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19 Avril 2005
 

Renonciation de Benoît XVI, qui va reprendre les clés de Pierre ?

Le 14 février 2013 - (E.S.M.) - La renonciation de Benoît XVI. Ses derniers actes. Le conclave imminent et les successeurs possibles. Les nouveautés et les inconnues d'une décision qui n'a pas de précédents dans l'Histoire.

Le pape Benoît XVI et son Secrétaire Mgr Georg Gaenwein

Renonciation de Benoît XVI, qui va reprendre les clés de Pierre ?

par Sandro Magister

Le 14 février 2013 - E. S. M. - Au soir d’un jeudi quelconque de carême, le 28 février à 20 heures, Joseph Ratzinger fera donc ce pas qu’aucun de ces prédécesseurs n’avait osé franchir. Il déposera sur la chaire de Pierre les clés du royaume des cieux. Qu’un autre sera appelé à reprendre.

Il y a dans ce geste la force d’une révolution qui n’a pas d’équivalent, même dans les siècles lointains. À partir de maintenant, l’Église s’avance en terrain inconnu. Elle va devoir élire un nouveau pape alors que le précédent est toujours en vie, que ses paroles résonnent encore, que ses décisions continuent à s’appliquer et que son programme d’action attend encore d’être exécuté.

Les cardinaux qui, dans la matinée du lundi 11 février, avaient été convoqués dans la salle du consistoire pour la canonisation des 800 chrétiens d’Otrante qui furent martyrisés par les Turcs il y a six siècles ont été stupéfaits lorsque, à la fin de la cérémonie, ils ont entendu Benoît XVI leur annoncer, en latin, qu’il renonçait au pontificat.

C’est à eux que reviendra, au milieu du Carême, la tâche de choisir son successeur. Le nouvel élu célèbrera sa première messe sur la place Saint-Pierre le 24 mars, dimanche des Rameaux, le jour où Jésus entra dans Jérusalem, monté sur une ânesse et acclamé aux cris de "béni soit celui qui vient au nom du Seigneur".

*

Ce sont 117 cardinaux qui, au milieu du mois de mars, s’enfermeront en conclave, autant que ceux qui, il y a huit ans de cela, élurent Joseph Ratzinger pape au quatrième tour de scrutin par plus des deux tiers des voix, en ce qui fut l’une des élections les plus rapides et les moins discutées de l’Histoire.

Mais, cette fois-ci, ce sera tout à fait différent. L'annonce de la démission les a pris par surprise, comme un voleur dans la nuit, sans qu’un long crépuscule du pontificat leur ait donné la possibilité, comme ce fut le cas pour Jean-Paul II, d’arriver au conclave en ayant déjà suffisamment réfléchi à leurs choix.

En 2005, l’éventualité d’une élection de Ratzinger n’est pas apparue à l'improviste, elle était déjà mûre depuis deux ans au moins et toutes les autres possibilités étaient tombées l'une après l’autre. En revanche, aujourd’hui, la situation est tout à fait différente. Et un élément inédit s’ajoute à la difficulté de distinguer les choix possibles : la présence du pape démissionnaire.

Le conclave est une machine électorale unique au monde. Affinée au cours du temps, elle en est arrivée, au siècle dernier, à produire des résultats stupéfiants, portant au pontificat des hommes d’une qualité nettement plus élevée que le niveau moyen du collège cardinalice qui, d’une fois à l’autre, les a élus.

Pour citer le cas le plus spectaculaire, l'élection de Karol Wojtyla en 1978 fut un coup de génie qui restera pour toujours dans les livres d’histoire.

Et celle de Ratzinger, en 2005, ne lui fut pas inférieure, comme l’ont confirmé les huit ans ou presque de son pontificat, qui ont été marqués par la distance infranchissable existant entre la grandeur de l’élu et la médiocrité de bon nombre de ceux qui l’avaient élu.

De plus, les conclaves ont souvent été caractérisés par la capacité du collège cardinalice à imprimer des changements de cap à la papauté. L’histoire des derniers papes est également instructive à cet égard.

Elle ne constitue pas une longue série grise, répétitive et ennuyeuse. Elle est caractérisée par une succession d’hommes et d’événements marqués chacun par une forte originalité. L'annonce inattendue du concile par le pape Jean XXIII à un groupe de cardinaux réunis à Saint-Paul-hors-les-Murs n’a certainement pas été moins surprenante et moins révolutionnaire que l’annonce de sa démission faite par Benoît XVI, il y a quelques jours, à un autre groupe de cardinaux stupéfaits.

Mais, dans les prochaines semaines, il va se passer quelque chose qui ne s’était jamais produit auparavant. Les cardinaux devront décider ce qu’il faut confirmer ou innover par rapport au pape précédent, alors que celui-ci sera vivant. Tout le monde se souvient avec admiration du respect avec lequel Ratzinger traitait même les gens qui étaient pour lui des adversaires : il a toujours manifesté pour le cardinal Carlo Maria Martini, le plus autorisé de ses opposants, une admiration profonde et sincère. Mais, en dépit de sa promesse de se retirer dans la prière et dans l’étude, presque cloîtré, il sera difficile d’éviter que sa présence, même silencieuse, ne pèse sur les cardinaux convoqués au conclave, puis sur le nouvel élu. Il est indiscutablement plus facile de parler avec liberté et franchise d’un pape monté au ciel que d’un ancien pape présent sur la terre.

*

Jusqu’au 28 février, l'agenda de Benoît XVI ne subira pas de modifications. Après le rite de l’imposition des cendres et une "lectio" qu’il prononcera devant les prêtres de Rome et qui sera consacrée au concile Vatican II, il se montrera le dimanche lors de l'Angélus, il donnera, le mercredi, l’audience générale, il fera les exercices spirituels en écoutant les prédications du cardinal Gianfranco Ravasi, il recevra les évêques de Ligurie venus en visite "ad limina" sous la conduite du cardinal Angelo Bagnasco et, pour le même motif, ceux de Lombardie qui auront à leur tête le cardinal Angelo Scola.

Et il se pourrait que, en la personne de l’un ou l’autre de ces deux cardinaux, il salue le futur pape.

En Italie, en Europe et en Amérique du Nord, l’Église traverse des années difficiles, une période de déclin général. Mais avec, ici ou là, des regains de vitalité et d’influence sur la sphère publique, parfois inattendus comme cela a été le cas en France récemment. Encore une fois, donc, les cardinaux électeurs pourraient porter leur choix sur un prélat provenant de cette zone, qui, en tout état de cause, continue à détenir le leadership théologique et culturel sur toute l’Église. Et justement l'Italie pourrait revenir dans la course, après le pontificat d’un Polonais et celui d’un Allemand.

Parmi les cardinaux italiens, Scola, 71 ans, paraît être celui qui a le plus de chances. Il a reçu une formation en théologie dans le cénacle de "Communio", la revue internationale dont Ratzinger fut l’un des fondateurs. Il a été le disciple de Mgr Luigi Giussani, fondateur de Communion et Libération. Il a été recteur de l’université du Latran, qui est celle de l’Église de Rome. Il a été patriarche de Venise, où il a montré des capacités réelles de gouvernement et où il a créé le Marcianum, un centre théologique et culturel conçu, ainsi que sa revue "Oasis", pour la rencontre entre l'Occident et l'Orient chrétien et musulman. Depuis près de deux ans, il est archevêque de Milan. Et il a introduit dans cette ville un style pastoral très attentif aux "éloignés", faisant distribuer, aux carrefours et aux stations de métro, des invitations aux messes célébrées à la cathédrale et portant une attention particulière aux divorcés remariés, qui sont encouragés à s’approcher de l’autel pour recevoir non pas la communion mais une bénédiction spéciale.

En dehors de Scola, le cardinal Bagnasco, 70 ans, archevêque de Gênes et président de la conférence des évêques d’Italie, pourrait aussi figurer parmi les choix possibles.

On peut mentionner l'actuel patriarche de Venise, Francesco Moraglia, 60 ans, étoile montante de l'épiscopat italien, pasteur à la forte vie spirituelle, très aimé par les fidèles. Son point faible est qu’il n’est pas cardinal. Rien n’interdit d’élire quelqu’un qui ne fait pas partie du sacré collège, mais même Giovanni Battista Montini, qui avait beaucoup d’atouts et dont l’élection comme pape avait déjà été envisagée en 1958 après la mort de Pie XII, dut attendre d’avoir reçu la pourpre avant d’être élu en 1963 et de prendre le nom de Paul VI.

En dehors de l'Italie, le collège cardinalice semble avoir tendance à porter ses regards vers l’Amérique du Nord.

Dans cette partie du monde, un profil qui peut correspondre aux attentes est celui du Canadien Marc Ouellet, 69 ans, multilingue. Il a lui aussi reçu sa formation théologique dans le cénacle de "Communio" et il a été pendant de nombreuses années missionnaire en Amérique latine, avant de devenir archevêque du Québec, c’est-à-dire de l’une des régions les plus sécularisées de la planète. Il est aujourd’hui préfet de la congrégation vaticane qui sélectionne les nouveaux évêques dans le monde entier.

En plus d’Ouellet, deux Américains du Nord recueillent des opinions favorables au sein du collège cardinalice. Ce sont Timothy Dolan, 63 ans, le dynamique archevêque de New-York et président de la conférence des évêques des États-Unis, et Sean O'Malley, 69 ans, l’archevêque de Boston.

Toutefois il n’est pas du tout exclu que le prochain conclave décide d’abandonner l’Ancien Monde et de s’intéresser aux autres continents.

Si l'Amérique latine et l'Afrique, où réside pourtant la plus grande partie des catholiques, ne semblent pas offrir de personnalités de grande envergure capables d’attirer des votes, il n’en est pas de même pour l'Asie.

Sur ce continent, qui s’apprête à devenir le nouvel axe du monde, l’Église catholique joue elle aussi son avenir. Aux Philippines, seul pays d’Asie où les catholiques soient majoritaires, brille un cardinal jeune et cultivé, l'archevêque de Manille Luis Antonio Tagle, sur lequel se porte de plus en plus l’attention.

En tant que théologien et historien de l’Église, Tagle a été l’un des auteurs de la monumentale histoire du concile Vatican II publiée par la progressiste "école de Bologne". Mais, en tant que pasteur, il a montré un équilibre de vision et une rectitude doctrinale que Benoît XVI lui-même a beaucoup appréciés. Mais ce qui frappe surtout, c’est sa manière d’exercer son ministère épiscopal, en vivant de manière sobre et en se mêlant aux humbles, avec beaucoup de passion missionnaire et de charité.

Son point faible pourrait être son âge, 56 ans, c’est-à-dire un an de moins que Wojtyla lorsque celui-ci fut élu pape. Mais ici entre en ligne de compte la nouveauté que constitue la démission de Benoît XVI. Après le geste que celui-ci vient d’accomplir, la jeunesse ne sera plus un obstacle empêchant d’être élu pape.

UN PARI SURNATUREL

La renonciation de Benoît XVI au pontificat n’est pour lui ni une défaite ni une capitulation. "L’avenir est à nous, l’avenir est à Dieu", a-t-il déclaré contre les prophètes de malheur lors de sa dernière sortie publique avant l'annonce de sa démission, le soir du vendredi 8 février, au séminaire de Rome.

Et, il y a de cela deux hivers, parlant justement de l’éventualité de sa démission dans l’avenir, il avait lancé cet avertissement: "On ne peut pas s’échapper au moment du danger et dire : que quelqu’un d’autre s’en occupe. On peut démissionner à un moment où la situation est calme, ou bien lorsque, tout simplement, on n’a plus la force d’agir".

Par conséquent si maintenant le pape Joseph Ratzinger a décidé en conscience que sa journée d’"humble ouvrier dans la vigne du Seigneur" était arrivée à son terme, c’est tout simplement parce qu’il a constaté que les deux conditions étaient réalisées : il y a un moment de calme et la vigueur nécessaire pour "bien administrer" lui fait défaut, en raison du poids des ans.

En effet, une trêve semble être intervenue après les nombreuses tempêtes qui se sont succédé au cours des huit ans ou presque de son pontificat. Une trêve qui a cependant laissé intactes les positions de pouvoir qui, à la curie, alimentent les difficultés depuis de nombreuses années.

Ce sont les deux derniers secrétaires d’état, les cardinaux Angelo Sodano et Tarcisio Bertone, dont aucun n’est innocent, qui vont gouverner pendant l'interrègne entre un pape et l’autre, le premier en tant que doyen du collège cardinalice, le second en tant que camerlingue. Mais ensuite l’un et l’autre quitteront définitivement la scène. En ce qui concerne les autres dirigeants de la curie, le "spoils system" qui entre en vigueur, conformément au droit canonique, à chaque changement de pontificat, débarrassera le nouveau pape, s’il le souhaite, des mauvais administrateurs de la précédente équipe.

En presque huit ans de pontificat, Benoît XVI a fait preuve de résolution et de clairvoyance dans sa manière d’indiquer les objectifs et de tenir fermement le gouvernail. Mais, sur la barque de Pierre, l'équipage ne lui a pas toujours été fidèle.

Il en a été ainsi quand il a dicté une ligne de conduite rigoureuse pour combattre le scandale de la pédophilie au sein du clergé, ayant à faire face à des applications hypocrites et tardives.

Il en a été de même quand il a exigé un nettoyage et de la transparence dans les bureaux financiers de l’Église, qui n’en ont pas tenu compte.

Il en a été ainsi lorsqu’il a découvert qu’il était trahi par son majordome de confiance, qui a révélé ses secrets et dérobé ses papiers les plus personnels.

Mais il y a plus. Le pape Ratzinger s’est battu avant tout et surtout pour raviver la foi de l’Église, pour corriger les dérives en matière de doctrine, de morale, de sacrements et de commandements. Et là encore il s’est souvent trouvé seul, combattu, incompris.

En somme la réforme entreprise par Benoît XVI est une réforme inachevée. En donnant sa démission, il a reconnu qu’il n’était pas en mesure de la conduire plus loin avec ses faibles forces. Et il s’en est remis au conclave pour que celui-ci élise un nouveau pape qui ait l'énergie nécessaire pour mener à bien cette entreprise.

Il fait là un pari surnaturel qui rappelle celui de son prédécesseur Jean-Paul II au cours des dernières et douloureuses années de sa vie.

*

Parmi les analystes de l’Église, c’est le professeur Pietro De Marco, de l'université de Florence, qui a saisi avec le plus de finesse la signification de l'audacieuse renonciation de Benoît XVI.

Il semble qu’il y ait une différence abyssale entre le pape actuel et son prédécesseur Jean-Paul II qui, au lieu de donner sa démission, a voulu jusqu’au bout "rester sur la croix". Mais ce n’est pas le cas.

Le pape Karol Wojtyla a voulu tirer du charisme de son corps malade un profit spirituel pour l’Église qui compense et au-delà l’inefficacité croissante de son gouvernement.

Tandis que Benoît XVI affronte un risque symétrique : il confie le gouvernement de l’Église, c’est-à-dire son "bien", aux forces entières de celui qui lui succèdera, plutôt qu’aux bienfaits spirituels qu’il aurait obtenus s’il avait continué à s’en remettre à sa faiblesse, en restant à son poste.

Le charisme de Jean-Paul II et la rationalité de Benoît XVI sont les deux faces inséparables des deux derniers pontificats, la clé de chacun d’eux étant le geste qui l’a conclu.

Il est donc insensé de voir dans la démission du pape actuel l'aube d’une nouvelle façon d’agir qui obligera les futurs pontifes à démissionner en raison de leurs infirmités ou du poids des ans, éventuellement sous l'arbitrage d’un jury visible ou invisible composé de médecins, d’évêques, de canonistes et de psychologues.

La décision d’un pape de donner sa démission ou de rester à son poste jusqu’au bout est toujours et uniquement prise par lui, selon l’organisation de l’Église. Sa renonciation, Benoît XVI l'a décidée "en conscience devant Dieu" et il ne l’a soumise à personne. Il l’a simplement annoncée.

Et maintenant il a tout remis entre les mains impondérables du prochain conclave et du futur pontife. Commentaire de De Marco :

"L’enjeu, pour ce qui tient au jugement humain, est énorme. Mais j’ai confiance en ceci : de même que le risque pris souverainement par Jean-Paul II de gouverner l’Église avec son être souffrant a obtenu le miracle de l’élection du pape Benoît XVI, de même le risque, tout aussi radical, que prend Benoît XVI en remettant la conduite de l’Église au Christ pour que celui-ci en confie le poids à un nouveau pape plein de force permettra d’avoir un autre pontife qui sera à la hauteur de l’Histoire".

Le pape Benoît XVI renonce à poursuivre son Pontificat - 11.02.2013

 Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


 

Source: Sandro Magister
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 14.02.2013- T/International

 

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