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19 Avril 2005
 

Lettre ouverte au pape : Comment sélectionner les évêques: cinq idées nouvelles

Le 09 février 2015 - (E.S.M.) - C’est un théologien et économiste australien qui les propose, dans une lettre ouverte au pape François. Une contribution simple et concrète à la réforme de la curie qui est en chantier.

Lettre ouverte au pape : Comment sélectionner les évêques: cinq idées nouvelles

par Sandro Magister

Le 09 février 2015 - E. S. M. - À partir d’aujourd’hui et pendant deux jours de plus, les neuf cardinaux du conseil qui assiste le pape dans le gouvernement de l’Église universelle feront le bilan du travail qui a été accompli jusqu’à présent en ce qui concerne la réforme de la curie.

Et les 12 et 13 février ils soumettront leurs propositions à l'examen de tout le collège des cardinaux, qui seront réunis en consistoire.

Ce consistoire va être secret mais, quoi qu’il en soit, il ne produira aucune conclusion. Le  pape François lui-même s’est donné du temps et il a renvoyé à 2016 au plus tôt toute décision concrète.

D’après les informations qui ont filtré jusqu’à maintenant, en effet, les propositions sont encore très loin de constituer un projet structuré. Elles comprennent, par exemple, le regroupement d’un certain nombre de services de la curie en deux nouvelles congrégations, l’une pour la justice et la paix et l’autre pour la famille et le laïcat, composées chacune de cinq départements, mais il n’y a aucun accord sur ce que pourrait être leur fonctionnement concret.

Et la même incertitude règne également en ce qui concerne certains dicastères-clés qui existent déjà actuellement, tels que la secrétairerie d’état, la congrégation pour la doctrine de la foi et la congrégation pour les évêques.

La secrétairerie d’état est sur la voie du changement, elle a déjà à ses côtés le secrétariat pour l'économie créé récemment, mais on n’a encore aucune idée des compétences qui lui seront attribuées en fin de compte et de celles qu’elle n’aura pas.

La congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’une des missions est de contrôler, mot par mot, que tous les discours et tous les documents du Saint-Siège et du pape sont corrects au point de vue dogmatique, se trouve fréquemment désavouée. Il n’est pas rare que ses corrections et ses observations tombent dans le vide.

Quant à la congrégation pour les évêques, qui assure la sélection de ceux qui seront chargés de diriger les diocèses, l’innovation que l’on peut déjà constater dans les faits est qu’elle fonctionne de manière intermittente. Sous le pontificat du pape François, en effet, il arrive souvent que celui-ci procède tout seul au choix du nouvel évêque, en laissant complètement de côté la congrégation et ses procédures et en faisant délibérément abstraction des orientations et attentes des épiscopats locaux. Un exemple spectaculaire de cette autocratie papale est la nomination du nouvel archevêque de Chicago, Blase Cupich.

En tout cas, la réflexion sur ce que pourrait être le fonctionnement d’une congrégation pour les évêques rénovée ne progresse pas du tout. La proposition de faire élire les évêques par les communautés locales est fréquemment évoquée dans les médias, mais au stade d’un simple souhait.

Et pourtant il serait très possible de réaliser des innovations plus justifiées et plus faciles à mettre en œuvre.

Le texte ci-dessous indique justement quelques unes des innovations qui pourraient être réalisées.

Il se présente sous la forme d’une lettre au pape et il a été rédigé par le théologien australien Paul Anthony McGavin, du diocèse de Canberra et Goulburn. Cet ancien directeur de l’École de Commerce de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud et président du conseil académique de cette université est ensuite devenu prêtre et curé et il est aujourd’hui aumônier de l'Université de Canberra. Il est l’auteur d’essais appréciés.

Les cinq innovations qu’il propose découlent principalement d’une analyse critique des modalités concrètes selon lesquelles les évêques agissent vis-à-vis de leurs prêtres.

Cette analyse occupe la première partie de la lettre, dont le texte intégral est disponible sur cette autre page de www.chiesa Open Letter to Pope Francis. About the Reform of the Congregation for Bishops

Quant à ce qui est reproduit ci-dessous, c’est d’une part  le début de la lettre et d’autre part sa seconde partie, avec les cinq propositions de réforme de la congrégation pour les évêques.

LETTRE OUVERTE AU PAPE FRANÇOIS

par Paul Anthony McGavin


Très Saint Père,

C’est à propos de la réforme de la congrégation pour les évêques que je vous écris. Vous avez déclaré que, pendant le conclave destiné à élire le pape, les évêques avaient indiqué qu’ils voulaient que la curie romaine soit réformée et certains aspects de la mise en œuvre de cette réforme ont attiré l'attention du public. Cependant, en ce qui concerne la congrégation pour les évêques, nous n’avons pas entendu beaucoup parler de sa réforme. Je voudrais expliquer pourquoi elle est fondamentale.

La référence originelle et fondatrice en ce qui concerne cette congrégation se trouve en Marc 3, 13-14 : "Ensuite Jésus gravit la montagne et il appela à lui ceux qu’il voulait et ils vinrent à lui. Il en institua douze, qu’il appela apôtres, pour qu’ils restent avec lui et pour les envoyer prêcher".

Bien entendu, Très Saint Père, vous connaissez très bien ce texte, notamment le caractère personnel de l’appel qu’il raconte et le caractère collégial de cet appel. Ce que je voudrais souligner, en tant que prêtre diocésain, c’est le "rester avec lui", le fait de rester avec Jésus. Cette mise en évidence pourrait être développée sous l’angle des rapports entre le successeur de Pierre et le collège apostolique des évêques. Mais je voudrais plutôt souligner et mettre au point ce "rester avec" en référence à chaque évêque diocésain "avec" ses prêtres. [...]

On pourrait se poser la question suivante : "Quel est le lien entre ces remarques et la réforme de la congrégation pour les évêques ?". La réponse consiste dans le retour à un véritable principe de responsabilité des évêques sous le mandat pétrinien. La congrégation pour les évêques a besoin d’être remodelée et redéveloppée en tant qu’instrument de "confirmation des frères" dans l'exercice d’un ministère épiscopale responsable, qui soit le reflet des sentiments exprimés dans le [document curial de 2004] "Directoire pour le ministère pastoral des évêques" et des principes évangéliques sous-jacents.

Comment tout cela peut-il être réalisé ? Je ne propose ici que quelques éléments qui constituent un point de départ :

1. Il apparaît que la documentation qui est préparée pour la visite "ad limina" que les évêques effectuent tous les cinq ans provient principalement du bureau de l’évêque diocésain. En effet, c’est lui qui rédige le rapport qui décrit ce qu’il a accompli. Le nonce apostolique du pays concerné peut fournir à la curie romaine des informations supplémentaires. Mais ces informations supplémentaires ne sont pas systématiquement recueillies et elles ne proviennent certainement pas de la consultation directe du clergé diocésain correspondant.

Il serait nécessaire de recourir, au contraire, à un système semblable à celui qui était utilisé par la congrégation pour l’éducation catholique à l’époque où cette congrégation était responsable des séminaires, mais en introduisant des garanties qui n’étaient pas présentes lors des visites aux séminaires, pour garantir que la consultation des séminaristes ne soit pas orchestrée par les supérieurs des séminaires eux-mêmes.

Il faudrait qu’une délégation de visiteurs appartenant à la congrégation pour les évêques se présente dans quelques diocèses sélectionnés, avant que les visites "ad limina" rendues au pape et à la curie romaine ne soient effectuées par ceux-ci. Il faudrait que la délégation de visiteurs agisse indépendamment des évêques diocésains et indépendamment des conférences épiscopales nationales, parce qu’une conférence épiscopale agit habituellement comme une association d’intérêts communs. Il faudrait que la délégation de visiteurs soit accessible à tous ceux qui demanderaient à la rencontrer, y compris aux laïcs, mais principalement au clergé et aux séminaristes. Pour que la délégation de visiteurs soit informée de manière approfondie, elle devrait inclure des  compétences locales qui pourraient provenir du clergé et des laïcs.

Le choix des membres de la délégation de visiteurs pourrait s’avérer difficile, parce que les évêques et les bureaucraties épiscopales n’ont pas intérêt à ce que le contrôle effectué soit désintéressé. Il n’est pas exclu que, pour la sélection d’une délégation de visiteurs, l’unique ressource dont disposerait la congrégation soit le conseil du nonce du pays.


2. Une fois que la délégation de visiteurs aurait rédigé un rapport, il faudrait qu’une suite soit donnée à celui-ci, de manière opportune et proactive, par la congrégation pour les évêques. On a rarement vu des évictions d’évêques en Australie et c’est toujours avec des retards prolongés que cela a été fait. Il semble que seuls les cas d’aberrations sexuelles donnent lieu à une sanction rapide. Même les écarts caractérisés par rapport à la doctrine catholique suscitent seulement des interventions tardives. Enfin, lorsqu’une administration épiscopale ne respecte pas une procédure canonique correcte, il semble que cela ne provoque aucune action.

Les prêtres sont conscients du fait que le recours à la congrégation pour le clergé ne peut provoquer, chez les évêques, que des tactiques de discrimination et de procrastination, dans la mesure où il y a un manque de compétence pratique dans l'application des décrets de la congrégation pour le clergé qui sont favorables au clergé. L’instinct qui pousse les évêques vers la souveraineté absolue et vers le manque de transparence et de responsabilité a des racines profondes.

Cette dynamique s’est récemment manifestée de manière publique, en Australie, sous la forme d’une "Commission Royale" et d’un certain nombre d’enquêtes parlementaires portant sur la gestion par les évêques d’affaires d’abus sexuels commis sur des mineurs. À de nombreuses reprises il a été embarrassant de constater à quel point les évêques se sentent désorientés lorsqu’ils se trouvent confrontés à ce genre d’examen public. Ces enquêtes publiques civiles d’un type particulier ont été mal comprises quant à certains de leurs aspects, dans la mesure où elles ont concentré l'attention sur la performance institutionnelle de l’Église, alors que le problème est surtout celui de la performance ou de la non-performance sociale dans un sens plus large. Cependant ces enquêtes publiques ont mis en évidence ce qui se produit lorsque la structure institutionnelle cultive un certain manque de transparence et de responsabilité.

Il est donc nécessaire qu’il y ait une réflexion stratégique, une planification et une capacité de perception de ce que l’on peut faire et ce que l’on doit faire afin de rendre les visites "ad limina" nettement plus constructives, pour faire contrepoids à l'influence corrosive et corruptrice d’un certain manque de responsabilité épiscopale. Il s’agit de reconfigurer et de redonner de la force au mandat de la congrégation pour les évêques.


3. Du point de vue adopté ici, il résulte que les actes pontificaux qui sont à la seule initiative du pape devraient, eux aussi, être accomplis avec prudence et modération. Il ne manque pas d’occasions pour de tels actes.

Très Saint Père, Votre vénéré prédécesseur a introduit, par un "motu proprio", le nom de Joseph dans les textes de la consécration eucharistique. Il y a un autre texte liturgique qui aurait besoin d’une insertion "motu proprio". Je fais référence aux rites de l’ordination au diaconat et de l’ordination au sacerdoce, dans lesquels le candidat, agenouillé devant son évêque qui est assis, promet "respect et obéissance" à son évêque et à ses successeurs légitimes.

Lorsqu’on le lit isolément, ce texte liturgique ne met pas suffisamment en évidence le fait qu’il s’agit du respect et de l’obéissance d’un fils. J’ai toujours pensé qu’il serait terrible pour nous d’avoir, pour le mariage, des textes liturgiques dans lesquels la mariée promettrait "respect et obéissance" à son époux, sans que le marié ne promette, de son côté, "respect et honneur" à son épouse. Pour cet autre moment liturgique crucial et public qu’est une ordination, il serait nécessaire d’insérer dans la liturgie un texte qui mette en lumière les privilèges et les responsabilités de l’évêque lorsqu’il reçoit de l'ordinand cette promesse solennelle.

Si un texte de ce genre était inséré, l’évêque qui procéderait à l’ordination pourrait répondre : "Et moi, à mon tour, je te promets un service filial de ta vocation ministérielle conformément au modèle donné par le Christ, mon maître et le vôtre". Tous les prêtres, tous les diacres, devraient avoir la possibilité de demander respectueusement à leur évêque de rendre compte de sa manière de se comporter avec ses fils et avec ses frères dans le ministère sacré.


4. Il y a, chez les évêques, une perception pratique insuffisante du fait que leur épiscopat est exercé comme par "un homme sous autorité" et qu’un élément crucial de cette "autorité" est le Code de droit canonique. Bien entendu, l'autorité épiscopale des évêques est personnelle, mais c’est également une autorité qui est exercée canoniquement et que l’on exerce en gardant un œil sur les bonnes procédures.

La responsabilité exercée par les évêques devrait comporter le contrôle de l’application des lois canoniques dans leur administration, mais également le contrôle de la cohérence dans le respect des bonnes procédures. En Australie, devant la "Commission Royale", les évêques ont décrit la congrégation pour le clergé – "le Vatican" – comme un obstacle à leurs politiques de protection de l'enfance, alors que, en réalité, la congrégation pour le clergé demandait que les évêques appliquent le bon processus canonique lorsqu’ils géraient les affaires. Le profil stratégique de la congrégation pour les évêques doit inclure une attitude proactive lorsqu’il s’agit de demander aux évêques des comptes à propos de la bonne administration canonique dans tous les aspects de leur gouvernement épiscopal.


5. Les diocèses pâtissent trop souvent d’intervalles d’une durée anormalement longue entre deux mandats d’évêques. Les raisons de ce phénomène peuvent être nombreuses et complexes, mais, en tout cas, une chose est claire : la congrégation pour les évêques n’est pas suffisamment structurée pour mener une action stratégique à long terme en ce qui concerne les sièges épiscopaux vacants.

Il est débilitant pour les diocèses et pour les prêtres diocésains de supporter des interrègnes prolongés. Les administrateurs diocésains n’ont pas la possibilité de lancer de nouveaux projets, ce qui fait que les projets et les programmes de l’évêque précédent sont consolidés, y compris ceux qui sont déconsidérés et qui ne fonctionnent pas correctement. Les prêtres s’adaptent à l’absence d’évêque et ce n’est pas une bonne habitude pour des prêtres diocésains.


Il y a sans doute beaucoup d’autres choses que l’on pourrait dire à propos de la réforme de la congrégation pour les évêques. Mais les quelques considérations qui précèdent pourraient fournir un fil conducteur, à partir du point de vue d’un prêtre diocésain ayant une grande expérience de haut niveau dans le domaine civil et qui a exercé pendant plusieurs décennies un ministère diocésain, loin des centres d’influence et avec l’avantage d’être un observateur impartial.

Je vous les confie respectueusement, Très Saint Père.

***

Le directoire pour le ministère pastoral des évêques, publié en 2004 par la congrégation vaticane pour les évêques Apostolorum successores

 Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


 

Source: Sandro Magister
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 09.05.2015 - T/International

 

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