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19 Avril 2005
 

L’honneur de l’Église est sauf

 

Rome, le 10 juillet 2007 - (E.S.M.) - Commentaire de l'Abbé Philippe Laguérie. C'est un grand cri de reconnaissance et d'affection filiale pour le Pape Benoît XVI. Il ne fait que tenir ici les propos de la raison et du coeur, puisse t'il être entendu par les irréductibles des deux bords.

L'Abbé Philippe Laguérie

Motu Proprio "Summorum pontificum cura"
mardi 10 juillet 2007, par l'Abbé Philippe Laguérie

Ma première réaction au document historique du Pape Benoît XVI sera cette citation du prophète Isaïe où Jérusalem est évidemment notre Eglise catholique et romaine : "Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle soyez dans l’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés du lait de ses consolations, et vous puiserez avec délices à l’abondance de sa gloire. Voici ce que dit le Seigneur : Je dirigerai vers elle la paix comme un fleuve, et la gloire des nations comme un torrent qui déborde. Vous serez comme des nourrissons que l’on porte sur son bras, que l’on caresse sur ses genoux. De même qu’une mère console son enfant, moi-même je vous consolerai, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous le verrez, et votre cœur se réjouira ; vos membres, comme l’herbe nouvelle, seront rajeunis. Et le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs." (Isaïe 66, 10-14c).

L’Eglise Catholique vient de retrouver sa fierté et chacun de ses fils peut se réjouir avec Elle ! J’éprouve un sentiment de joie profonde, mêlé de reconnaissance et d’émotion, devant ce spectacle aussi inattendu qu’inespéré d’un pape, que certains disaient lent à l’ouvrage, et qui, après deux ans de pontificat seulement, ramène au grand jour la Tradition la plus vénérable de l’Église, avec fierté et hardiesse, le trésor de la messe de Saint Grégoire le Grand (avec lui des Apôtres), de Saint Pie V, du Bienheureux Jean XXIII (quel conciliaire irréductible pourra bien le contester ) !

Je suis obligé de procéder par points successifs pour ne rien omettre de ce texte aussi dense que précis, au risque d’en altérer l’unité profonde et le jet direct d’une écriture passionnée et longuement réfléchie.

Disons simplement qu’il n’y a là aucun triomphalisme primaire et de mauvais aloi : ce n’est aujourd’hui la victoire de personne, encore moins d’un camp contre un autre. C’est la victoire de tous. C’est la victoire de l’Église Catholique, de son Pape, de ses évêques, de ses prêtres et de ses fidèles tous humiliés longtemps sous un joug étranger : l’autodestruction de l’Église s’arrête, les fumées de Satan se dissipent, la barque de saint Pierre, qui « prenait l’eau de toute part » reprend la mer avec audace et déverse sa fierté éternelle d’épouse de Jésus-Christ sur chacun de ses fils.

1/ Un document très bref.

Trois petites pages qui disent tout, sans omission ni laïus : il y a longtemps qu’on ne nous avait pas parlé sur ce ton ! Nous voilà retournés au temps des vieux papes qui dictaient, avec force et simplicité, leur volonté claire et immédiate (« Motu Proprio ») du bien de l’Eglise. C’est la bonne vieille méthode de l’Évangile, tout simplement : « que votre oui soit oui, que votre non soit non : le reste vient du Malin ». On notera également la puissante volonté de ne pas seulement dire ce qu’il faut faire mais aussi celle de parvenir à ses fins : le curé qui ne veut rien entendre sera déférer à l’évêque et l’évêque à la commission. Le pape Benoît XVI note très justement que le Motu proprio de 1988 est resté lettre morte et Il prend les moyens que le sien soit vraiment une actualisation au sens concret du passage à l’acte. Le Saint-Siège y veillera et on fera le bilan dans trois ans. C’est du grand saint Pie X.

2/ Des attendus précis.

Deux objections sont d’abord pulvérisées par le Pape : le pouvoir des évêques n’est pas contourné mais vraiment renforcé et la question doctrinale sous-jacente en rien tranchée. C’est une double évidence dont il faut prendre la mesure et l’urgence. Quand les évêques auront donné de vraies paroisses personnelles aux fidèles et aux prêtres, leur autorité en sera évidemment renforcée ; tandis qu’à continuer une guerre fratricide, le catholicisme tout entier fait naufrage et avec lui ses chefs. D’autre part le principe célèbre « lex orandi, lex credendi » du Pape Zéphirin, si justement rappelé par son successeur nous indique qu’à force de prier « pareil » nous penserons semblablement. J’ai déjà exprimé souvent sur ce blog ce que je pense des discussions doctrinales préalables : un alibi de pacotille qui déguise bien mal une obstination non avouable. Mgr Lefebvre voulait qu’on nous laissât faire l’expérience de la Tradition : vous en avez l’occasion rêvée, sanctionnée et garantie par le Pape.

D’autant qu’après réfutation de ces deux fausses objections, le Pape Benoît XVI dit simplement la raison pratique de sa décision : l’unité de l’Église. Et en particulier le retour de la FSSPX. Avec les mots les plus touchants, le Pape citant saint Paul aux Corinthiens, invite Mgr Fellay à élargir son cœur (…) et à considérer le geste magnanime et l’offre somptueuse qui lui est faite. J’avoue qu’à sa place je sauterais dans l’avion pour Castel Gandolfo. Parce que le pape reconnaît les erreurs de la hiérarchie d’alors et ne fait aucun reproche à Mgr Lefebvre ni à son successeur d’aujourd’hui. La levée de l’excommunication serait très rapide, sans nul doute, et la part belle faite à l’œuvre de Mgr Lefebvre. Dans la lettre aux quatre évêques que Mgr Lefebvre leurs adressait, juste avant de les élever à l’épiscopat, il leurs donnait cet ordre d’avoir à remettre un jour leur épiscopat entre les mains du successeur de Pierre. Ce jour est-il venu ? Se représentera-t-il une occasion aussi providentielle ? Question de cœur, tout simplement. Jamais Pape n’aura fait une telle avance et dans des termes aussi pathétiques. Parce qu’au niveau doctrinal, celui qui avance le plus vite est évidemment le Pape.

3/ Des remarques plus que judicieuses.

On apprend, au cours de ces deux documents, mille et une choses des plus frappantes. La messe traditionnelle n’a jamais été abrogée, jamais. Le flou qui a pu prévaloir sous le règne de Paul VI est terminé (Consistoire du 24 mai 1976). La commission théologique réunie par le Pape Jean-Paul II en 1986 et révélée par le Cardinal Castrillon-Hoyos ce printemps dernier avait bien raison : la messe traditionnelle n’a jamais été abrogée et il est nécessaire de la rendre à l’Église. Tel, du moins, était l’avis de huit cardinaux sur neuf. On sait maintenant que le pape Jean-Paul II n’a pas mis à exécution cette recommandation sur la pression avouée de quelques évêques ; peu importe à présent : les choses sont claires définitivement. Rome a parlé, l’affaire est entendue. Oublions, je vous prie, les injustices et les censures.

On apprend également que la messe traditionnelle n’est pas une question de nostalgiques et de vieux : la plupart de ceux qui la réclament sont jeunes et n’ont pu la connaître dans sa célébration ante-conciliaire. C’est le sacré qu’elle véhicule qui attire et fascine. Depuis 30 ans qu’on nous dit le contraire (question de sensibilité pour rétrogrades inadaptés et obsolètes…) cette simple justice fait chaud au cœur. Et d’où viendraient, d’ailleurs, ces très nombreuses vocations pour la Tradition de la part de gens qui ne l’ont pas connue ?

La continuité de la Tradition liturgique est le principe directeur du Pape actuel comme il l’était du cardinal Ratzinger. La liturgie étant le lieu privilégié de la Tradition, toute rupture est létale. Comme en une chaîne, le maillon manquant ou brisé détruit l’ensemble ; seuls les évolutionnistes en disconviennent. Comment l’Église serait-Elle crédible en condamnant aujourd’hui ce qu’Elle prônait hier ? Ne va-t-Elle pas interdire demain ce qu’Elle recommande aujourd’hui ? Franchement, nombre d’apprentis-sorciers dans ce domaine, auraient bien mérité que leur production d’un jour fût proscrite aujourd’hui.

Car le Pape n’y va pas de mainmorte avec les abus que nous avons connus : cette improvisation essentielle qui était à la nouvelle liturgie ce que l’esprit du concile était à sa lettre est par lui qualifiée comme étant « à la limite du supportable » (sic). Il fallait que ces choses-là fussent dites et qu’elles le fussent par un pape de l’Église catholique ! Ces choses étant dites n’engagent plus la responsabilité de l’Église mais uniquement leurs misérables auteurs : l’honneur de l’Église est sauf. Ces hosties qu’on a si longtemps remises après la messe dans le magasin parce que la présence de Jésus-Christ n’était, lors, que spirituelle (si deux ou trois sont réunis en mon nom (article 7 de l’Institutio generalis), cet évêque sud-américain qui allumait sa cigarette, crosse à la main et mitre en tête, au cours de sa « synaxe » en expliquant que la messe n’étant qu’un repas il avait l’habitude de fumer cependant Il ne fallait qu’un seul mot d’un seul pape pour déconnecter l’Église de ces abominations : c’est chose faite.

4/ Les décisions qui s’imposent.

Tout prêtre catholique peut désormais célébrer, sans quelque autorisation que ce soit que celle présente du Pape, sa messe basse selon le rite de Grégoire le Grand- Pie V- Jean XXIII, qui est le même. Si quelque journaliste s’étrangle à l’idée que c’est celle de Grégoire ou de Pie, qu’il se console, ou finisse de s’enrager, en pensant que c’est celle du « Bon Pape Jean » qui n’en a jamais célébré d’autre ! C’est ça aussi la Tradition. Que si vous voulez la liste des papes l’ayant ainsi célébrée, elle est d’au moins deux cents, et encore.

Ce prêtre peut s’adjoindre les fidèles qui le désirent sans autre formalité, tant que ce n’est pas une messe statutaire (paroissiale, conventuelle…)

Les communautés tant séculières que régulières peuvent revenir à la messe traditionnelle sur simple décision de leurs supérieurs majeurs. Toutes les communautés de moines, de religieux, de religieuses, de vie apostolique le peuvent donc.

Les simples curés peuvent accéder aux demandes des fidèles pour toute messe traditionnelle, sans besoin de recourir à l’ordinaire (ou se retrancher derrière lui). Les groupes stables de fidèles pourront obtenir la messe du Bienheureux Jean XXIII de leur curés, lesquels, s’ils refusent seront déférés à l’ordinaire qui devra tout faire pour les satisfaire. Si l’ordinaire était dans l’incapacité, c’est la commission romaine qui trancherait.

Tout prêtre peut reprendre le bréviaire du pape Jean XXIII pour sa récitation personnelle.

Tous les autres sacrements devront être donnés dans les rubriques de 1962 sur demande des fidèles. Ainsi du baptême, du mariage, du sacrement des malades (extrême-onction). Ainsi des mariages et des pèlerinages. Il n’est pas jusqu’aux évêques qui ne puissent utiliser l’ancien pontifical pour donner ainsi le sacrement de Confirmation.

Enfin les évêques peuvent ériger des paroisses personnelles de rite propre (prototype unique bien connu !) selon le canon 518, pour satisfaire la juste demande des fidèles. C’est évidemment la solution de l’avenir et celle qui rendra définitivement la paix à tous. Une paroisse comme celle-là dans chaque ville de France et on n’entendrait plus parler de division et de querelles. L’unité et le respect rétablis, l’ordre serait revenu et avec lui la paix et la prospérité. L’Évangélisation repartirait, les conversions, les baptêmes, la fierté chrétienne et la prospérité. Le Pape le veut… et vous ?

Oui, je vous dis que depuis Vatican II, il n’y a pas eu de document pontifical plus déterminant pour le bien commun de l’Église. Merci Très Saint-Père .

Abbé Philippe Laguérie

Table : Motu Proprio

Texte intégral du Motu Proprio: Publication du "Motu Proprio Summorum Pontificum"
Motu Proprio Summorum Pontificum (doc. word)

Lettre explicative:
Lettre du pape Benoît XVI aux évêques
Lettre du pape Benoît XVI accompagnant le motu proprio (doc. word)

 

Sources:  www.vatican.va - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 10.07.2007 - BENOÎT XVI - Table Motu Proprio

 

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