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19 Avril 2005
 

Motu Proprio de Benoît XVI, lettre de trois évêques de France

 

Le 12 juillet 2007 - (E.S.M.) - Nous publions ci-dessous trois lettres d'évêques français. Mgr Centène du Diocèse de Vannes,  Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes et  Mgr Roland Minnerath, archevêque du Diocèse de Dijon. Ces trois lettres commentent le Motu Proprio "Summorum pontificum"  du Saint-Père Benoît XVI

Le Saint-Père Benoît XVI  -  Pour agrandir l'image: Cliquer

Motu Proprio de Benoît XVI, lettre de trois évêques de France

1) Lettre de Mgr Centène aux prêtres et aux fidèles du Diocèse de Vannes
à propos du Motu Proprio «  Summorum pontificum  »

Chers amis,

Depuis près d'un an la presse annonce la publication d'un «  Motu Proprio » visant à libéraliser la célébration de la messe selon le rite en vigueur avant le Concile Vatican II.

«  Des nouvelles et des jugements formulés sans informations suffisantes ont suscité beaucoup de confusion.  » [1]

Personnellement, lors de la session du Conseil presbytéral, je me suis refusé à prendre parti sur un document que je n'avais pas encore lu puisqu'il n'était pas encore publié.

Depuis le 7 juillet, nous sommes en possession du texte définitif accompagné d'une lettre de Benoît XVI aux évêques. Vous trouverez ces deux textes ci-joints.

Ce «  Motu Proprio  » «  Summorum pontificum  » entrera en vigueur le 14 septembre, en la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix.

D'ici là je voudrais vous donner quelques clés de lecture pour accueillir dans un esprit filial la volonté que le Pape exprime dans ces deux documents.

Essayons d'analyser les motifs de l'intervention du Saint Père (I) les règles qu'il édicte (II) et les moyens concrets de les mettre en œuvre sans bouleversement pour la vie diocésaine (III).

I) Les motifs de l'intervention de Benoît XVI

Dans la lettre aux évêques, le Pape exprime la raison profonde qui l'a conduit à publier ce « Motu Proprio ».
Il est entièrement dicté par le double souci de retrouver l'unité de l'Église et de signifier que son histoire n'est pas faite de ruptures mais de croissances et de progrès dans un développement organique. «  Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous et ne peut à l'improviste se trouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste.  » [2]

L'Eucharistie est le lien de l'unité et le bien de la charité. Comment pourrait-elle devenir source de divisions et motif de discordes ?

Le Concile Vatican II nous invite à promouvoir l'unité avec les Églises sœurs par le dialogue œcuménique. Paul VI et Jean-Paul II ont manifesté par des gestes concrets et des attitudes de repentance leur désir de réconciliation.
Benoît XVI constate que «  aux moments critiques où les divisions commençaient à naître les responsables de l'Église n'ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l'unité ; on a l'impression que les omissions dans l'Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider.  » [3]

C'est ce processus qu'il veut éviter à l'égard de tous ceux que leur attachement aux anciennes formes liturgiques a pu pousser vers des attitudes de scission depuis la fin du dernier Concile, et plus encore, depuis les consécrations épiscopales illicites de Mgr Lefebvre, en 1988.

Ce serait donc aller à l'encontre de cette intention du Pape Benoît XVI que d'utiliser le « Motu Proprio » pour rallumer une sorte de guerre liturgique qui ferait de l'Eucharistie un moyen d'opposition et de division.

Par ailleurs, le Pape veut reconnaître qu'en beaucoup d'endroits, la manière dont la réforme liturgique de Vatican II a été appliquée, n'est pas exempte de critiques : «  on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau missel, au contraire, celui-ci finissait même par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable.  » [4]


La foi de l'Église n'a pas changé. Les divers rites qui expriment cette foi ne peuvent pas s'exclure ni être mis en concurrence.

C'est pourquoi Benoît XVI souligne qu'il n'y a aucune contradiction entre l'une et l'autre forme du rite romain. «  Il est bon pour nous tous de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l'Eglise et de leur donner leur juste place. » [5] Loin de s'opposer, «  les deux formes d'usage du rite romain peuvent s'enrichir réciproquement » [6] dans le processus de réforme et de croissance qui marque la vie de l'Église.

II) Les règles édictées par le «  Motu Proprio  »

a) Notons tout d'abord qu'il n'y a pas de retour en arrière. Il ne s'agit ni de généraliser ni de promouvoir des pratiques liturgiques préconciliaires.
Le missel de Paul VI reste donc la forme ordinaire, c'est-à-dire habituelle du rite romain.
Les textes du Concile Vatican II et la liturgie qui en est issue continueront à inspirer l'action et la prière des prêtres et des chrétiens qui sont invités à en approfondir toujours mieux l'enseignement authentique.

Personnellement, je veux redire ma gratitude et ma reconnaissance à tous les acteurs qui chaque dimanche préparent et animent des célébrations de qualité.
Qu'elles continuent à être belles, priantes, qu'elles favorisent l'intériorité et puissent donner le goût de Dieu.

b) Le missel publié en 1962 par Jean XXIII (dernière édition du missel de Saint Pie V) est désigné comme la forme extraordinaire du même rite romain.
Il peut être utilisé sans autorisation préalable par tout prêtre, tant séculier que régulier, pour des célébrations «  sine populo » toutefois, les fidèles qui en manifesteront le désir spontané pourront assister à ces célébrations.

c) Jusqu'à présent, on considérait que les célébrations publiques selon le missel de 1962, parfois demandées pour des mariages, des sépultures ou des pèlerinages, devaient être autorisées par l'évêque du Diocèse. Désormais, cette autorisation relèvera du curé de chaque paroisse.
Il se déterminera dans le souci du bien des âmes et la volonté de les maintenir dans l'unité de l'Église.

d) Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la Tradition liturgique antérieure au Concile Vatican II le curé accueillera volontiers leur demande de célébration selon le missel de 1962.

e) La même attitude peut prévaloir pour la célébration de tous les autres sacrements.

III) Moyens de mise en œuvre

Le Pape est conscient des difficultés pratiques que la mise en application de ces dispositions peut faire naître.

«  L'usage de l'ancien missel présuppose un minimum de formation liturgique et un accès à la langue latine ; ni l'un ni l'autre ne sont tellement fréquents.  » [7]

Comme le soulignait récemment le Cardinal Ricard dans une interview «  les jeunes prêtres n'ont pas été formés à cet exercice et les plus anciens l'ont souvent oublié.  » [8] C'est pourquoi, la Commission pontificale Ecclesia Dei pourra fournir aide et conseils aux évêques qui seraient empêchés pratiquement de satisfaire à la demande des fidèles.

Cette aide proposée entraînerait probablement l'installation dans les diocèses de communautés de prêtres pratiquant l'ancien rite et relevant de cette Commission.

Concrètement, dans notre Diocèse, la messe selon le missel de 1962 est déjà célébrée, depuis plusieurs années, à Vannes, à la paroisse Saint Patern et à Berné à la chapelle de l'Institut des Dominicaines du Saint-Esprit de Pontcallec.

Ces célébrations sont assurées par des prêtres diocésains. Si d'autres demandes devaient nous parvenir, cette solution me semblerait préférable pour que, dans la diversité des rites, l'unité du presbyterium soit mieux assurée .

Au début du mois de septembre, nous ferons le point avec le Conseil épiscopal sur les demandes qui nous auront été faites. Nous prendrons les dispositions nécessaires pour les satisfaire.

Le défi qui nous est lancé est celui de l'unité et de la communion indispensables à la fécondité de la mission.

Sachons le relever dans l'esprit qui animait Saint Vincent de Lérins : «  dans ce qui est nécessaire : l'unité ; dans ce qui est secondaire : la diversité ; en toutes choses : la charité.  »

Soyez assurés, Chers amis, de ma confiance et de mon union dans la prière au service de la mission qui nous est confiée.

Fait à Banyuls sur Mer
Le 9 juillet 2007

[1] Lettre adressée par Benoît XVI aux évêques le 7 juillet 2007
[2] idem
[3] idem
[4] idem
[5] idem
[6] idem
[7] idem
[8]
Conférence de presse du Cardinal Ricard, Archevêque de Bordeaux, Président de la Conférence des Évêques de France

Raymond CENTENE
Evêque de Vannes


2) A propos du motu proprio Diocèse d'Évry

Evry, le 06 juillet 2007

A tous les prêtres du diocèse

Le texte du « Motu proprio » sur la messe dite de St Pie V vient de paraître.
Il nous faut maintenant en assurer « la réception ».
Nous y travaillerons au Conseil Presbytéral de la rentrée.
En attendant il me semble important de situer ce texte pour notre diocèse.

* Le Pape explique que ce texte a pour but de construire la paix entre chrétiens. Il convient de garder cet objectif.
* Il n’y a qu’une forme « ordinaire » et « normale » de célébrer la messe, celle du missel de Paul VI. La forme prescrite par le missel de 1962 demeure une forme « extraordinaire ». Cela dit, tous les prêtres, peuvent s’ils le désirent, lorsqu’il n’y a pas de participation de fidèles, célébrer avec le rituel « tridentin » et ils peuvent aussi célébrer ainsi s’il existe une demande stable de paroissiens suffisamment nombreux. Il en va de même pour la célébration des sacrements. Les mesures prendront effet le 14 septembre 2007.
* Seuls les prêtres et les fidèles qui reconnaissent la légitimité et la valeur de la messe de Paul VI peuvent être autorisés à utiliser le missel de 1962. A fortiori, ils doivent accepter le Concile Vatican II.
* Dans notre diocèse, une messe est célébrée chaque dimanche à Athis Mons avec le missel de 1962.

Il est évident que la demande du Pape nous invite à continuer les efforts déployés dans le diocèse pour améliorer la qualité de nos célébrations. Les équipes liturgiques doivent être soutenues et invitées à respecter les demandes de la présentation générale du missel de Paul VI.

Je sais que vous ferez pour le mieux… et je vous souhaite de bonnes vacances.

+ Michel Dubost
Évêque d’Evry-Corbeil-Essonnes


3) Dijon, le 7 juillet 2007

Chers frères prêtres, Chers fidèles du Diocèse de Dijon,

Par décision du pape Benoît XVI, à partir du 14 septembre 2007, sera autorisé, tant pour les prêtres, que pour les communautés religieuses et les fidèles, le libre usage du Missel antérieur au Concile Vatican II, selon l’édition typique de 1962, pour la célébration de la messe et d’autres sacrements.

Cette initiative, motivée par le désir de favoriser la réconciliation avec les fidèles de la mouvance de Mgr Lefebvre, a été présentée par les médias comme une libéralisation de la messe en latin. En fait, il ne s’agit pas de la langue latine, qui n’a jamais été interdite, mais de la possibilité élargie de revenir à la liturgie antérieure, désormais appelée « forme extraordinaire de l’unique rite romain ».

Dans notre diocèse, la lettre papale ne devrait pas entraîner de bouleversement. Les fidèles qui sont attachés à la liturgie d’avant Vatican II bénéficient déjà des services d’un prêtre qui célèbre selon l’ancien rituel à la Maison natale de S. Bernard à Fontaine-lès-Dijon.

Je souhaite de tout coeur que les frères prêtres, qui se dépensent généreusement pour mettre en oeuvre la réforme liturgique et les enseignements du Concile, n’aient pas le sentiment d’être désavoués et ne se découragent pas. Ensemble, nous ferons tout pour que les nouvelles mesures soient accueillies avec sérénité et ne conduisent pas à de nouvelles incompréhensions ou divisions.

J’ai pu constater la qualité de notre Pastorale Liturgique et Sacramentelle, la motivation et la compétence des équipes liturgiques qui se dévouent pour que nos célébrations expriment pleinement la foi catholique et la communion ecclésiale. Que tous soient remerciés de leur engagement, dont nous avons besoin plus que jamais. L’immense majorité des fidèles restera attachée à la liturgie que nous pratiquons depuis le concile.

Nous avons appris à respecter les sensibilités de chacun. Qu’entre le plus grand nombre qui continuera à célébrer selon la liturgie rénovée d’après le Concile et ceux qui célèbreront d’après la forme antérieure, règnent l’acceptation mutuelle, l’unité et « par-dessus tout la charité » (cf. 1 Co 13,13).

Votre archevêque
† Roland Minnerath

Table : Motu Proprio

Texte intégral du Motu Proprio: Publication du "Motu Proprio Summorum Pontificum"
Motu Proprio Summorum Pontificum (doc. word)

Lettre explicative:
Lettre du pape Benoît XVI aux évêques
Lettre du pape Benoît XVI accompagnant le motu proprio (doc. word)

 

Sources:  E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 12.07.2007 - BENOÎT XVI -  Table Motu Proprio

 

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