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19 Avril 2005
 

L'ORDRE SACRE, SERVICE DU DON EN PLENITUDE

CELEBRATION A MONTPELLIER
DES 40 ANS DU RETABLISSEMENT
DU DIACONAT PERMANENT
PAR LE CONCILE VATICAN II
DANS LA CONSTITUTION DOGMATIQUE SUR L'EGLISE

L'ORDRE SACRE
SERVICE DU DON EN PLENITUDE

Par Monseigneur Robert LE GALL

Le 21 novembre 1964, la Constitution dogmatique sur l'Eglise Lumen gentium a été signée par le pape Paul VI et les pères du deuxième concile du Vatican, en la fête de la Présentation de Notre-Dame au Temple. La Constitution sur la sainte Liturgie avait été promulguée la première de toutes le 4 décembre 1963, suivie du Décret sur les moyens de communication sociale, à la troisième Session du Concile ; à la fin de la quatrième, ont été promulguées, ce 21 novembre 1964, la Constitution sur l'Eglise, le Décret sur les Eglises orientales catholiques et le Décret sur l'œcuménisme.
Notre jeune Province a souhaité marquer ce 40e anniversaire de Lumen gentium, qui n'est pas la première constitution au point de vue chronologique, mais qui est bien, dans le corpus des documents du Concile, la première pour son importance. Et c'est elle qui formule le souhait que soit rétabli le diaconat " comme degré propre et permanent de la hiérarchie. Il appartient aux assemblées épiscopales territoriales compétentes, sous leurs diverses formes, de décider, avec l'approbation du Souverain Pontife, si et où il est opportun pour le soin des âmes d'instituer de tels diacres. Avec le consentement du Pontife romain, ce diaconat pourra être conféré à des hommes d'âge mûr, même mariés, et à des jeunes qui en ont les aptitudes, pour lesquels cependant doit rester en vigueur la loi du célibat. " (n° 29)
Le Concile envisageait une restauration dont il laissait la décision au Saint-Père. De fait, peu après le Concile, Paul VI rétablit le diaconat permanent dans sa Lettre apostolique Sacrum diaconatus Ordinem du 18 juin 1967. L'année suivante, jour pour jour, il publiait une Constitution apostolique Pontificalis romani recognitio approuvant les nouveaux rites pour l'ordination du diacre, du prêtre et de l'évêque (18 juin 1868). Nous reviendrons sur ces rites et sur le rituel.

La Constitution sur l'Eglise

Le plus important est de comprendre que le rétablissement du diaconat comme ordre permanent, selon ce qu'il était aux premiers siècles, doit être compris dans le cadre de l'enseignement de la Constitution sur l'Eglise, qui est comme la loi-cadre de Vatican II. Au delà du diaconat, c'est le mystère de l'Eglise que nous célébrons ensemble en ce 40e anniversaire de Lumen gentium. Il nous faut donc en dire un mot.
Les quatre premiers numéros de la Constitution sont, pour prendre une image, le porche ou le portique de tout l'enseignement du concile Vatican II. D'emblée, ils présentent l'Eglise, selon la définition de saint Cyprien, évêque martyr de Carthage, comme " le peuple uni de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint " . L'Eglise est le peuple qui tire son unité de l'unité même des trois personnes divines, au nom desquelles nous sommes baptisés. C'est la grande prière que Jésus fait à son Père après le lavement des pieds et l'institution de l'Eucharistie - où prend sa source le sacrement de l'Ordre - au moment où il va entrer dans sa Passion, pour aller jusqu'au bout du don qu'il fait de lui au Père et à nous, c'est-à-dire jusqu'à la mort offerte et jusqu'à la Résurrection. " Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. " (Jn 17, 21) Jésus, Fils de Dieu et fils de Marie, l'un des Trois et l'un de nous, est venu nous révéler le dessein du Père, le réaliser en sa personne, pour le poursuivre par l'envoi de l'Esprit à l'Eglise. Voilà ce que nous rappellent avec une grande densité les quatre premiers numéros de la Constitution.
Cette Bonne Nouvelle d'un peuple que le Père, le Fils et le Saint-Esprit veulent unir et réunir à partir de leur propre unité divine, elle est confiée à l'Eglise, qui est précisément ce Peuple nouveau ouvert à tous les peuples. Le Christ, Dieu et homme, est en effet " la Lumière des nations " (Lumen gentium) et l'Eglise a pour mission d'annoncer cet Evangile à toute créature (cf. Mc 16, 15), afin de " faire briller sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l'Eglise " .
Le deuxième phrase de la Constitution nous donne la clé de tout l'héritage du Concile : " Comme l'Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain, elle se propose de faire comprendre, de façon plus précise, à ses fidèles et au monde entier, sa nature et sa mission universelle. Les conditions du temps présent confèrent à ce devoir de l'Eglise une importance et une urgence plus grandes, car il faut obtenir que tous les hommes, unis aujourd'hui de façon plus étroite par divers liens sociaux, techniques et culturels, parviennent également à leur pleine unité dans le Christ. "
Il s'agit bien de l'union intime avec Dieu et de l'unité du genre humain, de la pleine unité des nations dans le Christ : immense mystère de communion qui s'origine dans celle des trois personnes divines. On dit justement que l'ecclésiologie de Vatican II est une " ecclésiologie de communion ". Cette communion à Dieu le Père nous est communiquée par le Christ dans l'Esprit. Après le retour du Fils au Père, l'Eglise devient, dans le Christ, le " sacrement " de cette communion personnelle et universelle à l'unité des Trois : sacrement, c'est-à-dire " signe et instrument ", parce que l'Eglise reçoit du Christ la mission de révéler et de réaliser cette intégration progressive de tous et de chacun à ce que l'Apôtre Paul appelle " la Plénitude de Dieu " .
L'Eglise est sacrement de la communion trinitaire, parce qu'elle poursuit l'œuvre de Jésus Christ dans le monde : elle est en effet, son temple, sa famille, son épouse, son corps, selon les images que met en relief le Concile . Cependant, de ces images bibliques, de l'Ancien et du Nouveau Testaments, il met en exergue celle du peuple , jusqu'à lui consacrer tout le deuxième chapitre de la Constitution : peuple qui marche à la suite du Christ, peuple de prêtres, consacrés par le baptême et l'onction de l'Esprit pour offrir à Dieu des sacrifices spirituels . Le Concile montre comment " le caractère sacré et organiquement structuré de la communauté sacerdotale se traduit en actes et par les sacrements et par les vertus. "
Ce n'est qu'au troisième chapitre qu'il est traité de " la constitution hiérarchique de l'Eglise et spécialement l'épiscopat ". L'Ordre sacré est bien placé au service - à la " diaconie " - du peuple de Dieu, pour qu'il soit clair que les ministères - les " services " - " visent au bien de tout le Corps " . Tous dans l'Eglise sont invités à " revêtir le Christ ", à devenir son Corps, mais pour que cela soit possible, des sacrements offrent à chacun la garantie objective qu'il est vraiment intégré dans le " Sacrement-Source " , qui est l'Eglise. Le sacrement de l'Ordre est lié à " la mission divine, confiée par le Christ aux Apôtres et destinée à durer jusqu'à la fin du monde (cf. Mt 28, 20), puisque l'Evangile, qu'ils doivent transmettre, est pour l'Eglise, pour toute la durée du temps, principe de toute sa vie. C'est pourquoi les Apôtres, dans cette société hiérarchiquement ordonnée, ont pris soin d'instituer des successeurs " en divers ministères. Parmi ceux-ci " qui s'exercent dans l'Eglise depuis les premiers temps, le premier rang, au témoignage de la Tradition, est occupé par la charge de ceux qui, établis dans l'épiscopat, en vertu d'une succession qui remonte jusqu'aux origines, possèdent la bouture provenant de la semence apostolique. " Cette plénitude du sacrement de l'Ordre, les prêtres y participent dans le sacerdoce ministériel et les diacres dans la ligne du service.
Terminons rapidement cette évocation essentielle de Lumen gentium, en ajoutant que le chapitre quatrième de la Constitution est consacré aux laïcs, dont le nom qui signifie " membre du peuple " (laos voulant dire " peuple " en grec), est un nom d'honneur. L'Eglise est bien le peuple de Dieu, et dans son sein, l'évêque, les prêtres et les diacres sont à son service pour qu'ils deviennent pleinement les membres du Corps du Christ. Ce Corps tout entier, grâce aux moyens de sanctification procurés par ceux qui ont reçu l'Ordre sacré, est appelé à la sainteté (chapitre 5), dont témoignent par leur état ceux qui sont dans la vie consacrée (chapitre 6) : ils rappellent à tous que nous marchons tous vers la pleine participation à la vie divine trinitaire (chapitre 7 sur le caractère eschatologique de l'Eglise pérégrinante unie à l'Eglise céleste), à la suite du Christ et de sa Mère, la Vierge Marie, " membre suréminent et absolument unique de l'Eglise, et comme son type et son modèle le plus insigne dans la foi et la charité " .
Ainsi se trouve située la fonction, la mission et l'identité de ceux qui sont revêtus de l'Ordre sacré au service du peuple de Dieu en route vers la plénitude de la conformation au Christ au sein de la vie trinitaire. Les ministères trouvent leur place dans, pour et par le ministère de l'Eglise locale, dont l'évêque est la tête, en lien avec les autres Eglises - il est alors la charnière -, " dans lesquelles et à partir desquelles existe l'Eglise catholique, une et unique " . L'Eglise locale " est la réalité enveloppante, disait le cardinal Congar, à l'intérieur de laquelle les ministères se situent comme des services de cela même que la communauté est appelée à être et à faire " L'évêque reçoit par son ordination ce service de la communauté locale, avec l'aide des prêtres et des diacres , en lien avec les autres Eglises autour de l'Evêque de Rome qui préside à la charité. " En tant que titulaires du ministère ordonné, l'évêque, les prêtres et les diacres ont été investis sacramentellement pour signifier que l'Eglise se reçoit de Dieu par le Christ et dans l'Esprit, qu'elle tient de l'initiative gracieuse de la Trinité d'entrer en alliance. En tant que vis-à-vis, posés par ordination en face de la communauté ecclésiale, ils signifient que celle-ci naît de la grâce. Mais tous les fidèles, ministres ordonnés compris, réalisent par leur adhésion croyante qu'il n'y a d'Eglise que par la réponse libre et joyeuse de la foi en participant au don que le Christ fait de sa vie au Père pour le salut du monde. "

Qu'est-ce qu'un diacre ?

Dès les origines de l'Eglise, dans les Actes des Apôtres et dans les lettres de l'Apôtre Paul, divers ministères se font jour autour des Douze auxquels est confiée la mission d'aller enseigner toutes les nations et de les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (cf. Mt 28, 19). Parmi eux reviennent les " épiscopes ", les " presbytres " et les " diacres ", qui sont respectivement, d'après leurs noms, des surveillants, des anciens et des serviteurs au sein des premières communautés chrétiennes. Après un certain flou sur les rapports précis entre ces fonctions, apparaît vite une structure, toujours la même, qui est celle que le concile Vatican II rappelle et précise.
Dès le deuxième siècle, le saint évêque d'Antioche Ignace, dans ses Lettres délicates et fortes, énonçait les rapports entre les trois responsabilités ecclésiales dont nous parlons : " Puisque j'ai dans la foi vu et aimé toute votre communauté, écrit-il aux Magnésiens, je vous en conjure, ayez à cœur de faire toutes choses dans une divine concorde, sous la présidence de l'évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres, qui tiennent la place du sénat des apôtres, et des diacres qui me sont si chers, à qui a été confié le service de Jésus Christ, qui avant les siècles était près de Dieu, et s'est manifesté à la fin. "
Proche de l'évêque, mais pas uniquement lié à lui, le diacre apparaît donc comme le serviteur " à qui a été confié le service de Jésus Christ ", pour reprendre le mot fort de saint Ignace d'Antioche. Qu'est-ce que cela peut signifier, d'autant que très vite dans l'Eglise, le diaconat est devenu une simple étape vers l'ordination presbytérale - Pour le comprendre, il convient de rappeler que le Diacre par excellence est Jésus Christ, le Serviteur (cf. Is 53), " lui qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir " (Mt 20,28) ; dans une Eglise locale, c'est l'Evêque qui est le premier Diacre, c'est-à-dire le premier serviteur, et les diacres participent à son Ordre dans la ligne du service, de même que les prêtres ont part à son Ordre dans la ligne du sacerdoce, selon une formule antique des Constitutions de l'Eglise d'Egypte selon laquelle les diacres sont ordonnés " non pas en vue du sacerdoce, mais en vue du service ". Ainsi la porte de tout le ministère ordonné est une " porte de service ", un poste de service : avant l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce le Jeudi saint, Jésus lave les pieds de ses Apôtres pour montrer cette dimension première et constante de toute ordination, qui part comme Jésus d' une détermination d'amour à tout donner, à tout abandonner pour se mettre en tenue de service (Jn 13, 4), sans pour autant oublier qu'il est le Maître et le Seigneur : " Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. " (13, 14-15) Ces paroles solennelles fondent l'esprit de l'Ordre sacré : il vient du Serviteur qu'est le Christ, pour investir les Apôtres et leurs successeurs.
Il serait tentant de voir dans la distinction serviteur, maître et seigneur une sorte de structure ternaire fondant celle de diacre, prêtre et évêque, mais il faut dire que le diaconat permanent donne à l'Eglise de façon stable et permanente, dans une personne, une présence sacramentelle du Christ Serviteur et de l'Eglise servante. Certes, elle est d'abord - nous allons le redire - celle de l'évêque, mais comme celui-ci exerce une mission qui se manifeste nécessairement dans les formes de la présidence, il est hautement utile à tous dans l'Eglise, y compris à l'évêque, que la personne du diacre ordonné rappelle le fondement du ministère ordonné tout entier voué au service " jusqu'au bout " (Jn 13, 1).
" La diaconie du Christ - pas plus que celle des diacres - ne se réduit pas à des services rendus, ni même à une attitude foncière de serviabilité, ni a fortiori à une exemplarité morale : elle est le parachèvement de son humanité livrée dans l'acte de son oblation " On n'ordonne pas un diacre parce qu'il a des dispositions qui l'habilitent au service - même si cela est fort souhaitable -, ni parce que la mission que l'on compte lui donner se situe dans le registre des " services ", sinon il y aurait beaucoup de candidats potentiels au diaconat. Bien des personnes pourraient exercer l'un ou l'autre des services de communauté confiés à un diacre (à part celles qui sont strictement liées à l'ordination), mieux peut-être, mais elles n'auront pas pour autant un caractère diaconal. Inversement, un diacre peut avoir un métier de direction, mais s'il vit son ordination, celle-ci imprégnera cette fonction : il ne s'agit pas d'abord de faire, mais d'être ; l'ordination s'inscrit dans l'intime d'un être et le transforme pour toute sa vie, selon le ministère qui est le sien . Un diacre permanent est ordonné comme signe sacramentel, pour la communauté et pour le monde, du " service de Jésus Christ ", pour reprendre l'expression de saint Ignace d'Antioche, signe stable et personnalisé de cette dimension du service d'amour qui va jusqu'au bout, comme le Christ, qui caractérise tout le ministère ordonné et même toute l'Eglise.

L'Evêque, les prêtres et les diacres

Si le diacre est ainsi le signe sacramentel et personnel du Christ Serviteur dans l'Eglise Servante, quelles sont ses relations avec l'évêque et les prêtres ? Longtemps, on en est resté à une perspective ascendante, qui ressemblait fort à celle d'une carrière ou d'un cursus honorum : après la tonsure, on devenait clerc et l'on gravissait plus ou moins vite les degrés des ordres mineurs (portier, exorciste, lecteur, acolyte), puis des ordres majeurs (sous-diaconat, diaconat et presbytérat) en attendant éventuellement d'accéder à l'épiscopat. Comme le diaconat n'était que transitoire et l'épiscopat aléatoire, le ministère ordonné dans l'Eglise était surtout celui des prêtres, qui faisaient tout sous l'autorité distante des évêques ; à croire que l'Eglise catholique était presbytérienne ! Pour tout dire, ce n'est qu'après le concile Vatican II, comme en témoignent des controverses écrites , que l'on a levé le doute théologique sur le caractère sacramentel du diaconat et de l'épiscopat, le premier paraissant n'être qu'une préparation rituelle et morale au sacerdoce, le second n'ajoutant au sacerdoce qu'une dignité extérieure fondée sur une autorité juridique. Un des apports importants de Lumen gentium est précisément la sacramentalité de l'épiscopat et aussi celle du diaconat, même si la lex orandi de l'Eglise depuis des siècles dans la liturgie allait dans ce sens.
La montée des échelons des divers ordres pouvait se comprendre dans le sens d'une progressive initiation à des états et des charges de plus en plus exigeants, selon ce que l'on appelle l'ordo generationis ou ordo inventionis (la voie de progression ou de découverte ou encore d'expérience), ce qui reste vrai après le Concile, car l'on est toujours ordonné diacre avant d'être ordonné prêtre, et toujours ordonné prêtre avant d'être ordonné évêque. Le pas d'importance que le Concile nous a fait franchir dans la théologie de l'Ordre sacré est l'inversion de la succession des degrés, non plus prise d'après la montée progressive vers une plénitude (en ce cas, il n'était pas facile d'expliquer ce qu'un prêtre a de plus qu'un diacre, ou un évêque d'un prêtre), mais au contraire à partir d'une perfection participée à divers niveaux (ordo perfectionis). En théologie, la ligne descendante (celle de l'Incarnation, que les Pères grecs appelaient katabase) est première par rapport à la ligne descendante (anabase). On ne monte pas vers Dieu à la force des bras ou des grâces , mais on reçoit ses dons pour les communiquer : " Nul n'est monté au ciel, disait Jésus à Nicodème, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. " (Jn 3, 13) " Nul n'a jamais vu Dieu, écrit le disciple bien-aimé à la fin du Prologue sur son évangile : le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître. " (1, 18)
Ainsi, pour comprendre l'Ordre sacré, comme communication des dons de Dieu par le don de soi en plénitude , il convient de commencer par l'épiscopat, pour dire avec Lumen gentium que les prêtres ont une " participation au sacerdoce et à la mission de leur évêque, en " coopérateurs avisés de l'ordre épiscopal " , tandis que les diacres se voient imposer les mains " non en vue du sacerdoce, mais en vue du service. " " Fortifiés en effet par la grâce sacramentelle - d'où, au passage, la sacramentalité du diaconat -, ils sont au service du peuple de Dieu, en communion avec l'évêque et son presbytérium, dans la diaconie de la liturgie, de la parole et de la charité . "
Ce qui montre concrètement ce changement de perspective, qui est un gain théologique et spirituel d'importance, c'est la modification des rituels d'ordination. Le Concile envisageait une restauration dont il laissait la décision au Saint-Père. Nous avons dit en commençant que peu après le Concile, Paul VI rétablit le diaconat permanent dans sa Lettre apostolique Sacrum diaconatus Ordinem du 18 juin 1967. L'année suivante, jour pour jour, il publiait une Constitution apostolique Pontificalis romani recognitio approuvant les nouveaux rites pour l'ordination du diacre, du prêtre et de l'évêque, selon cette succession montante (18 juin 1968). Plus récemment, une editio typica altera du Pontifical des ordinations fut publiée le 31 mai 1990 sous le titre De Ordinatione Episcopi, Presbyterorum et Diaconorum ; c'est ainsi que nous est parvenue, le 4 avril 1996 la traduction française du Pontifical romain rénové selon le décret du Saint Concile œcuménique Vatican II, publié par l'autorité du pape Paul VI et révisé par les soins du pape Jean-Paul II pour L'Ordination de l'Evêque, des Prêtres et des Diacres.
On notera que l'énumération des degrés du sacrement de l'Ordre a changé : on ne part plus du diaconat, mais de l'épiscopat, ce qui est théologiquement meilleur, puisque le presbytérat et le diaconat participent à l'épiscopat, le premier dans la ligne du sacerdoce et le second dans la ligne du service. On remarquera aussi que le titre parle de l'Evêque au singulier, puis des prêtres et des diacres au pluriel, comme pour montrer que, dans une Eglise locale, l'Evêque, en lien avec le Souverain Pontife et les autres membres du Collège épiscopal, " est pour sa part le principe et le fondement de l'unité " de son Eglise particulière (Lumen gentium, n° 23).

Les diacres dans la pastorale

C'est faute de connaître et d'approfondir ces précisions théologiques et spirituelles que l'on risque d'arriver à des impasses dans l'exercice du diaconat permanent, car on ne peut alors donner aux diacres la place qui est la leur.
Voir dans les diacres les suppléants des prêtres ne peut que mener à une impasse, surtout dans le contexte de pénuries de vocations que connaît l'Occident. En ce cas, la restauration du diaconat permanent est un échec.
Souvent les prêtres ne comprennent pas bien la place qu'ils peuvent faire aux diacres et risquent de ne voir en eux que des auxiliaires utiles ou des rivaux. Il leur faut découvrir la différence et la complémentarité.
Limiter le diacre dans l'une ou l'autre des trois diaconies de la parole, de la liturgie et de la charité est aussi une erreur. Les diacres doivent les exercer toutes les trois, même si les uns et les autres seront plutôt orientés vers l'une des trois. Les trois fonctions du Christ appartiennent d'ailleurs toutes les trois à tout chrétien en raison des deux caractères qui l'ont marqué au baptême et à la confirmation ; le caractère sacramentel du diaconat donne une autre dimension à ces trois fonctions.

Reste la question de savoir pour quelles raisons l'Afrique et l'Amérique latine ont choisi de ne pas faire ordonner des diacres permanents.
Il faut compter aussi avec les impératifs parfois contraires de la vie familiale et du ministère. J'admire le temps donné pour les années de discernement et de formation.

Pour conclure

Tout l'Ordre sacré reçoit pour donner : il bénéficie d'une configuration au Christ plus étroite, non point pour lui-même, mais pour servir le Peuple de Dieu selon le dessein bienveillant du Père, pour qu'il soit pleinement un peuple de prêtres et de rois.
A la porte et au poste de service, le diacre est un ministre privilégié de proximité et de communication, comme il le fait dans la liturgie orientale. Il est une charnière vivante entre le Peuple de Dieu et les autres ministres sacrés , de façon souple et multiforme, pour préparer, accompagner, poursuivre leurs relations dans le réseau de charité, l'organisme de communion qu'est l'Eglise dans le Christ, sous le patronage de celle qui ne cesse de se reconnaître en son Magnificat comme " l'humble servante " du Seigneur (cf. Lc 1, 38-48).
Oui, merci à Dieu et à l'Eglise pour nos diacres. Saint Ignace d'Antioche écrit aux Tralliens : " Que tous révèrent les diacres comme Jésus Christ, comme aussi l'évêque, qui est l'image du Père, et les presbytres comme le sénat de Dieu et comme l'assemblée des Apôtres : sans eux, on ne peut parler d'Eglise ! Je suis persuadé que vous êtes ainsi à leur égard. "

fr. Robert Le Gall
Evêque de Mende
Président de la Commission épiscopale
pour la Liturgie et la Pastorale sacramentelle
Le 26 septembre 2004

 

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