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19 Avril 2005
 

Pour Benoît la priorité c’est Dieu, pour François c’est l’homme

Le 27 décembre 2020 - (E.S.M.) - Ce qui frappe dans le magistère et dans les principaux actes de cette dernière phase du pontificat du Pape François, c’est la mise de côté de cette « priorité » qui, pour son prédécesseur Benoît XVI, « est au-dessus de toutes les autres », aujourd’hui plus que jamais, à une époque “où dans de vastes régions du monde, la foi est en danger de s’éteindre comme une flamme privée de nourriture”.

Le pape Benoît XVI et François

Deux papes, deux agendas. Pour Benoît la priorité c’est Dieu, pour François c’est l’homme

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

Le 27 décembre 2020 - E. S. M. - Comme ce Pape l’avait écrit dans sa  lettre aux évêques du 12 mars de 2009 – la priorité consistant à “rendre Dieu présent dans ce monde et à ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Et pas à n’importe quel Dieu mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu sur le visage duquel nous reconnaissons l’amour poussé jusqu’à l’extrême, en Jésus crucifié et ressuscité”.

Noël approche. Mais de ce Dieu qui est né à Bethléem, il ne reste qu’une trace ténue dans la dernière encyclique « Fratelli tutti » de François, au point que Salvatore Natoli, un philosophe réputé, y a plutôt discerné l’image d’un Jésus qui n’est « rien d’autre qu’un homme », et dont la noble mission a simplement été de montrer aux hommes que « dans leur don réciproque, ils ont la possibilité des ‘dieux’ à la manière de Spinoza : ‘homo homini deus’ ».

Le silence total sur Dieu est tout aussi impressionnant dans le message vidéo avec lequel François a lancé le « Global Compact on Education », un plan ambitieux – et qu’il a ensuite mis en œuvre en cheville avec l’ONU – qu’il a lui-même offert à « toutes les personnalités publiques » engagées au niveau mondial dans le domaine de l’éducation, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent.

Dans ce plan, les mots d’ordre sont tous exclusivement séculiers. La formule dominante est « nouvel humanisme », avec son cortège de « maison commune », de « solidarité universelle », de « fraternité », de « convergence », d’ « accueil »… Ni plus ni moins que pour cet autre réseau mondial de « Scholas Occurentes » créée par Jorge Mario Bergoglio en Argentine et qu’il a ensuite érigé, une fois devenu Pape, en fondation de droit pontifical avec siège dans la Cité du Vatican.

Et c’est même chose qui s’est passée pour cette nouvelle initiative pontificale intitulée « Economy of Francesco », dans laquelle le Pape, endossant le costume de son homonyme saint d’Assise, propose au monde rien moins qu’un « pacte pour changer l’économie actuelle », voire pour la renverser complètement en surfant sur la vague des « mouvements populaires », à part que son partenaire dans cette entreprise n’est rien moins que le « Concil for Inclusive Capitalism », c’est-à-dire les magnats de Ford Foundation, Johnson & Johnson, Mastercard, Bank of America, Rockefeller Foundation et compagnie.

Et Dieu dans tout ça ? On pourra toujours opposer aux critiques du Pape Bergoglio – comme on l’a écrit – que « toute la doctrine traditionnelle trinitaire et christologique » est chez lui « présupposée » et « qu’il ne faut pas nécessairement la répéter textuellement et intégralement ».

Mais ce n’était clairement pas l’option de Benoît XVI qui, même comme Pape émérite, n’a cessé de répéter et d’affirmer avec force qu’il fallait « mettre Dieu en avant et non pas le présupposer », encore dernièrement dans ses « notes » offertes au pape régnant à la veille du sommet sur les abus sexuels de février 2019.

Et effectivement, dans ces « notes », Joseph Ratzinger a encore une fois pointé du doigt l’oubli de Dieu comme étant la cause première de la crise actuelle de l’Église, dans la sphère sexuelle mais pas uniquement.

Récemment, un livre rédigé à plusieurs mains vient de paraître sous la direction de Livio Melina, l’ancien président de l’Institut Pontifical Jean-Paul II sur le mariage et la famille et Tracey Rowland, la théologienne australienne récompensée cette année par le prix « Joseph Ratzinger ». Cet ouvrage repropose et commente ce texte capital du dernier Ratzinger – ainsi qu’une réponse qu’il a écrite en réponse aux objections de la théologienne allemande Birgit Aschmann :

AA.VV., “Chiesa sotto accusa. Un commento agli ‘Appunti’ di Benedetto XVI”, Edizioni Cantagalli, Siena, 2020.

Nous reproduisons ci-dessous un passage du premier chapitre du livre signé par le cardinal Camillo Ruini. Il s’agit d’une lecture particulièrement pertinente, à l’approche de la Natalité de Jésus. Les sous-titres sont rédactionnels.

« Ne pas présupposer Dieu, mais le mettre en avant »
Le primat de Dieu dans la théologie de Joseph Ratzinger

de Camillo Ruini

La question-clé abordée par Joseph Ratzinger dans sa théologie est celle de la vérité du christianisme. On peut la résumer comme suit : l’Église antique a opté pour le Dieu des philosophes – concrètement celui de la philosophie grecque – tandis qu’elle prenait ses distances avec les dieux des religions. Ce choix, déjà préparé dans l’Ancien Testament et en particulier dans sa traduction grecque dite des « Septante », a mis en lumière la vérité du christianisme, cette vérité même que cherchait la philosophie grecque et dont les religions païennes semblaient toujours plus dépourvues. Le christianisme s’est donc affirmé comme étant la véritable philosophie. Comme l’a magistralement dit Tertullien, « Le Christ a affirmé d’être la vérité, non la coutume ». C’était alors un choix fortement missionnaire, qui a rendu la foi compréhensible à tous.

Dans le même temps, l’Église antique a gardé intacte la différence qui distingue le Dieu biblique du Dieu des philosophes : le Dieu biblique est le Dieu qui a un nom, qui peut être interprété et prié ; c’est donc le Dieu éminemment personnel avec lequel nous pouvons entrer en relation. C’est le Dieu qui n’est pas pure pensée mais qui est de manière indissociable pensée et amour, le Dieu qui s’intéresse à chacun de nous, qui part à la recherche de la brebis perdue et qui se réjouit pour le pécheur qui se repent ; bien plus, c’est le Dieu qui prend sur lui nos péchés et qui, ainsi, nous sauve. À la différence du Dieu des philosophes qui ne se rapporte qu’à lui-même, c’est le Dieu qui est absolu tout en étant relation et toute-puissance qui crée, soutient et aime ce qui est différent de lui.

C’est cette option pour le Dieu des philosophes, unie à la non-réduction à un tel Dieu, qui a permis au christianisme de dépasser le divorce entre rationalité et religion qui affligeait le monde antique. En effet, le Dieu de la raison est désormais un Dieu qui peut être objet de prière, le Dieu des philosophes est désormais le Dieu sauveur dont l’homme a besoin. Selon l’opinion de Ratzinger, c’est à la fois cette option pour le Dieu des philosophes et la réconciliation entre rationalité et religion qui se trouve à la base de la victoire du christianisme dans le monde antique.
Raison, foi et vie dans le christianisme antique

Une seconde raison de cette victoire, et elle est d’importance égale, réside dans la pertinence morale du christianisme. Ce que Dieu exige des hommes coïncide avec ce qui est bon par nature et avec ce que chaque homme porte en lui gravé dans son propre cœur, de telle sorte que, quand cela se présente, il le reconnaît comme un bien, selon les paroles de l’apôtre Paul sur les païens qui, même s’ils n’ont pas la loi, « par nature agissent selon la Loi » (Rm 2, 14-15).

De cette manière, l’unité critique fondamentale avec la rationalité philosophique, présente dans le concept chrétien de Dieu, se confirme et se concrétise dans l’unité critique avec la morale philosophique, en l’occurrence la morale stoïque. Cependant, tout comme le christianisme a dépassé les limites du concept philosophique de Dieu, le passage de la théorie éthique à une praxis morale communautaire vécue et mise en acte s’est produit en particulier grâce à la concentration de toute la morale dans le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain.

On peut donc dire que le christianisme convainquait en vertu du lien de la foi avec la raison et de l’orientation de l’action vers la “caritas”, le soin aimant des souffrants, des pauvres et des faibles, par-delà toute différence de condition sociale. En d’autres mots, la force qui a transformé le christianisme en une religion mondiale résidait dans la synthèse entre raison, foi et vie, une synthèse qui se résume dans l’expression “religio vera”. […]

La rupture de l’âge moderne

La synthèse entre raison, foi et vie qui est à la base de la victoire du christianisme est longtemps restée vive et efficace à travers la transformation des situations historiques. Cependant, au cours de ces derniers siècles, cette synthèse s’est progressivement affaiblie et elle ne parvient désormais plus à convaincre. Dans l’Europe d’aujourd’hui, la rationalité et le christianisme sont souvent considérés comme contradictoires et mutuellement exclusifs. C’est ainsi que le christianisme a fini par se retrouver dans une crise profonde, basée sur la crise de sa prétention de vérité. Ratzinger se demande pourquoi cela s’est produit et qu’est-ce qui a concrètement changé, aussi bien dans le christianisme que dans la rationalité.

En ce qui concerne le christianisme, la réponse est qu’à l’encontre de sa nature, il était devenu tradition et religion d’État tandis que la voix de la raison avait été trop domestiquée. C’est l’un des mérites de l’illuminisme moderne d’avoir remis à l’ordre du jour certaines valeurs originales du christianisme et d’avoir rendu à la raison sa voix propre. Le Concile Vatican II a de nouveau mis en évidence la profonde correspondance entre christianisme et illuminisme, en cherchant à parvenir à une véritable conciliation entre Église et modernité, qui constitue le grand patrimoine que les deux parties doivent protéger.

C’est pourtant du côté de la rationalité qu’est intervenu le changement décisif. L’unité relationnelle entre raison et foi à laquelle Thomas d’Aquin avait donné une forme systématique s’est effritée toujours plus à travers les grandes étapes de la pensée moderne, jusqu’à la situation culturelle d’aujourd’hui, caractérisée par le primat de la science et de la technique: l’idée que la connaissance scientifique soit la seule à être réellement valide est répandue. Dans ce cadre, la théorie de l’évolution a fini par revêtir le rôle d’une sorte de vision du monde ou de “philosophie première” qui serait d’une part rigoureusement scientifique et qui constituerait de l’autre, au moins potentiellement, une explication ou une théorie universelle de la réalité toute entière, au-delà de laquelle les questions ultérieures sur l’origine et la nature des choses ne seraient plus nécessaires ni même permises. L’affirmation “Au commencement était le Logos” se trouve donc renversée, avec à l’origine de toute la matière-énergie, le hasard et la nécessité. Le résultat final est donc l’athéisme.

La disparition de la vérité

Dans la culture actuelle, des telles positions sont de plus en plus contestées parce qu’elles font fi des limites intrinsèques de la connaissance scientifique. Mais Ratzinger observait qu’à cause du grand changement pour lequel, depuis Kant, on considère que notre raison n’est plus en mesure de connaître la réalité en elle-même, et surtout la réalité transcendante, l’alternative culturellement la plus crédible au scientisme aujourd’hui n’est pas le primat du Logos mais plutôt l’idée que “latet omne verum”, chaque vérité est cachée, c’est-à-dire que la véritable réalité de Dieu nous est complètement inaccessible et inconnaissable: et dans ce cas, l’issue finale, est par conséquent l’agnosticisme. L’approche du divin propre aux grandes religions ou visions du monde oriental retrouvent donc droit de cité en Occident, un peu comme, pendant les premiers siècles de l’ère chrétienne, le néoplatonisme avait cherché à se poser en alternative au christianisme.

D’autre part, tout comme la foi chrétienne s’est concrétisée dans une forme précise de vie et d’éthique, les formes de rationalité qui tendent à se substituer au christianisme s’expriment de manière analogue dans des orientations éthiques concrètes. Si “chaque vérité est cachée”, au niveau pratique, la valeur fondamentale devient celle de la tolérance. Si en revanche l’évolutionnisme est la théorie qui explique tout, ce sera alors la sélection naturelle, la lutte pour la survie et la victoire du plus fort qui se trouveront à la base de l’éthique.

Pour une revanche de la raison

Pour Ratzinger, le véritable objectif de cette analyse est naturellement de chercher les pistes d’un nouvel accord de la raison et de liberté avec le christianisme, c’est-à-dire proposer la vérité salvifique du Dieu de Jésus Christ à la raison de notre temps.

Dans ce but, il convient avant tout “d’élargir les espaces de la rationalité”. La limitation de la raison à ce qui est expérimentable et calculable est juste et nécessaire dans le cadre des sciences naturelles et constitue la clé de leurs développements incessants, mais si on l’universalise et qu’on l’absolutise, elle devient insoutenable, inhumaine et en fin de compte contradictoire. En effet, l’homme ne pourrait alors plus s’interroger rationnellement sur les réalités essentielles de sa propre vie, sur son origine et son destin, sur le bien et sur le mal moral mais il devrait laisser ces problèmes décisifs à un sentiment détaché de la raison. Ainsi, fatalement, le sujet humain finit par être réduit à un produit de la nature, qui n’est pas libre en tant que tel: on assiste alors à un renversement total du point de départ de la culture moderne qui consistait en la revendication de l’homme et de sa liberté.

En approfondissant ce discours, Ratzinger observait que la véritable alternative devant laquelle nous nous trouvons est de savoir si la raison est due au hasard et est un sous-produit de l’irrationnel ou si en revanche elle est à l’origine de tout. L’intelligibilité de la nature, qui constitue le présupposé du savoir scientifique en tant que tel, exige l’existence d’une intelligence créatrice et montre ainsi que la conviction fondamentale de la foi chrétienne, “In principio erat verbum”, est toujours valide aujourd’hui.

En ce qui concerne plus particulièrement l’agnosticisme, nous devons nous demander s’il est encore concrètement réalisable. La question de Dieu n’est en effet pas purement théorique mais éminemment pratique et a des conséquences dans tous les domaines de notre vie. Même si, en théorie, j’adhère à l’agnosticisme, en pratique je reste cependant contraint de choisir entre deux alternatives: soit vivre comme si Dieu n’existait pas, en adoptant en pratique une posture athée, soit vivre comme si Dieu existait et était la réalité décisive de mon existence, en adoptant de fait une posture de croyant. La question de Dieu est donc impossible à éluder et l’agnosticisme se révèle irréalisable. Les tentatives de se passer de Dieu sont donc vouées à l’échec, aussi bien au niveau théorique qu’au niveau pratique: ce n’est qu’en reconnaissant à Dieu la première place que notre raison peut retrouver toute son ampleur. […]

Une “étrange pénombre”, l’avènement de Dieu

La valorisation de la raison dans la théologie de Ratzinger n’est nullement de type rationaliste. Au contraire, il considère que la tentative de la néoscolastique de démontrer la vérité des prémisses de la foi – les “preambulae fidei” – à travers une raison indépendante de la foi elle-même a échoué et que d’éventuelles tentatives similaires sont destinées à subir le même sort. De fait, surtout dans le climat culturel d’aujourd’hui, l’homme reste prisonnier d’une “étrange pénombre” qui pèse sur la question des réalités éternelles: pour qu’une relation véritable avec Dieu puisse émerger, c’est Dieu lui-même qui doit prendre l’initiative de venir à l’homme et de s’adresser à lui.

La raison seule ne suffit donc pas, elle n’est pas autosuffisante. Tout comme la foi a besoin de la raison, la raison a besoin de la foi pour être assainie en tant que raison et être reconduite à elle-même, pour pouvoir à nouveau voir par elle-même.

La grande tâche qui se trouve face à nous, c’est de construire un nouveau rapport entre la foi et la raison. Une tâche que, nonobstant toutes les difficultés actuelles, nous pouvons affronter avec confiance parce que “seul le Dieu qui s’est rendu fini pour déchirer notre finitude et la conduire à l’ampleur de son infinité est en mesure de venir à la rencontre des questions de notre être”. Encore une fois, le primat de Dieu et l’initiative salvifique qu’il a entreprise en Jésus Christ ne fait qu’un avec la revendication de la vérité du christianisme.

 

Sources : Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 27.12.2020

 

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