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19 Avril 2005
 

Benoît XVI propose une réflexion sur les conseils évangéliques

 

Le 09 septembre 2007 - (E.S.M.) - Cet après-midi, le Saint-Père s'est rendu dans la basilique de Vienne où il a chanté les Vêpres intégralement en latin et en grégorien. Lors de l'Homélie le pape Benoît XVI a tracé le décalogue du bon catholique : suivre Jésus dans la pauvreté, la chasteté et l'obéissance malgré la souffrance et la persécution.

Le pape Benoît XVI lors des Vêpres cet après-midi -  Pour agrandir l'image ► Cliquer

Benoît XVI propose une réflexion sur les conseils évangéliques

VÊPRES MARIALES AVEC LES PRÊTRES, LES RELIGIEUX,
LES RELIGIEUSES, LES DIACRES ET LES SÉMINARISTES


PAROLES DU PAPE BENOÎT XVI

Vénérés et chers confrères dans le ministère sacerdotal,
chers hommes et femmes de vie consacrée,
chers amis!

Nous sommes réunis dans la vénérable Basilique de notre "Magna Mater Austriae", à Mariazell. Depuis de nombreuses générations, les gens prient ici pour obtenir l'aide de la Mère de Dieu. Nous le faisons aujourd'hui nous aussi. Nous voulons avec Elle magnifier la bonté immense de Dieu et exprimer au Seigneur notre gratitude pour tous les bienfaits reçus, en particulier pour le grand don de la foi. Nous voulons également Lui confier les questions qui nous tiennent à cœur: demander sa protection pour l'Eglise, invoquer son intercession pour le don de bonnes vocations pour nos diocèses et communautés religieuses, solliciter son aide pour les familles et sa prière miséricordieuse pour toutes les personnes qui cherchent à se libérer des péchés et à se convertir et, enfin, confier à ses soins maternels tous les malades et les personnes âgées. Que la grande Mère de l'Autriche et de l'Europe nous aide tous à réaliser un profond renouveau de la foi et de la vie!

Chers amis, en tant que prêtres, religieux et religieuses, vous êtes les serviteurs et les servantes de la mission de Jésus Christ. De même qu'il y a deux mille ans, Jésus a appelé des personnes à sa suite, aujourd'hui aussi de jeunes hommes et femmes se mettent en marche à son appel, fascinés par Lui et animés par le désir de placer leur vie au service de l'Eglise, en la donnant pour aider les hommes. Ils ont le courage de suivre le Christ et ils veulent être ses témoins. De fait, la vie à la suite du Christ est une entreprise risquée, car nous sommes toujours menacés par le péché, par le manque de liberté et par la défection. C'est pourquoi nous avons tous besoin de sa grâce, de même que Marie la reçut en plénitude. Comme Marie, nous apprenons à regarder toujours vers le Christ, en le prenant comme critère de mesure. Nous pouvons participer à la mission universelle de salut de l'Eglise, dont il est le Chef. Le Seigneur appelle les prêtres, les religieux, les religieuses et les laïcs à entrer dans le monde, dans sa réalité complexe, pour coopérer en ce lieu à l'édification du Royaume de Dieu. Ils le font de manières multiples et variées: dans l'annonce, dans l'édification de communautés, dans les différents ministères pastoraux, dans l'amour effectif et dans la charité vécue, dans la recherche et dans la science exercées avec un esprit apostolique, dans le dialogue avec la culture dans le milieu environnant, dans la promotion de la justice voulue par Dieu et, dans une mesure tout aussi importante, dans la contemplation recueillie du Dieu trinitaire et de sa louange communautaire.

Le Seigneur vous invite au pèlerinage de l'Eglise "dans sa marche à travers les temps". Il vous invite à devenir pèlerins avec Lui et à participer à sa vie qui, aujourd'hui encore, est Via Crucis et chemin du Ressuscité à travers la Galilée de notre existence. C'est cependant toujours le même et identique Seigneur qui, à travers le même et unique baptême, nous appelle à l'unique foi. La participation à son chemin signifie donc ces deux choses: la dimension de la Croix - avec les échecs, les souffrances, les incompréhensions, et même le mépris et la persécution -, mais également l'expérience d'une joie profonde dans son service et l'expérience du grand réconfort dérivant de la rencontre avec Lui. Comme l'Eglise, les paroisses, les communautés et chaque chrétien baptisé tirent l'origine de leur mission de l'expérience du Christ crucifié et ressuscité.

Le centre de la mission de Jésus Christ et de tous les chrétiens est l'annonce du Royaume de Dieu. Cette annonce au nom du Christ signifie pour l'Eglise, pour les prêtres, les religieux et les religieuses, ainsi que pour tous les baptisés, l'engagement à être présents dans le monde comme ses témoins. En effet, le Royaume de Dieu est Dieu lui-même, qui se rend présent parmi nous et qui règne à travers nous. L'édification du Royaume de Dieu a donc lieu lorsque Dieu vit en nous et que nous apportons Dieu dans le monde. Vous le faites, en rendant témoignage d'un "sens" qui est enraciné dans l'amour créatif de Dieu et qui s'oppose à tout manque de bon sens et à tout désespoir. Vous êtes du côté de ceux qui cherchent avec difficulté ce sens, du côté de tous ceux qui veulent donner à la vie une forme positive. En priant et en demandant, vous êtes les avocats de ceux qui sont à la recherche de Dieu, qui sont en marche vers Dieu. Vous rendez témoignage d'une espérance qui, contre tout désespoir muet ou visible, renvoie à la fidélité et à l'attention pleine d'amour de Dieu. Avec cela, vous êtes du côté de tous ceux dont l'échine ploie sous un lourd destin et qui ne réussissent pas à se libérer de leurs fardeaux. Vous rendez témoignage de cet Amour qui se donne pour les hommes et qui, ainsi, a vaincu la mort. Vous êtes du côté de ceux qui n'ont jamais vécu l'expérience de l'amour, qui ne réussissent plus à croire dans la vie. Vous vous opposez ainsi aux multiples types d'injustice cachée ou ouverte, ainsi qu'au mépris des hommes qui s'étend. Chers frères et sœurs, en ce moment, toute votre existence doit être comme celle de Jean-Baptiste, un renvoi important et vivant à Jésus Christ, le Fils de Dieu incarné. Jésus a qualifié Jean de "lampe qui brûle et qui éclaire" (Jn 5, 35). Soyez vous aussi des lampes semblables! Faites briller votre lumière dans notre société, dans la politique, dans le monde de l'économie, dans le monde de la culture et de la recherche. Même si ce n'est qu'une petite lampe au milieu de tant de feux de paille, elle reçoit cependant sa force et sa splendeur de la grande Etoile du matin, le Christ ressuscité, dont la lumière brille - veut briller à travers nous - et ne disparaîtra jamais.

Suivre le Christ - nous voulons Le suivre - suivre le Christ signifie croître dans le partage des sentiments et dans l'assimilation du style de vie de Jésus; c'est ce que nous dit la Lettre aux Philippiens: "Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus" (cf. 2, 5). "Regarder vers le Christ" est la devise de ces journées. En se tournant vers Lui, le grand Maître de vie, l'Eglise a découvert trois caractéristiques qui ressortent dans l'attitude de fond de Jésus. Ces trois caractéristiques - nous les appelons avec la Tradition les "conseils évangéliques" - sont devenues les composantes déterminantes d'une vie engagée dans la suite radicale du Christ: pauvreté, chasteté et obéissance. Réfléchissons à présent un peu sur ces caractéristiques.

Jésus Christ, qui était riche de toute la richesse de Dieu, s'est fait pauvre pour nous, nous dit saint Paul dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 8, 9); il s'agit-là d'une parole intarissable, sur laquelle nous devrions toujours réfléchir à nouveau. Et dans la Lettre aux Philippiens on lit: Il s'est anéanti lui-même et s'est humilié en obéissant jusqu'à la mort sur une croix (cf. 2, 6sq). Lui, qui s'est fait pauvre, a appelé les pauvres "bienheureux". Saint Luc, dans sa version des Béatitudes, nous fait comprendre que cette affirmation - le fait de proclamer les pauvres bienheureux - concerne sans aucun doute les gens pauvres, vraiment pauvres, dans l'Israël de son époque, où il régnait un contraste opprimant entre les riches et les pauvres. Dans sa version des Béatitudes, saint Matthieu nous explique toutefois que la simple pauvreté matérielle ne garantit pas à elle seule la proximité de Dieu, car le cœur peut être dur et rempli du désir de richesse. Matthieu - comme toute l'Ecriture Sainte - nous laisse cependant comprendre que, quoi qu'il en soit, Dieu est proche des pauvres de manière particulière. Cela devient alors clair: le chrétien voit en eux le Christ qui l'attend, qui attend son engagement. Celui qui veut suivre le Christ de manière radicale, doit renoncer aux biens matériels. Il doit cependant vivre cette pauvreté à partir du Christ, comme une manière de devenir libre intérieurement pour son prochain. Pour tous les chrétiens, mais en particulier pour nous prêtres, pour les religieux et les religieuses, pour les individus ainsi que pour les communautés, la question de la pauvreté et des pauvres doit être toujours à nouveau l'objet d'un sévère examen de conscience. Précisément dans notre situation, dans laquelle nous ne sommes pas mal, nous ne sommes pas pauvres, je pense que nous devons réfléchir en particulier sur la façon dont nous pouvons vivre cet appel de manière sincère. Je voudrais le recommander à votre - à notre - examen de conscience.

Pour bien comprendre ce que signifie la chasteté, nous devons partir de son contenu positif. Nous le trouvons encore une fois uniquement en regardant vers Jésus Christ. Jésus a vécu selon une double orientation: vers le Père et vers les hommes. Dans l'Ecriture Sainte, nous apprenons à Le connaître comme personne qui prie, qui passe des nuits entières en dialogue avec le Père. En priant, il inscrivait son humanité et celle de chacun de nous dans la relation filiale avec le Père. Ce dialogue devenait ensuite toujours à nouveau mission envers le monde, envers nous. Sa mission le conduisait à un dévouement pur et indivis envers les hommes. Dans les témoignages des Saintes Ecritures, il n'y a aucun moment de son existence où l'on puisse apercevoir, dans son comportement envers les hommes, une trace quelconque d'intérêt personnel ou d'égoïsme. Jésus a aimé les hommes dans le Père, à partir du Père - et ainsi, il les a aimés dans leur être véritable, dans leur réalité. Pénétrer ces sentiments de Jésus - en étant totalement en communion avec le Dieu vivant et dans cette communion toute pure avec les hommes, à leur disposition sans réserves - ce fait de pénétrer les sentiments de Jésus Christ a inspiré à Paul une théologie et une pratique de vie qui répond à la parole de Jésus sur le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Mt 19, 12). Les prêtres, les religieux et les religieuses ne vivent pas sans liens interpersonnels. Au contraire, chasteté signifie - et c'est de là que je voulais partir - une relation intense; elle est positivement une relation avec le Christ vivant et, à partir de cela, avec le Père. C'est pourquoi, avec le vœu de chasteté dans le célibat, nous ne nous consacrons pas à l'individualisme ou à une vie isolée, mais nous promettons solennellement de placer totalement et sans réserve au service du Royaume de Dieu - et ainsi au service des hommes - les relations intenses dont nous sommes capables et que nous recevons comme un don. De cette manière, les prêtres, les religieux et les religieuses eux-mêmes deviennent des hommes et des femmes de l'espérance: en comptant totalement sur Dieu et en démontrant de cette manière que Dieu est pour eux une réalité, ils laissent un espace pour sa présence - pour la présence du Royaume de Dieu - dans le monde. Chers prêtres, religieux et religieuses, vous offrez une contribution importante: au milieu de toute la cupidité, de tout l'égoïsme dû au fait de ne pas savoir attendre, de la soif de consommation, au milieu du culte de l'individualisme, nous cherchons à vivre un amour désintéressé pour les hommes. Nous vivons une espérance qui laisse à Dieu la tâche de sa réalisation, car nous croyons qu'Il l'accomplira. Que serait-il arrivé si, dans l'histoire du christianisme, il n'y avait pas eu ces figures phares pour le peuple? Qu'en serait-il de notre monde, s'il n'y avait pas les prêtres, s'il n'y avait pas des femmes et des hommes dans les Ordres religieux et dans les Communautés de vie consacrée - des personnes qui, à travers leur vie, témoignent l'espérance d'une satisfaction plus grande que celle liée aux désirs humains et de l'expérience de l'amour de Dieu qui dépasse tout amour humain? Le monde a besoin de notre témoignage, précisément aujourd'hui.

Venons-en à l'obéissance. Jésus a vécu toute sa vie, depuis les années cachées à Nazareth jusqu'au moment de sa mort sur la Croix, dans l'écoute du Père, dans l'obéissance envers le Père. Voyons, par exemple, la nuit sur le Mont des Oliviers: "Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne". A travers cette prière, Jésus assume dans sa volonté de Fils la résistance persévérante de nous tous, il transforme notre rébellion en son obéissance. Jésus était un orant. Mais il était cependant également quelqu'un qui savait écouter et obéir: il s'était fait "obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix" (Ph 2, 8). Les chrétiens ont toujours fait l'expérience qu'en s'abandonnant à la volonté du Père, ils ne se perdent pas, mais ils trouvent de cette façon la voie vers une profonde identité et liberté intérieure. En Jésus, ils ont découvert que celui qui se donne se trouve lui-même, que celui qui se lie par une obéissance fondée en Dieu et animée par la recherche de Dieu, devient libre. Ecouter Dieu et lui obéir n'a rien à voir avec une obligation venant de l'extérieur et une perte de soi-même. Ce n'est qu'en entrant dans la volonté de Dieu que nous atteignons notre véritable identité. Le témoignage de cette expérience est aujourd'hui nécessaire au monde, précisément en relation avec son désir d'"autoréalisation" et d'"autodétermination".

Romano Guardini raconte dans son autobiographie que, à un moment critique de son chemin, lorsque la foi de son enfance était devenue incertaine, il prit la décision maîtresse de toute sa vie - la conversion - qui lui fut offerte dans la rencontre avec la parole de Jésus, selon laquelle seul celui qui se perd trouve sa propre personne (cf. Mc 8, 34sq; Jn 12, 25); sans s'abandonner, sans se perdre, on ne peut pas se retrouver soi-même, on ne peut pas se réaliser. Mais ensuite, se pose la question: dans quelle direction est-il licite de me perdre? A qui puis-je me donner? Il lui parut évident que nous ne pouvons nous donner complètement que si, en le faisant, nous tombons aux mains de Dieu. Ce n'est qu'en Lui, à la fin, que nous pouvons nous perdre et en Lui que nous pouvons nous trouver. Mais ensuite, se présenta cependant à lui la question suivante: Qui est Dieu? Où est Dieu? Et il comprit alors que le Dieu auquel nous pouvons nous abandonner est uniquement le Dieu qui s'est rendu concret et proche en Jésus Christ. Mais, à nouveau, se posa à lui la question suivante: Où puis-je trouver Jésus Christ? Comment puis-je vraiment me donner à Lui? La réponse trouvée par Guardini dans sa recherche difficile semble vouloir dire: Jésus n'est présent à nous de manière concrète que dans son corps, l'Eglise. C'est pourquoi l'obéissance à la volonté de Dieu, l'obéissance à Jésus Christ, doit dans la pratique être très concrètement une humble obéissance à l'Eglise. Je pense que nous devrions toujours à nouveau effectuer un profond examen de conscience sur cela également. Tout cela se trouve résumé dans la prière de saint Ignace de Loyola - une prière qui m'apparaît toujours trop grande, au point que je n'ose presque pas la prononcer, mais que, toutefois, même si c'est difficile, nous devrions toujours à nouveau nous reproposer: "Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et que je possède; tu me l'as donné, à toi, Seigneur, je le rends; tout est à toi, dispose de tout selon chacune de tes volontés; donne-moi seulement ton amour et ta grâce et je serai assez riche et ne demanderai rien d'autre" (Eb 234).

Chers frères et sœurs! Vous repartez à présent dans votre milieu de vie, dans les lieux de votre engagement ecclésial, pastoral, spirituel et humain. Que notre grande Avocate et Mère Marie étende sa main protectrice sur vous et sur votre œuvre. Qu'Elle intercède pour vous auprès de son Fils, notre Seigneur Jésus Christ. Au remerciement pour votre prière et votre travail dans la vigne du Seigneur, j'unis ma supplique à Dieu, afin qu'il donne protection et bien-être à vous tous, aux personnes, en particulier aux jeunes, ici en Autriche et dans les divers pays dont beaucoup d'entre vous proviennent. Je vous accompagne tous de tout cœur avec ma Bénédiction.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana

Les paroles du pape Benoît XVI sont très contiguës à celles de l'Évangile de ce Dimanche 9 septembre 2007

Les élus du royaume de Dieu :
ceux qui portent leur croix à la suite de Jésus,
Lc XVI, 25-35 (Cf. MT., X, 37-38 ; V, 13-16 ; MC., VIII, 34 ; IX, 50)

Commentaire de l'Évangile


Or cet amour a des exigences souveraines. « Si quelqu'un veut venir à moi et s'il ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et en plus sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Ce n'est pas qu'il faille avoir pour ses proches des sentiments de haine : Jésus, qui a enseigné l'amour même des ennemis (Mt., V, 43-48; Lc., VI, 27-28.), ne saurait ainsi se contredire. La formule parallèle de saint Matthieu marque nettement qu'ici haïr, c'est aimer moins, qu'il s'agit non de supprimer les affections de famille ou l'amour de sa propre vie, mais de tout subordonner à l'amour du Christ : « Qui aime son père et sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi; et qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas digne de moi  (Mt., X, 37). » Si cette hiérarchie est menacée, s'il y a conflit entre le service de Dieu et les affections qu'inspirent la chair et le sang, le devoir est clairement tracé : il faut mettre la cause de Dieu au-dessus de tout. « Aimons les hommes ; que notre charité s'étende à tous, proches ou étrangers ; mais au nom même de cet amour, que rien ne nous détourne de l'amour de Dieu (S. GRÉGOIRE LE GRAND, Hom. in Evang., 1. II, hom. XXXVII, n. 5) ».

Cet amour souverain que réclame le Christ, suppose de la part de son disciple l'abnégation, c'est-à-dire le renoncement à ses aises, à ses intérêts égoïstes et, s'il le faut, à sa propre vie, en vue de promouvoir le règne de Dieu. Celui-là ne peut être disciple du Christ, qui ne porte pas sa croix et ne le suit pas. Chez les auditeurs de Jésus, ce mot de croix éveillait l'image terrible du condamné à mort portant lui-même le bois sur lequel il allait être cloué. Porter sa croix à la suite de Jésus, c'était se mettre dans la disposition d'affronter tous les sacrifices et la mort même pour rester fidèle à l'Évangile. De nos jours, dans la langue de l'ascétisme chrétien, l'expression a pris un sens ordinairement figuré. Le mot de croix s'emploie moins souvent pour indiquer un instrument de supplice que pour signifier ces événements voulus ou permis par Dieu, « qui nous contraignent, nous humilient, nous causent de la douleur et de la peine et nous exercent de diverses manières (P.GROU, S. J., L'école de Jésus-Christ, t. I, 23e leçon). ». Porter sa croix, ce sera entrer dans l'intention divine qui voit dans ces événements des instruments de notre salut, ce sera accepter ou rechercher ces contrariétés comme des moyens d'avancer l'œuvre du règne de Dieu en nous et autour de nous. Ce portement de croix sera d'autant plus méritoire qu'il se modèlera davantage sur celui de Jésus-Christ, qu'on marchera de plus près à sa suite. Car ce n'est pas la souffrance physique qui fait l'élu du royaume, mais son acceptation par amour pour Dieu.

Si donc l'on veut suivre Jésus-Christ, il faut vouloir tout ce qu'exige son amour. On ne peut se donner à demi, il faut aller jusqu'au bout. Deux comparaisons illustrent cette vérité. Elles ont pour but, non de nous faire supputer nos forces avant de commencer l'œuvre de notre salut, comme si l'entreprise ne s'imposait pas à nous, mais d'exclure toute pensée de recul une fois qu'on s'est engagé à la suite de Jésus et d'inculquer la nécessité de l'abnégation persévérante (MALDONAT, in h. l.). Il faut agir comme ce prudent propriétaire qui entreprend de bâtir une tour pour orner sa demeure. Parce qu'il a calculé attentivement toute la dépense, il mènera à bien son projet et on ne pourra pas dire de lui comme du bâtisseur imprudent qui doit s'arrêter, manque de fonds : « Voilà un homme qui a commencé à bâtir et qui n'a pu achever ! » Ou bien encore il faut se conduire comme ce roi qui avant d'aller affronter l'ennemi, se rend compte des forces respectives des deux armées et prend les résolutions qu'exige la situation. S'il reconnaît l'infériorité de ses propres forces, il se garde de livrer bataille. Ce qu'il veut, c'est moins le risque que la paix. Au cas où il ne pourrait avoir celle que procure une victoire, il se contentera de celle qu'assure une transaction : tandis que l'ennemi est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander ce qu'il faut pour la paix.

Ainsi, qu'il s'agisse de propriétaire qui bâtit ou de roi qui va en guerre, tout vrai vouloir se révèle réalisateur. De même, quand il est question de devenir disciple de Jésus. Car, pour suivre le Christ, il faut l'aimer au-dessus de tout, et par conséquent vouloir tout ce que comporte cet amour souverain. « Quiconque d'entre vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. » Le discours se termine par un logion dont il est difficile de voir le lien avec ce qui précède, parce que le sens n'en apparaît pas clairement : « C'est donc une bonne chose que le sel ; mais si le sel lui-même devient fade, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur ? Il n'est utile ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. » Que faut-il entendre sous cette métaphore du sel ? Les uns y voient plus spécialement cet esprit d'abnégation dont Jésus vient de parler. Si cet esprit, qui doit être la disposition foncière du chrétien, vient à disparaître, rien ne pourra le remplacer pour parfaire l'œuvre du Christ dans le monde. Pour d'autres auteurs, qui rapprochent le présent passage d'une parabole rapportée par saint Matthieu dans le sermon sur la montagne (Mt., v, 13), les disciples sont le sel de la terre. Mais il est trop clair qu'ils ne rempliront ce rôle de conserver et d'accroître dans l'humanité le goût des choses de Dieu, qu'autant qu'ils garderont eux-mêmes la doctrine du Christ et pratiqueront ses maximes. S'ils laissent cette doctrine faiblir en eux et sa vertu s'affadir, ils deviennent comme du sel qui a perdu sa saveur. Ils sont incapables d'améliorer le prochain, d'exercer dans le monde l'influence divinisant de l'Évangile. Inutiles, ils seront rejetés. Le Christ ne les regarde plus comme ses coopérateurs. Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !

Suivre le voyage du saint Père Benoît XVI à Mariazell - du 7 au 9 septembre 2007

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Sources:  www.vatican.va - E.S.M.

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 09.09.2007 - BENOÎT XVI - vie consacrée - méditations

 

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