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19 Avril 2005
 

Ex Corde Ecclesiae, Jean-Paul II

 

Le 27 octobre 2007 - (E.S.M.) - Un aimable lecteur nous a fait parvenir un document du pape Jean-Paul II. Cette Constitution apostolique sur les Universités est pratiquement introuvable en français malgré le côté prophétique du message. Nous le publions en deux fois. Première partie :

Jean-Paul II et les Universités

Ex Corde Ecclesiae - Jean-Paul II

Constitution Apostolique du Saint-Père Jean-Paul II sur les Universités

INTRODUCTION

1. NÉE DU CŒUR de l'Église, l'Université catholique s'insère dans le sillage de la tradition qui remonte à l'origine même de l'Université en tant qu'institution, et qui s'est toujours révélée comme un centre incomparable de créativité et de rayonnement du savoir pour le bien de l'humanité. De par sa vocation, l'Universitas magistrorum et scholarium se consacre à la recherche, à l'enseignement et à la formation des étudiants, librement réunis autour de leurs maîtres dans le même amour du savoir.(1) Elle partage avec toutes les autres Universités ce gaudium de veritate, si cher à Saint Augustin, c'est-à-dire la joie de rechercher la vérité, de la découvrir et de la communiquer (2) dans tous les domaines de la connaissance. Sa tâche privilégiée est d'"unifier existentiellement, dans le travail intellectuel, deux ordres de réalités qu'on a trop souvent tendance à opposer comme si elles étaient antithétiques, la recherche de la vérité et la certitude de connaître déjà la source de la vérité". (3) (JEAN-PAUL II, Discours à l'Institut Catholique de Paris)

2. Pendant de longues années, j'ai fait moi-même l'expérience bénéfique, qui m'a intérieurement enrichi, de ce qu'est précisément la vie universitaire: l'ardente recherche de la vérité et sa transmission désintéressée aux jeunes et à tous ceux qui apprennent à raisonner avec rigueur, pour agir avec rectitude et mieux servir la société humaine.

Je désire donc partager avec tous ma profonde estime envers l'Université catholique et exprimer une vive satisfaction pour l'effort qui est accompli en son sein dans les divers domaines de la connaissance. En particulier, je désire manifester ma joie pour les multiples rencontres que le Seigneur m'a permis d'avoir, au cours de voyages apostoliques, avec les communautés universitaires catholiques des différents continents. Elles représentent pour moi le signe vivant et prometteur de la fécondité de l'intelligence chrétienne au cœur de chaque culture. Elles me procurent l'espérance fondée d'un nouvel épanouissement de la culture chrétienne dans le contexte riche et varié de notre époque en mutation, qui se trouve certes confrontée à de graves défis, mais qui est également porteuse de nombreuses promesses sous l'action de l'Esprit de vérité et d'amour.

Je désire ensuite exprimer satisfaction et gratitude aux très nombreux professeurs catholiques engagés dans les Universités non catholiques. Leur tâche d'académiciens et de scientifiques, vécue dans l'optique de la foi chrétienne, doit être considérée comme très précieuse pour le bien des Universités où ils enseignent. Leur présence, en effet, est un stimulant permanent pour la recherche désintéressée de la vérité et de la sagesse qui vient d'en Haut.

3. Dès le début de mon Pontificat, je me suis efforcé de faire partager cette idée et ce sentiment à mes collaborateurs les plus étroits, qui sont les Cardinaux, à la Congrégation pour l'Éducation Catholique, ainsi qu'aux femmes et aux hommes de culture du monde entier. En effet, le dialogue de l'Eglise avec les cultures de notre temps est ce domaine vital " dont l'enjeu est le destin de l'Église et du monde en cette fin du XXe siècle ". (4 - JEAN-PAUL II, Discours aux Cardinaux, 10 novembre 1979) Il n'existe qu'une culture: celle de l'homme, à partir de l'homme et pour l'homme. (5 Cf. JEAN-PAUL II, Discours à l'Université de Coimbra, 15 mai 1982) Et l'Église, experte en humanité, selon le jugement formulé par mon prédécesseur Paul VI à l'ONU,(6) explore, grâce à ses Universités catholiques et à leur patrimoine humaniste et scientifique, les mystères de l'homme et du monde, les éclairant à la lumière que lui procure la Révélation.

4. L'Université catholique a l'honneur et la responsabilité de se consacrer sans réserve à la cause de la vérité. C'est sa manière à elle de servir à la fois la dignité de l'homme et la cause de l'Église, qui possède " l'intime conviction que la vérité est sa véritable alliée et que la connaissance et la raison sont de fidèles dispensatrices de la foi ".(7) Sans négliger en rien l'acquisition de connaissances utiles, l'Université catholique se caractérise par sa libre recherche de toute la vérité relative à la nature, à l'homme et à Dieu. Notre époque, en effet, a un urgent besoin de cette forme de service désintéressé qui consiste à proclamer le sens de la vérité, valeur fondamentale sans laquelle la liberté, la justice et la dignité de l'homme sont étouffées. Par une sorte d'humanisme universel, l'Université catholique se consacre entièrement à la recherche de tous les aspects de la vérité dans leur lien essentiel avec la Vérité suprême qui est Dieu. Elle s'engage par conséquent, sans crainte et plutôt avec enthousiasme, sur toutes les routes du savoir, avec la conscience d'être précédée par Celui qui est " le Chemin, la Vérité et la Vie ",(8) le Logos, dont l'Esprit d'intelligence et d'amour permet à la personne humaine de trouver, par son intelligence, la réalité dernière qui en est la source et le terme, seul capable de donner en plénitude cette Sagesse sans laquelle l'avenir du monde serait en danger.

5. C'est dans le contexte de la recherche désintéressée de la vérité que le rapport entre foi et raison devient lumineux et prend tout son sens. " Intellege ut credas; crede ut intellegas ": cette invitation de Saint Augustin(9) vaut également pour les Universités catholiques, appelées à explorer avec audace les richesses de la Révélation et celles de la nature, afin que l'effort conjoint de l'intelligence et de la foi permette aux hommes d'atteindre la pleine mesure de leur humanité, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, renouvelée d'une manière plus admirable encore, après le péché, dans le Christ et appelée à resplendir dans la lumière de l'Esprit.

6. L'Université catholique, par la rencontre qu'elle établit entre l'insondable richesse du message salvifique de l'Évangile et la pluralité et l'immensité des domaines du savoir où elle l'incarne, permet à l'Église d'instituer un dialogue de fécondité incomparable avec tous les hommes, de quelque culture qu'ils soient. L'homme, en effet, vit d'une vie digne grâce à la culture et, s'il trouve sa plénitude dans le Christ, il ne fait aucun doute que l'Évangile, en l'atteignant et en le renouvelant dans toutes ses dimensions, est aussi un facteur fécond pour la culture dont vit l'homme lui-même.

7. Dans le monde d'aujourd'hui, caractérisé par une évolution si rapide dans les secteurs de la science et de la technologie, les tâches de l'Université catholique revêtent une importance et une urgence toujours plus grandes. De fait, si les découvertes scientifiques et technologiques comportent d'une part une énorme croissance économique et industrielle, elles imposent inévitablement d'autre part une recherche nécessaire, relative à leur signification, afin de garantir que ces nouvelles découvertes soient utilisées pour le bien authentique des individus et de la société humaine dans son ensemble. Si toute Université a la responsabilité de rechercher cette signification, l'Université catholique est appelée de façon spéciale à répondre à cette exigence: son inspiration chrétienne lui permet d'inclure dans sa recherche la dimension morale, spirituelle et religieuse et d'évaluer les conquêtes de la science et de la technique dans la perspective de la totalité de la personne humaine.

Dans ce contexte, les Universités catholiques sont appelées à un renouvellement continuel, autant parce qu'elles sont universités que parce qu'elles sont catholiques. En effet, " le sens de la recherche scientifique et de la technologie, de la coexistence sociale, de la culture, et encore plus profondément, le sens même de l'homme est en jeu ". (10 Cf. JEAN-PAUL II, Allocution au Congrès International sur les Universités catholiques) Ce renouvellement exige d'avoir clairement conscience que son caractère catholique rend l'Université plus capable de s'adonner à la recherche désintéressée de la vérité — recherche qui n'est donc pas subordonnée, ni conditionnée par des intérêts particuliers de quelque genre que ce soit.

8. Après avoir consacré aux Universités et Facultés ecclésiastiques la Constitution Apostolique Sapientia Christiana (JEAN-PAUL II, Constitution Apostolique Sapientia Christiana relative aux Universités et aux Facultés ecclésiastiques, 15 avril 1979 - Italien) il m'a semblé nécessaire de proposer aux Universités catholiques un texte de référence similaire qui soit pour eux comme la " magna charta ", enrichie de l'expérience si longue et si féconde de l'Église dans le secteur universitaire, et ouverte aux réalisations prometteuses de l'avenir, qui requiert une fidélité courageuse, créatrice et rigoureuse.

9. Le présent Document, s'adresse spécialement aux dirigeants des Universités catholiques, aux Communautés académiques respectives, à tous ceux qui s'intéressent à elles, en particulier aux Évêques, aux Congrégations religieuses et aux Institutions ecclésiales, aux nombreux laïcs engagés dans la grande mission de l'instruction supérieure. Son but est de faire en sorte que soit réalisée " une présence publique, durable et universelle, de la pensée chrétienne dans tout l'effort intellectuel vers la plus haute culture; et les étudiants de ces instituts seront formés à devenir des hommes éminents par leur science, prêts à assumer les plus lourdes tâches dans la société, en même temps que témoins de la foi dans le monde ". (12, Gravissimum educationis, n. 10)

10. En plus des Universités catholiques, je m'adresse également aux nombreuses Institutions catholiques d'études supérieures. Selon leur nature et leurs objectifs propres, elles ont en commun plusieurs ou toutes les caractéristiques d'une Université et offrent leur propre contribution à l'Église et à la société, soit par la recherche, soit par l'éducation ou la préparation professionnelle. Même si ce Document concerne spécifiquement l'Université catholique, il veut s'étendre à toutes les Institutions catholiques d'enseignement supérieur qui s'efforcent de traduire le message de l'Évangile du Christ dans les esprits et dans les cultures.

C'est donc avec une grande confiance et une grande espérance que j'invite toutes les Universités catholiques à poursuivre leur tâche irremplaçable. Leur mission apparaît toujours plus nécessaire pour la rencontre de l'Église avec le développement des sciences et avec les cultures de notre temps.

Avec tous mes frères évêques qui portent avec moi la charge pastorale, je désire vous faire part de ma profonde conviction que l'Université catholique est sans aucun doute l'un des meilleurs instruments que l'Église offre à notre époque, qui est en quête de certitude et de sagesse. Ayant pour mission de porter la Bonne Nouvelle à tous les hommes, l'Église ne doit jamais cesser de s'intéresser à cette institution. Les Universités catholiques, en effet, par la recherche et l'enseignement, l'aident à trouver, d'une manière adaptée aux temps modernes, les trésors anciens et nouveaux de la culture, " nova et vetera ", selon la parole de Jésus.(13)

11. Je m'adresse, enfin, à toute l'Église, convaincu que les Universités catholiques sont nécessaires à la croissance et au développement de la culture chrétienne et du progrès humain. Voilà pourquoi toute la Communauté ecclésiale est invitée à apporter son appui aux Institutions catholiques d'enseignement supérieur, et à les assister dans leur processus de développement et de renouveau. Elle est invitée de façon particulière à protéger les droits et la liberté de ces Institutions dans la société civile, à leur offrir un soutien économique, surtout dans les pays qui en ont le plus urgent besoin, et à apporter son assistance dans la fondation de nouvelles Universités catholiques, là où cela s'avère nécessaire.

Je souhaite que ces dispositions, fondées sur l'enseignement du Concile Vatican II et sur les directives du Code de Droit Canon, permettent aux Universités catholiques et aux autres Instituts d'études supérieures de remplir leur indispensable mission en ce nouvel Avent de grâce qui s'ouvre sur le troisième millénaire.

PREMIÈRE PARTIE

IDENTITÉ ET MISSION

A. L'IDENTITÉ DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE

1. Nature et objectifs

12. Chaque Université catholique, en tant qu'Université, est une communauté académique qui, de manière rigoureuse et critique, contribue à la tutelle et au développement de la dignité humaine et de l'héritage culturel grâce à la recherche, à l'enseignement et aux différents services offerts aux communautés locales, nationales et internationales.(14) Elle jouit de cette autonomie institutionnelle nécessaire à l'exercice efficace de ses fonctions et garantit à ses membres la liberté académique tout en respectant les droits de l'individu et de la communauté, dans les limites des exigences de la vérité et du bien commun. (15 - Déclaration- Gravissimum educationis, n. 10)

13. Puisque l'objectif d'une Université catholique est de garantir sous une forme institutionnelle une présence chrétienne dans le monde universitaire face aux grands problèmes de la société et de la culture,(16) elle doit posséder, en tant que catholique, les caractéristiques essentielles suivantes:

1. une inspiration chrétienne de la part non seulement des individus, mais aussi de la Communauté universitaire en tant que telle;

2. une réflexion continuelle, à la lumière de la foi catholique, sur le trésor croissant de la connaissance humaine, auquel elle cherche à offrir une contribution par ses propres recherches;

3. la fidélité au message chrétien tel qu'il est présenté par l'Église;

4. l'engagement institutionnel au service du peuple de Dieu et de la famille humaine dans leur itinéraire vers cet objectif transcendant qui donne son sens à la vie.(17)

14. " A la lumière de ces caractéristiques, il est clair que l'Université Catholique, par engagement institutionnel, apporte aux tâches d'enseignement, de recherche et autres services qui sont communs à toutes les universités, l'inspiration et la lumière de la Révélation chrétienne. Tout en respectant scrupuleusement la nature propre et l'autonomie des activités académiques, elle pénètre et anime ces dernières par l'idéal, les attitudes et les principes catholiques. En un mot, l'université catholique veut être une communauté d'intellectuels représentant différentes branches du savoir humain, une institution universitaire au sein de laquelle le catholicisme est présent et actif ".(18)

15. L'Université catholique est donc le lieu où les spécialistes examinent à fond la réalité avec leurs propres méthodes dans les diverses disciplines académiques et contribuent de la sorte à l'enrichissement du trésor des connaissances humaines. Chaque discipline est étudiée de façon systématique, les différentes disciplines étant ensuite portées au dialogue entre elles en vue d'un enrichissement réciproque.

Cette recherche aide non seulement les hommes et les femmes à poursuivre constamment la vérité, mais elle leur offre aussi un témoignage efficace, si nécessaire aujourd'hui, de la confiance que l'Église place dans la valeur intrinsèque de la science et de la recherche.

Dans une Université catholique, la recherche comprend nécessairement: a) la poursuite d'une intégration de la connaissance; b) le dialogue entre foi et raison; c) une préoccupation éthique; et d) une perspective théologique.

16. L'intégration de la connaissance est un processus qui doit toujours être perfectionné. En outre, l'accroissement du savoir à notre époque, auquel s'ajoute le fractionnement croissant de la connaissance au sein des diverses disciplines académiques, rend cette tâche toujours plus difficile. Mais une Université, et spécialement une Université catholique, " doit être 'une unité vivante' d'organismes tournés vers la recherche de la vérité ". Voilà pourquoi il est nécessaire de promouvoir cette synthèse supérieure qui est la seule dans laquelle cette soif de vérité, inscrite profondément dans le cœur de l'homme, pourra trouver son assouvissement ".(19) Guidés par les contributions spécifiques de la philosophie et de la théologie, les spécialistes universitaires s'efforceront constamment de déterminer la place relative et la signification de chacune des différentes disciplines, dans le cadre d'une vision de la personne humaine et du monde éclairée par l'Évangile et, par conséquent, par la foi au Christ, Logos, centre de la création et de l'histoire humaine.

17. En encourageant cette intégration, l'Université catholique doit s'engager plus spécifiquement dans le dialogue entre foi et raison, de sorte que l'on puisse voir plus profondément comment foi et raison se rencontrent dans l'unique vérité. Bien que chaque discipline académique conserve sa propre intégrité et ses propres méthodes, ce dialogue met en évidence que " la recherche méthodique, dans tous les domaines du savoir, si elle est menée d'une manière vraiment scientifique et si elle suit les normes de la morale, ne sera jamais réellement opposée à la foi: les réalités profanes et celles de la foi trouvent leur origine dans le même Dieu ".(20 Gaudium et Spes, n. 36: AAS 58 (1966), p. 1054. A un groupe de scientifiques, je faisais observer que " science et foi représentent deux ordres de connaissance différents de la réalité intégrale qui a son origine en Dieu " (JEAN-PAUL II, Discours lors de la rencontre sur Galilée, 9 mai 1983, n. 3: AAS 75 [1983], p. 690) L'interaction vitale des deux niveaux distincts de connaissance de l'unique vérité conduit à un plus grand amour envers la vérité elle-même et contribue à une plus ample compréhension du sens de la vie humaine et de la fin de la création.

18. Puisque le savoir doit servir la personne humaine, dans une Université catholique la recherche doit toujours être effectuée en se préoccupant des implications éthiques et morales inhérentes à ses méthodes et à ses découvertes. Cette préoccupation, présente dans toute recherche, est particulièrement urgente dans le domaine de la recherche scientifique et technologique. " II faut se convaincre de la priorité de l'éthique sur la technique, du primat de la personne sur les choses, de la supériorité de l'esprit sur la matière. La cause de l'homme sera servie si la science s'allie à la conscience. L'homme de science aidera vraiment l'humanité s'il conserve "le sens de la transcendance de l'homme sur le monde et de Dieu sur l'homme" ".(21, JEAN-PAUL II, Discours à l'UNESCO du 2 juin 1980)

19. La théologie remplit un rôle particulièrement important dans la recherche d'une synthèse du savoir, ainsi que dans le dialogue entre foi et raison. Elle apporte, en outre, une contribution à toutes les autres disciplines dans leur recherche d'une signification, non seulement en les aidant à examiner de quelle façon leurs découvertes exerceront une influence sur les personnes et sur la société, mais en fournissant également une perspective et une orientation qui ne sont pas contenues dans leurs méthodologies. A son tour, l'interaction avec ces autres disciplines et leurs découvertes enrichit la théologie, en lui offrant une meilleure compréhension du monde d'aujourd'hui et en rendant la recherche théologique plus proche des exigences présentes. Étant donné l'importance spécifique de la théologie parmi les disciplines académiques, chaque Université catholique devra posséder une Faculté ou, au moins, une chaire de théologie. (22 Cf. Gravissimum educationis,, n. 10)

20. Considérant l'étroite relation entre investigation et enseignement, il est bon que les exigences de la recherche indiquées plus haut, exercent une influence sur l'ensemble de l'enseignement. Alors que chaque discipline est enseignée d'une manière systématique et sur la base de ses propres méthodes, l'interdisciplinarité, soutenue par l'apport de la philosophie et de la théologie, aide les étudiants à acquérir une vision organique de la réalité et à faire croître leur désir incessant de progrès intellectuel. Dans la communication du savoir, il faut également mettre en relief la façon dont la raison humaine dans sa réflexion s'ouvre aux interrogations toujours plus vastes et montrer comment la réponse apportée à celle-ci provient d'en haut, à travers la foi. En outre, les implications morales présentes dans chaque discipline sont examinées comme faisant partie intégrante de l'enseignement de cette même discipline, et cela afin que l'ensemble du processus éducatif tende, en définitive, au développement intégral de la personne. Enfin, la théologie catholique, enseignée dans une pleine fidélité aux Écritures, à la Tradition et au Magistère de l'Église, offrira une connaissance claire des principes de l'Évangile, qui enrichira le sens de la vie humaine et lui conférera une nouvelle dignité.

Que les étudiants, grâce à la recherche et à l'enseignement, soient formés dans les diverses disciplines de façon à devenir vraiment compétents dans le secteur spécifique auquel ils se consacreront au service de la société et de l'Église, mais qu'on leur apprenne, en même temps, à témoigner de leur foi devant le monde.

2. La communauté universitaire

21. L'Université catholique poursuit ses propres objectifs notamment lorsqu'elle s'efforce de former une communauté authentiquement humaine, animée par l'esprit du Christ. La source de son unité jaillit du dévouement commun envers la vérité, de la conception même de la dignité humaine et, en dernier ressort, de la personne et du message du Christ qui confère à l'institution son caractère distinctif. Comme résultat de cette inspiration, la communauté universitaire est animée par un esprit de liberté et de charité; elle est caractérisée par le respect réciproque, par le dialogue sincère, par la tutelle des droits de chacun. Elle aide tous ses membres à atteindre la plénitude en tant que personnes humaines. Chaque membre de la communauté, à son tour, aide à promouvoir l'unité et contribue, selon son rôle et ses capacités propres, aux décisions qui concernent la communauté elle-même, ainsi qu'à préserver et à renforcer le caractère catholique de l'institution.

22. Les professeurs d'Université s'efforceront de toujours améliorer leur compétence et de situer le contenu, les objectifs, les méthodes et les résultats de la recherche de chaque discipline dans le contexte d'une vision cohérente du monde. Les enseignants chrétiens sont appelés à être des témoins et des éducateurs d'une vie chrétienne authentique, qui manifeste l'intégration réalisée entre foi et culture, entre compétence professionnelle et sagesse chrétienne. Tous les professeurs seront inspirés par les idéaux académiques et par les principes d'une vie authentiquement humaine.

23. Les étudiants sont sollicités à poursuivre une éducation qui allie l'excellence du développement humaniste et culturel à la formation professionnelle spécialisée. Ce développement doit être tel qu'ils se sentent encouragés à poursuivre leur recherche de la vérité et de sa signification durant toute leur vie, étant donné qu'" il convient de cultiver l'esprit en vue de développer les capacités d'admiration, de contemplation, d'aboutir à la formation d'un jugement personnel et d'élever le sens religieux, moral et social ". (23 Gaudium et Spes,, n. 59) Cela les rendra aptes à acquérir ou, s'ils l'ont déjà, à approfondir un style de vie authentiquement chrétien. Ils doivent être conscients du sérieux de leur profession et ressentir la joie d'être demain des " leaders " qualifiés, des témoins du Christ dans les endroits où ils devront accomplir leur devoir.

24. Les dirigeants et le personnel administratif d'une Université catholique doivent promouvoir la croissance constante de l'Université et de sa communauté grâce à une gestion de service. Le dévouement et le témoignage du personnel non académique sont indispensables à l'identité et à la vie de l'Université.

25. De nombreuses Universités catholiques ont été fondées par des Congrégations religieuses et continuent à dépendre de leur soutien. Il est demandé aux Congrégations religieuses, qui se consacrent à l'apostolat de l'instruction supérieure, d'aider ces institutions à renouveler leur engagement et à continuer à préparer des religieux et des religieuses capables d'apporter une contribution positive à la mission de l'Université catholique.

En outre, les activités universitaires ont constitué, par tradition, un moyen grâce auquel les laïcs peuvent jouer un rôle important dans l'Église. Aujourd'hui, dans la plupart des Universités catholiques, la communauté académique est composée en majorité de laïcs, qui assument un nombre croissant de hautes fonctions et de responsabilités de direction. Ces laïcs catholiques répondent à l'appel de l'Église " à être présents, guidés par le courage et la créativité intellectuelle, dans les postes privilégiés de la culture, comme le sont le monde de l'Ecole et de l'Université ". (24 JEAN-PAUL II, Exhortation Apostolique post-synodale Chritifideles laici 30 décembre 1988, n. 44) L'avenir des Universités catholiques dépend, en grande partie, de l'engagement généreux et compétent des laïcs catholiques. L'Église considère leur présence croissante au sein de ces institutions comme un signe de grande espérance et comme une confirmation de l'irremplaçable vocation du laïcat dans l'Église et dans le monde, avec la confiance que les laïcs, dans l'exercice du rôle propre qui leur revient, " éclairent et orientent toutes les réalités temporelles, de telle sorte qu'ils se réalisent et prospèrent constamment et soient la louange du Créateur et Rédempteur ". (25 Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen Gentium, n. 31)

26. La communauté universitaire de nombreuses institutions catholiques comporte des collègues appartenant à d'autres Églises, à d'autres Communautés ecclésiales et à d'autres religions, ainsi que des collègues qui ne professent aucun credo religieux. Ces hommes et ces femmes contribuent, par leur formation et leur expérience, au progrès des diverses disciplines académiques et au déroulement d'autres tâches universitaires.

3. L'Université catholique dans l'Église

27. En s'affirmant comme Université, chaque Université catholique maintient avec l'Eglise un rapport qui est essentiel à son identité institutionnelle. En tant que telle, elle participe plus directement à la vie de l'Église particulière dans laquelle elle est située mais, en même temps, en étant insérée, comme institution académique, dans la communauté internationale du savoir et de la recherche, elle participe et contribue à la vie de l'Église universelle, entretenant par conséquent un lien spécial avec le Saint-Siège en raison du service d'unité qu'elle est appelée à accomplir pour l'Église tout entière. De ce rapport essentiel avec l'Église dérivent plusieurs conséquences: la fidélité de l'Université, en tant qu'institution, au message chrétien, la reconnaissance et l'adhésion à l'Autorité magistérielle de l'Église en matière de foi et de morale. Les membres catholiques de la communauté universitaire, à leur tour, sont eux aussi appelés à une fidélité personnelle à l'Église, avec tout ce que cela comporte. Des membres non catholiques, enfin, on attend le respect du caractère catholique de l'institution au sein de laquelle ils travaillent, alors que l'Université, quant à elle, respectera leur liberté religieuse.(26 Cf. Concile Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae, n. 2)

28. Les évêques ont la responsabilité particulière de promouvoir les Universités catholiques et, spécialement, de les encourager et de les aider à maintenir et à renforcer leur identité catholique, par rapport notamment aux Autorités civiles. Cela se fera d'autant mieux que l'on créera et maintiendra des rapports étroits, personnels et pastoraux, entre l'Université et les Autorités ecclésiastiques, caractérisés par la confiance réciproque, la collaboration cohérente et le dialogue permanent. Même s'ils ne font pas directement partie de la direction interne de l'Université, les évêques " ne doivent pas être considérés comme des agents extérieurs, mais plutôt comme des participants à la vie de l'Université catholique ".(27)

29. L'Église, en acceptant " la légitime autonomie de la culture humaine et en particulier des sciences ", reconnaît également la liberté académique de chaque professeur dans la discipline de sa propre compétence, en accord avec les principes et les méthodes de la science, à laquelle elle se réfère, (28 Gaudium et Spes, n. 59). dans la limite des exigences de la vérité et du bien commun.

La théologie aussi, en tant que science, occupe une place légitime à l'intérieur de l'Université, à côté des autres disciplines. Elle possède, pour ce qui est de son ressort, des principes et des méthodes qui lui sont propres et qui font d'elle, précisément, une science. Du moment qu'ils adhèrent à ces principes et en appliquent la méthode respective, les théologiens jouissent eux aussi de cette même liberté académique.

Les évêques encouragent le travail créatif des théologiens. Ceux-ci servent l'Eglise par la recherche conduite en respectant la méthode propre à la théologie. Ils cherchent à mieux comprendre, à développer davantage et à communiquer plus efficacement le sens de la Révélation chrétienne telle qu'elle est transmise par les Saintes Écritures, par la Tradition et par le Magistère de l'Église. Ils explorent aussi les voies par lesquelles la théologie peut éclairer les questions spécifiques posées par la culture moderne. En même temps, puisque la théologie s'efforce de comprendre la vérité révélée, dont l'interprétation authentique est confiée aux Évêques de l'Église,(29 Cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, nn. 8-10) les théologiens doivent respecter l'autorité des évêques et adhérer à la doctrine catholique selon le degré d'autorité avec laquelle celle-ci est enseignée.(30 Cf. Lumen Gentium, n. 25) C'est là un élément intrinsèque aux principes et à la méthode spécifiques de la recherche et de l'enseignement de leur discipline académique. En raison de leurs rôles respectifs dans leur relation, le dialogue entre les évêques et les théologiens est essentiel. Ceci est notamment vrai aujourd'hui où les résultats de la recherche sont si rapidement et si largement diffusés à travers les moyens de communication sociale.(31)

Ex Corde Ecclesiae (15 août 1990) Les versions suivantes sont disponible sur le site du Vatican :
[Allemand, Anglais, Espagnol, Italien, Latin, Portugais]

Pour lire la deuxième partie de ce document : Ex Corde Ecclesiae (2)

Les notes qui concernent la première partie :
1 Cf. Lettre du Pape Alexandre IV à l'Université de Paris, 14 avril 1255, Introduction: Bullarium Diplomatum ... t. III, Turin 1858, p. 602.
2 SAINT AUGUSTIN, Confess., X, XXIII, 33: " C'est que, vivre heureux consiste en une joie qui a sa source dans la vérité. Telle la joie dont tu es la source, toi qui est la Vérité, Dieu, ma lumière illuminante, mon salut, mon Dieu à moi ": PL 32, 793-794. Cf. SAINT THOMAS D'Aquin, De Malo, IX, 1: " II est en effet naturel pour l'homme d'aspirer à la connaissance de la vérité ".
3 JEAN-PAUL II, Discours à l'Institut Catholique de Paris, 1er juin 1980: Enseignements de Jean-Paul II, vol. III/1 (1980), p. 1581.
4 JEAN-PAUL II, Discours aux Cardinaux, 10 novembre 1979: Enseignements de Jean-Paul II, vol. II/2 (1979), p. 1096; cf. Discours à l'UNESCO, Paris, 2 juin 1980: AAS (1980), pp. 735-752.
5 Cf. JEAN-PAUL II, Discours à l'Université de Coimbra, 15 mai 1982: Enseignements de Jean-Paul II, vol. V/2 (1982), p. 1692.
6 PAUL VI, Allocution aux Représentants des Etats, 4 octobre 1965: Enseignements de Paul VI, vol. III (1965), p. 508.
7 JOHN HENRY CARD. NEWMAN, The Idea of a University, Londres, Longmans, Green and Company, 1931, p. XI.
8 Jn 14, 6.
9 SAINT AUGUSTIN, Serm. 43, 9: PL 38, 258. Cf. aussi SAINT ANSELME, Proslogion, chap. I: PL 158, 227.
10 Cf. JEAN-PAUL II, Allocution au Congrès International sur les Universités catholiques, 25 avril 1989, n. 3: AAS 18 (1989), p. 1281.
11 JEAN-PAUL II, Constitution Apostolique Sapientia Christiana relative aux Universités et aux Facultés ecclésiastiques, 15 avril 1979: AAS 71 (1979), pp. 469-521.
12 Concile Vatican II, Déclaration sur l'Education catholique, Gravissimum educationis, n. 10: AAS 58 (1966), p. 737.
13 Mt 13, 52.
14 Cf. La Magna Charta des Universités européennes, Bologne, Italie, 18 septembre 1988, "Principes fondamentaux".
15 Cf. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 59: AAS 58 (1966), p. 1080; Déclaration- Gravissimum educationis, n. 10: AAS 58 (1966), p. 737. " Autonomie institutionnelle " veut dire que le gouvernement d'une institution académique est et demeure interne à l'institution. La " Liberté académique " est la garantie donnée à ceux qui s'occupent d'enseignement et de recherche, de pouvoir chercher, dans le cadre de leur secteur spécifique de connaissance et conformément aux méthodes propres à ce secteur, la vérité partout où l'analyse et l'évidence les conduisent, et de pouvoir enseigner et publier les résultats de leur recherche, en tenant compte des critères cités, c'est-à-dire en préservant des droits de l'individu et de la communauté en vertu des exigences de la vérité et du bien commun.
16 La notion de culture, employée dans ce document, comporte une double dimension: une dimension humaniste et une dimension socio-historique. " Au sens large, le mot " culture " désigne tout ce par quoi l'homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps; s'efforce de soumettre l'univers par la connaissance et le travail; humanise la vie sociale, aussi bien la vie familiale que l'ensemble de la vie civile, grâce au progrès des mœurs et des institutions; traduit, communique et conserve enfin dans ses œuvres, au cours des temps, les grandes expériences spirituelles et les aspirations majeures de l'homme, afin qu'elles servent au progrès d'un grand nombre et même de tout le genre humain. Il en résulte que la culture humaine comporte nécessairement un aspect historique et social et que le mot " culture " prend souvent un sens sociologique et même ethnologique " (Gaudium et spes, n. 53: AAS 58 [1966], p. 1075).
17 L'Université catholique dans le monde moderne. Document final du 2ème Congrès des Délégués des Universités catholiques, Rome, 20-29 novembre 1972, § 1.
18 Ibid.
19 JEAN-PAUL II, Allocution au Congrès International sur les Universités catholiques, 25 avril 1989, n. 4: AAS 81 (1989), p. 1219. Cf. aussi Gaudium et spes, n. 61: AAS 58 (1966), pp. 1081-1082. Le Cardinal Newman observe qu'une Université " déclare assigner à toute étude qu'elle accueille sa propre place et ses justes limites; définir les droits, établir les rapports réciproques et réaliser l'intercommunion de chacun et de tous " (Op. cit., p. 457).
20 Gaudium et Spes, n. 36: AAS 58 (1966), p. 1054. A un groupe de scientifiques, je faisais observer que " science et foi représentent deux ordres de connaissance différents de la réalité intégrale qui a son origine en Dieu " (JEAN-PAUL II, Discours lors de la rencontre sur Galilée, 9 mai 1983, n. 3: AAS 75 [1983], p. 690).
21 JEAN-PAUL II, Discours à l'UNESCO du 2 juin 1980, n. 22: AAS 72 (1980), p. 750. La dernière partie de la citation reprend mes paroles adressées à l'Académie Pontificale des Sciences, le 10 novembre 1979: Enseignements de Jean-Paul II, vol. II/2 (1979), p. 1109.
22 Cf. Gravissimum educationis,, n. 10: AAS 58 (1966), p. 737.
23 Gaudium et Spes,, n. 59: AAS 58 (1966), p. 1080. Le Cardinal Newman décrit ainsi l'idéal poursuivi: " Est ainsi formée une mentalité qui dure toute la vie, et dont les attributs sont la liberté, l'équité, la tranquillité, la modération et la sagese " (Op. cit., pp. 101-102).
24 JEAN-PAUL II, Exhortation Apostolique post-synodale Chritifideles laici
30 décembre 1988, n. 44: AAS 81 (1989), p. 479.
25 Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église Lumen Gentium, n. 31: AAS 57 (1965), pp. 37-38. Cf. Décret sur l'apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem, passim: AAS 58 (1966), pp. 837 suiv. Cf. aussi
Gaudium et Spes, n. 43: AAS 58 (1966), pp. 1061-1064.
26 Cf. Concile Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis Humanae, n. 2: AAS 58 (1966), pp. 930-931.
27 JEAN-PAUL II, Adresse aux Leaders de l'Education Supérieure Catholique, Xavier University of Louisiana, U.S.A., 12 septembre 1987, n. 4: AAS 80 (1988), p. 764.
28 Gaudium et Spes, n. 59: AAS 58 (1966), p. 1080.
29 Cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, nn. 8-10: AAS 58 (1966), pp. 820-822.
30 Cf. Lumen Gentium, n. 25: AAS 57 (1965), pp. 29-31.
31 Cf. l'" Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien " de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, du 24 mai 1990.

 

Sources: www.vatican.va

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 27.10.2007 - T/Textes du Vatican

 

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