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19 Avril 2005
 

S'opposer à la culture de l'avoir par une culture de la liberté intérieure

 

Le 19 novembre 2007 - (E.S.M.) - La pauvreté dont il est question ici n'est jamais d'ordre strictement matériel. La pauvreté purement matérielle ne sauve pas, même s'il est certain que les défavorisés de ce monde peuvent tout particulièrement compter sur la bonté divine. Mais le cœur de ceux qui ne possèdent rien peut être endurci, vicié, mauvais, intérieurement possédé par l'envie de posséder, oublieux de Dieu et avide de s'approprier le bien d'autrui.

Saint François d'Assise en prière Pour agrandir l'image: CC

S'opposer à la culture de l'avoir par une culture de la liberté intérieure

Quatrième chapitre - Le Sermon sur la montagne (p. 85 à 150)
1) De quoi s'agit-il ? Benoît XVI
2) Le renversement des valeurs : Benoît XVI
3) (suite) Les pauvres de cœur :

Voyons maintenant de plus près les différents maillons de la chaîne des Béatitudes. Il y a tout d'abord l'expression énigmatique sur laquelle on s'est tant interrogé : « les pauvres de cœur ». Cette expression, exprime Benoît XVI, apparaît dans les rouleaux de Qumrân, où elle constitue la définition des membres de la communauté par eux-mêmes. Ses membres se nomment aussi eux-mêmes « les pauvres de la grâce », « les pauvres de ta rédemption » ou simplement « les pauvres» (Joachim Gnilka, Jésus von Nazareth. Botschaft und Geschichte, op. cit., I, p. 189). En se qualifiant elle-même ainsi, la communauté de Qumrân exprime sa conscience d'être le véritable Israël, et elle reprend là effectivement des traditions profondément ancrées dans la foi d'Israël. À l'époque de la conquête de la Judée par les Babyloniens, 90 % des habitants de la région faisaient partie de la classe pauvre ; après l'exil, la politique fiscale des Perses provoqua à nouveau une situation dramatique de pauvreté. La conception ancienne selon laquelle tout va bien pour le juste alors que la pauvreté résulte d'une mauvaise vie (rapport entre agir et qualité de vie) n'était désormais plus tenable. Voici que, dans sa pauvreté même, Israël se reconnaît comme proche de Dieu, reconnaît que les pauvres, dans leur humilité même, sont chers au cœur de Dieu, à l'inverse des riches, qui, dans leur orgueil, ne comptent que sur eux-mêmes.

Un grand nombre de psaumes expriment la piété des pauvres, qui s'est approfondie ; ils se reconnaissent comme le véritable Israël. Dans la piété que manifestent ces psaumes, dans leur profond attachement à la bonté de Dieu, dans la bonté et l'humilité humaines qui ont ainsi été forgés, dans l'attente vigilante de l'amour salvifique de Dieu, s'est développée l'ouverture du cœur qui a ouvert toutes grandes les portes au Christ. Marie et Joseph, Siméon et Anne, Zacharie et Elisabeth, les bergers de Bethléem, les Douze que le Seigneur a appelés pour constituer le premier cercle des disciples, tous appartiennent à des milieux qui se distinguent des pharisiens et des sadducéens, mais aussi de la communauté de Qumrân, malgré une certaine proximité spirituelle. C'est en eux que commence le Nouveau Testament, qui se sait en union totale avec la foi d'Israël qui mûrit en vue d'une pureté toujours plus grande. Ce sont eux aussi qui ont mûri en silence cette attitude devant Dieu que Paul développera dans sa théologie de la justification. Devant Dieu, ces hommes ne se glorifient pas de leurs actes. Devant Dieu, souligne Benoît XVI, ils ne prétendent pas être une sorte de partenaire commercial égal en droits, qui exige d'être rétribué à hauteur de ses actes. Ces hommes savent qu'intérieurement aussi, ils sont pauvres, qu'ils aiment tout en recevant simplement ce que Dieu leur donne, et c'est précisément en cela qu'ils vivent en accord intime avec l'être et la Parole de Dieu. Quand sainte Thérèse de Lisieux disait qu'un jour elle paraîtrait devant Dieu les mains vides et qu'elle les lui tendrait ouvertes, elle décrivait l'esprit de ces pauvres de Dieu : ils arrivent les mains vides, ces mains-là n'agrippent pas, ne retiennent pas, elles s'ouvrent et donnent, prêtes à s'abandonner à la bonté de Dieu qui donne.

Dans ces conditions, il n'y a pas d'opposition entre Matthieu qui parle des pauvres de cœur et Luc chez qui le Seigneur s'adresse simplement aux « pauvres ». On a dit qu'à l'origine Luc entendait la pauvreté au sens tout à fait matériel et concret tandis que Matthieu avait spiritualisé ce concept, le dépouillant ainsi de son caractère radical. Quiconque lit l'Évangile de Luc sait parfaitement qu'il nous présente bien les « pauvres de cœur », en quelque sorte le groupe sociologique qui a constitué le point de départ de l'itinéraire terrestre et du message de Jésus. Et il est clair à l'inverse que Matthieu se situe encore dans la tradition de la piété des psaumes et donc dans la vision du véritable Israël dont les psaumes étaient l'expression.

La pauvreté dont il est question ici n'est jamais d'ordre strictement matériel. La pauvreté purement matérielle ne sauve pas, même s'il est certain que les défavorisés de ce monde peuvent tout particulièrement compter sur la bonté divine. Mais le cœur de ceux qui ne possèdent rien peut être endurci, vicié, mauvais, intérieurement possédé par l'envie de posséder, oublieux de Dieu et avide de s'approprier le bien d'autrui.

D'autre part, précise Benoît XVI, la pauvreté dont il est question n'est pas non plus une attitude purement spirituelle. Certes, l'attitude radicale qui nous a été et qui nous est encore donnée en exemple dans la vie de tant de chrétiens authentiques, depuis Antoine, le père des moines, jusqu'à François d'Assise et les pauvres exemplaires de notre siècle, n'est pas une mission assignée à tous. Mais pour être la communauté des pauvres de Jésus, l'Église a sans cesse besoin des grandes figures du renoncement ; elle a besoin des communautés qui les suivent, qui vivent la pauvreté et la simplicité, et qui nous montrent par là la vérité des Béatitudes, afin de tous nous secouer et nous réveiller, pour comprendre que posséder des biens, c'est simplement servir, pour s'opposer à la culture de l'avoir par une culture de la liberté intérieure, et pour créer ainsi les conditions de la justice sociale.

Le Sermon sur la montagne en tant que tel n'est pas, il est vrai, un programme social. Mais la justice sociale ne peut croître que là où la grande orientation qu'il nous donne reste vive dans nos convictions et dans notre façon d'agir, là où la foi procure la force de se déposséder soi-même et de se sentir responsable de son prochain comme de la société. Et l'Église tout entière doit rester consciente du fait qu'elle doit être reconnaissable aux yeux de tous comme la communauté des pauvres de Dieu. Tout comme l'Ancien Testament s'est ouvert au renouveau apporté par la Nouvelle Alliance à partir des pauvres de Dieu, tout renouveau de l'Église ne peut venir que de ceux chez qui sont vivantes une humilité résolue et une bonté toujours prête à servir autrui.

Mais nous n'avons considéré jusqu'ici que la première partie de la première Béatitude « Heureux les pauvres de cœur » ; chez Matthieu et chez Luc, la promesse qui leur est destinée est la même : « Le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20), « Le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le Royaume de Dieu, catégorie fondamentale du message de Jésus, fait ici son entrée dans les Béatitudes, et un tel contexte est important pour bien comprendre cette notion très controversée. Nous l'avons déjà vu lorsque nous avons examiné de plus près la signification de l'expression « Royaume de Dieu », et nous devrons nous en souvenir aussi dans nos réflexions suivantes. (voir le chapitre trois)

Mais peut-être est-il bon, avant de poursuivre notre méditation sur le texte, de revenir un instant sur la figure de l'histoire de la foi dont l'existence humaine illustre avec une intensité extrême cette Béatitude : François d'Assise. Les saints sont les interprètes authentiques de l'Écriture Sainte. Le sens d'une expression se révèle avant tout grâce aux hommes qu'elle a saisis tout entiers et qui l'ont vécue de tout leur être. L'interprétation de l'Écriture ne peut être une affaire purement académique ni reléguée dans le domaine exclusivement historique. L'Écriture recèle toujours en puissance un avenir qui se révèle seulement lorsque l'on vit et souffre sa parole jusqu'au bout. La promesse inscrite dans la première Béatitude, François d'Assise en a été saisi de la façon la plus radicale, jusqu'à se dépouiller de ses vêtements avant d'en recevoir d'autres de la main de l'évêque, le représentant de la bonté paternelle de Dieu qui habille les lis des champs mieux que n'était habillé le roi Salomon (cf. Mt 6, 28-30). Cette extrême humilité était à ses yeux avant tout liberté de servir, liberté de suivre sa mission, confiance absolue en Dieu qui prend soin des fleurs des champs, mais aussi de ses enfants sur terre. Elle était un correctif apporté à l'Église de cette époque qui, sous l'emprise d'un système féodal, avait perdu la liberté et le dynamisme de son élan missionnaire. Elle signifiait l'ouverture de son moi le plus intime au Christ, auquel les stigmates le rendaient semblable en tout point, de sorte que réellement, ce n'est plus lui-même qui vivait, mais que, étant né à nouveau, il existait désormais tout entier par le Christ et dans le Christ. Il ne voulait d'ailleurs pas fonder un ordre, mais simplement rassembler à nouveau le peuple de Dieu pour qu'il écoute la parole au lieu de se dérober à travers de savants commentaires au sérieux de l'appel de Dieu. Mais en créant le tiers ordre, il a fini par accepter de distinguer entre l'engagement radical et la nécessité de vivre dans le monde. Tiers ordre, cela signifie accepter en toute humilité la mission de la vocation séculière et ses exigences là où chacun est appelé à le faire, tout en continuant à se laisser guider par la communion intime et profonde avec le Christ telle que François d'Assise l'a vécue avant nous. « Que ceux qui font des achats [soient] comme s'ils ne possédaient rien » (1 Co 7, 30). Apprendre à vivre cette tension intérieure comme étant peut-être une exigence plus difficile encore, et être capable de la vivre réellement, de façon sans cesse renouvelée, en s'appuyant sur ceux qui ont choisi de suivre le Christ de manière radicale, tel est le sens des tiers ordres, qui nous révèlent ce que cette Béatitude peut signifier pour tous. Surtout, l'exemple de François d'Assise nous montre clairement ce que signifie le « Royaume de Dieu ». François était totalement lié à l'Église et, en même temps, des personnes telles que lui rapprochent l'Église de son but futur qui est déjà présent : Le Royaume de Dieu est tout proche...

à suivre... : 4) Les doux posséderont la terre

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Sources: www.vatican.va

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 19.11.2007 - BENOÎT XVI - T/J.N.

 

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