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19 Avril 2005
 

Croire en Christ, c'est porter son amour vers Lui, c'est vivre avec cet amour en soi

 

Le 21 août 2008  - (E.S.M.) - Le mariage est engagement sacramentel devant Dieu et pour faire signe aux hommes et à l'Église de l'Amour. Cet engagement peut être le point de départ d'un don de soi total au Christ « à sa manière ».

La tombe des Maritain - 67120 Kolbsheim (France) - Pour agrandir l'image Cliquer

QUELQUES LIEUX CONJUGAUX DE SAINTETÉ

Première partie : La Catéchèse de Jean-Paul II, homme et femme il les créa

1) l'engagement conjugal lui-même

La foi au Christ quand elle habite la vie des personnes est appelée d'abord à porter l'engagement chrétien sur la construction de l'amour : vie de couple à construire et à garder solide quand on est marié. Mettre sa vie de confiance en Dieu au centre de cette construction, se battre contre ses égoïsmes personnels, vouloir toujours voir en l'autre une personne, s'abandonner à la communication dans la tendresse voire dans la vie sexuelle partagée... voilà des actes où la foi au Christ est appelée à s'engager. Croire en Christ, c'est porter son amour vers Lui, c'est vivre avec cet amour en soi. Y a-t-il concurrence entre cet amour consacré à Dieu et l'amour pour le conjoint ?

La question peut paraître incongrue, mais elle peut se poser dans certains couples, comme une « concurrence » entre deux amours. Jacques Maritain, né en 1882 se convertit à 20 ans, avec Raïssa son épouse, dans un contact avec l'écrivain Léon Bloy. Ils sont baptisés tous les deux ensemble. Jacques deviendra philosophe et penseur chrétien. Raïssa sera avec son mari dans cette tâche. Elle meurt en 1960, lui en 1973. Jacques et Raïssa vont grandir ensemble dans l'adhésion à Jésus-Christ et dans leur amour. Amour reçu de Dieu et amour humain vont se bonifier. Chaque amour bonifie l'autre et ne lui enlève rien. Raïssa écrit : « Continue de m'aimer ainsi, j'ai besoin de beaucoup d'amour pour vivre, et je sais que moi, je dois aimer "comme n'aimant pas", dans le sens de Saint Paul... Quelle terrible vocation ! c'est pour cela que Dieu a mis auprès de moi la merveilleuse tendresse. Et auprès de qui aurais-je pu vivre une telle vocation si ce n'est auprès de toi ?... Ce qu'il y a d'admirable, c'est que ce repos, je peux le prendre dans ton cœur sans gêner en rien l'action de Dieu en nous. Tellement Dieu est avec toi. Et tu es bien toute ma douceur en ce monde »

Jacques Maritain dira de son côté : « si vous voulez savoir où je suis, ne me cherchez pas où je suis, mais cherchez-moi où j'aime et suis aimé, dans le cœur de ma Raïssa bénie ». Il rajoutera dans un de ses textes spéculatifs : « celui qui aime d'amour fou se donne totalement ; l'objet de son amour est une créature limitée, fragile, mortelle. Ce serait méconnaître les grandeurs de notre nature de croire que cette créature aimée d'un amour fou devient pour l'aimant nécessairement une idole pour lui. L'amour fou peut rayonner au sein d'une vie moralement droite et soumise à l'ordre de la Charité ».

Mais cet amour-là, dira Raïssa, est à purifier sans arrêt : « De l'amour humain ce qu'il faut ôter pour le rendre pur, bienfaisant, universel et divin, - ce n'est pas l'amour lui-même : non, ce qu'il faut supprimer ou plutôt dépasser, c'est les limites du cœur. D'où la souffrance - dans cet effort pour sortir de nos étroites limites. Car, dans ces limites, dans nos limites, est notre joie humaine. Mais il faut dépasser ces limites du cœur; il faut sous l'action de la grâce et par le travail de l'âme quitter notre cœur limité pour le cœur illimité de Dieu. C'est seulement quand on a accepté cette mort que l'on entre ressuscité dans le cœur illimité de Dieu avec tout ce que l'on aime, avec les proies de l'amour, en se donnant soi-même comme proie à l'amour infini. La mort à nous-mêmes fait place libre à l'amour de Dieu. Mais elle fait en même temps place libre à l'amour des créatures selon l'ordre de la divine charité. Porter soi-même son cœur sous le pressoir. Coucher soi-même son cœur sur la Croix. »

2) l'engagement conjugal et ses tâches

Il s'agira ici de cette vie quotidienne à traverser ensemble
(projets divers, fécondité et éducation des enfants, et...). Et ici, il y a une mobilisation de l'amour à faire. Gomme le dit Xavier Lacroix, un théologien moraliste contemporain, l'amour, s'il est dans un premier temps de l'ordre de la spontanéité, est appelé à être de l'ordre de la volonté : vouloir son amour, le construire, certes « avec Dieu ». Mais ceci n'en reste pas moins de l'ordre du combat spirituel.

Emmanuel Mounier, né en 1905, à Grenoble, aura une carrière d'intellectuel chrétien, par la fondation de la Revue Esprit et la promotion du personnalisme. Il épouse en 1935 Paulette Leclercq. De leur amour, naîtront trois enfants dont une enfant trisomique, Françoise. Beaucoup de leurs lettres disent ce chemin spirituel vécu avec cet enfant.

Citons deux lettres de Emmanuel Mounier à son épouse: « Nous n'étions pas faits pour des heures faciles, voilà tout. Mais il nous faut faire belles ensemble celles qui nous seront données. En marchant sur la route, tout à l'heure, j'ai essayé de faire chanter mon cœur. Ça n'a pas été long. Il me suffisait de penser que toute souffrance intégrée au Christ perd son désespoir, sa laideur même » Et celle-ci : « Je sens comme toi une grande lassitude et un grand calme mêlés, je sens que le réel, le positif, c'est le calme, cet amour de notre petite fille se transformant doucement en offrande, en une tendresse qui la déborde; qui part d'elle, revient sur elle, nous transforme en elle ; et que la lassitude, c'est seulement le corps qui est bien fragile pour cette lumière et pour tout ce qu'il avait en nous d'habitué, de 'possédant', avec notre enfant qui se brise lentement pour un plus bel amour... il n'y a plus qu'à être le plus fort que nous pouvons, avec la prière, l'amour, l'abandon, la volonté de maintenir la joie profonde du cœur ».

3) La vie d'oraison

L'oraison est un élément essentiel dans la consécration. Mais c'est dans la solitude existentielle qu'est vécue cette relation, même si elle se fait à deux. Là se passe en chacun la connaissance de Dieu, c'est-à-dire la naissance à sa Vie, l'approfondissement de la vie en Christ. Mais faire oraison dans une vie de couple, est-ce deux oraisons solitaires qui se côtoient sans lien, sans fruit pour l'amour ? Le lien personnel à Dieu change la relation mutuelle, la change imperceptiblement, la façonne en la purifiant, la charge d'amour de Dieu, lui permet d'espérer peut-être dans les jours plus sombres.

Edouard Michelet né à Paris en 1899, déporté à Dachau pendant la 2e guerre mondiale, plusieurs fois ministre du Général de Gaulle, prend comme épouse Marie Vial, de Brive. Dans ses déplacements, il n'aura de cesse d'écrire à sa femme des mots où se mêlent amour mutuel et foi : « Dix heures vont bientôt sonner et dans un instant nous serons unis par la pensée devant le bon Dieu
(pour faire nos prières !), car nous n'attendons pas les heures de celles-ci pour penser l'un à l'autre, nous y pensons toujours. » (lettre de Pau, 1921). En 1943, en pleine guerre, sa femme ne sait pas où est son mari : elle écrit cette note retrouvée depuis : « Chéri, je vais m'endormir en priant pour toi. Je ne t'ai jamais tant prié et je n'ai jamais tant pensé à toi, il est vrai que je ne t'ai jamais tant aimé. Prier, penser, t'aimer, ne font qu'un. » Une autre lettre d'Edmond à sa femme quand il est en prison à Fresnes en 1943 : « Mon amour, j'ai inscrit en arrivant le mot dont je sens la vérité profonde à chaque instant : Ma grâce te suffit »

Le fait d'être en couple apporte-t-il à l'oraison une qualité ? Seuls des couples peuvent le dire. Mais des moments de partage sur le bonheur de prier ou sur les moments de sécheresse établit là une connivence, un surcroît d'amour et en retour une profondeur à l'oraison : une complicité de priants s'opère. La vie d'amour, d'amitié s'en trouve élevée.

4) L'engagement dans le monde

L'amour dans un couple est fait pour s'exprimer, pour féconder l'engagement dans la société et dans l'Église. La consécration personnelle au Christ de l'un ou des deux personnes mariées est une aide profonde pour se soutenir dans cette sortie de soi, vers la sécularité. Nous rejoignons ici une réalité centrale du charisme de la famille : « la consécration séculière ». Quel est le poids du couple pour réaliser cette consécration séculière de chacun ? Disons : un soutien dans une communion d'intelligence à un même projet
(par une recherche intellectuelle), une stimulation mutuelle dans les décisions à prendre (où il y a une certaine solitude), une communion « mystique » de prière dans les moments d'éloignement.

Jacques Maritain n'a cessé de répéter que sans Raïssa, il n'aurait jamais pu faire tout ce qu'il a fait: « S'il y a quelque chose de bon dans mon travail philosophique et dans mes livres, la source profonde, et la lumière, doivent en être cherchées dans son oraison et dans l'oblation qu'elle a faite d'elle-même à Dieu ». Les lettres sont nombreuses entre Paulette et Emmanuel Mounier, signe de cette communion militante dans la confiance en Dieu. Voici ce qu'il lui écrit en septembre 1939 quand la guerre éclate: « II ne faut pas parler d'avenir "noir"... dramatique peut-être, douloureux peut-être. Mais nous chrétiens, n'avons le droit que défaire de la joie... en ces temps de misère, nous ne pouvons supprimer nos malheurs. Mais l'œuvre que nous avons en main, c'est d'en faire passer dans nos vies, dans nos yeux, cette transfiguration déconcertante qui nous fera, s'il le faut, et au fur et à mesure que le bonheur s'éloignera de nous, entrer dans une joie inébranlable et enfantine ». Citons une lettre d'Édouard Michelet à sa femme Marie en avril 1943, alors qu'il est prisonnier : « Mon amour... comme catholique et parce que catholique, j'ai toujours souhaité et travaillé à la réconciliation de la France et de l'Allemagne. Tout ce qu'on sait de moi permet de penser que je ne suis pas un factieux et que, bien loin de vouloir la bagarre, j'ai toujours proclamé les bienfaits de la charité chrétienne entre individus comme entre les peuples. Je crois que tu peux beaucoup pour moi dans cet ordre d'idées ? Si tu n'obtiens rien je prendrai mon mal en patience... Amour, je ne te dis pas que tu ne me quittes pas, toi et tes sept trésors, parce que tu le sais, n'est-ce pas ? Continuons à bien prier les uns pour les autres, Dieu et la sainte Vierge continueront bien par nous exaucer »).

CONCLUSION

Le mariage est-il voie de consécration ? Disons que la consécration est engagement personnel envers le Christ, alors que le sacrement est engagement mutuel. La consécration est voie personnelle d'approfondissement, d'un « plus » de profondeur dans le don de soi total à Dieu. Le mariage est engagement sacramentel devant Dieu et pour faire signe aux hommes et à l'Église de l'Amour. Cet engagement peut être le point de départ d'un don de soi total au Christ « à sa manière ». La consécration ne diminue pas l'amour mutuel
(du sacrement), mais le favorise, en y puisant des ressources propres. Comment se réalisent là les 3 engagements spirituels de la consécration, (pauvreté, chasteté, obéissance), ceci dans le cadre de l'Église où ils sont appelés à faire signe ? Je n'ai pas abordé le propos comme cela, mais à partir de la notion d'approfondissement de la relation à Dieu que le sacrement fait fructifier et qui le fructifie. Il faudrait poursuivre la réflexion qui est à peine commencée.

Jean-Michel MOYSAN
PGJ, Quimper

PS. Les textes des Maritain sont tirés des oeuvres de Jacques et Raïssa Maritain et du livre Jean-Luc Barré Jacques et Raïssa Maritain, les mendiants du ciel. Les textes des Michelet viennent de Mon Père, Edmond Michelet, par Claude Michelet et de Prier 15 jours avec Edmond et Marie Michelet par Benoît Rivière; les textes d'Emmanuel Mounier, sont extraits de Mounier et sa génération, lettres, carnets et inédits.

Table : La famille fondée sur le mariage
 

Source : Documentation  E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 21.08.2008 - T/Famille - T/Spiritualité

 

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