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19 Avril 2005
 

  LE PAPE BENOÎT XVI

OBSÈQUES DU SOUVERAIN PONTIFE JEAN-PAUL II

HOMÉLIE DU CARD. JOSEPH RATZINGER (extraits)

Place Saint-Pierre-vendredi 8 avril 2005

Remercions l’Esprit Saint, onction du Christ, maître intérieur de la vie de Notre Seigneur, doux hôte et ami.

Nous reproduisons, ci-dessous, l’homélie du 8 avril 2005, qui reprend six fois l'invitation du Christ à le suivre , expression, pilier de ce site, prélude de la page de présentation.

« Suis-moi », dit le Seigneur ressuscité à Pierre; telle est sa dernière parole à ce disciple, choisi pour paître ses brebis. « Suis-moi » – cette parole lapidaire du Christ peut être considérée comme la clé pour comprendre le message qui vient de la vie de notre regretté et bien-aimé Pape Jean-Paul II, dont nous déposons aujourd’hui le corps dans la terre comme semence d’immortalité - avec le cœur rempli de tristesse, mais aussi de joyeuse espérance et de profonde gratitude.

Tels sont les sentiments qui nous animent, Frères et Sœurs dans le Christ, présents sur la place Saint Pierre, dans les rues adjacentes et en divers autres lieux de la ville de Rome, peuplée en ces jours d’une immense foule silencieuse et priante. Je vous salue tous cordialement. Au nom du Collège des Cardinaux, je désire aussi adresser mes salutations respectueuses aux Chefs d’État, de Gouvernement et aux délégations des différents pays. Je salue les Autorités et les Représentants des Églises et des Communautés chrétiennes, ainsi que des diverses religions. Je salue ensuite les Archevêques, les Évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses et les fidèles, venus de tous les continents; et de façon particulière les jeunes, que Jean-Paul II aimait définir comme l’avenir et l’espérance de l’Église. Mon salut rejoint également tous ceux qui, dans chaque partie du monde, nous sont unis par la radio et la télévision, dans cette participation unanime au rite solennel d’adieu à notre Pape bien-aimé.

Suis-moi – depuis qu’il était jeune étudiant Karol Wojtyła s’enthousiasmait pour la littérature, pour le théâtre, pour la poésie. Travaillant dans une usine chimique, entouré et menacé par la terreur nazie, il a entendu la voix du Seigneur: Suis-moi! Dans ce contexte très particulier il commença à lire des livres de philosophie et de théologie, il entra ensuite au séminaire clandestin créé par le Cardinal Sapieha et, après la guerre, il put compléter ses études à la faculté de théologie de l’université Jagellon de Cracovie. Très souvent, dans ses lettres aux prêtres et dans ses livres autobiographiques, il nous a parlé de son sacerdoce, lui qui fut ordonné prêtre le 1 er novembre 1946. Dans ces textes, il interprète son sacerdoce en particulier à partir de trois paroles du Seigneur. Avant tout celle- ci: «Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure» ( Jn 15, 16). La deuxième parole est celle- ci: «Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis» ( Jn 10, 11). Et finalement: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour» ( Jn 15, 9). Dans ces trois paroles, nous voyons toute l’âme de notre Saint-Père. Il est réellement allé partout, et inlassablement, pour porter du fruit, un fruit qui demeure. «Levez-vous, allons! », c’est le titre de son avant-dernier livre. «Levez-vous, allons!» – par ces paroles, il nous a réveillés d’une foi fatiguée, du sommeil des disciples d’hier et d’aujourd’hui. «Levez-vous, allons! » nous dit-il encore aujourd’hui. Le Saint-Père a été ensuite prêtre jusqu’au bout, parce qu’il a offert sa vie à Dieu pour ses brebis, et pour la famille humaine tout entière, dans une donation de soi quotidienne au service de l’Église et surtout dans les épreuves difficiles de ces derniers mois. Ainsi, il s’est uni au Christ, le bon pasteur qui aime ses brebis. Et enfin, «demeurez dans mon amour »: le Pape, qui a cherché la rencontre avec tous, qui a eu une capacité de pardon et d’ouverture du cœur pour tous, nous dit, encore aujourd’hui, avec ces différentes paroles du Seigneur: en demeurant dans l’amour du Christ nous apprenons, à l’école du Christ, l’art du véritable amour.

Suis- moi ! En juillet 1958, commence pour le jeune prêtre Karol Wojtyła une nouvelle étape sur le chemin avec le Seigneur et à la suite du Seigneur. Karol s’était rendu comme d’habitude avec un groupe de jeunes passionnés de canoë aux lacs Masuri pour passer des vacances avec eux. Mais il portait sur lui une lettre qui l’invitait à se présenter au Primat de Pologne, le Cardinal Wyszyński et il pouvait deviner le but de la rencontre: sa nomination comme évêque auxiliaire de Cracovie. Laisser l’enseignement académique, laisser cette communion stimulante avec les jeunes, laisser le grand combat intellectuel pour connaître et interpréter le mystère de la créature humaine, pour rendre présent dans le monde d’aujourd’hui l’interprétation chrétienne de notre être – tout cela devait lui apparaître comme se perdre soi-même, perdre précisément ce qui était devenu l’identité humaine de ce jeune prêtre. Suis-moi – Karol Wojtyła accepta, entendant la voix du Christ dans l’appel de l’Église. Et il a compris ensuite jusqu’à quel point était vraie la parole du Seigneur: «Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera» ( Lc 17, 33). Notre Pape – nous le savons tous – n’a jamais voulu sauvegarder sa propre vie, la garder pour lui; il a voulu se donner lui-même sans réserve, jusqu’au dernier instant, pour le Christ et de ce fait pour nous aussi. Il a fait ainsi l’expérience que tout ce qu’il avait remis entre les mains du Seigneur lui était restitué de manière nouvelle. Son amour du verbe, de la poésie, des lectures, fut une part essentielle de sa mission pastorale et a donné une nouvelle fraîcheur, une nouvelle actualité, un nouvel attrait à l’annonce de l’Évangile, même lorsque ce dernier est signe de contradiction.

Suis-moi  ! En octobre 1978, le Cardinal Wojtyła entendit de nouveau la voix du Seigneur. Se renouvelle alors le dialogue avec Pierre, repris dans l’Évangile de cette célébration: «Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? Sois le pasteur de mes brebis !» À la question du Seigneur, Karol, m’aimes-tu ? l’Archevêque de Cracovie répond du plus profond de son cœur: «Seigneur, tu sais tout: tu sais bien que je t’aime». L’amour du Christ fut la force dominante de notre bien-aimé Saint-Père; ceux qui l’ont vu prier, ceux qui l’ont entendu prêcher, le savent bien. Ainsi, grâce à son profond enracinement dans le Christ, il a pu porter une charge qui est au-delà des forces purement humaines: être le pasteur du troupeau du Christ, de son Église universelle. Ce n’est pas ici le moment de parler des différents aspects d’un pontificat aussi riche. Je voudrais seulement relire deux passages de la liturgie de ce jour, dans lesquels apparaissent des éléments centraux qui l’annoncent. Dans la première lecture, saint Pierre nous dit – et le Pape le dit aussi avec saint Pierre: «En vérité, je le comprends: Dieu ne fait pas de différence entre les hommes; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et qui font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous» ( Ac 10, 34-36). Et, dans la deuxième lecture, – saint Paul, et avec saint Paul notre Pape défunt – nous exhorte à haute voix : «Mes frères bien-aimés que je désire tant revoir, vous, ma joie et ma récompense; tenez bon dans le Seigneur, mes bien-aimés» ( Ph 4, 1).

Suis-moi  ! En même temps qu’il lui confiait de paître son troupeau, le Christ annonça à Pierre son martyre. Par cette parole qui conclut et qui résume le dialogue sur l’amour et sur la charge de pasteur universel, le Seigneur rappelle un autre dialogue, qui s’est passé pendant la dernière Cène. Jésus avait dit alors : «Là où je m’en vais, vous ne pouvez pas y aller». Pierre lui dit : «Seigneur, où vas-tu ?». Jésus lui répondit : « Là où je m’en vais, tu ne peux pas me suivre pour l’instant; tu me suivras plus tard» ( Jn 13, 33.36). Jésus va de la Cène à la Croix, et à la Résurrection – il entre dans le mystère pascal; Pierre ne peut pas encore le suivre. Maintenant – après la Résurrection – ce moment est venu, ce «plus tard». En étant le Pasteur du troupeau du Christ, Pierre entre dans le mystère pascal, il va vers la Croix et la Résurrection. Le Seigneur le dit par ces mots, «Quand tu étais jeune ... tu allais où tu voulais, mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller» ( Jn 21, 18). Dans la première période de son pontificat, le Saint-Père, encore jeune et plein de force, allait, sous la conduite du Christ, jusqu’aux confins du monde. Mais ensuite il est entré de plus en plus dans la communion aux souffrances du Christ, il a compris toujours mieux la vérité de ces paroles: «C’est un autre qui te mettra ta ceinture ...». Et vraiment, dans cette communion avec le Seigneur souffrant, il a annoncé infatigablement et avec une intensité renouvelée l’Évangile, le mystère de l’amour qui va jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1).

Il a interprété pour nous le mystère pascal comme mystère de la Divine miséricorde. Il écrit dans son dernier livre la limite imposée au mal «est en définitive la Divine miséricorde» ( Mémoire et identité , p. 71). Et en réfléchissant sur l’attentat, il affirme : «En souffrant pour nous tous, le Christ a conféré un sens nouveau à la souffrance, il l’a introduite dans une nouvelle dimension, dans un nouvel ordre: celui de l’amour [...]. C’est la souffrance qui brûle et consume le mal par la flamme de l’amour et qui tire aussi du péché une floraison multiforme de bien» ( ibid ., p. 201-202).

Animé par cette perspective, le Pape a souffert et aimé en communion avec le Christ et c’est pourquoi le message de sa souffrance et de son silence a été si éloquent et si fécond.

Divine miséricorde : le Saint-Père a trouvé le reflet le plus pur de la miséricorde de Dieu dans la Mère de Dieu. Lui, qui tout jeune avait perdu sa mère, en a d’autant plus aimé la Mère de Dieu. Il a entendu les paroles du Seigneur crucifié comme si elles lui étaient personnellement adressées: «Voici ta Mère». Et il a fait comme le disciple bien-aimé : il l’a accueillie au plus profond de son être (eis ta idia : Jn 19, 27) – Totus tuus. Et de cette Mère il a appris à se conformer au Christ.

Pour nous tous demeure inoubliable la manière dont en ce dernier dimanche de Pâques de son existence, le Saint-Père, marqué par la souffrance, s’est montré encore une fois à la fenêtre du Palais apostolique et a donné une dernière fois la Bénédiction Urbi et Orbi . Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Oui, puisses-tu nous bénir, Très Saint Père, nous confions ta chère âme à la Mère de Dieu, ta Mère, qui t’a conduit chaque jour et te conduira maintenant à la gloire éternelle de son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen.

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Voici quelques extraits significatifs du message prononcé par le Pape Benoît XVI, mercredi 20 avril premier jour de son pontificat lors de la messe célébrée en la chapelle Sixtine.

Très chers frères, cette intime reconnaissance pour un don de la divine miséricorde l'emporte malgré tout dans mon cœur.

… seulement préoccupé de proclamer au monde entier la présence vivante du Christ ".

"Il est significatif que mon pontificat s'ouvre tandis que l'Eglise vit l'Année de l'Eucharistie. Comment ne pas voir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel je suis appelé? Coeur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Eglise, l'Eucharistie ne peut être que le coeur du service pétrinien qui m'a été confié ".

" L'Eucharistie rend permanente la présence du Christ ressuscité, qui continue de se donner à nous et nous appelle à prendre part au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec lui, découlent tous les autres éléments de la vie de l'Eglise, avant tout, la communion entre tous les fidèles, puis l'engagement à annoncer et à témoigner de l'Evangile, l'ardeur de la charité envers tous, vers les pauvres et les petits tout spécialement ".

C'est pourquoi cette année la Solennité du Corpus Domini devra être célébrée avec un relief tout particulier. Et l'Eucharistie sera également au coeur de la Journée mondiale de la Jeunesse en août à Cologne et du Synode des Evêques qui se réunira en octobre autour du thème: L'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise.

Je demande à tous d'intensifier ces mois à venir l'amour et la dévotion envers Jésus Eucharistie en exprimant de façon décidée et claire la foi en la présence réelle du Seigneur en particulier à travers le caractère solennel et digne des célébrations.

Je le demande de façon particulière aux prêtres, auxquels je pense en ce moment avec une grande affection. Le sacerdoce ministériel est né au Cénacle avec l'Eucharistie, comme l'a rappelé tant de fois mon vénérable prédécesseur Jean-Paul II. La vie sacerdotale doit avoir avant tout une forme eucharistique, a-t-il écrit dans sa dernière Lettre du Jeudi Saint. L'impeccable célébration de la Messe quotidienne, coeur de la vie et de la mission de tout prêtre, doit y contribuer fortement.

Alimentés et soutenus par l'Eucharistie, les catholiques ne peuvent que se sentir stimulés à la pleine unité que le Christ a ardemment souhaité au Cénacle. De ce lien suprême avec le Divin Maître, le Successeur de Pierre doit se charger tout particulièrement car c'est à lui qu'a été confié le rôle de confirmer les frères dans la Foi.

Mane Nobiscum Domine ! L'invocation dominante de la Lettre apostolique de Jean-Paul II pour l'Année eucharistique est la prière qui s'échappe naturellement de mon coeur tandis que j'entreprends le ministère auquel le Christ m'a appelé. A la suite de Pierre, c'est à lui que je renouvelle ma promesse de fidélité absolue. C'est lui seul que j'entends servir, en me consacrant totalement au service de son Eglise.

Les médias parlent, d’une façon un peu rudimentaire, d’un pape de transition (transition de quoi !) dans la continuité de l’œuvre de Jean-Paul II ! Certes ils n’ont pas tout à fait tord dans le second point mais l’essentiel  de son programme, pour ceux qui veulent le comprendre, n’est-il pas dans ces quelques idées ?    …qu’il ne servira que le Christ et son Eglise, dans une fidélité absolue   … .la présence vivante du Christ  …. l'amour et la dévotion envers Jésus Eucharistie en exprimant de façon décidée et claire la foi en la présence réelle du Seigneur.

Homélie programme du pape Benoît XVI : Premier message de Sa Sainteté Benoît XVI, 20 avril 2005

 

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FRANCE : L’ardeur missionnaire et la contemplation du mystère eucharistique

 

Le Cardinal SODANO

MESSAGE

A LA

FRANCE

Benoît XVI

Message du pape Benoît XVI

ROME, Vendredi 6 mai 2005 – Le pape Benoît XVI souhaite que « l’ardeur missionnaire » soit ravivée chez les chrétiens de France , et pour cela il recommande aux fidèles « d’enraciner leur vie et leur action dans la contemplation du mystère eucharistique », à l’instar de Pauline Jaricot.

Le pape Benoît XVI a adressé le 5 mai, par le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano, (la photo) un message au cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et primat des Gaules à l’occasion du rassemblement des délégués nationaux des Œuvres pontificales missionnaires qui se tient à Lyon et de l’inauguration de la maison rénovée de Pauline-Marie Jaricot.

Le message a été lu en la primatiale Saint Jean-Baptiste à Lyon, hier, 5 mai, jeudi de l’Ascension.

« Le Saint-Père s’associe volontiers par la prière à tous les participants. Il adresse un salut cordial à Monsieur le Cardinal Crescenzio Sepe, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples et aux Cardinaux qui prennent part à cette rencontre, aux délégués nationaux des Œuvres pontificales missionnaires, aux Autorités civiles et à tous les fidèles qui s’associent aux différentes manifestations », dit le message.

Le pape dit souhaiter « que le rassemblement des Œuvres pontificales missionnaires et les célébrations en l’honneur de Pauline Jaricot ravivent l’ardeur missionnaire parmi les chrétiens de France, afin qu’ils aient l’audace, comme leur devancière lyonnaise, d’annoncer l’Evangile et le salut qui nous vient de l’unique Sauveur, par un témoignage fort et par une prière instante, invitant aussi des jeunes à se rendre disponibles pour la mission dans l’Eglise et pour transmettre au monde la vérité et la lumière du Christ »

En cette année de l’eucharistie, Benoît XVI souligne la spiritualité eucharistique de la fondatrice : « Pauline Jaricot puisait dans l’Eucharistie la force de la foi et une conviction profondément missionnaire «afin de coopérer à l’expansion de l’Evangile». C’est pourquoi le Saint-Père invite tous les fidèles à enraciner leur vie et leur action dans la contemplation du mystère eucharistique, qui est la source et le « centre du processus de croissance de l’Eglise » (encyclique Ecclesia de Eucharistia, n. 21). Comme le rappelait encore le Pape Jean-Paul II, « il existe un rapport très étroit entre célébrer l’Eucharistie et annoncer le Christ. Entrer en communion avec lui dans le mémorial de la Pâque, cela signifie en même temps devenir missionnaires de l’événement que ce rite rend présent ; en un sens, cela signifie le rendre contemporain de toute époque, jusqu’à ce que le Seigneur revienne » (Homélie de la Fête du Corps et du Sang du Christ, 10 juin 2004) ».

« En confiant les Pasteurs et les fidèles rassemblés à Lyon à l’intercession de Notre-Dame de Fourvière et aux saints lyonnais que Pauline aimait prier, Sa Sainteté leur accorde à tous une affectueuse Bénédiction apostolique », conclut le message.

Pauline Marie Jaricot est la fondatrice de l’Œuvre de la Propagation de la Foi. Son intuition permet aujourd’hui à plus de 1500 diocèses sur les cinq continents de recevoir, par les Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM), l’aide indispensable à leur mission d’évangélisation.

Pour en savoir plus sur l’OPM et sur Pauline Marie JARICOT nous vous conseillons :  Oeuvre Pontificale Missionnaire - Coopération Missionnaire    http://mission.cef.fr      

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Programme de Benoît XVI pour approfondir l’Année de l’Eucharistie

 


Solennité  du

CORPUS DOMINI



Fête-Dieu
 

Célébrée Le jeudi après l’octave de la Pentecôte ou le dimanche suivant pour des raisons pastorales.

ROME, Mercredi 20 avril 2005 - Benoît XVI veut entraîner l’Eglise à approfondir encore davantage l’ Année de l’Eucharistie.

Dans sa première homélie, il a en effet déclaré : « De manière extrêmement significative, mon pontificat commence alors que l’Eglise vit l’Année spéciale consacrée à l’Eucharistie. Comment ne pas voir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel je suis appelé ? L’Eucharistie, cœur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l’Eglise, ne peut que constituer le centre permanent et la source du service pétrinien qui m’a été confié ».

Première célébration de référence : la fête du Saint-Sacrement. Il disait en effet : « Cette année, par conséquent, l’on devra accorder une importance particulière à la célébration de la solennité du Corpus Domini ».

A Cologne aussi l’Eucharistie sera au cœur du rassemblement des jeunes : « L’Eucharistie se trouvera ensuite, en août, au centre de la Journée mondiale de la Jeunesse à Cologne et, en octobre, de l’Assemblée ordinaire du Synode des évêques qui aura pour thème : « l’Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise ». »

A toutes les paroisses le pape disait : « Je demande à tous d’intensifier dans les mois à venir l’amour et la dévotion à Jésus Eucharistie et d’exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, en particulier à travers le caractère solennel et digne des célébrations ».

« Je le demande de façon spéciale aux prêtres, auxquels je pense en ce moment avec une grande affection, continuait le pape. Le sacerdoce ministériel est né dans le Cénacle, en même temps que l’Eucharistie, comme l’a si souvent souligné mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II. « L’existence sacerdotale doit avoir à un titre spécial une ‘forme eucharistique’ », a-t-il écrit dans sa dernière lettre pour le Jeudi Saint (n. 1). La célébration pieuse et quotidienne de la Messe, centre de la vie et de la mission de chaque prêtre, y contribue de façon spéciale ».

« Nourris et soutenus par l’Eucharistie, les catholiques ne peuvent pas ne pas se sentir encouragés à tendre vers cette pleine unité que le Christ a ardemment souhaitée au Cénacle. Le successeur de Pierre sait qu’il doit de manière particulière prendre en charge cette aspiration suprême du Divin maître. C’est à lui en effet qu’a été confiée la tâche de confirmer ses frères (cf. Lc 22, 32) », concluait Benoît XVI.

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Quelques extraits des dernières homélies prononcées par le Pape Jean-Paul II à l’occasion de la fête du Corpus Domini (2000 à 2004)

  " Voilà le pain des anges, / le pain des pèlerins, / le vrai pain des fils " ( Séquence ).

Aujourd'hui, l'Eglise présente au monde le Corpus Domini - le Corps du Christ. Elle invite à l'adorer:  venite adoremus - Venez, adorons-le !

Les regards des croyants se concentrent sur le Sacrement, dans lequel Jésus a laissé toute sa personne : Corps, Sang, Ame et Divinité. C'est pourquoi il a toujours été considéré le plus Saint : le "très saint Sacrement", mémorial vivant du Sacrifice rédempteur.

Ce don "dépasse toute louange, il n'y a pas de chant qui en soit digne" ( ibid .).

Voilà un mystère sublime et ineffable. Un mystère devant lequel on reste stupéfaits et silencieux, dans une attitude de contemplation profonde et d'extase.

Dans le Pain et le Vin consacrés, celui qui reste avec nous est le même Jésus que celui des Evangiles, que les disciples ont rencontré et suivi, qu'ils ont vu crucifié et ressuscité, dont Thomas a touché les plaies en se prosternant en adoration et en s'exclamant : "Mon Seigneur et mon Dieu !" ( Jn 20, 28)

Dans le contexte liturgique du Corpus Domini, le passage de l'évangéliste Luc nous aide à mieux comprendre le don et le mystère de l'Eucharistie. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, les bénit, les rompit et les donna aux apôtres afin qu'ils les distribuent au peuple (cf. Lc 9, 16). Tous - observe saint Luc - mangèrent et furent rassasiés et douze couffins de morceaux furent même recueillis (cf. ibid., 17).

Il s'agit d'un prodige surprenant, qui constitue comme le début d'un long processus historique : la multiplication sans arrêt dans l'Eglise du Pain de vie nouvelle pour les hommes de toute race et de toute culture. Ce ministère sacramentel est confié aux Apôtres et à leurs successeurs. Et eux, fidèles à la consigne du divin Maître, ne cessent de rompre et de distribuer le Pain eucharistique de génération en génération.

Le Peuple de Dieu le reçoit avec une participation dévouée. De ce Pain de vie, médecine d'immortalité, se sont nourris d'innombrables saints et martyrs, en y puisant la force pour résister également aux dures et longues tribulations. Ils ont cru aux paroles que Jésus prononça un jour à Capharnaüm:  "Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mange ce pain vivra à jamais" ( Jn 6, 51).

"Le Pain de la vie", "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" ( Jn 6, 51).

Mystère de notre salut ! Le Christ - unique Seigneur hier, aujourd'hui et à jamais - a voulu lier sa présence salvifique dans le monde et dans l'histoire au sacrement de l'Eucharistie. Il a voulu devenir pain rompu, afin que chaque homme puisse se nourrir de sa vie même, à travers la participation au Sacrement de son Corps et de son Sang.

Comme les disciples, qui écoutèrent stupéfaits son discours à Capharnaüm, nous aussi nous ressentons que ce langage n'est pas facile à comprendre (cf. Jn 6, 60). Nous pourrions parfois être tentés d'en donner une interprétation réductrice. Mais cela nous éloignerait du Christ, comme cela a lieu pour les disciples qui "dès lors [...] n'allaient plus avec lui" ( Jn 6, 66).

Nous voulons rester avec le Christ, et pour cela nous Lui disons avec Pierre:  "Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle" ( Jn 6, 68). Avec la même   conviction que Pierre, nous nous agenouillons aujourd'hui devant le Sacrement de l'autel et nous renouvelons notre profession de foi dans la présence réelle du Christ.

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Histoire abrégée de l'Institution de la Fête-Dieu

 

      Institution de la fête-Dieu grâce à une religieuse dont le confesseur devient pape

CITE DU VATICAN, Jeudi 19 juin 2003 - L'institution de la fête-Dieu est pour beaucoup due à une religieuse dont le confesseur devient pape: sainte Julienne de Mont-Cornillon (1192-1258), en Belgique.  sainte Julienne de Mont-Cornillon

La fête du Corpus Domini est maintenue au Vatican à sa place originelle, le jeudi après l'octave de la Pentecôte, tandis que dans de nombreux diocèses, elle est reportée au dimanche suivant pour des raisons pastorales.

Un miracle eucharistique a marqué le XIIIe siècle, au Nord de Rome, à Bolsena en 1263, un événement décisif pour l'institution de cette fête en 1264 par le pape Urbain IV, et qui est relaté par les fresques de la cathédrale d'Orvieto.

Le miracle est survenu dans la basilique Sainte Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto.

Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage et il priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et chasse les doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie.

Le miracle advint au cours de la messe, célébrée par le prêtre en présence de nombreux fidèles. Au moment de la consécration, alors que le prêtre avait prononcé les paroles liturgiques sur les espèces du pain et du vin, l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prit une couleur rosée et des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter à la sacristie les saintes espèces.

Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu.

Une grande partie des reliques sont conservées en la cathédrale d'Orvieto: l'hostie, le corporal et les purificatoires de lin.

A Bolsena, on peut encore voir l'autel du miracle dans la basilique Sainte Christine, ainsi que quatre pierres tachées de sang.

Urbain IV institua la fête du Corpus Domini par la bulle "Transiturus de hoc mundo" et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte. La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314.

Mais en amont, le pape Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon: c'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête.

Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa soeur Agnès, d'un an son aînée, par les Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, elles vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les soeurs.

Une vision dont elle fut favorisée deux ans plus tard est à l'origine de ses efforts pour faire instituer la Fête-Dieu en l'honneur du Saint-Sacrement.

Cependant, devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions : on la traitait de fausse visionnaire. Ses visions, et son interprétation rigoureuse de la règle augustinienne, la firent chasser deux fois du monastère.

La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans le Namurois, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses.

L'abbaye cistercienne de Villers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture, aussi l'iconographie la représente-t-elle parfois revêtue de l'habit des Cisterciennes.

Cependant, relayés par Eve de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Eglise par Urbain IV, six ans après sa mort.

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SAINT THOMAS D’AQUIN , LE CHANTRE DE LA DIVINE EUCHARISTIE

Egregius Psaltes Israel. II Reg., XXIII, I.
Il chanta les plus belles hymnes d'Israël.


Extrait de sa vie ch. XVI, où il est question du miracle de Bolsena  

Après la glorieuse assurance donnée par le Christ lui-même au Docteur angélique, il demeure avéré qu'une grâce toute particulière le préparait à traiter le mystère de l'amour, et à devenir le Chantre de la divine Eucharistie .          

L'an 1264, à Orvieto, le pape Urbain IV immortalisait son pontificat par l'institution de la fête du Saint-Sacrement.

Outre la nécessité de confondre des hérétiques dont les blasphèmes attaquaient spécialement depuis deux siècles, la présence eucharistique du Sauveur, trois causes influèrent sur la détermination du Vicaire de Jésus-Christ.

La première fut l'occurrence de plusieurs miracles relatifs à la sainte Eucharistie.

En 1239, époque où les Maures désolaient le royaume de Valence, six officiers de l'armée chrétienne voulurent, avant de livrer bataille, recevoir le Pain des forts. Pendant qu'ils (156) entendaient dévotement la messe, les trompettes sonnèrent l'alarme, et nos braves capitaines de sortir en toute hâte pour se mettre à la tête de leurs troupes. Quelques heures après ils revinrent, en possession de la victoire, et le prêtre, pour satisfaire leur piété, déploya le corporal dans lequel il avait mis en réserve les saintes espèces. Grande fut sa surprise de les trouver ensanglantées et tellement adhérentes au corporal qu'il ne put les détacher. Le camp était à égale distance de plusieurs églises. Comme on ne savait dans laquelle conserver le linge miraculeux, après l'avoir précieusement enfermé, on le plaça sur une mule, qu'on laissa aller suivant son instinct dirigé par la Providence. La mule s'en vint droit à Daroca, et entrant dans la cour de l'hôpital, fléchit les genoux et expira, comme incapable désormais de servir à un usage profane.

La Sainte-Chapelle, à Paris, fut le théâtre d'un miracle non moins célèbre.

Un jour de l'année 1258, à l'Elévation de la messe, on aperçut entre les mains du prêtre un petit enfant d'une grâce divine et d'un éclat merveilleux. Pénétré d'une indicible émotion, le célébrant n'osait baisser les mains, de crainte de voir l'apparition s'évanouir. On lui soutint les bras, afin que le roi, dont le palais était proche, pût,venir contempler le prodige. Saint Louis se contenta de répondre : « Que ceux qui ne croient pas à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie aillent voir ce miracle Par la grâce de Dieu, je n'ai pas besoin d'un tel témoignage pour affermir ma foi. »

Un troisième miracle arrivé à Bolsena , ville de l'Etat pontifical, eut plus de retentissement.

Un prêtre, célébrant la messe dans l'église de sainte Christine, eut après la Consécration un doute sur la présence de Jésus-Christ. Tout à coup l'hostie commence à verser du sang : elle en répand en si grande abondance due le corporal, les nappes, la table même de l'autel en sont inondés. Le prêtre épouvanté prend la fuite. Il raconte le fait ; on accourt, on constate le prodige, on prévient le souverain Pontife, qui était alors tout près, à Orvieto. Le Pape envoie des prélats de sa maison; dans une procession solennelle, on apporte a la cathédrale d'Orvieto le corporal ensanglanté, aujourd'hui encore objet de vénération.

L'institution de la fête du très saint Sacrement semblait déjà provoquée par ces faits merveilleux; elle avait toutefois une raison plus profonde dans le cœur d'Urbain IV. Encore simple archidiacre de Liège, Jacques Pantaléon; c'était le nom d'Urbain IV avant qu'il devînt souverain pontife, avait connu une Bénédictine hospitalière de Mont-Cornillon, nommée Julienne.

Toute sa vie, cette sainte religieuse avait ressenti une dévotion singulière pour le Sacrement de l'autel; dès l'âge de seize ans, chaque fois qu'elle se mettait en oraison, il lui semblait voir la lune en son plein, avec une échancrure à son disque. Après de longs efforts pour écarter ce qu'elle croyait une illusion du tentateur, Julienne pria Dieu de lui donner le sens de cette vision. Il lui fut révélé que cette lune mystérieuse représentait l'Eglise, à laquelle il' manquait une fête pour honorer le Corps du Seigneur. En même temps lui était intimé l'ordre de faire connaître air monde la volonté du Très-Haut. Vingt ans s'écoulèrent sans que l'humble vierge pût s'y résoudre. Elle s'ouvrit enfin à Jean de Lausanne, chanoine de Saint-Martin-du-Mont. C'était un prêtre fort vertueux, qui accueillit favorablement la communication, et en conféra sans délai avec l'archidiacre et plusieurs doctes théologiens, parmi lesquels se trouvaient Hugues de Saint-Cher, alors provincial des Frères Prêcheurs, et trois autres Dominicains, professeurs à Liège. Leur avis à tous fut qu'il était juste et utile de rendre de nouveaux hommages au très auguste mémorial de la Passion du Sauveur.

Comme toutes les oeuvres divines, le projet rencontra des contradictions sans nombre, jusqu'au sein du clergé. On traita la sainte de visionnaire, fausse dévote ; on trouvait suffisant de faire mémoire de l'institution eucharistique chaque année le Jeudi Saint, et chaque jour dans l'action même du divin sacrifice. Mais l'évêque Robert de Torote en jugea tout autrement, et par décret synodal prescrivit, pour le jeudi qui suit l'octave de la Pentecôte, la célébration annuelle, dans son diocèse, d'une fête en l'honneur du Saint-Sacrement, avec abstention d'œuvres serviles et jeûne préparatoire.

La mort le surprit avant que son décret fût mis à exécution; et seuls les chanoines de Saint-Martin commencèrent, en 1247, à célébrer la fête du Corps de Jésus-Christ . L'office en avait été composé, à la prière de la bienheureuse Julienne, par un jeune religieux de son Ordre, nommé Jean, d'une science assez commune, mais d'une grande vertu.

Cinq ans après, Hugues de Saint-Cher, devenu cardinal et légat du Saint-Siège, pour l'Allemagne et les Pays-Bas, fut appelé à Liège par les devoirs de sa charge. On était aux jours consacrés à honorer le Corps du Seigneur. Il voulut donner l'exemple, en célébrant avec solennité la messe du Saint-Sacrement, et il y prêcha. Ensuite, il écrivit aux évêques et aux fidèles de sa légation, pour ordonner la célébration de la nouvelle fête.

Julienne n'eut pas la joie de voir la pleine extension d'une oeuvre qui lui était si chère ; elle mourut abreuvée d'amertume, chassée même de son couvent. Mais elle laissait une confidente de sa pensée, dans la personne d'une pauvre recluse, nommée Eve, connue, elle aussi, du pape Urbain. Les recluses, assez nombreuses au moyen âge, étaient de pieuses femmes qui, par un motif de pénitence ou de dévotion, s'enfermaient pour le reste de leurs jours dans une étroite enceinte qu'on murait ensuite, à l'exception d'une ouverture strictement suffisante pour livrer passage à la lumière et aux aliments.

Apprenant l'exaltation de l'ancien archidiacre au trône pontifical, Eve obtint, par les chanoines de Saint-Martin, que l'évêque Henri de Gueldres, successeur de Robert de Torote, sollicitât du pape l'établissement de la grande solennité dans tout le monde catholique.

La demande parvint au Vicaire de Jésus-Christ presque en même temps qu'avait lieu le miracle de Bolsena, et qu'une puissante intervention allait être, selon de graves auteurs, la cause déterminante des résolutions du Pontife. Cette intervention n'était autre que celle de saint Thomas lui-même.

Voici ce que porte un vieux manuscrit : « Par ordre du pape Urbain IV, saint Thomas avait entrepris sur les Evangiles un commentaire, intitulé plus tard la Chaîne d'or ; il en offrit les prémices au Pontife, qui pour récompense, lui proposa un évêché. Mais le Saint déclina cet honneur, et pria seulement le Pape d'instituer la Fête du Corps de Jésus-Christ . Urbain IV y consentit volontiers, et chargea le grand Docteur de composer cet office admirable qu'on lit par toute l'Eglise. D'où l'on peut dire, en vérité, que la fête du Saint Sacrement est la fête de saint Thomas et des Frères Prêcheurs »

Cette dernière conclusion cessera de paraître suspecte de partialité, quand on saura comment, en dehors même de l'influence du Docteur angélique, l'Ordre dominicain a su rendre cette fête particulièrement sienne. Nous avons vu plusieurs de ses docteurs approuver le pieux projet, et son premier cardinal étendre, avant tout autre, au delà des bornes d'un simple diocèse, la touchante solennité. En inscrivant à son cycle liturgique la fête du Corps du Seigneur, l'Ordre de Saint Dominique lui a donné un rang égal à celui de Pâques et de la Pentecôte. Renchérissant même sur la liturgie romaine, qui, durant l'octave, exclut seulement les fêtes du rit semi-double ou d'un rit inférieur, la liturgie dominicaine rejette toute autre fête que celles de saint Jean-Baptiste et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

Ce fut au mois d'août 1264 que le Saint-Père signa la bulle Transiturus . Pour exciter la piété des fidèles, il ouvrit le trésor des indulgences, en faveur de ceux qui assisteraient dévotement à la Messe et aux différentes heures canoniales de la fête et de son octave ; il n'est point question de la procession, qui ne s'établit, en effet, qu'au siècle suivant.

Le pape envoya sa bulle à Eve nommément, et, le 8 septembre, écrivit de sa propre main à la pieuse recluse une lettre dans laquelle on lisait ces mots : « Nous vous adressons le cahier qui contient l'office de la fête, et Nous vouions que vous en laissiez prendre copie à toutes les personnes qui en manifesteront le désir. »

Les historiens constatent que l'Eglise de Liège abandonna aussitôt les formules liturgiques dont elle se servait, et rivalisa dès lors avec toutes les Eglises du monde pour ne chanter que le nouvel office, composé par saint Thomas. « Il était juste, dit Antoine de Waithe, moine de l'Ordre de Cîteaux, que ce fût le Docteur angélique qui nous apprît les merveilles et nous expliquât la divine vertu du Pain des anges. »

Denys le Chartreux et quelques auteurs après lui avancent qu'Urbain IV avait chargé séparément saint Thomas et saint Bonaventure de travailler sur le même sujet, et qu'à la lecture du manuscrit de Thomas d'Aquin, le Docteur séraphique, tout inondé de larmes, déchira une à une les pages de son cahier.

Ce récit, dont la première trace n'apparaît qu'un siècle et demi après l'événement, n'est peut-être qu'une légende, dont, à coup sûr, la gloire de saint Thomas n'a pas besoin. Du moins  cet hommage que Bonaventure aurait rendu par ses larmes au chef-d'oeuvre de son ami, répond parfaitement au caractère d'un saint dont l'âme toute suave se liquéfiait au feu du divin amour.

L'admiration qui accueillit le monument élevé par l'angélique Docteur à l'adorable Eucharistie n'a pas un instant cessé de grandir : un simple coup d'œil sur la contexture, de ses parties y révèle l'empreinte du génie, inspiré par la piété la plus tendre, initié aux secrets de la plus noble poésie.

Les Antiennes sont une appropriation d'un verset des psaumes à l'auguste Sacrement, sauf la dernière de toutes, l' O Sacrum Convivium , « cri prolongé de reconnaissance pour le banquet sacré de l'union divine, mémorial vivant des souffrances du Sauveur, où l'homme est rempli (164) de grâce en son âme, et reçoit dans son corps même le gage de la gloire future » .

Les Répons offrent un parallélisme achevé entre l'Ancien et le Nouveau Testament, entre l'oracle des prophètes et la parole du Christ, promettant ou donnant le pain qui est son Corps, et le vin qui est son Sang. En regard de l'agneau figuratif des Hébreux, le Docteur angélique met le Christ immolé, notre véritable Pâque ; à la manne du désert il oppose l'aliment céleste qui donne la vie au monde ; au pain qui réconforte le prophète Elie dans sa marche vers Horeb, le Pain des anges, devenu nourriture de l'homme voyageur .

Les Hymnes , « incomparables et presque divines », au jugement d'un pape , sont à peu près les seules auxquelles Urbain VIII, dans sa réforme liturgique, défendit de toucher, à cause de leur perfection et dû respect dû à leur auteur. Le Pange lingua résume le mystère de la foi dans une doctrine profonde et concise. C'est l'hymne que l'Eglise choisit de préférence pour chanter le divin Sacrement. Dans le Sacris Solemniis se déroule, avec des accents vraiment lyriques, le récit de la dernière Cène, et l'énoncé des grands biens conférés à la terre en cette nuit précieuse. L'hymne des Laudes est célèbre par l'admirable strophe ,quatrième, qui résume si complètement dans sa brièveté gracieuse le mystère du Christ-Jésus, compagnon, nourriture, rançon et récompense de l'homme . Le poète du bréviaire viaire parisien, Santeul, en témoignait tant d'admiration, qu'il aurait, disait-il, donné volontiers pour elle toutes ses compositions liturgiques.

Que dire enfin de la prose ou séquence Lauda Sion

Le premier de nos liturgistes modernes, Dom Guéranger, en fait l'éloge suivant : « C'est là que la haute puissance de la scolastique, non décharnée et tronquée, mais complète, comme au moyen âge, a su plier sans effort au rythme et aux allures de la langue latine, l'exposé fidèle, précis, d'un dogme aussi abstrait pour le théologien que doux et nourrissant au cœur du fidèle. Quelle majesté dans l'ouverture de ce poème sublime ! Quelle précision délicate dans l'exposé de la foi de l'Eglise ! Et avec quelle grâce, quel naturel sont rappelées, dans la conclusion, les figures de l'ancienne loi qui annonçaient le Pain des anges : l'agneau pascal et la manne! Enfin, quelle ineffable conclusion dans cette prière majestueuse et tendre au divin Pasteur, qui nourrit ses brebis de sa propre chair, et dont nous sommes ici les commensaux, en attendant le jour éternel où nous deviendrons ses cohéritiers ! Ainsi se vérifie ce que nous avons dit ailleurs, que tout sentiment d'ordre se résout nécessairement en harmonie. Saint Thomas, le plus parfait des scolastiques du XIIIe siècle, s'en est trouvé par là même le poète le plus sublime. »

Quant au chant lui-même, il mérite pareillement attention. Certains y voient une réminiscence de pas redoublé du style antique, en usage pour les triomphateurs de Rome païenne, et heureusement appliqué au triomphe de Jésus-Hostie. Sans discuter la valeur de cette assertion, on doit reconnaître que ce chant possède une ampleur, une majesté qui remue jusqu'au plus intime de l'âme, chaque fois qu'il retentit sous les voûtes sacrées.

Tel est l'office dont l'Ange de l'école a enrichi la sainte liturgie. Avant de le présenter au pape, il le déposa au pied du Tabernacle, et le Christ, renouvelant le miracle fait à Paris au sujet de l'opuscule sur les Accidents eucharistiques , rendit une seconde fois témoignage à son Docteur. On conserve dans l'église des Dominicains d'Orvieto, le crucifix qui prit la parole en cette circonstance mémorable. Il est connu sous le nom de Crucifix de saint Thomas .

Une remarque trouve ici sa place.

Ces hymnes, ces antiennes, ces répons ne prêtent pas seulement leur concours à la solennité des offices dans le temple chrétien ; ils fournissent encore aux fidèles, pour l'adoration silencieuse de la sainte Eucharistie, « le meilleur thème de contemplation qui puisse éclairer leurs intelligences et embraser leurs coeurs ».

Aussi adresserons-nous aux lecteurs pieux l'invitation que fait le continuateur de l'Année liturgique, par rapport à la visite au Saint Sacrement : « Durant les heures fortunées qu'un industrieux amour saura dérober aux occupations ordinaires, qu'ils choisissent donc de préférence l'expression de leurs sentiments dans les formules consacrées par l'Eglise elle-même - sous l'inspiration de saint Thomas - à chanter l'Epoux en son divin banquet : non seulement ils y trouveront la poésie, la doctrine et la grâce, habituelle parure de l'Epouse en présence du Bien-Aimé ; mais ils auront fait vite aussi l'heureuse expérience que, comme le mets céleste lui-même, ces formules sanctifiées se prêtent à toutes les âmes, et deviennent en chaque bouche l'expression la plus opportune et la plus vive des besoins et désirs de tous. »

Sublime destinée faite par la Providence à l'œuvre de Thomas d'Aquin ! Ce n'est pas assez que chaque année, au  retour de la fête du Corps de Jésus-Christ, populairement la Fête-Dieu, ses hymnes incomparables retentissent dans nos cathédrales, comme dans nos églises de hameaux. Ce n'est pas assez que leur chant triomphal, associé à une pluie de rosés et à des nuages d'encens, marque, à travers les rues de la grande cité, et sur les chemins ombragés de l'humble village, le cortège pacifique du Roi des rois ; chaque semaine., pour mieux dire, chaque jour, quand l'Hostie sainte sort du tabernacle pour recevoir les adorations de la foule et pour la bénir, elle est saluée par deux des plus magnifiques strophes du Docteur angélique.

Ainsi en sera-t-il toujours.

Aussi longtemps que durera le, monde, jusqu'à l'heure solennelle où le dernier prêtre, quittant la terre, emportera dans sa poitrine la dernière hostie, saint Thomas d'Aquin, nouveau David, illustre chantre d'Israël , restera, au sein de l'Eglise catholique, le Chantre immortel de la divine Eucharistie !

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Messe d’action de grâce pour le pape Benoît XVI

 

« Vous êtes le doux Christ en terre » : Homélie du card. Danneels

Messe d’action de grâce pour le pape Benoît XVI

 
 

« Vous êtes le doux Christ en terre » : le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, a cité cette expression de sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Eglise et co-patronne de l’Europe, lors de son homélie pour la messe d’action de grâce pour l’élection du pape Benoît XVI, à Bruxelles, le 30 avril dernier. Il y évoque le conclave auquel il a lui-même participé. Homélie de la messe d’action de grâce pour SS le pape Benoît XVI  - Bruxelles, cathédrale Saints Michel et Gudule – 30 avril 2005

Frères et Sœurs,

Rendons grâce.

Si nous sommes réunis ce soir en cette cathédrale en fête, c’est d’abord et avant tout pour rendre grâce. Rendons grâce à Dieu et au Christ, qui comme Il l’avait promis, ne nous laisse jamais orphelins. Oui, le Christ reste avec son Eglise et renouvelle une nouvelle fois en elle, la grâce précieuse de Pierre. Avec saint Paul je vous dis :« Réjouissez-vous dans le Seigneur… je le répète encore, réjouissez-vous (Ph 4,4). Soyez dans l’action de grâce.. Mais rendons grâce aussi à celui qui, ‘pauvre serviteur dans la vigne du Seigneur’ comme il s’est appelé lui même le soir de son élection, a pris sur ses épaules la lourde charge d’être le pasteur universel de nous tous. En plus de ses grands dons et talents humains, intellectuels, moraux et spirituels, c’est tout son cœur qu’il donne au Christ, le grand Pasteur de nos âmes. Et le Christ nous donne Benoît XVI pour nous guider en cette époque mouvementée, que traverse l’Eglise de nos jours.

Nous remercions Benoît XVI d’avoir accepté de monter dans cette barque en haute mer et d’y tenir le gouvernail, mettant ses pauvres mains fragiles dans les mains puissantes du seul pilote du navire, le Christ Jésus.

Au nom de l’Eglise en Belgique, de tous mes confrères dans l’épiscopat et en mon propre nom : merci Saint-Père. Soyez Pierre parmi nous.

Le visible et ce qui ne se voit pas.

Ces dernières semaines les media nous ont saturés d’images, d’analyses et de commentaires. En entrant dans l’histoire des hommes par son Incarnation, Jésus a dû savoir, que se faire homme avec les hommes, était à ce prix : se faire spectacle devant le monde comme le dit saint Paul : «nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes… » (1 Co 4,9). Reste-t-il encore une seule chose qui n’ait pas été montrée ou dite ?

Si tout de même. Tout ce qui nous était présenté, appartenait au monde des sens, à l’avant plan, au domaine du voir et de l’entendre. Mais il y a plus et autre chose : il y a le monde invisible, qui demande le regard de la foi pour être vu et l’écoute dans la foi pour comprendre. Je vous invite donc frères et sœurs en cette heure même à devenir comme Moïse dont l’épître aux Hébreux nous dit « qu’il marchait comme s’il voyait l’invisible » (Cfr He 11 ?27). Alors, regardons par cet « œil que Dieu Lui-même a planté dans notre cœur » (cfr Si 17,8) pour voir dans la foi, atteindre l’invisible.

Il y a à peine quinze jours, il y avait là un homme, debout devant l’autel de la Chapelle Sixtine, avec derrière lui l’immense fresque du jugement de Michel- Ange, à qui l’on posait cette simple question: ‘Acceptes-tu ?’ Tous l’ont vu, tous ont entendu sa réponse : c’était là le côté visible : une simple question d’ordre procédural ? Et une réponse d’ordre juridique ?

Mais voici ce qui était invisible, caché derrière des apparences : nous avons vu debout devant l’autel, Pierre, Pierre, face à face avec Jésus ressuscité. Et que demande Jésus ? ‘Acceptes-tu le pouvoir des clés dans mon Eglise ? ‘Non…

Voici ce qu’il demande avant toute question de pouvoir ou d’investiture : « Pierre, m’aimes-tu ? M’aimes-tu plus que les autres ? » (cfr Jn 21, 15 ss.) Jusqu’à trois fois. C’est l’amour de Pierre que Jésus veut, bien au-delà de toutes ses qualités humaines de chef. « Pierre, m’aimes-tu » ? Et la réponse elle aussi est une réponse d’amour. « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime… » Ce qui se passait à la Chapelle Sixtine le 19 avril, en ce moment où l’Eglise et le monde, les anges et les hommes, retenaient leur souffle, c’était un dialogue d’amour qui dépasse infiniment tout ce qui était visible ou audible et précède toute passation de pouvoir. Ce fut un grand moment, ce dialogue invisible et inaudible entre le Bon Berger et son pasteur sur la terre. C’est après que Jésus dit : « Pais mes agneaux, paix mes brebis », la transmission du pouvoir.

Et Jésus ajoute « Toi, suis-moi ». Pierre est le second de cordée aux jours de plein brouillard, Jésus guide et le devance. C’est Lui le premier de cordée , il ne demande à Pierre que de mettre ses bras autour de la taille de Jésus et de marcher, aveuglément dans une totale confiance, mettant ses pas dans les siens, ne regardant ni à gauche, ni à droite. « Toi, suis-moi, ». Pierre suit son Maître où qu’il le mène, se confiant totalement à Jésus, qui le mènera où il ne croyait pas devoir aller : « … quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais : lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui te nouera la ceinture et qui te conduira où tu ne voudrais pas « (Jn 21,18). Aux dires mêmes de notre nouveau pape, cette prophétie de Jésus s’est vérifiée pour lui à la lettre quand il disait : Pendant le conclave j’ai demandé que le sort ne tombe pas sur moi.

Le berger et le troupeau.

Revenons au visible. Il serait intellectuellement malhonnête et ce serait un manque flagrant de foi humaine et divine, de vouloir à tout prix extrapoler à partir de ce que quelqu’un a été, ce qu’il sera ou même plus, ce qu’il devra être. C’est ne pas croire ni à l’Esprit-Saint ni au vent de la Pentecôte. Si dans l’Eglise quelqu’un passe d’une responsabilité particulière à celle de Pasteur universel, ce n’est pas seulement un grand défi, c’est surtout une grâce. Elle s’appelle la grâce d’état. Si la vigne pousse dans la bonne terre, sous la chaleur du soleil, si elle se trouve dans son biotope et est soignée par le vigneron avec amour, pourvu que le cep soit bon, elle donnera de l’excellent vin : un grand cru. Car une vigne peut se surpasser elle-même. De même, si le nouveau pasteur de l’Eglise planté dans la bonne terre de la tradition, poussant sous le beau soleil de la grâce de Dieu, si il jouit du bon biotope qu’est l’amour de nous tous, la sève de la grâce tirera des dons naturels du nouveau pasteur, de son intelligence, de son cœur, de son âme et de son corps, des fruits qu’on n’avait peut-être même pas soupçonnés. C’est là la force de la grâce d’état.

S’il est vrai que l’Eglise est une grande famille, il se passera en elle ce qui se passe dans toute famille. Comme dans toute famille, les parents forment l’enfant ; il est vrai aussi que en retour et pour leur part, les enfants modèlent leurs parents. Comme dans l’Eglise : s’il est vrai que le pasteur modèle le troupeau – il est la forma gregis – dit saint Pierre (cfr 1 Pe 5,3), il n’est pas moins vrai aussi, qu’en retour et pour sa part, le troupeau par sa charité et son affection et sa loyauté, modèle son pasteur. Ce que sera notre nouveau pape pour nous dépend aussi de ce que nous serons pour lui. C’est à nous surtout pas notre charité filiale de lui procurer le bon biotope où il pourra vivre et fructifier.

Le pallium et l’anneau du pêcheur

Nous l’avons tous vu : le pape le jour de son intronisation a été revêtu du pallium et il a reçu l’anneau du pêcheur. Nous l’avons tous vu. Encore faut-il comprendre ce qui se cache sous ces gestes et reste invisible.

Le pallium est l’image du joug du Christ que le nouveau pape prend sur les épaules. Fait de la laine des agneaux, il symbolise la charge de toutes les brebis du troupeau. Mais peut-être n’avez-vous pas remarqué, que les cinq croix sur le pallium papal, n’étaient pas de couleur noire – comme les miennes ici en cette cathédrale –. Elles étaient rouges. Autant dire que le pasteur de l’Eglise, comme le Christ, prend sur ses épaules - aussi et avant tout - les brebis qui ont été blessées par les attaques du loup ou par les épines ou qui se sont cassé les pattes ne pouvant plus suivre le rythme de la marche. Le sang des agneaux blessés marque le berger. Le regardant, nous tous nous pouvons dire avec le prophète Isaïe : « Qui donc est celui qui vient d’Edom, de Bosra, avec du cramoisi sur ses habits ? …Pourquoi y a-t-il du rouge à ton vêtement, pourquoi tes habits sont-ils comme ceux d’un fouleur au pressoir ? » ! Et voici ce que répond l’homme taché de sang : « la cuvée, je l’ai foulée seul parmi les peuples…leur jus a giclé sur mes habits et j’ai taché tous mes vêtements « (Is 63, 1ss.).Il faudra y penser, chaque fois que le pape apparaît en public dans la splendeur de la liturgie : il porte sur les épaules les agneaux blessés et il est marqué par leur sang.

Puis on lui a remis l’anneau du pêcheur. Comme Pierre et les Onze, le pape est pêcheur d’hommes. Mais il ne jette pas le filet se fiant à son art de la pêche – il n’avait rien pris ! – mais uniquement sur l’ordre de Jésus, en une totale confiance. Et la pêche fut abondante. Ce n’était pas dû à l’habilité du pêcheur, mais à Jésus et à Lui seul. Les pères de l’Eglise nous ont laissé un commentaire très particulier de cette page d’évangile. Pour le poisson disent les Pères, être sorti de l’eau, c’est la mort. Pour l’homme, c’est le contraire. Tirer l’homme de l’eau, c’est le sauver. Pierre manie le filet de la pêche des hommes pour nous tirer des eaux de la souffrance et de la mort. Pierre le pêcheur ne ressemble donc en rien aux autres pêcheurs : il ne les tire pas le poisson de l’eau pour le faire mourir et s’en accaparer et le vendre à son propre profit. Le pêcheur – Pierre – n’a d’autre souci que de sauver et de donner la vie aux poissons. Il ne les garde même pas pour lui-même : il les passe au Christ, pour que Celui-ci les sauve de la mort et leur donne la vie éternelle.

Priez et aidez-moi

Les foules ont applaudi Benoît XVI lors de son intronisation. Abondamment et longuement. Il ne mendiait pas ces applaudissements. Il ne les provoquait pas, il ne les suscitait pas, ne les prolongeait pas. Il était même réservé. C’est ainsi que j’ai connu le cardinal Ratzinger depuis toujours. Il n’a jamais demandé d’être applaudi.

Mais il demandait autre chose cette fois-ci et avec insistance. Deux chose même.

Voici sa première demande : « Priez pour moi » C’est ce que nous faisons déjà ici ce soir. Nous le ferons chaque jour désormais dans la prière eucharistique de la messe. Je vous demande, chers frères et sœurs, de prier pour le pape tous les jours. C’est par notre prière intense et persévérante, que nous aiderons Benoît XVI d’être de jour en jour plus et mieux, notre saint Père, le Pierre pour l’Eglise de notre temps. Il nous confirmera dans la foi. Confirmons-le à notre tour par nos prières.

Il y a une deuxième chose qu’il a demandé explicitement, spécialement aux cardinaux : ‘ Aidez-moi’. C’est ce que nous ferons : vous et nous, vos évêques. En ce moment solennel, je dis en votre nom à vous tous, au nom des évêques de Belgique et en mon nom propre : « Très saint Père, nous prierons pour vous et nous vous aiderons par notre fraternelle et entière collaboration et par la chaleur de notre affection filiale . Car selon la belle parole de sainte Catherine de Sienne, que nous venons de fêter hier ; « Vous êtes il dolce Cristo in terra ».

+ Godfried Cardinal DANNEELS,
Archevêque de Malines-Bruxelles

 

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Les armoiries de Benoît XVI

 
 


Armoiries pontificales de
Benoît XVI

Comme le cardinal Josef Ratzinger le raconte, en conclusion de son ouvrage Ma Vie, Souvenirs        1927-1977" (1), parmi les symboles de ses armoiries épiscopales figure l’ours. L’évêque saint Corbinien obligea l’ours à porter jusqu’à Rome le fardeau de sa mule, que ce dernier avait tué.
Le cardinal théologien explique alors, dans son attachement à saint Augustin, comment ce dernier se considérait comme un "iumentum", une bête de somme, ployant sous la charge épiscopale. Comme le célèbre Père de l’Eglise, et comme l’ours de saint Corbinien, le cardinal allemand se considère comme le mulet chargé du joug de Dieu, près de son Maître, et ceci pour toujours. Il terminait en ignorant non seulement quand il obtiendrait son congé de la Ville éternelle, mais que, jusqu’à la fin de sa mission, il resterait la bête de somme du Seigneur.

Le Saint-Esprit et le collège des cardinaux, en le conduisant sur la chaire de saint Pierre, le confirment dans cette tâche de portefaix. L’humble génie du cardinal Ratzinger, sa persévérance à porter des poids que ses plus acharnés critiques auraient bien du mal à soulever même à plusieurs, continueront à habiter le pape Benoît XVI. Les attaques mesquines et injurieuses dont il est sans cesse l’objet, au sein même d’une partie du clergé, des "intellectuels" et de la presse catholique, n’ébranleront point ce roc institué par le Christ.

A ce propos, l’archevêque de Paris, faisant allusion aux propos injurieux tenus par les participants d’une émission de télévision française au lendemain de l’élection du pape Benoît XVI a déclaré : « La rumeur, l’insulte ou l’injure, ne peuvent tenir lieu d’information dans une société démocratique », ROME, Lundi 2 mai 2005

Revenons aux symboles, Benoît XVI a choisi de porter un très long et large pallium, identique à ceux que l’on voit sur les antiques mosaïques. Référence au premier millénaire chrétien, où les Eglises étaient unies. Le pallium du Bon Pasteur et du Successeur de Pierre.

Pour ses armoiries, il a repris celles qu’il avait lorsqu’il était archevêque de Munich.

On y voit la tête de Maure couronnée qui est, personne ne sait pourquoi, l’emblème des évêques de Munich-Freising présent dès 1316 dans les armes de l’évêque Conrad II et de tous ses successeurs. Benoît XVI en fait le symbole de l’universalité de l’Eglise, l’ours de saint Corbinien, comme nous le racontons plus haut et la coquille Saint-Jacques, symbolisant notre pèlerinage sur terre.  Benoît XVI y ajoute, en référence à un texte de saint Augustin, le caractère insondable du mystère de Dieu: si l’on ne peut pas vider la mer avec une coquille, encore moins la raison peut-elle appréhender ce mystère.

Conformément à l’importance qu’il donne au pallium, symbole de la brebis perdue que le Bon Pasteur va chercher, il l’a ajouté à ses armoiries, qui sont d’autre part chapées" : il y a ajouté la chape monastique, en référence à saint Benoît, père des moines d’Occident et patron de l’Europe, dont il a repris le nom.

Enfin, il a remplacé la tiare conique à trois couronnes par la mitre triangulaire, la tiare n’avait plus été portée par un pape depuis le couronnement de Paul VI, mais demeurait sur le blason. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a aucune forme d’abdication dans ce choix, mais, là encore, comme pour le pallium, une référence au premier millénaire chrétien.

Le terme de tiare, d’origine persane, n’apparaît qu’au XIe siècle. Elle n’avait alors qu’une couronne. C’est un pape d’Avignon qui ajouta une deuxième couronne, et un autre pape d’Avignon ajouta la troisième. La première symbolisait la primauté spirituelle du pape, la deuxième symbolisa son pouvoir d’investir le saint empereur romain germanique, et la troisième sa souveraineté sur les Etats pontificaux. On constate que c’est un pape allemand qui supprime ce symbolisme anachronique de son droit à investir le chef de l’empire germanique !

En dehors de cet aspect historique, les trois couronnes symbolisent également, et c’est le plus important, les trois pouvoirs du pape dans l’Eglise : magistère, ordre, juridiction, et le fait qu’il représente le Christ Roi, Prêtre et Prophète.

Ce symbolisme demeure intact dans les armoiries de Benoît XVI, car la mitre est couronnée de trois bandes d’or et d’argent. En outre, ces armoiries conservent naturellement les deux clefs, l’une d’or et l’autre d’argent, symbolisant le pouvoir spirituel et temporel du pape.

Dans l’héraldique civile ou ecclésiastique, il est habituel de voir, en dessous de l’écu un ruban portant la devise. Dans ses armoiries épiscopales, le cardinal Ratzinger avait inscrit : « Cooperatores Veritatis ». J’ai choisi pour devise épiscopale, écrit le Cardinal, la parole extraite de la troisième lettre de saint Jean : « Coopérateurs de la vérité ». 3 Jn 8

Cette expression de saint Jean reste sa devise, mais n’apparaît pas dans ses armoiries, pas plus que la devise de Jean-Paul II n’apparaissait dans les siennes : une façon, selon l’interprétation de Mgr. Andrea di Montezemolo, de signifier «ouverture sans exclusion à tous les idéaux dérivant de la foi, de l’espérance et de la charité ».

« Je suis devenu ton mulet chargé de ton joug, et c’est ainsi que je suis tout près de Toi pour toujours ». Benoît XVI

(1) Fayard, 1998 p.142-144

 

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