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19 Avril 2005
 

Benoît XVI : la piété cordiale, la dévotion centrée sur le Coeur de Jésus

 

Le 08 janvier 2009 - (E.S.M.) - Pour comprendre l'importance des Pères de l'Église dans la spiritualité du Coeur de Jésus, nous allons nous placer sous la lumière d'une conférence magistrale de celui qui était alors le cardinal Ratzinger/Benoît XVI, au Congrès de Toulouse sur le Coeur de Jésus, organisé à l'occasion du XXV anniversaire de l'encyclique "Haurietis Aquas in Gaudio".

La dévotion au sacré-coeur de Jésus

Benoît XVI : la piété cordiale, la dévotion centrée sur le Coeur de Jésus

Théologie

Le 08 janvier 2009 -  Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Cette conférence avait pour titre: "Le mystère Pascal, racine et objet plus profond de la dévotion au sacré-coeur de Jésus" (Cardinal Joseph Ratzinger, "le mystère pascal, racine et objet plus profond de la dévotion au sacré-cœur de Jésus. Conférence au Congrès de Toulouse sur le Coeur de Jésus (24-28, 07.81), à l'occasion du XXV anniversaire de l'encyclique Haurietis Aquas).

I. La crise de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus à l'époque de la réforme liturgique

Dès l'apparition du mouvement biblique et liturgique, de notables efforts furent déployés pour asseoir les fondements biblique et patristique de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, et pour la situer dans la ligne des origines du christianisme. Pour ce qui est du monde germanique, mention spéciale doit être faite de Hugo Rahner.

Hugo s'est efforcé de mettre en évidence des fondements nouveaux à la dévotion au Coeur de Jésus, reliant celle-ci à l'exégèse que les saints Pères faisaient de Jean 7,37-39 et Jean 19,34. Ce sont deux péricopes qui évoquent le côté transpercé de Jésus, et le sang et l'eau qui s'en écoulent. Ces deux textes expriment à l'évidence le mystère pascal : du Coeur transpercé du Seigneur coule la source de vie que sont les sacrements.

//. Éléments pour un fondement nouveau de la dévotion au Coeur de Jésus, basé sur l'encyclique "Haurietis aquas"

1.  Un fondement basé sur une théologie de l'Incarnation

L'encyclique développe une anthropologie et une théologie de la corporalité, où elle voit les fondements philosophiques et psychologiques du culte du Coeur de Jésus. Le corps n'est point une chose purement extérieure, liée à l'esprit ou à l'âme. Le corps est plutôt l'expression de l'esprit, son "image".

Bien! Le corps étant la partie visible de la personne, et la personne l'image de Dieu, il s'en suit, souligne Benoît XVI, que le corps, dans l'ensemble de toutes ses dimensions, est l'espace où le divin se configure, se cristallise concrètement. Dès le début, la Bible présente le mystère de Dieu en images du corps, et du monde ordonné selon le corps.

2.  L'importance des sens et des sentiments dans la dévotion.

Ainsi sommes-nous conduits à la conclusion logique de base que l'encyclique tire de sa théologie de la corporalité et de l'incarnation : l'homme a besoin de contempler, d'intérioriser les mystères divins à travers une contemplation intime qui est en quelque sorte un toucher et une palpation de la réalité. L'homme doit s'élever sur l'échelle du corps, où se situe le chemin qui mène à la foi. Nous sommes invités au regard perçant par lequel le coeur commence à voir et à comprendre, de sorte que nos sens eux-mêmes sont engagés dans la contemplation cordiale. En effet, "on ne voit bien que par le coeur", selon les mots que Saint-Exupéry place dans la bouche du Petit Prince, parfaite image symbolique de l'ingénuité, et du "soyez comme des enfants" si nécessaire aux adultes pour redécouvrir la réalité spécifiquement humaine que la raison pure n'arrive pas à saisir.

La théologie de la corporalité, exposée dans l'encyclique, est, pour ainsi dire, une apologie du coeur, des sens et des sentiments en général, et plus particulièrement dans le champ de la piété. "...Que le Christ habite en vos coeurs par la foi. Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, vous connaîtrez l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance" (Ép 3,17-19).

Déjà la patristique, en particulier dans la tradition qui remonte au Pseudo-Dionisios
(catéchèse de Benoît XVI sur Denis l'Aéropagite), avait retenu comment ce passage de la lettre aux Éphésiens soulignait les limites de la raison. C'est ainsi que dans la tradition dionysiaque apparaît l'expression ignote cognoscere, connaître tout en ignorant, qui donna naissance à la docta ignorancia. C'est la mystique des ténèbres, pour laquelle seul le coeur a des yeux. A ce propos, plusieurs références viennent à l'esprit, comme le "Amor ipse notitia est" de saint Grégoire le Grand, ou l'expression de Ricardo de San Victor: "Amor oculus est et amare videre est" (L'amour est l'oeil; aimer est voir).

L'encyclique se penche sur le verset 3,18 de la lettre aux Éphésiens où il est question de la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur et poursuit en disant que l'amour de Dieu n'est pas seulement spirituel. L'amour qui s'exhale dans l'Évangile, dans les lettres des apôtres et les pages de l'Apocalypse n'est pas seulement d'ordre spirituel, mais il exprime encore les sentiments d'une affection humaine. Le Verbe de Dieu, en effet, n'a pas pris un corps fictif. Nous sommes donc invités à pratiquer une dévotion liée aux sentiments, en consonance avec la corporalité de l'amour humain-divin du Christ Jésus. Justement, pour l'encyclique la piété liée aux sentiments est essentiellement la dévotion cordiale, puisque le coeur est la racine des sentiments, le point de rencontre et de compénétration de la sensibilité et de l'esprit, fondus en une seule réalité. La piété sensible bien comprise est la dévotion en accord avec la devise du cardinal Newman: "Cor ad cor loquitur"
(Le coeur parle au coeur), phrase qui synthétise de la plus belle des façons ce que nous pouvons appeler la piété cordiale, la dévotion centrée sur le Coeur de Jésus.

L'encyclique ajoute que le coeur est l'expression des passions de l'homme.  Face à l'idéal stoïcien de l'apathie,  face au Dieu d'Aristote, qui est la pensée de la pensée, le coeur est la mesure et le résumé des passions, sans lesquelles la Passion du Fils est incompréhensible.

Dans l'encyclique sont cités les Pères de l'Église Justin, Basile, Chrysostome, Ambroise, Jérôme, Augustin et Jean Damascène, qui font résonner en diverses variations la mélodie commune à toute la patristique, résumée pratiquement d'un mot : ".. .passionum nostrarum particeps factus est "
(Il a partagé nos "passions").

Ce point de synthèse de l'hérédité grecque et de la foi biblique procura les plus grandes difficultés aux Pères qui connaissaient l'idéal moral du stoïcisme, l'idéal de l'impassibilité du sage qui prétend dominer et dépasser par l'intelligence et la volonté le sentimentalisme irrationnel. Par ailleurs, il n'est pas possible de nier que la figure d'un Jésus qui se complait, se réjouit, attend et se décourage se situe dans la ligne de la conception vétéro-testamentaire de Dieu. Allons plus loin : en Jésus, Logos fait homme, culminent en leur point extrême et radical les anthropomorphismes de l'Ancien Testament. Il ne pouvait y avoir de Passion sans les "passions". La souffrance,  suppose la capacité de souffrir, et la capacité de souffrir implique la sensibilité, l'affection, l'émotivité, le sentiment.

A l'époque des Pères de l'Église, ce fut incontestablement Origène qui comprit le mieux la thématique de Dieu "souffrant" et qui sut l'exprimer avec le plus d'aisance, à tel point qu'il est impossible de réduire cette thématique à l'humanité souffrante de Jésus, puisque cela touche à l'idée chrétienne de Dieu lui-même. Voir souffrir le Fils est aussi la "passion" du Père, et avec eux compatit
(pâtit avec) aussi l'Esprit, dont Paul dit ceci: "L'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, il supporte en nous et pour nous la "passion" de l'angoisse et de l'attente de la rédemption" (Rm 8,26). Ceci dit, Origène fut également celui qui définit la ligne directrice du thème du Dieu "souffrant": Quand tu entendras parler des passions de Dieu, souviens-toi toujours de l'amour.

Dieu est un être "souffrant" parce que Dieu est un amant, et la thématique du Dieu souffrant dérive de la thématique du Dieu amant, à laquelle elle nous renvoie constamment. L'avancée spécifique du concept chrétien de Dieu, par rapport à l'antiquité, réside dans la profession selon laquelle Dieu est charité.

Du point de vue de l'encyclique Haurietis aquas, les "passions" de Jésus, concentrées en son Coeur et synthétiquement représentées par ce Coeur, constituent la raison d'être et la justification de la nécessité de l'intervention du coeur dans les relations de l'homme avec Dieu, c'est-à-dire de la faculté du sentiment, de l'émotivité de l'amour. Une dévotion incarnée doit nécessairement être une dévotion "passionnée", une piété coeur à coeur, comme l'est précisément la dévotion pascale, tant il est vrai que le mystère de Pâques est, par essence, comme un mystère de souffrance, un mystère du Coeur.

3. Anthropologie et théologie du coeur dans la Bible et chez les Pères de l'Église.

De tout ce qui vient d'être dit, il se déduit que la dévotion chrétienne interpelle aussi la sensibilité, qui tient son organisation et son unité du coeur, et qu'elle interpelle aussi les sentiments, dont le foyer réside dans le coeur. Il est donc prouvé qu'une dévotion centrée de la sorte dans le coeur correspond à l'image chrétienne de Dieu qui a un Coeur. En définitive, il est donc prouvé que ce Coeur est l'expression et l'exégèse du mystère pascal, où s'inscrit l'histoire de l'amour de Dieu pour l'homme.

Il convient cependant de se poser cette question-ci : Une accentuation si forte du mot-clé "coeur" correspond-elle non seulement à la chose elle-même, mais aussi au langage de la tradition ? Si le concept de "coeur" est aussi élémentaire que nous l'avons présenté, il doit pour le moins s'exprimer par un terme où Bible et tradition se rejoignent.

Que trouvons-nous dans les écrits des Pères de l'Église ?

Selon A. Hamon, le 1er millénaire est muet sur le thème du "Coeur de Jésus". Il semble que l'expression apparaît pour la première fois dans saint Anselme de Canterbury, mais sans signification spécifique (A. Hamon, Coeur [Sacré], Dict. de spiritualité II, 1023-1046). Hugo Rahner, dans ses études sur l'exégèse patristique de Jean 7,37-39 et Jean 19,34 a incorporé les Pères de l'Église à l'histoire du culte du Coeur de Jésus, bien que, comme nous l'avons dit, les Pères n'emploient pas le terme "coeur" dans ce contexte.

Néanmoins, pour certain qu'il soit, aujourd'hui comme hier, que l'expression "Coeur de Jésus" n'apparaît pas chez les Pères, nous retrouvons chez eux, au-delà de ce que dit Hugo Rahner, un principe fondamental de la dévotion au Coeur de Jésus, un fondement que nous pourrions qualifier de théologie et philosophie du coeur, qui revêt une importance notable dans la mentalité patristique, à tel point, par exemple, que E. Maxsein a consacré toute une recherche à la philosophia cordis de saint Augustin. Tout lecteur de ses "Confessions" sait quel rôle joue le vocable "coeur" comme centre d'une anthropologie dialogique et réalise clairement que par cette voie pénètre dans la pensée de saint Augustin le courant de la terminologie biblique et, avec celle-ci, le courant de la théologie et de l'anthropologie bibliques.

Saint Jérôme en arrive, en un certain passage, à dire que le centre de l'homme est, selon Platon et les platoniciens, le cerveau, et, selon le Christ, le Coeur (Epist. 64,1). La tension entre l'anthropologie platonicienne et l'anthropologie stoïcienne fournit aux Pères l'opportunité d'ébaucher une nouvelle synthèse anthropologique à partir de la Bible.

Origène, à l'occasion de la péricope du Baptiste transmise par Jean (Jn 1,26) : "Au milieu de vous, il est quelqu'un que vous ne connaissez pas", dit ceci: C'est le Logos, sans que nous le sachions, qui est au milieu de nous, car le milieu ou le centre de l'homme est le coeur, et dans le coeur se trouve la force qui régit tout, qui est le Logos (Origène, in Ioh., GCS IV, 94,18). Ainsi, le vocable "coeur" signifie, au-delà de la raison, "un niveau plus profond de la vie spirituelle, où se réalise un contact avec le divin". E. Von Ivanka a montré comment cette séquence d'idées d'Origène fit germer un courant de dévotion et de pensée qui produisit chez les religieuses allemandes du Moyen-Age une floraison favorable au Coeur de Jésus, et en général une mystique qui accentue la primauté du coeur sur la raison, de l'amour sur la connaissance (E. von Ivanka, Plato christianus, Einsiedeln 1964, p. 350).

Ainsi donc, la conception du coeur en tant que point de rencontre salvifique avec le Logos trouva une base dans la nouvelle synthèse de la pensée patristique, telle que la formule, par exemple, saint Augustin à propos des psaumes: "Tournons-nous vers le Coeur pour le rencontrer".

En conclusion, nous pouvons dire que le stoïcisme de ces Pères cités voit dans le coeur le soleil du microcosme, la force vitale et l'énergie conservatrice de l'organisme humain et de l'homme en sa totalité. Le stoïcisme de ces Pères cités définit la fonction de cette force dominante comme synthèse, comme cause de cohésion et de cohérence. La tâche du coeur est la conservation de soi, la cohésion et la cohérence personnelles.

Le Coeur transpercé de Jésus, en réalité, révolutionne, "retourne" cette définition (cf. Os 11,8). Ce Coeur n'est pas la propre conservation, mais l'offrande de soi, le don de sa personne. Il sauve le monde en s'ouvrant. Cette révolution du Coeur ouvert est le contenu du mystère pascal. Le Coeur sauve, mais il sauve en se donnant, en s'offrant. Voilà comment le centre du christianisme se présente à nous dans le Coeur de Jésus, où se retrouve toute la révolution authentique, toute la nouveauté transformatrice dont nous parle la Nouvelle Alliance. Ce Coeur appelle le coeur. Il nous invite à renoncer à la vaine tentative d'auto-conservation pour le rencontrer, Lui, dans l'amour mutuel et l'offrande de notre propre personne; et pour, avec Lui, accéder à la plénitude de la charité, qui est l'éternité en soi et pour soi, et qui seule conserve le monde.

 

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Sources : www.vatican.va -  (E.S.M.)
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M. sur Google actualité)  08.01.2009 - T/Théologie

 

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