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19 Avril 2005
 

Motu Proprio : Benoît XVI et la « paix liturgique »

 

Le 23 septembre 2008 -  (E.S.M.) - En publiant le motu proprio Summorum Pontificum, Benoît XVI a cherché à établir la paix liturgique et à créer un mouvement de resacralisation de la liturgie. C'est un texte de grande portée qui appelle chacun à faire un geste et à se remettre en cause.

Le pape Benoît XVI ans la cathédrale d'Albano- Pour agrandir l'image Cliquer

Motu Proprio : Benoît XVI et la « paix liturgique »

Les deux formes du rite romain : Quelle cohabitation ? par Christophe Geffroy

Le 23 septembre 2008 -  Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Le motu proprio Summorum Pontificum est entré en application il y a un an, le 14 septembre 2007. Il est sans doute trop tôt pour tirer un bilan, mais non pour s'interroger sur l'avenir des deux formes liturgiques du rite romain, de leur cohabitation, de leur enrichissement mutuel comme le pape l'espérait. À l'occasion de ce premier anniversaire, Christophe Geffroy publie à la mi-septembre au Cerf un essai sur ces questions, intitulé Benoît XVI et "la paix liturgique". Le texte qui suit est un extrait en avant-première de la conclusion de ce livre.

L'objection immédiate souvent entendue, notamment de la part d'évêques, est que l'institutionnalisation de deux formes du même rite risque de diviser les communautés diocésaines. Dans l'histoire de l'Église latine, la diversité liturgique a été cependant bien plus fréquente que l'unité de rite. En France, il a fallu attendre le XIXe siècle pour voir le rite romain de saint Pie V s'imposer partout au détriment des nombreuses liturgies gallicanes. La pluralité liturgique n'est donc pas obligatoirement un ferment de division, elle n'est pas un obstacle en soi à la communion ecclésiale. Quoi qu'il en soit, dans sa
Lettre aux évêques accompagnant le Motu Proprio, Benoît XVI a clairement répondu que cette crainte de voir des « désordres » ou des « fractures dans les communautés paroissiales » n'était pas fondée. Et de fait, l'expérience montre que plus les communautés « traditionnelles » ont été bien accueillies, meilleure a été leur intégration dans le diocèse. Il reste néanmoins du chemin à parcourir de part et d'autre pour rentrer dans l'esprit de paix auquel nous convie le pape.

D'abord de la part de beaucoup d'évêques qui, dans leur diocèse, devraient être comme des pères pour leurs ouailles : c'est à eux les premiers de manifester un geste d'amour et d'accueil à l'égard de toutes les sensibilités liturgiques légitimes reconnues par l'Église - même si parfois certains défenseurs de la forme extraordinaire n'ont pas toujours été suffisamment respectueux de leur autorité. Jusqu'à maintenant, dans l'immense majorité des cas, la présence d'une forte communauté attachée à la liturgie tridentine n'a jamais été considérée comme une richesse pour un diocèse, mais comme un danger à contenir en essayant surtout d'éviter sa croissance. Le motu proprio Summorum Pontificum, pourtant très explicite, n'a pas encore changé les mentalités et les pratiques : alors que ce texte laisse l'initiative aux curés, ceux-ci, dans nombre de diocèses, ne peuvent répondre librement aux demandes qui leur sont adressées en raison d'une politique restrictive mise en place par les évêques ou leurs vicaires généraux. La messe tridentine continue de faire peur : peur surtout de la voir se développer un peu partout si elle n'était plus entravée, d'où ces attitudes mesquines et cette volonté de freiner le développement de ce mouvement favorable à l'ancien Ordo. Lorsque les évêques (et leur clergé, parfois bien plus hostile que l'Ordinaire lui-même) considéreront la présence de ces communautés « traditionnelles » comme une richesse et non comme un handicap ou une « concurrence », une étape essentielle aura été franchie.

Cela suppose aussi de prendre en compte la diversité de la galaxie « traditionaliste » et de cesser les amalgames qui n'ont guère de sens - le but étant de discréditer cette mouvance qui serait davantage dirigée par certaines idées politiques que par des convictions religieuses - ou de comprendre enfin qu'aujourd'hui la majorité de ces fidèles n'a plus une hostilité de principe au Concile Vatican II - leur évolution allant de toute façon dans le bon sens, vers une reconnaissance du Magistère post-conciliaire. Ces communautés traditionnelles, si elles n'étaient pas méprisées, marginalisées ou ignorées, s'il y avait une stratégie pastorale concertée pour les intégrer véritablement à la vie du diocèse, pourraient être un apport réel: outre la liturgie qu'elles contribueraient à « resacraliser », elles sont le plus souvent formées de familles nombreuses et jeunes qui ont un dynamisme certain pour le catéchisme souvent en crise ailleurs, le scoutisme, la création d'écoles libres totalement catholiques, sans compter que naît en leur sein un nombre de vocations proportionnellement supérieur aux moyennes diocésaines. Il serait temps de rendre un jour un hommage à ces fidèles qui ont su résister au vent de folie qui a soufflé durant les années 60-80 et qui ont maintenu contre vents et marée un riche patrimoine liturgique avec une indéfectible fidélité à l'Église et à Rome.

Les catholiques attachés à la forme extraordinaire ont eux aussi un bout de chemin à parcourir. Il doit être parfaitement clair qu'il ne peut y avoir de remise en cause fondamentale de l'enseignement du concile Vatican II et des papes, de Jean XXIII à Benoît XVI. Certes, une critique argumentée et non polémique de certains aspects du Magistère a non seulement toujours été possible, mais elle est même un service rendu quand elle est réalisée dans l'esprit de l'Église et le respect des autorités. Le même état d'esprit est nécessaire face à la réforme liturgique de Paul VI. Il nous paraît légitime et même nécessaire de présenter des critiques argumentées et constructives du nouvel Ordo Missae, comme le cardinal Ratzinger, le Père Bouyer, Mgr Gamber ou le Père Nichols, par exemple, l'ont fait. Mais leurs critiques n'ont jamais été jusqu'à remettre en cause la nouvelle messe elle-même au point que ce serait un témoignage que de ne jamais la célébrer! Leurs critiques ne les ont jamais empêchés de voir la réforme comme une liturgie reçue par l'Église et donc forcément légitime et orthodoxe: tous, d'ailleurs, la célèbrent
(ou l'ont célébrée pour les défunts) habituellement. C'est un point capital sur lequel le cardinal Ratzinger a été très clair en traçant la limite à ne pas franchir: « l'expression du désir d'une nouvelle révision est possible [...]. Mais ceci à condition que la critique n'empêche pas et ne détruise pas l'obéissance, et qu'elle ne mette pas en discussion la légitimité de la liturgie de l'Église ». « Pour que la diversité [liturgique] ne brise pas l'unité, écrit le P. Robert Cabié, il est nécessaire qu'elle ne soit mêlée d'aucune suspicion à l'égard des autres traditions ».

[Il y a ici une citation du Père Serge-Thomas Bonino qui explique pourquoi on ne peut juger le nouveau missel déficient d'un point de vue de la foi en l'Église, ndlr.] [...]

C'est la raison pour laquelle l'autorité ne peut accepter que des prêtres jettent un doute grave sur la liturgie que le pape lui-même célèbre pour justifier d'user exclusivement de l'ancien missel. On pourrait comprendre que pour faciliter le retour dans l'Église des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, Rome accepte de leur garantir la pratique exclusive de l'ancien missel - ce qu'elle a fait avec l'Institut du Bon Pasteur créé en septembre 2006 par d'anciens membres de la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre. Mais cela crée une ambiguïté détestable, une exception sur laquelle d'autres s'appuient, si bien qu'un tel engagement ne pourrait avoir qu'un temps - car il faudrait espérer que la grâce de la communion retrouvée éclairerait peu à peu les esprits et les ouvrirait à une attitude plus ecclésiale. Dans le cas des autres instituts bénéficiant de l'usage de la liturgie tridentine, une position totalement rigide en faveur d'un usage exclusif des anciennes formes liturgiques est intenable. D'abord pour les raisons de fond évoquées plus haut, mais aussi pour des raisons pastorales et pratiques. C'est la place de ces Instituts dans la vie de l'Église qui est ainsi posée. Ces Instituts apportent une richesse réelle à l'Église et ont un niveau de formation assez supérieur à la moyenne des séminaires; de plus, ils sont pour le moment les seuls à former des prêtres, non seulement pour célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain, mais aussi dans l'esprit très contemplatif de cette liturgie tridentine, sans parler du catéchisme qu'ils enseignent de façon traditionnelle, attirant ainsi de nombreuses familles lassées de l'indigence des catéchismes diocésains officiels : leur légitimité n'est donc pas en cause. Elle l'est d'autant moins qu'ils sont appelés à jouer un rôle croissant dans les diocèses, le motu proprio Summorum Pontificum apportant la garantie de la pérennité de l'ancienne forme liturgique - au moins jusqu'à une éventuelle « réforme de la réforme » - qui est elle-même appelée à se développer dans l'avenir.


Certes, il est indispensable que la forme extraordinaire soit également célébrée dans les paroisses par des curés diocésains, mais cela n'est pas contradictoire avec un accueil généreux de ces Instituts, comme les diocèses le font par exemple pour les communautés charismatiques: il y a largement assez d'espaces - c'est un euphémisme vu le manque de prêtres - pour que la forme extraordinaire soit célébrée à la fois par des prêtres de ces Instituts et par des prêtres diocésains. Le motu proprio devrait normalement conduire à la « banalisation » de la messe tridentine et donc à sa réintroduction progressive dans les paroisses. C'est un point essentiel, car il n'est pas bon que les « traditionalistes » demeurent très majoritairement déconnectés de leurs paroisses géographiques. Une paroisse d'élection, où les fidèles viennent parfois de loin, ne peut avoir le même fonctionnement et le même rayonnement missionnaire qu'une paroisse où les fidèles, étant sur place, connaissent les gens, contribuent à la vie locale et aux œuvres d'évangélisation et de charité. Certes, les paroisses d'élection ont leur légitimité et sont parfois la seule solution viable actuellement, mais leur multiplication risquerait de favoriser la tentation du « ghetto ». La paroisse géographique - au sens large du terme - demeure la structure de base indispensable de l'Église et il est important que les « traditionalistes » s'y retrouvent et s'y investissent. Cela signifie que des paroisses géographiques puissent aussi être confiées à des prêtres célébrant habituellement la forme extraordinaire, comme cela se fait par exemple pour des prêtres du Renouveau charismatique.


Le nouvel Ordo


Dans ce contexte nouveau où est recherchée la paix liturgique, on a du mal à comprendre le , ^ blocage de certains de ces prêtres [fi « traditionnels » qui refusent toute r | célébration du nouvel Ordo - donc I aussi la concélébration de la messe J chrismale avec l'évêque. En quoi le charisme de ses Instituts serait-il atteint ou trahi si l'un de leurs prêtres célèbre cette messe ? Comment répondre à la volonté de paix du pape Benoît XVI, instituer un respect réciproque et multiplier les ponts si l'on refuse systématiquement la célébration d'une autre forme du même rite ? Si ces prêtres sont vraiment persuadés de la richesse de la forme extraordinaire et de son bienfait pour l'Église, ils ne devraient pas avoir peur de l'autre forme, y compris en la célébrant s'il y a nécessité.


Cette question de la célébration du nouvel Ordo se posera pour ces Instituts de façon de plus en plus pressante avec le temps. Il suffit d'observer la situation des diocèses dans un pays comme la France. Nous allons vers une « désertification » spirituelle effrayante: rapidement, un certain nombre de diocèses n'auront plus que quelques dizaines de prêtres âgés, aussi chacun d'entre eux sera soumis à une charge très lourde. Que feront les Instituts traditionnels si des évêques, n'ayant personne d'autre, les appellent à la rescousse en leur donnant carte blanche sur le plan liturgique ? Refuseront-ils ces missions au prétexte que les paroisses qu'on leur propose ne connaissent pas la forme extraordinaire et qu'il n'est pas possible de l'imposer du jour au lendemain à des fidèles qui n'y sont pas préparés ? À terme, une telle attitude ne pourrait qu'apparaître scandaleuse, comme une réponse de nantis ignorant la pauvreté ambiante, bref un comportement anti-missionnaire, un refus de participer à la nécessaire réévangélisation des diocèses: ce serait un peu comme s'il n'y avait plus de logements, mais que les prêtres de ces Instituts demandaient toujours à vivre dans des hôtels cinq étoiles. Les paroisses ou chapelles traditionnelles sont aujourd'hui très favorisées, car les fidèles qui les fréquentent représentent une frange privilégiée du catholicisme: ils sont généralement assez bien formés, acceptent le Credo sans l'ombre d'un doute, assurent de bons catéchismes, se confessent régulièrement et ils disposent d'un prêtre pour un nombre de chrétiens beaucoup plus faible qu'ailleurs
(de façon très schématique, les « traditionalistes » disposent d'un prêtre pour 500 fidèles, alors que la moyenne en France est d'environ un prêtre pour 5000 fidèles, cela monte jusqu'à plus de 10000). Ces fidèles ont bien évidemment le droit d'avoir des prêtres correspondant à leur sensibilité. Ce devrait être au demeurant l'intérêt de l'Église d'encourager de telles communautés, jeunes et dynamiques - qu'elles soient traditionnelles, charismatiques ou autre -, car elles sont la base indispensable pour un véritable renouveau chrétien.

Du côté des prêtres, la question se pose différemment. Peut-on trouver attrayant et même légitime de ne consacrer tout son ministère qu'à des îlots privilégiés quand tout s'écroule autour de soi ? Un jour ou l'autre, ne faudra-t-il pas que ces prêtres mettent la main à la pâte et acceptent, au moins provisoirement dans un premier temps, de célébrer le nouvel Ordo pour répondre au besoin de ces paroisses vides de prêtres depuis trop longtemps... avec certes l'idée de former les fidèles à l'ancien missel ? De tels prêtres pourraient alterner des ministères en milieux traditionnels et dans les paroisses ordinaires. Mais sauf à se cantonner à long terme dans un ministère pour catholiques privilégiés, on voit mal comment les Instituts traditionnels pourront échapper longtemps à ces terribles questions.

Christophe Geffroy

© Cerf, extrait de Benoît XVI et la « paix liturgique » (extrait du chapitre de conclusion, les notes et références ont ici été enlevées), 320 pages, 24 €. Commandez-le franco de port dès maintenant à La Nef (2 cour des Coulons, 78810 Feucherolles) ou disponible en librairie vers fin septembre 2008.

Motu Proprio
 

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Sources : LA NEF • N°196 SEPTEMBRE 2008
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M. sur Google actualité)  23.09.2008 - T/Motu Proprio

 

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