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19 Avril 2005
 

Déclin de la musique liturgique, que pouvons-nous faire pour enrayer ce mouvement ?

 

Le 15 juin 2008  - (E.S.M.) - Dans l'Exhortation apostolique "Sacramentum Caritatis", le pape Benoît XVI aborde la question du chant, en soulignant que tout chant n'a pas sa place dans la liturgie et que "nous ne pouvons pas dire qu'un cantique équivaut à un autre". Déclin et chute de la musique liturgique catholique. Que pouvons-nous faire pour enrayer ce mouvement ?

Les orgues de la cathédrale d'Oloron Ste Marie- Pour agrandir l'image Cliquer

Déclin de la musique liturgique, que pouvons-nous faire pour enrayer ce mouvement ?

Dans l'Exhortation apostolique "Sacramentum Caritatis", le pape Benoît XVI aborde la question du chant, en soulignant que tout chant n'a pas sa place dans la liturgie et que "nous ne pouvons pas dire qu'un cantique équivaut à un autre". Cette affirmation conduit tout naturellement à faire une distinction essentielle entre ce qui appartient au domaine du "religieux" et ce qui appartient au domaine du "sacré", ce que ne savent plus faire beaucoup de clercs ni beaucoup de maîtres de chœurs ou d'organistes: ce n'est pas parce qu'on introduit un chant dans une messe qu'il devient "sacré" et "liturgique"... Le chant "religieux" - comme l'art religieux de façon plus générale - se caractérise par une expression subjective et naît de la perception que chaque personne a de la religion, quel que soit le lieu ou l'époque. Le chant "sacré", le seul qui pourrait mériter d'être qualifié de "chant liturgique", est celui qui tend à traduire une réalité qui est capable de dépasser les limites de l'individualité humaine car il renferme et transmet des notions objectives enracinées dans la vérité de la foi méditée par l'artiste. (cf. les travaux du P. Uwe Michael Lang)
Modèle d'un tel chant jailli de la méditation de la liturgique comme expression objective de la foi, "le chant grégorien, en tant que chant propre de la liturgie romaine [doit être] valorisé de manière appropriée." (PRO LITURGIA)

Déclin et chute de la musique liturgique catholique
Que pouvons-nous faire pour enrayer ce mouvement ?


par Jeffrey Tucker
[Article publié dans Adoremus Bulletin, avril 2008. Traduction : Remi Lucet, publié avec son aimable autorisation]

Les bandes dessinées sont populaires auprès des jeunes, et ceci depuis plusieurs décennies. Imaginons un instant un monde dans lequel les gens n'aient jamais rien lu d'autre. Ni romans, ni poésie, ni livres de réflexion. Seulement des bandes dessinées. Peut-être même sans aucune phrase. Juste des images.

Qui serait donc surpris que cette génération soit devenue complètement illettrée ? En laissant perdurer cette situation pendant trois ou quatre générations, on se réveille subitement dans un monde où plus personne ne sait vraiment lire, et plus choquant encore, où l'on ne trouve plus personne pour enseigner la lecture.

Rendu là, il est encore possible d'espérer que les gens se rendent subitement compte de ce qu'ils ont fait : une grand partie des fondations de la civilisation ont été balayés par inadvertance. Si nous pouvions procéder aisément à une analyse comparative de l'avant et de l'après, nous serions encore plus abasourdis que si nous vivions pendant la période de transition.

Tandis que cela survient, chaque génération en sait moins que la génération précédente, et inexorablement il se trouve de moins en moins de gens pour seulement remarquer qu'il y a un problème. Les gens finissent par ne plus se rendre compte qu'ils ne savent rien, ni même que le problème doit être corrigé.

Cela ressemble, je le crains, à ce qui arrive dans le domaine de la musique liturgique catholique – pas complètement il est vrai, mais nous filons vers ce destin. Peut-être pourrions être sauvés si nous consentions, dès aujourd'hui, d'importants efforts.

La musique d'Église comme un divertissement facile

Le problème est apparu essentiellement au milieu des années 1960, alors que venait à l'idée que la musique de divertissement devait dominer le mouvement visant la beauté et l'excellence musicale dans la liturgie. C'est comme si les gens s'étaient dit : « À bas les compétences ! à bas les normes ! Chantons juste ce qui nous vient à l'esprit et nous fait se sentir bien ». Certes, la musique catholique avant cette époque n'était nullement parfaite, et quantité de mauvaises pièces étaient encore chantées çà et là ; mais on ne peut nier qu'un effort d'amélioration avait été entrepris depuis plusieurs dizaines d'années, et que les fruits étaient sur le point d'apparaître.

De nombreuses Églises protestantes semblent avoir mieux résisté à la nouvelle tendance dans la musique liturgique, ne plongeant dans la « musique de louange » qu'aux environs de la moitié des années 1970. Trois décennies plus tard, mes amis protestants se désespèrent de ce qu'il est advenu. Ils avaient grandi dans un monde où les livres de cantiques étaient habituellement écrits dans une harmonie à quatre parties, et où les assemblées chantaient bien souvent en polyphonie. Même quand ils n'étaient pas dans le chœur, les gens savaient par eux-mêmes s'ils étaient alto, ténor ou basse. Les chœurs dans les paroisses de villes moyennes comportaient couramment 50 à 60 chanteurs qui ne se distinguaient pas tant par leur capacité à lire la musique et à chanter (presque tout le monde peut y parvenir), mais plutôt par leur volonté de consacrer un temps considérable à apprendre des œuvres difficiles – des cantates par exemple – destinées à être interprétées pendant les périodes de vacances. Les catholiques ont rarement été de ce niveau, choralement parlant. Néanmoins, on y trouvait des chanteurs, des choristes et des paroissiens qui connaissaient le répertoire, savaient lire la musique, et partageaient les véritables idéaux de la musique sacrée.

Mais maintenant, mes amis protestants me disent que plusieurs générations ont grandi dans ces « chœurs de louange », qui pourraient être comparés aux bandes dessinées musicales. Il y a un rôle pour cette musique, sans aucun doute, et personne ne veut d'un monde où elle n'existerait pas. Le problème est que ces chœurs sont devenus la norme, et c'est cela qui préoccupe mes amis. Non seulement il y a de moins en moins de chanteurs disponibles, mais il y aussi de moins en moins de gens capables d'enseigner, ou de jouer des instruments.

Une musique qui n'inspire pas

On pourrait citer mille raisons ayant mené à cette situation (il serait facile de blâmer la musique enregistrée et les médias) ; mais la raison la plus évidente est rarement citée : la musique qui a été offerte aux gens, et qui a envahi tout le fonds du répertoire liturgique, ne les a pas encouragés à acquérir les compétences indispensables à la production de belle musique. Où était le défi ? Quand la trivialité domine, l'idéal disparaît ! Le résultat de tout cela est une évaporation générale de la sensibilité esthétique, ainsi que de la culture religieuse.

À nouveau, lorsque j'entends mes amis protestants décrire la situation qui est la leur – il est particulièrement douloureux de se rendre compte que nous les catholiques avons cinq ou dix ans d'avance dans le déclin musical –, nous pouvons leur dire deux ou trois choses, par exemple leur décrire ce qu'est la liturgie dans des paroisses où l'on trouve seulement une poignée de chanteurs dans des assemblées de plusieurs centaines de personnes. Ce n'est pas seulement que « les catholiques ne chantent pas » (apparemment, de nombreux en sont incapables), mais qu'on déplore un manque cruel d'aptitude au chant, de capacité à trouver la note et de la tenir, de savoir ce que signifie qu'une mélodie monte ou descend, de connaissance rudimentaire du rythme. Toutes ces compétences musicales ont été littéralement sapées par plusieurs décennies de déclin artistique.

Musicalement, c'est comme de vivre dans un monde sans lecteurs où les grandes œuvres de la littérature restent sur les étagères sans plus jamais être lues, et où personnes ne sait qu'en faire !

Des musiques différentes pour des temps différents ?

Bien sûr, un moyen de traiter le problème de la musique liturgique est de changer les idéaux, cela nous permet de nier même qu'il y ait un problème. De toute façon, qui se fiche de tous ces vieux trucs de Palestrina ? D'ailleurs était-ce vraiment bon, ou était-ce ce qu'on savait faire de mieux à l'époque ? N'était-ce pas juste de la musique pour les élites ? Qui a encore du temps à consacrer à cela ? Peut-être cela convenait-il à ces époques de foi et d'ignorance, mais notre monde rationnel et prospère demande quelque chose de complètement différent. C'est comme le chant grégorien, ce truc était parfait dans un monde de misère, de maladie, et de peste noire ; nous vivons désormais dans de resplendissantes cités et nous passons nos heures de loisir dans des salles de fitness. Temps différents, musiques différentes !

Les temps sont-ils vraiment différents ? Les apparences, évidemment, sont différentes. Mais les cœurs et les âmes, auxquels la liturgie doit parler le plus directement, sont les mêmes – une foi universelle (en tous les lieux et en toutes les époques) émanant d'une nature humaine universelle, aidée d'une forme artistique universelle, dirigée vers une adoration universelle de Dieu.

J'ai tendance à penser que de nombreuses attaques contre le trésor historique de musique sacrée se résument à ces rationalisations chimériques. Il est important de réagir contre ceci, mais l'on doit d'abord reconnaître que nous avons un problème. Alors, seulement, nous pouvons envisager de l'attaquer.

Dépasser l'illettrisme musical

Quel est le facteur le plus important qui nous aidera à surmonter cette illettrisme massif ? Avons-nous besoin de formation avant d'aborder la musique sérieuse, ou avons-nous d'abord besoin de voir, d'entendre, de toucher cette musique, dans l'espoir qu'elle nous incite à améliorer nos compétences propres ? La relation entre ces deux facteurs – ressources internes et externes – est complexe.

La métaphore de la « culture bande dessinées » peut nous éclairer sur la manière de procéder. Comment pourrions-nous passer des BD à la vraie littérature sans d'abord posséder des livres de bonne qualité – même si nous ne savons pas encore comment les lire ? Nous avons besoin d'œuvres dignes et belles, nous incitant à relever le défi. Nous devons avoir devant nous l'idéal et le but à atteindre. Nous devons ensuite apprendre à apprécier ceux qui savent lire, et leur demander de lire pour nous, puis de nous apprendre à lire.

La question est que nous devons faire face à ce problème de l'illettrisme musical. Ceux qui pensent : « Je constitue une partie du problème ; je n'y connais rien en musique », devraient savoir que ce n'est pas nécessairement vrai. Certes, tout le monde de peut pas être un chanteur ou un musicien accompli, pas plus que tout le monde ne peut chercher à l'être. Mais, j'aime l'idée d'une culture musicale universelle où les non-musiciens doivent tout autant y tenir leur rôle : celui d'auditeurs méditatifs et engagés. En même temps, j'ai tendance à penser que les gens sous-estiment le plus souvent leur potentiel musical (bien plus fréquemment qu'ils ne le surestiment).

À quiconque voudrait apprendre la musique sacrée catholique, je suggérerais que la meilleure fondation à mettre en place est celle du chant grégorien : il nous apprend la manière de naviguer vocalement entre tons et demi-tons sur une échelle musicale, il nous enseigne les hauteurs et le rythme, ainsi que bien des notions de base de la théorie musicale.

N'oublions pas la contribution inégalée de l'Église catholique – et des musiciens catholiques – à la culture musicale occidentale. Nous pouvons à nouveau en prendre la tête. D'abord en rehaussant le niveau d'exigence pour nous-mêmes, et ensuite en montrant la voie aux autres.

Jeffrey Tucker

Article paru dans le numéro d'avril 2008 de la revue Adoremus.

Jeffrey Tucker est rédacteur en chef de Sacred Music, le journal publié par l'Association américaine de musique liturgique. Web :
www.musicasacra.com
 

Sources : www.adoremus.org

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 15.06.2008 - T/Musique sacrée

 

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