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19 Avril 2005
 

Le pape, l'Église et les signes des temps

Le 16 octobre 2014 - (E.S.M.) - Psaume 53,3-5  Des cieux Dieu se penche vers les fils d'Adam pour voir s'il en est un de sensé, un qui cherche Dieu [... ] Manger mon peuple voilà le pain qu'ils mangent, ils n'invoquent pas Dieu.

Extraits de la troisième partie "OÙ ALLONS-NOUS?" Entretient de Benoît XVI avec Peter Seewald.  (à suivre... Le prétendu blocage des réformes)

ÉGLISE, FOI ET SOCIÉTÉ

Les problèmes de la société n'ont pas diminué; ils posent avec une nouvelle urgence les questions qui portent sur la manière de concevoir notre vie : quelles sont nos valeurs, quels sont nos repères ? De quoi nous occupons-nous au juste ? Comment voulons-nous vivre demain ?
Nous voyons bien aujourd'hui que le monde risque de basculer dans l'abîme. Qu'un système économique débarrassé de toutes ses protections peut se transformer en un capitalisme prédateur qui engloutit d'immenses valeurs. Que vivre à grande vitesse non seulement nous surmène, mais nous fait perdre nos points de repère. Qu'à côté de cette société qui va à toute vitesse s'est aussi développée une société désorientée qui n'accepte plus aujourd'hui ce qui lui semblait encore juste hier, et qui tiendra demain pour juste ce qui est aujourd'hui considéré comme une faute.
On voit apparaître des symptômes comme le
burn-out qui prennent la dimension de phénomènes de masse, de nouvelles manies comme l'addiction au jeu ou à la pornographie. On a vu, dans la folie de l'optimisation qui s'est emparée des grands groupes, apparaître un stress au travail dont on ne vient pratiquement plus à bout. Nous devons faire face à la situation d'enfants qui souffrent d'une perte des relations familiales. Et à la domination des médias, qui ont développé une culture de la rupture du tabou, de l'abêtissement et de l'abrutissement moral. Et nous avons les offres des médias électroniques qui pourraient manipuler et détruire nos qualités humaines.
Saint-Père, l'Église a toujours apporté une contribution importante à l'évolution des civilisations. Mais aujourd'hui, dans de nombreux pays, se répand une attitude de dédain, et aussi, de plus en plus souvent, d'hostilité à l'égard de la religion chrétienne. Que s'est-il passé, au juste
?


D'une part, l'évolution de la pensée progressiste des temps modernes et de la science a produit un esprit susceptible de faire croire que « l'hypothèse de Dieu », pour reprendre l'expression de Laplace1, est superflue.  Aujourd'hui, l'homme pense pouvoir faire lui-même tout ce que, jadis, il attendait de Dieu et de Lui seul. Dans ce modèle de pensée, prétendument scientifique, les choses de la foi paraissent archaïques, mythiques, comme si elles appartenaient à une civilisation révolue. La religion — du moins la religion chrétienne — est alors considérée comme une relique du passé. Au XVIIIème siècle, déjà, les Lumières affirmaient qu'un jour, le pape, ce dalaï-lama d'Europe, devrait déguerpir. Les Lumières devaient éliminer définitivement de telles arriérations qui relevaient du mythe.

1. Interrogé par Napoléon, Laplace aurait répondu : « Dieu ? Je n'ai pas besoin de cette hypothèse ». (N.d.T.)

Est-ce un problème d'autorité, dû au fait qu'une société libérale ne tolère plus aucune critique ? Ou bien est-ce aussi un problème de communication lié au fait que l'Église, avec ses valeurs apparemment traditionnelles, avec des notions comme le péché, le remords et la conversion, n'a plus aucun message à transmettre ?

Je dirais que ce sont les deux. Cette pensée qui a remporté tant de succès, et contient beaucoup de choses justes, a transformé l'orientation fondamentale de l'homme à l'égard de la réalité. Il ne cherche plus le mystère, le divin, il croit au contraire que la science finira bien par déchiffrer un jour tout ce que nous ne comprenons pas encore aujourd'hui. Ce n'est qu'une question de temps, et nous maîtriserons tout.
C'est ainsi que le critère de scientificité est devenu le critère suprême. Récemment, je n'ai pu m'empêcher de rire. On a dit à la télévision qu'il était désormais scientifiquement prouvé que la tendresse des mères était utile aux enfants. On pourrait penser ce genre d'études absurdes, ou relevant d'une conception erronée, populiste et infantile de la science, mais cela témoigne aussi d'un modèle de pensée où la foi dans le mystère, dans l'action de Dieu, en un mot toute la dimension religieuse, est devenue caduque parce que « non scientifique », et ne trouve plus aucune place. C'est un aspect des choses.

Et l'autre ?

L'autre, c'est précisément que la science redécouvre ses frontières, que beaucoup de scientifiques s'interrogent de nouveau sur l'origine de tout cela, et que nous devons alors nous reposer cette question. Cela favorise une nouvelle compréhension du religieux ; comme un phénomène non pas de nature mythologique, archaïque, mais qui se fonde sur la cohésion interne du logos — de la même manière que l'Évangile a proprement voulu et proclamé la foi.
Mais comme je l'ai dit, la religiosité doit trouver matière à se régénérer dans ce grand contexte, et trouver ainsi de nouvelles formes d'expression et de compréhension. Pour l'homme d'aujourd'hui, il n'est plus si facile de comprendre que le sang versé par le Christ sur la croix est une expiation pour ses péchés. Ce sont des formules, de grandes formules chargées de vérité, mais qui n'ont plus leur place à elles dans toute notre structure de pensée et notre représentation du monde. Il faut les traduire et leur donner une nouvelle portée. Nous devons par exemple de nouveau comprendre que le mal doit faire l'objet d'une véritable étude. On ne peut pas se contenter de le repousser ou de l'oublier. Il doit être étudié et transformé de l'intérieur.

Qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela signifie que notre temps appelle véritablement une nouvelle évangélisation ; il faut proclamer un Évangile, avec sa grande rationalité immuable, mais aussi avec le pouvoir qui est le sien et qui dépasse la rationalité, afin qu'il reprenne place dans notre pensée et dans notre compréhension.
Quelles que soient les transformations, l'homme reste cependant toujours le même. Il n'y aurait pas tant de croyants si les gens n'avaient pas toujours cette idée au fond de leur cœur : Oui, ce qui est dit dans la religion, c'est ce dont nous avons besoin. La science à elle seule, de la manière dont elle s'isole et prend son autonomie, ne couvre pas la totalité de notre vie. C'est un domaine qui nous apporte de grandes choses, mais pour y parvenir elle a besoin que l'homme reste un homme.
Nous avons bien vu que le progrès a certes fait progresser nos capacités, mais ni notre grandeur ni notre humanité. Nous devons retrouver un équilibre intérieur, et nous avons aussi besoin de grandir intellectuellement : cela, nous le voyons de mieux en mieux, dans les grandes difficultés de notre temps. Même lors des nombreuses rencontres avec les grands chefs d'État, je ressens une puissante conscience du fait que le monde ne peut pas fonctionner sans la force de l'autorité religieuse.

Avant que nous ne parlions des problèmes de l'Église catholique et de l'avenir de l'Église, je voudrais vous demander ce qu'est l'Église, cet « organisme spirituel », comme vous l'avez dit un jour. Vous avez repris dans une homélie un mot de Paul VI, qui, disait-il, aimait l'Église au point de vouloir constamment « la serrer dans ses bras, l'embrasser, l'aimer ». Le pape, y expliquait : « J'aimerais au bout du compte la comprendre en toute chose, dans son histoire, dans son projet de salut divin, dans sa destination finale, dans sa complexité. » Paul VI concluait par les mots : « le corps mystérieux du Christ ».

Il a ainsi repris ce qu'a développé saint Paul, qui a défini l'Église comme l'incarnation permanente, son organisme vivant. Paul ne la concevait justement pas comme une institution, comme une organisation, mais comme un organisme vivant dans lequel tous agissent ensemble et interagissent, dans la mesure où ils sont unis par le Christ. C'est une image, mais une image qui va en profondeur et qui est très réaliste, notamment parce que dans l'eucharistie, nous croyons recevoir réellement le Christ, le Ressuscité. Et si chacun reçoit le même Christ, nous sommes tous bel et bien rassemblés dans ce nouveau corps ressuscité, dans le grand espace d'une nouvelle humanité. Il est important de comprendre cela, et donc de ne pas concevoir l'Église comme un appareil qui doit faire tout ce qui est possible — il faut bien un appareil, mais dans certaines limites —, mais comme un organisme vivant qui découle du Christ lui-même.

Dans de nombreux pays, des associations laïques militent pour l'indépendance à l'égard de Rome et pour une Église spécifique, d'esprit national et démocratique. Le Vatican est alors présenté comme une dictature, le pape comme un homme qui, d'une main autoritaire, impose ses points de vue. Quand on examine la situation plus précisément, on remarque l'accroissement des forces centrifuges plutôt que celle des forces centrales, la rébellion contre Rome plutôt que la solidarité avec Rome. Cette lutte d'orientation, qui dure à présent depuis des décennies, n'a-t-elle pas aussi provoqué depuis très longtemps une sorte de schisme au sein de l'Église catholique ?

Je dirais dans un premier temps que le pape n'a pas le pouvoir d'obtenir quelque chose par la force. Son « pouvoir » relève uniquement d'une conviction qui fait comprendre aux gens que nous dépendons les uns des autres et que le pape est chargé d'une mission dont il ne s'est pas chargé de son propre chef. Seule cette conviction permet à cet ensemble de fonctionner. Seule la conviction de la foi commune permet aussi à l'Église de vivre en communion. Je reçois tant de lettres, aussi bien de gens simples que de personnalités de premier plan, qui me disent : « Nous ne faisons qu'un avec le pape, il est pour nous le vicaire du Christ et le successeur de Saint-Pierre, soyez assurés que nous croyons et que nous vivons en communion avec vous. »
II existe bien entendu, et cela ne date pas d'hier, des forces centrifuges, une tendance à former des Églises nationales — et certaines sont effectivement apparues. Mais aujourd'hui, justement, dans la société globalisée, dans la nécessité d'une unité interne de la communauté mondiale, on voit bien que ce sont en réalité des anachronismes. Il devient clair qu'une Église ne grandit pas en se singularisant, en se séparant au niveau national, en s'enfermant dans un compartiment culturel bien précis, en lui donnant une portée absolue, mais que l'Église a besoin d'unité, qu'elle a besoin de quelque chose comme la primauté.
J'ai été intéressé en entendant le théologien russe orthodoxe John Meyendorff, qui vit en Amérique, dire que leurs autocéphalies1 sont leur plus grand problème ; nous aurions besoin, disait-il, d'une sorte de premier, d'un primat. On le dit aussi dans d'autres communautés. Les problèmes de la chrétienté non-catholique, que ce soit sous l'angle théologique ou pragmatique, tiennent en bonne partie au fait quelle n'a pas d'organe assurant son unité. Il est donc clair qu'un organe de ce type est nécessaire, il ne doit pas agir de manière dictatoriale, bien sûr, mais depuis la communion intérieure de la foi. Les tendances centrifuges ne disparaîtront certainement pas, mais l'évolution, la direction générale de l'histoire nous le disent : l'Église a besoin d'un organe pour assurer l'unité.

1. Du grec autokephal, autodéterminé ; dans l'Église grecque, cela désigne une Église autonome. Les autocéphalies ont leur propre chef et désignent elles-mêmes leur archevêque/métropolite.

Dans les décennies précédentes, il n'y a pratiquement pas eu une seule, expérience pastorale, dans de nombreux diocèses, à laquelle on ait renoncé dans l'effort mené pour une « modernisation » de l'Église. Si l'on en croit la critique exprimée par le philosophe Rüdiger Safranski, l'Église se serait transformée en un « projet de religion froid », en un « mélange d'éthique sociale, de pensée institutionnelle du pouvoir, de psychothérapie, de technique de méditation, de service muséal, de management culturel et de travail social ». Selon les critiques, en voulant faire comme tous les autres, le peuple chrétien a cessé de comprendre que la foi pousse sur de tout autres racines que sur les sociétés de divertissement occidentales. Mais beaucoup de théologiens et de prêtres se sont aussi, entre-temps, tellement éloignés de la ligne fondamentale qu'il est souvent bien difficile d'y reconnaître un profil catholique.
Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ?


Eh bien ce sont justement les forces de la désagrégation qui agissent dans l'âme humaine. À quoi s'ajoute la volonté de toucher le public ; ou encore celle de trouver une île quelconque, une terre vierge à laquelle nous pourrions donner forme à notre gré. Ensuite, il y a deux possibilités. Ou bien verser dans le moralisme politique, comme cela a été le cas pour la théologie de la libération et d'autres expériences, pour donner en quelque sorte une actualité au christianisme. Ou évoluer vers la psychothérapie et le bien-être, c'est-à-dire vers des formes où la religion est identifiée à une pratique visant à trouver une sorte de bien-être global.
Toutes ces tentatives ont pour cause l'abandon de la racine véritable, la foi. Ce qui reste ensuite — vous l'avez bien décrit à travers vos citations — ce sont des projets que l'on a faits soi-même, qui ont peut-être une valeur existentielle limitée mais ne produisent pas de communion convaincante avec Dieu et ne peuvent pas non plus relier durablement les hommes les uns aux autres. Ce sont des îles sur lesquelles s'installent certaines personnes, et ces îles sont par essence éphémères parce que les modes changent, c'est bien connu.

Dans ce contexte, on est forcé de poser la question : comment est-il possible que dans de nombreux pays occidentaux, tous les écoliers étudient pendant de longues années la religion catholique (et peut-être, à la fin, le bouddhisme), mais sans connaître au bout du compte les caractéristiques fondamentales du catholicisme ? Tout cela se passe sous la responsabilité des diocèses.

C'est une question que je me pose aussi. En Allemagne, chaque enfant suit entre neuf et treize ans d'instruction religieuse. Comment se fait-il que cela laisse aussi peu de traces, pour dire les choses clairement ? C'est incompréhensible. Sur ce point, les évêques doivent effectivement réfléchir sérieusement à la manière dont on peut donner un nouveau cœur, un nouveau visage à la catéchèse.

Dans les médias religieux aussi s'est nichée une « culture du doute » que l'on considère aujourd'hui comme « chic ». Des rédactions entières reprennent ainsi, sans esprit critique, les slogans issus de la critique ordinaire de l'Église. Des évêques suivent leurs conseillers médias, qui leur recommandent de faire profil bas pour préserver leur image libérale. Si, en plus, de grands groupes médiatiques appartenant à l'Église évacuent les livres religieux de leur catalogue principal... N'est-il pas alors problématique de vouloir encore parler, de manière crédible, de la nouvelle évangélisation ?   
              
Ce sont autant de phénomènes que l'on ne peut observer qu'avec tristesse. Qu'il y ait en quelque sorte des catholiques professionnels qui vivent de leur confession catholique mais chez qui la source de la foi n'agit manifestement plus que faiblement, goutte à goutte... Nous devons vraiment faire en sorte que cela change. J'observe en Italie — où les entreprises religieuses institutionnelles sont beaucoup moins nombreuses — que l'on prend des initiatives non pas parce que l'Église organise quelque chose en tant qu'institution, mais parce que les gens sont croyants. Les mouvements spontanés ne naissent pas d'une institution, mais d'une foi authentique.

L'Église doit toujours aussi rester en mouvement, elle est constamment « en chemin ». Le pape ne se demande-t-il pas également si, dans bien des cas, il n'a pas tort de chercher à retenir ces phénomènes irrésistibles parce qu'ils correspondent tout simplement au processus nécessaire de la civilisation, auquel l'Église ne peut pas se refuser ?

Il faut bien entendu toujours demander ce qui, même parmi les choses qui ont passé jadis pour essentiellement chrétiennes, n'était en réalité que l'expression d'une époque déterminée. En un mot : quel est réellement l'essentiel ? Cela signifie qu'il faut toujours revenir de nouveau à l'Évangile et aux mots de la foi, pour vérifier, primo, ce qui en fait partie, secundo, ce qui change légitimement au fil du temps, et tertio, ce qui n'en fait pas partie. Le point décisif, au bout du compte, c'est donc toujours d'opérer la bonne distinction.

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Sources :  E.S.M.
© Copyright 2014 - Libreria Editrice Vaticana
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 16.10.2014

 

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