ACCUEIL

BENOÎT XVI

L'EVANGILE DU JOUR

LA FAMILLE

TEXTES DU VATICAN

JEAN PAUL II

CHRIST MISERICORDIEUX

ACTUALITE DE L'EGLISE

CATECHESES

LITURGIE

LES JEUNES

FIDELES LAICS

JOUR DU SEIGNEUR

SERVANTS DE MESSE

SPIRITUALITE

THEOLOGIE

VOCATIONS

VOYAGE APOSTOLIQUE

GALERIE PHOTOS

TV VATICAN

MEDITATIONS

BREVES

QUI SOMMES NOUS

NOUS CONTACTER
 
BIBLIOTHEQUE
FORUM
ESCHATOLOGIE
LIENS
.
STATISTIQUES
 
Ouverture du site
19 Avril 2005
 

Un rabbin débat avec le pape Benoît XVI

 

ROME, le 11 Juin 2007 - (E.S.M.) - Le rabbin, c'est Jacob Neusner, celui-là même à qui Benoît XVI consacre de nombreuses pages de son dernier livre. De leur avis à tous les deux, les débats entre judaïsme et christianisme doivent non pas occulter mais porter à la lumière les prétentions de vérité respectives

Le rabbin Jacob Neusner

Un rabbin débat avec Benoît XVI. Et ce qui les divise, c'est toujours Jésus

Le rabbin, c'est Jacob Neusner, celui-là même à qui Benoît XVI consacre de nombreuses pages de son dernier livre. De leur avis à tous les deux, les débats entre judaïsme et christianisme doivent non pas occulter mais porter à la lumière les prétentions de vérité respectives


Dans le livre "Jésus de Nazareth" écrit par Joseph Ratzinger avant et après son élection en tant que pape, un auteur vivant est cité et discuté beaucoup plus que les autres. Dans le chapitre quatre, consacré au Discours sur la Montagne, Joseph Ratzinger s’arrête sur lui pendant au moins quinze pages.

Cet auteur est un juif pratiquant, le rabbin Jacob Neusner. Il vit aux Etats-Unis, et enseigne l’histoire et la théologie du judaïsme au Bard College, Annandale-on-Hudson, New-York. En 1993, il a publié un livre qui a beaucoup frappé celui qui était alors le cardinal Ratzinger: "A Rabbi Talks with Jesus".

Dans "Jésus de Nazareth", le pape Benoît XVI explique pourquoi ce livre l’a impressionné de manière si positive: "l’auteur y prend place au milieu du groupe des disciples sur la ‘montagne’ de la Galilée. Il écoute Jésus [...] et parle avec Jésus lui-même. Il est touché par la grandeur et par la pureté de ses paroles et cependant inquiété par l’inconciliabilité définitive qu’il perçoit dans le cœur du Discours sur la Montagne. Il accompagne ensuite Jésus dans son chemin vers Jérusalem [...] et se remet à chaque fois à lui parler. Mais à la fin, il décide de ne pas suivre Jésus. Il reste fidèle à ce qu’il appelle l’Israël éternel".

Le nœud crucial qui empêche le rabbin de croire en Jésus est le fait qu’Il se révèle en tant que Dieu: c’est d’ailleurs ce scandale qui a mené Jésus à la mort. Selon Joseph Ratzinger, c’est justement là que se trouve la valeur du livre de Neusner. La conversation imaginaire entre le rabbin juif et Jésus "laisse transparaître toute la dureté des différences, mais elle a lieu dans un climat de grand amour: le rabbin accepte la différence du message de Jésus et prend congé avec un détachement dépourvu de toute haine. Tout en restant dans la rigueur de la vérité, il n’abandonne pas la force conciliatrice de l’amour".

Pour Benoît XVI, c’est là la voie du vrai dialogue entre juifs et chrétiens. Ne pas occulter les prétentions de vérité respectives, mais les porter à la lumière dans la compréhension et dans le respect réciproque.

Et c’est aussi l’opinion de Jacob Neusner:

"Au cours des deux derniers siècles, le dialogue entre juifs et chrétiens a été un outil des politiques de conciliation sociale et non plus une recherche religieuse sur les convictions de l’autre. […] Avec le livre "Jésus de Nazareth" les débats entre juifs et chrétiens entrent dans une nouvelle ère. Nous sommes désormais en mesure de nous rencontrer dans un exercice de raison et de critique prometteur".

Jacob Neusner a commenté le livre du pape dans un article publié le 29 mai par le quotidien israélien "The Jerusalem Post".

Il s’agit du premier commentaire d’envergure de "Jésus de Nazareth" par une autorité religieuse reconnue, un homme qui non seulement n’est pas chrétien mais appartient à la religion juive. En voici la traduction:

Sandro Magister

Ma discussion avec le pape

par Jacob Neusner

Au Moyen âge, les rabbins étaient contraints de s’engager, devant les rois et les cardinaux, dans des discussions avec des prêtres, pour décider quelle était la vraie religion, le judaïsme ou le christianisme. Le résultat était couru d’avance: les chrétiens gagnaient car ils détenaient l’épée.

Puis, dans les années qui ont suivi le Seconde Guerre mondiale, les débats ont laissé place à la conviction que les deux religions disent la même chose et les différences entre elles n’ont plus été considérées que comme des questions secondaires.

Aujourd’hui, en revanche, un nouveau type de controverse a débuté, où la vérité des deux religions constitue le centre du débat.

Cela marque un retour aux anciens débats, avec leur sérieux intense au sujet des vérités religieuses et leur volonté de poser les questions de fond et de s’engager dans les réponses.

Mon livre, "A Rabbi Talks with Jesus", a constitué l’un de ces récents exercices de débat. Et aujourd’hui, en 2007, le pape a relevé le défi point par point dans son nouveau livre "Jésus de Nazareth". On peut imaginer ma stupeur quand on m’a dit que le chapitre quatre du livre de Benoît XVI "Jésus de Nazareth" contenait une réponse chrétienne à mon livre "A Rabbi Talks with Jesus".

Nous avons donc des papes engagés dans le dialogue théologique judéo-chrétien? Dans l’Antiquité et au Moyen âge, les débats concernant des propositions de vérité religieuse définissaient la finalité du dialogue entre les religions, en particulier entre le judaïsme et le christianisme. Le judaïsme a affronté la question avec force, en accumulant des raisonnements rigoureux construits sur les faits de l’Écriture commune aux deux parties impliquées dans la confrontation. Des récits imaginaires, comme "Kuzari" de Juda Halevi, ont mis en scène un dialogue entre judaïsme, christianisme et islam, un dialogue présidé par un roi qui cherchait la vraie religion pour son royaume. Le judaïsme était sorti vainqueur du débat qui avait eu lieu devant le roi des Khazars, tout au moins dans la version de Juda Halevi. Mais le christianisme a recherché aussi résolument des soutiens dans le débat, sûr de remporter la confrontation. Des controverses semblables attestaient la confiance commune des toutes les parties dans l’intégrité de la raison et dans les événements des Écritures partagées.

Ces disputes ont été abandonnées quand les religions ont perdu leur confiance en la capacité de la raison à établir la vérité théologique. A partir de ce moment, par exemple dans "Nathan le sage" de Lessing, les religions ont été conçues pour affirmer une vérité commune à tous et les différences entre les religions ont été mises de côté, comme étant marginales et sans importance. On a dit qu’un président américain avait affirmé: "Peu importe en quoi tu crois, l’important c’est que tu sois un bon citoyen". Ainsi, les controverses entre les religions ont perdu de leur urgence. L’héritage de l’Illuminisme, avec son indifférence à la prétention de vérité des religions, a promu la tolérance religieuse et le respect réciproque à la place de la confrontation entre les religions et à la revendication de connaître Dieu. Les religions ont été perçues comme des obstacles au bon ordre de la société.

Au cours des deux derniers siècles, le dialogue entre juifs et chrétiens a été utilisé pour des politiques de conciliation sociale. Il n’a plus été une recherche religieuse sur les convictions de l’autre. La négociation a pris la place du débat et on a pensé que la prétention de vérité de sa propre religion violait les règles de bonne conduite.

En revanche, dans "A Rabbi Talks with Jesus", j’ai pris au sérieux l’affirmation de Jésus selon lequel la Torah trouvait en lui son accomplissement et j’ai confronté cette affirmation avec les enseignements d’autres rabbins, dans une sorte de débat entre maîtres de la Torah. J’explique, de manière lucide et en aucun cas apologétique, pourquoi, si j’avais vécu en Israël au premier siècle et si j’avais été présent lors du Discours sur la Montagne, je ne me serais pas uni au groupe des disciples de Jésus. J’aurais dit non – mais avec courtoisie –, certain d’avoir de mon côté des raisons et des faits solides.

Si j’avais écouté ce qu’il a dit dans le Discours sur la Montagne, je ne serais pas devenu l’un des ses disciples, pour des raisons solides et substantielles. C’est difficile à imaginer, parce qu’on aurait du mal à trouver des mots plus profondément enracinés dans notre civilisation et dans ses plus profondes expressions que les enseignements du Discours sur la Montagne et d’autres paroles de Jésus. Mais il est aussi difficile d’imaginer que l’on entend ces paroles pour la première fois, comme quelque chose de surprenant et d’exigeant, et non comme de simples lieux communs. C’est précisément ce que je propose de faire dans mes conversations avec Jésus: écouter et argumenter. Écouter les enseignements religieux comme si c’était la première fois et y répondre avec surprise et émerveillement – c’est cela le fruit du débat religieux de nos jours.

J’ai écrit mon livre pour essayer d’expliquer un peu pourquoi, alors que les chrétiens croient en Jésus-Christ et en la bonne nouvelle de son pouvoir dans le royaume des Cieux, les juifs croient en la Torah de Moïse et forment sur la terre et dans leur chair un royaume de Dieu formé de prêtres et d’un peuple saint. Cette foi demande aux fidèles juifs de ne pas adopter les enseignements de Jésus, en s’appuyant sur le fait que ces enseignements contredisent la Torah sur des points importants.

Quand Jésus s’éloigne de la révélation faite par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï, c’est-à-dire la Torah, il se trompe, alors que Moïse est dans le vrai. En établissant la base de cette opposition qui n’est en rien apologétique, j’entends encourager le dialogue entre croyants, chrétiens et juifs.

Pendant longtemps, les juifs ont loué Jésus comme un rabbin, comme un juif vraiment semblable à nous; mais pour la foi chrétienne en Jésus Christ, cette affirmation n’apporte absolument rien. De leur côté, les chrétiens ont loué le judaïsme en tant que religion d’où est venu Jésus, mais nous pouvons difficilement considérer cela comme un véritable compliment.

Souvent, nous avons évité de mettre en évidence les principales différences entre nous, non seulement en réponse à la personne et aux affirmations de Jésus, mais spécialement à propos de ses enseignements.

Il a prétendu réformer et accomplir: "Il vous a été dit… mais moi je vous dis…". Nous, au contraire, nous sommes convaincus, et je l’ai soutenu dans mon livre, que la Torah a été et est parfaite, qu’elle n’a pas besoin d’accomplissements supplémentaires et que le judaïsme construit sur la Torah et les prophètes et les Écrits, les parties originellement orales de la Torah mises sous forme écrite dans la Mishna, le Talmud, le Midrash – ce judaïsme a été et reste le dessein de Dieu pour l’humanité

Sur la base de ce critère, j’ai proposé de définir les divergences d’opinion judaïques par rapport à plusieurs enseignements importants de Jésus. C’est un acte de respect envers les chrétiens et d’honneur envers leur foi, parce que nous ne pouvons discuter que si nous nous prenons réciproquement au sérieux. Nous ne pouvons dialoguer que si nous honorons à la fois nous-mêmes et les autres. Dans ma discussion imaginaire, je traite Jésus avec respect, mais je veux aussi débattre avec lui de ce qu’il dit.

Qu’est-ce qui est en jeu ici ? Si je réussis à créer une représentation vivante de la discussion, les chrétiens verront les choix faits par Jésus et sauront raviver leur foi en Jésus-Christ, mais aussi en rapport avec le judaïsme.

Je veux mettre en évidence les choix différents que le judaïsme et le christianisme voient s’affronter dans les Écritures qu’ils ont en commun. Les chrétiens comprendront mieux le christianisme s’ils sont conscients des choix qu’il place devant eux; il en va de même pour les juifs vis-à-vis du judaïsme.

Je veux expliquer aux chrétiens pourquoi je crois au judaïsme et cela devrait aider les chrétiens à définir quelles sont les convictions profondes qu’ils apportent à l’église chaque dimanche.

Les juifs renforceront leur confiance en la Torah de Moïse mais aussi leur respect pour le christianisme. Je veux que les juifs comprennent pourquoi le judaïsme demande un assentiment: "le Miséricordieux cherche les cœurs", "la Torah n’a été donnée que pour purifier le cœur de l’Homme". Les juifs comme les chrétiens devraient trouver dans "A Rabbi talks with Jesus" les raisons qu’ils doivent soutenir, puisque les uns comme les autres découvriront les points essentiels sur lesquels se fonde la différence entre le judaïsme et le christianisme.

Qu’est-ce qui me rend si sûr de ce résultat ? Je crois que, quand chaque partie comprend ce qui la sépare d’une autre de la même manière que celle-ci et que toutes les deux affirment leur vérité respective en s’appuyant sur de solides raisons, alors tous peuvent aimer et louer le Seigneur en paix – en sachant qu’ils servent vraiment un seul et même Dieu – selon leurs différences respectives. Mon livre est un livre religieux sur la différence religieuse: un raisonnement sur Dieu.

Quand mon éditeur m’a demandé de lui indiquer à quels collègues il devait proposer de présenter mon livre, je lui ai conseillé le grand rabbin Jonathan Sacks et le cardinal Joseph Ratzinger. Le rabbin Sacks m’impressionnait depuis longtemps par ses écrits théologiques pénétrants et solidement argumentés, qui en font un des bons apologistes actuels du judaïsme. Quant au cardinal Ratzinger, j’avais admiré ses essais sur le Jésus de l’histoire et je lui avais écrit pour le lui dire. Il m’avait répondu et nous avions échangé des textes et des livres. J’avais été frappé par sa volonté, que j’avais trouvée courageuse et constructive, de discuter sur la question de la vérité et pas seulement sur les politiques de la doctrine.

Mais maintenant Sa Sainteté Benoît XVI a fait un pas de plus et a répondu à ma critique avec un texte créatif d’exégèse et de théologie. Avec son "Jésus de Nazareth" les discussions judéo-chrétiennes entrent dans une nouvelle ère. Nous sommes désormais en mesure de nous rencontrer les uns les autres en un exercice de raison et de critique très prometteur. Les paroles du Sinaï nous conduisent ensemble vers le renouvellement d’une tradition bimillénaire de débats religieux au service de la vérité de Dieu.

Un jour quelqu’un m’a défini comme la personne aimant le plus discuter qu’il ait jamais rencontrée. Maintenant j’ai trouvé quelqu’un qui me tient tête. Benoît XVI est aussi un chercheur de vérité.

Nous vivons une époque intéressante.

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

Liens:
L’original en anglais du commentaire de Neusner, sur le site du "Jerusalem Post" : My argument with the pope

La home page du quotidien israélien : The Jerusalem Post

Benoît XVI et le rabbin, au coeur du dialogue entre le christianisme et le judaïsme : Benoît XVI disciple de Jésus

Benoît XVI et le rabbin, au coeur du dialogue entre le christianisme et le judaïsme : Benoît XVI disciple de Jésus
Une première approche du livre « Gesù di Nazareth » du Pape Benoît XVI : Benoît XVI
 

Sources:  La chiesa.it - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 11.06.2007 - BENOÎT XVI - Eglise

 

 » Sélection des derniers articles  
page précédente haut de page page suivante