sa Torah. C'est sans doute à cela que pense Paul quand il parle de la « loi du Christ » dans sa Lettre aux Galates (6, 2). Sa grande plaidoirie passionnée pour la liberté vis-à-vis de la loi culmine dans les phrases suivantes du chapitre 5 : « Si le Christ nous a libérés, c'est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage » (5, 1). Mais ensuite, lorsqu'il reprend le même concept : « Or, vous, frères, vous avez été appelés à la liberté » (Ga 5, 13), c'est pour ajouter aussitôt : « Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. » Après quoi, indique Benoît XVI, il développe ce qu'est la liberté, à savoir une liberté qui mène au Bien, une liberté qui se laisse guider par l'Esprit de Dieu, et se laisser guider par l'Esprit de Dieu, c'est justement la bonne façon de se libérer de la loi. Immédiatement après, Paul nous indique quel est le contenu de la liberté de l'esprit et ce qui est incompatible avec elle.

La « Loi du Christ » est la liberté, tel est le paradoxe du message de la Lettre aux Galates. Cette liberté a donc un contenu, elle a une direction, et elle entre par là même en contradiction avec ce qui ne libère l'homme qu'en apparence mais qui en réalité l'asservit. La « Torah du Messie » est absolument nouvelle, différente - et c'est précisément pour cette raison qu'elle « accomplit » la Torah de Moïse.

La plus grande partie du Sermon sur la montagne (Mt 5, 17-7, 27) est consacrée au même thème. Après l'introduction programmatique des Béatitudes, le Sermon nous présente en quelque sorte la Torah du Messie. Il existe également une analogie avec la Lettre aux Galates pour ce qui est des destinataires et des intentions du texte : Paul écrit à des judéo-chrétiens qui se demandent s'il ne faut pas continuer à observer la totalité des préceptes de la Torah tels qu'ils ont été interprétés jusque-là.

Cette incertitude, précise Benoît XVI, concernait avant tout la circoncision, les interdits alimentaires, toute la sphère des purifications et les modalités d'observance du sabbat. Paul considère que cette conception est une régression en regard de la nouveauté du tournant messianique, régression dans laquelle s'évanouit l'essentiel de ce tournant, à savoir l'universalisation du peuple de Dieu. En vertu de cette universalisation, Israël peut désormais englober tous les peuples de la terre ; le Dieu d'Israël a été réellement apporté aux nations conformément à la Promesse et il se manifeste comme leur Dieu à tous, le Dieu unique.

Ce n'est plus la « chair » qui est déterminante (la descendance physique d'Abraham), mais l'« Esprit », c'est-à-dire l'appartenance à l'héritage de foi et de vie d'Israël au moyen de la communion avec Jésus Christ, qui a « spiritualisé » la loi pour en faire la voie que tous devaient suivre dans leur vie. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus s'adresse à son peuple, à Israël, comme étant le premier porteur de la Promesse. Mais en lui transmettant la nouvelle Torah, il ouvre celui-ci, de sorte qu'Israël et les autres nations peuvent constituer une nouvelle famille, la grande famille de Dieu.

Matthieu a écrit son Évangile pour des judéo-chrétiens et il l'a écrit dans la perspective du monde juif, afin de renouveler le grand élan qu'avait suscité Jésus. A travers son Évangile, Jésus parle de manière nouvelle et continue à Israël. Dans le temps historique de Matthieu, Jésus parle plus particulièrement à des judéo-chrétiens qui reconnaissent la nouveauté et la continuité de l'histoire de Dieu avec l'humanité, histoire qui commence avec Abraham, et du tournant opéré grâce à Jésus. C'est ainsi qu'ils doivent trouver le chemin de la vie.

Mais à quoi ressemble donc cette Torah du Messie ? Dès le début, explique Benoît XVI, il y a comme une sorte de titre et de clé de lecture, un mot qui ne cesse de nous surprendre, posant avec une clarté sans ambiguïté la fidélité de Dieu à lui-même et la fidélité de Jésus à la foi d'Israël : « Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas une lettre, pas un seul petit trait ne disparaîtra de la Loi jusqu'à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera sera déclaré grand dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 17-19).

Il ne s'agit donc pas d'abolir, mais d'accomplir, et cet accomplissement requiert un surcroît de justice, comme le dit immédiatement Jésus : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 20). Ne s'agit-il donc que d'un rigorisme accru dans l'obéissance à la loi ? Ou que pourrait bien être d'autre cette plus grande justice ?

Si l'accent est mis sur la plus grande fidélité, sur l'absolue continuité dès le début de la « relecture », de la nouvelle lecture des parties essentielles de la Torah, ce qui frappe bien au contraire quand on continue, c'est que Jésus expose le rapport entre la Torah de Moïse et la Torah du Messie sous forme d'une série d'antithèses : vous avez appris qu'il a été dit aux anciens... et moi je vous dis. Le je de Jésus s'affirme avec une autorité qu'aucun maître de la Loi ne peut se permettre. La foule le sent bien et Matthieu nous dit explicitement que le peuple était « effrayé » par sa façon d'enseigner. Il n'enseigne pas comme le font les rabbis, mais « en homme qui a autorité » (Mt 7, 28-29 ; cf. Mc 1, 22 ; Lc 4, 32). L'expression ne désigne évidemment pas quelque qualité rhétorique des discours de Jésus, mais la prétention avouée de se trouver soi-même au niveau du législateur — au niveau de Dieu. La « frayeur » (malheureusement cette « frayeur » se trouve édulcorée par les principales traductions françaises de la Bible, dans lesquelles la foule est simplement « frappée ») est justement celle qu'on éprouve du fait qu'un homme ose parler avec l'autorité de Dieu. Faisant ainsi, ou bien il profane la majesté de Dieu, ce qui serait terrible, ou bien, et cela semble pratiquement inconcevable, il est vraiment à la hauteur de Dieu.

Alors comment comprendre cette Torah du Messie ? Quel chemin nous indique-t-elle ? Que nous dit-elle de Jésus, d'Israël, de l'Église, de nous-mêmes et à nous-mêmes ? Dans ma recherche d'une réponse à ces questions, le livre déjà cité d'un savant juif, Jacob Neusner, m'a été d'une grande aide : A Rabbi Talks with Jésus. An Intermillenian Interfaith Exchange (J. Neusner, A Rabbi Talks with Jésus, Doubleday, 1993).

Neusner, Juif pratiquant et rabbin, a grandi dans l'amitié avec des chrétiens catholiques et des évangélistes ; il enseigne à l'Université avec des théologiens chrétiens et il témoigne d'un profond respect pour la foi de ses collègues chrétiens, tout en restant profondément convaincu de la validité de l'interprétation juive des Saintes Écritures. Son profond respect de la foi chrétienne et sa fidélité au judaïsme l'ont conduit à rechercher le dialogue avec Jésus. Dans ce livre, l'auteur se mêle au groupe de ses disciples sur la « montagne » de Galilée. Il écoute Jésus, compare sa parole avec celle de l'Ancien Testament et avec les traditions rabbiniques telles qu'elles sont consignées dans la Mishna et le Talmud. Il voit dans ces ouvrages la présence de traditions orales qui remontent aux origines, ouvrages qui lui fournissent la clé pour interpréter la Torah. Il écoute, compare, et parle avec Jésus lui-même. Il est touché par la grandeur et la pureté de ses paroles et, en même temps, tourmenté par l'incompatibilité finale qu'il trouve au centre du Sermon sur la montagne. Puis il poursuit son chemin avec Jésus en direction de Jérusalem et il constate que, dans les paroles de Jésus, revient la même thématique, qui est peu à peu développée. Il ne cesse d'essayer de comprendre, il ne cesse d'être touché par la grandeur du message, et il ne cesse de parler avec Jésus. Mais pour finir, il décide de ne pas suivre Jésus. Il reste fidèle, pour reprendre son expression, à l'« éternel Israël (Ibid., p. 143).».

Le dialogue du rabbin avec Jésus, relève Benoît XVI, montre comment la foi en la parole de Dieu, présente dans les Saintes Écritures, dépasse les époques pour créer une contemporanéité : c'est à partir de l'Écriture que le rabbin peut entrer dans l'aujourd'hui de Jésus et c'est à partir d'elle que Jésus entre dans notre aujourd'hui. Ce dialogue se déroule avec une grande franchise. Il laisse transparaître les divergences dans toute leur dureté, mais cela se déroule également dans un climat de grand amour : le rabbin accepte l'altérité du message de Jésus et il s'éloigne sans qu'apparaisse de haine ; et tout en maintenant la rigueur de la vérité, il fait toujours apparaître la force réconciliatrice de l'amour.

Essayons de recueillir l'essentiel de ce dialogue, afin de mieux connaître Jésus et de mieux comprendre nos frères juifs. Le point central est, me semble-t-il, très joliment montré dans une des scènes les plus impressionnantes du livre de Neusner. Ayant suivi Jésus dans son dialogue intérieur tout au long de la journée, Neusner se retire à présent avec les Juifs d'une petite ville pour prier et pour étudier la Torah, pour discuter avec le rabbin de ce qu'il a entendu, toujours dans l'idée de la contemporanéité à travers les siècles. Le rabbin cite un extrait du Talmud babylonien : « Rabbi Shimlaï rapporta : "Six cent treize préceptes ont été transmis à Moïse ; trois cent soixante-cinq préceptes négatifs correspondent aux jours de l'année solaire, et deux cent quarante-huit préceptes positifs correspondent aux parties du corps humain. Sur quoi David vint et en réduisit le nombre à onze... Sur quoi Isaïe vint et en réduisit le nombre à six... Sur quoi Isaïe revint une seconde fois et en ramena le nombre à deux, vint ensuite Habaquq et il les ramena à un seul, car il est dit : 'Le juste vivra par sa fidélité' (Ha 2, 4)" (Ibid., p. 95s). »

Dans le livre de Neusner, vient immédiatement après le dialogue suivant : « "Est-ce cela que Jésus le sage avait à dire ?", demande le maître. Moi : "Pas exactement, mais à peu près." Lui : "Qu'a-t-il omis ?" Moi : "Rien." Lui : "Qu'a-t-il ajouté alors ?" Moi : "Lui-même." (Ibid. , P- 113s). » Tel est le point central de l'effroi causé par le message de Jésus aux yeux du Juif croyant qu'est Neusner, et c'est aussi la raison centrale pour laquelle il refuse de suivre Jésus et reste fidèle à l'« éternel Israël » : le caractère central du je de Jésus dans son message, qui donne une nouvelle direction à toute chose. À titre de preuve de cet « ajout », Neusner cite à cet endroit (Ibid., P- 114) ce que Jésus dit au jeune homme riche : si tu veux être parfait, viens, vends ce que tu possèdes et suis-moi (cf. Mt 19, 20). La perfection, le fait d'être saint comme Dieu est saint, tel que cela est requis par la Torah (cf. Lv 19, 2 ; 11, 44), consiste désormais à suivre Jésus.

C'est avec une grande crainte et un grand respect que Neusner aborde le mystère de cette équivalence entre Jésus et Dieu qu'opèrent divers passages du Sermon sur la montagne, mais ses analyses montrent néanmoins que, sur ce point, le message de Jésus se distingue radicalement de la foi de l'« éternel Israël ». Il le fait en partant de trois commandements fondamentaux dont il étudie le traitement par Jésus : le quatrième commandement (tu honoreras ton père et ta mère), le troisième, respect du caractère sacré du sabbat, et pour finir le commandement de sainteté que nous venons d'aborder. Il parvient à la conclusion, et celle-ci le tourmente, que Jésus veut visiblement l'inciter à le suivre et à transgresser ces trois commandements fondamentaux de Dieu.

à suivre... : 2) La querelle du sabbat

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Sources: www.vatican.va -

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 02.12.2007 - BENOÎT XVI - T/J.N.

 

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