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19 Avril 2005
 

 Si l’on est avec Jésus, dit Benoît XVI, la vie devient bonne et l’on va bien

 

Rome, le 30 décembre 2007 - (E.S.M.) - Toujours et partout l’homme s’est rendu compte qu’il n’est pas seul au monde, qu’il y a quelqu’un qui l’écoute. Il s’est toujours rendu compte qu’il a besoin d’un Autre plus grand et qu’il doit tendre vers Lui pour que sa vie soit ce qu’elle doit être. Mais le visage de Dieu a toujours été voilé. Cardinal Ratzinger.

Adoration des Mages, catacombes de Priscille, Rome Pour agrandir l'image: C'est ici

Si l’on est avec Jésus, dit Benoît XVI, la vie devient bonne et l’on va bien

Une page de théologie pour terminer l'année :

« La Foi aussi demande »

C’est ce que dit saint Augustin – «... et fides orat » – dans un passage de l’Enchiridion de fide, spe et caritate (2, 7). Nous publions l’une des méditations des exercices spirituels prêchés par don Giacomo Tantardini aux prêtres du diocèse suburbicaire de Porto-Santa Rufina (Rome) en novembre 2006. L'on y retrouve la plupart des thèmes développés par le pape Benoît XVI dans son encyclique "Sauvé par l'espérance"

par don Giacomo Tantardini

Je voudrais parler, cet après-midi, de la prière. Le fait qu’après la récitation de l’Heure tierce, Son Excellence ait entonné l’Ave Maria, que nous avons bien chanté ensemble, m’a encouragé parce que ce que j’ai à dire aujourd’hui peut se ramener à la demande: « priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il ». Au fond, toute notre participation, toute la participation de notre liberté au mystère de la grâce peut se ramener à cette invocation à la Vierge, à l’invocation, « priez pour nous ». « Priez pour nous ». La prière est notre participation au mystère de l’élection de Dieu.

Permettez-moi de présenter avant l’introduction ces brèves remarques. Je suis très attaché au petit livre "Qui prie sauve son âme". Ce livret est né dans les années Quatre-vingt de ce que beaucoup des jeunes qui rencontraient le christianisme et qui venaient, pour l’essentiel, d’expériences extra-parlementaires de gauche vécues dans les années Soixante-dix/Quatre-vingt, demandaient, après avoir commencé à fréquenter la vie chrétienne, comment il fallait faire pour se confesser. En effet, comme cela arrive encore aujourd’hui, bon nombre d’entre eux, n’avaient pas reçu le sacrement de confirmation et ne s’étaient plus confessés depuis leur première communion. Nous avons ainsi fait à Rome ce petit livre pour aider les gens qui n’avaient aucune connaissance de la doctrine chrétienne, pas même des dix commandements, à bien se confesser. C’est ainsi qu’est né ce livret. On y a rassemblé les prières les plus simples, certaines vérités fondamentales de la vie chrétienne, les dix commandements, les péchés contre l’Esprit Saint, les péchés qui crient vengeance devant Dieu et la manière de faire une bonne confession. Nous avons utilisé le Catéchisme de saint Pie X, non par choix polémique ou passéiste, mais parce que certaines réponses du Catéchisme de saint Pie X nous semblaient plus simples pour ceux qui n’avaient eu aucun contact avec la pratique chrétienne. C’est ainsi qu’est né alors ce petit livre. Puis il a été amplifié, nous avons ajouté des prières: les prières de la messe, du rosaire, les litanies. En janvier-février 2005, 30Jours voulait en faire une nouvelle édition et le désir m’est alors venu de demander au cardinal Ratzinger d’en faire la préface. C’était comme soumettre à l’autorité de l’Église (le cardinal Ratzinger était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi) ce petit livre dans lequel j’avais recueilli le catéchisme que j’avais appris enfant. Nous avons envoyé le livret au cardinal. Comme nous n’avions toujours pas reçu de réponse quinze jours plus tard, un journaliste de 30Jours a appelé le secrétaire qui nous a rassuré en disant: « Le cardinal est en train de préparer l’introduction et il a même le livret "Qui prie sauve son âme" sur son bureau, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ». Ainsi le cardinal Ratzinger a-t-il envoyé, le 18 février 2005, une belle et simple introduction. Elle débute ainsi: « Depuis que l’homme est homme, il prie », car la prière, c’est-à-dire la demande, est la structure même du cœur de l’homme. « Toujours et partout l’homme s’est rendu compte qu’il n’est pas seul au monde, qu’il y a quelqu’un qui l’écoute. Il s’est toujours rendu compte qu’il a besoin d’un Autre plus grand et qu’il doit tendre vers Lui pour que sa vie soit ce qu’elle doit être. Mais le visage de Dieu a toujours été voilé ». Depuis que l’homme est homme, il prie mais le visage de cet Autre plus grand a toujours été voilé.

Mon introduction partira de ces deux observations du cardinal Ratzinger. Première observation: le cœur de l’homme est créé comme demande et l’image de Dieu subsiste même après le péché (Cf. Augustin, De Trinitate XIV, 8, 11). L’homme, même après le péché, est capax Dei. Même après le péché originel, le cœur de l’homme, la nature même de l’être humain, est demande. Saint Augustin dit que toute créature est créée par la Sagesse mais que la créature raisonnable (anges et homme) est créée par la Sagesse de façon que son destin soit la Sagesse même (Cf. Augustin, De vera religione 44, 82). L’homme non seulement est créé par le Verbe, mais il est créé pour le Verbe éternel. Il est créé non seulement par Dieu, mais ad Deum, ad Te. C’est ainsi qu’est le cœur de l’homme. Saint Augustin, qui insiste fortement, contre l’hérésie pélagienne, sur le péché originel, sur la blessure du péché originel, dit lui-même qu’aucun péché (non seulement le péché originel, mais aucun péché que l’homme puisse accomplir) ne peut détruire ce limen naturae / ce seuil de la nature (Cf. Augustin, De civitate Dei XIX, 12, 2), cette ouverture au Mystère. L’image de Dieu, blessée, demeure comme ouverture au Mystère. S’il en était autrement, le pauvre pécheur ne pourrait rencontrer le Seigneur lorsque Celui-ci s’offre gratuitement à la rencontre. Si le cœur ne restait pas ouvert à la possibilité de la rencontre, il ne pourrait pas Le rencontrer. C’est là la première observation. La seconde observation (car il ne serait pas réaliste et donc pas vrai de ne dire que cela): cette demande, ce cœur, sont blessés. Cette demande, ce cœur sont embrumés. Le visage du Mystère est voilé. Il y a une prière de l’ancienne liturgie ambrosienne qui me plaît beaucoup, parce qu’elle décrit cette demande naturelle de l’homme dans sa condition historique: «… oratio captiva peccatis / la demande prisonnière des péchés / quae inimico impediente fuscatur/ qui est entravée et obscurcie par l’ennemi [le diable] (Ancien Breviaire Ambrosien, Sabbato ad Vesperas, oratio secunda). La demande du cœur, esclave du diable, est entravée et obscurcie. Telle est la condition du cœur de l’homme. Augustin (je l’ai cité ce matin) le dit avec une image que l’on n’oublie pas: « Fugitivus cordis sui / L’homme est fugitif, il est loin de son cœur » (Augustin, Enarrationes in psalmos 57, 1). Nous avons aussi lu ce matin le commentaire que fait Augustin du miracle des deux aveugles. Si le Seigneur n’était pas passé, les aveugles n’auraient pas crié. « Clausi sunt oculi cordis: / Les yeux du cœur sont fermés: / transit Iesus /Jésus passe / ut clamemus / pour que nous puissions demander » (Augustin, Sermones 88, 10, 9).

Je voudrais vous lire pour nous encourager, vous et moi, le passage du Credo du peuple de Dieu du pape Paul VI sur le péché originel. Si l’on oublie le péché originel, on devient d’abord idéaliste et ensuite cynique. Si on oublie sa condition concrète, conséquence du péché originel, on n’a pas un regard réaliste, un regard de foi, sur sa condition, sur la condition de l’homme, sur la condition du monde. Les passages sur le péché originel et sur la présence réelle du Seigneur dans l’Eucharistie sont les passages les plus longs du Credo du peuple de Dieu, parce qu’ils parlent des deux vérités de foi les plus fortement discutées à ce moment-là – mais pas seulement à ce moment-là. « Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C’est la nature humaine ainsi déchue, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses forces naturelles [blessée donc dans son intelligence et dans sa liberté] et soumise à l’empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c’est en ce sens que chaque homme naît dans le péché. Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, “non par imitation, mais par propagation”, et qu’il est ainsi propre à chacun. Nous, nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par le sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la parole de l’Apôtre, “là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé” ».

Ce que je viens de dire voulait être une sorte de grande introduction. Je voulais rappeler que la demande, la prière est le cœur de l’homme, mais ce cœur, cette demande sont obscurcis, ce cœur, cette demande sont entravés, ce cœur, cette demande sont prisonniers. Aussi l’homme, de fait, se résigne-t-il et, à la longue, ne demande-t-il plus. Il se résigne à se contenter de ce qu’il parvient à posséder, en quelque quantité que ce soit. Telle est la condition de l’homme.

Si telle est la condition du cœur, pour parler de la prière (de façon, comment dire, non abstraite), il faut voir comment Jésus est venu à la rencontre de cette condition de l’homme rendu esclave par les péchés (« Aussi n’es-tu plus esclave mais fils » Ga 4, 7), comment Jésus est venu à la rencontre de ce cœur qui L’attend, mais qui est entravé pour demander. Ce cœur qui, comme créature, L’attend, qui comme créature attend la rencontre avec Lui. Mais cette attente du cœur est entravée, cette attente du cœur est obscurcie. Si bien que la prière de l’ancienne liturgie ambrosienne se termine ainsi: «… vultus tui candore purgetur / que [la demande] soit purifiée par la splendeur de ton visage ». Comment le visage de Dieu brille-t-il dans nos cœurs (cf. 2Co 4, 6) pour que la demande puisse jaillir de notre cœur ? Comment Jésus vient-il à la rencontre de notre pauvre cœur ?

La première suggestion que je voudrais faire est que cette rencontre a sa source dans le mystère de l’élection de Dieu. Cette rencontre, en elle-même, n’est pas la récompense de la demande de l’homme. Cette rencontre est pure grâce. Elle est le mystère de la grâce de l’élection. Car Zachée avait peut-être une bonne attente, certainement de la curiosité (cf. Lc 19, 1-10), mais Matthieu n’attendait rien quand Jésus l’a appelé. Le publicain Matthieu n’attendait rien (cf. Mt 9, 9). Dans le tableau du Caravage, à Saint-Louis des Français, à Rome, cette gratuité absolue, cette élection absolument gratuite est merveilleusement mise en lumière. Voilà la première suggestion. Il y a un motif à la rencontre qui est dans le mystère de Dieu, qui est dans le mystère de l’élection de Dieu.

Seconde suggestion: cette rencontre est la perception d’une présence. Elle est, pour utiliser une expression latine, confessio / reconnaissance. Et ce fait de reconnaître est déjà, en profondeur, une demande. La reconnaissance de la foi est déjà, dans le cœur, une demande. La prière commence déjà dans la reconnaissance même de la foi. La formule que, dans la liturgie latine, nous disions toujours, dans toutes les messes, avant le Sanctus: «… supplici confessione / … avec une reconnaissance qui supplie », indique le proprium de l’acte de foi. La reconnaissance de la foi est toujours dans le cœur une reconnaissance / confessio / qui demande supplex. Quand l’enfant dit “maman” il ne prouve pas l’existence de sa mère. Il en reconnaît la présence, en demandant son amour, en demandant que sa mère soit proche de lui. C’est là le proprium de la reconnaissance de la foi. La reconnaissance de la foi est toujours supplex confessio. Confessio: une reconnaissance de l’intelligence. Augustin use pour le dire d’une expression définitive: « Fides si non cogitetur nulla est / La foi, si elle n’est pas pensée [intelligence qui reconnaît], n’est rien» (Augustin, De praedestinatione sanctorum 2, 5). La foi, c’est l’intelligence qui reconnaît, qui adhère. Et la reconnaissance de l’intelligence, dans la mesure précisément où elle est reconnaissance d’une Présence qui attire, est, en profondeur, une reconnaissance qui demande. Je me rappelle avec émotion la première rencontre de Jésus avec Jean et André, les deux disciples de Jean Baptiste qui suivent Jésus après que Jean Baptiste l’a indiqué comme l’Agneau de Dieu. Jésus se tourne vers eux et leur dit: « Que voulez-vous ? » (Jn 1, 38), et eux ne répondent pas ou mieux, ils répondent par une question: « Maître, où habites-tu ? » (Jn 1, 38). Ce qu’ils cherchaient, ils l’avaient sous les yeux. Ils ne répondent pas par une définition, ils répondent par une question « Maître, où demeures-tu ? », ce qui veut dire aussi: « Où, comment pouvons-vous demeurer avec toi ? ». Ce qu’ils attendaient, ils l’avaient sous les yeux et donc, l’ayant reconnu, ils ont demandé à rester avec Lui. La reconnaissance de la foi est déjà prière, la foi est déjà demande. Comme dit saint Augustin: «… et fides orat / la foi aussi demande » (Augustin, Enchiridion de fide, spe et charitate 2, 7). Le Credo est une prière. Qu’il est beau de le réciter durant la messe! La foi est une reconnaissance de l’intelligence suscitée par la grâce, suscitée par Son attrait, suscitée par Sa présence, par Lui qui passe tout près, par Son geste. C’est un acte de l’intelligence qui reconnaît et de la liberté qui adhère. Le Concile oecuménique Vatican I, lorsqu’il déclare que « la foi est une vertu surnaturelle impossible à obtenir sans l’illumination et l’inspiration de l’Esprit Saint », ajoute une très belle expression; « Qui dat omnibus suavitatem in consentiendo et credendo veritati / L’Esprit Saint donne à tous la douceur dans la reconnaissance et dans l’adhésion à la vérité » (Concile œcuménique Vatican I, constitution dogmatique Dei Filius, chap. III, De fide (Denzinger 3010). Comme il est beau ce mot suavitas! On ne reconnaît et on n’adhère à une présence que parce qu’il est doux, attirant de la reconnaître et d’y adhérer. La Vérité pour pouvoir être reconnue s’est faite présence humaine, le Verbe s’est fait homme (cf. Jn 1, 14). Ce n’est pas un théorème à démontrer. Ce que je voulais dire, c’est que le cœur de la reconnaissance de la foi est déjà prière.

Une troisième suggestion. Après sa rencontre avec Zachée, quand il est allé chez lui, Jésus lui a dit: « Aujourd’hui, cette maison a reçu le salut » (Lc 19, 9). La rencontre avec Jésus sauve vraiment l’homme. La reconnaissance de Jésus est le début du salut. Le baptême nous donne réellement le salut. « Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3, 2). C’est ce que dit saint Jean dans sa première Épître. Mais comment sommes-nous dès maintenant enfants de Dieu ? Comment sommes-nous dès maintenant sauvés ? Comment sommes-nous dès maintenant heureux ? L’effet du salut (voir Zachée, Lc 19, 6), le second fruit de l’Esprit Saint (cf. Ga 5, 22), c’est la joie. Le salut a ce reflet humain qui est la joie. Eh bien, comment sommes-nous dès maintenant heureux ? L’apôtre Paul et toute la Tradition disent que nous sommes dès maintenant sauvés, que nous sommes dès maintenant heureux « in spe / en espérance » (Rm 8, 24). Le cardinal Ratzinger, dans une interview que la revue 30Jours a elle aussi publiée (Cf. N.C. Hvidt, Le christianisme porte toujours en lui une structure d’espérance, 30Jours, 1, janvier 1999, p. 65-75), soulignait avec force que l’espérance est une dimension permanente de la vie chrétienne. Évidemment, notre attente n’est pas comme l’attente de l’Ancien Testament. En effet le Seigneur est venu et, par Sa grâce, nous L’avons rencontré. Mais l’espérance reste dans la vie chrétienne parce que nous aussi, en vertu justement de la suavitas / douceur de l’amitié avec Lui, nous L’attendons («nous attendons ta venue dans la gloire») et parce que la rencontre avec Lui, la foi, le salut, ne sont pas nos possessions. Notre salut n’est pas notre possession. À chaque instant c’est un don.

Et je voudrais ainsi vous lire les anciens canons sur la grâce, parce qu’ils sont d’une grande clarté et d’une lumineuse simplicité. Avant tout, deux canons du Concile de Carthage de 418 qui, approuvés après quelques hésitations par le pape Zosime, sont, disons, le document dogmatique sur la grâce auquel se sont référés tous les Conciles et, en particulier, le Concile de Trente. Puis un passage de l’Indiculus. L’Indiculus est un petit catéchisme dans lequel l’Église de Rome, après les polémiques de Pélage, a résumé la doctrine de la foi sur la grâce. Je lis ces documents de la Tradition parce qu’ils mettent en évidence que le salut est réel mais qu’il n’est pas notre possession. Il est réel et en même temps, selon une expression très chère à Péguy, précaire (Cf. Ch. Péguy, Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, in Œuvres en prose complètes, Gallimard, Paris 1992, p. 1449-1450). Si bien que le rapport du chrétien avec le salut est toujours un rapport de demande, est toujours un rapport de prière et n’est pas un rapport de possession.

Le canon trois du Concile de Carthage dit: « Il a plu aux évêques d’établir de même ceci: quiconque dit que la grâce de Dieu, qui justifie l’homme par notre Seigneur Jésus Christ, vaut uniquement pour la rémission des péchés déjà commis, mais non pour aider à n’en plus commettre, qu’il soit anathème » (Cf. Denzinger 225). La grâce est nécessaire non seulement pour le pardon des péchés commis mais comme aide pour ne pas en commettre dans l’avenir. Car le salut, la grâce ne sont pas nos possessions. Le salut, la grâce sont précaires. L’émerveillement de Jean et d’André était tout à fait certain ce jour-là: «Il était environ quatre heures de l’après-midi» (Jn 1, 39). Tout à fait certain mais il n’était pas leur possession. Leur demande était certaine mais elle n’était pas leur possession. La certitude du chrétien, selon une image de don Giussani qui me semble parfaite dans sa simplicité, est l’abandon de l’enfant. Quand l’enfant s’abandonne (comme le dit le Psaume 130 qui a été lu à la messe d’hier), il s’endort plein de certitude dans les bras de sa mère. Cette certitude n’est pas un bien qu’il possède. La certitude chrétienne est un abandon de cette sorte, c’est l’abandon d’un enfant.

Canon cinq du Concile de Carthage: « Il a ainsi plu aux évêques d’établir ceci: quiconque dit que la grâce de la justification nous est précisément donnée pour pouvoir accomplir plus facilement par elle ce que nous devons faire par notre libre arbitre, en sorte que, si la grâce n’était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu, qu’il soit anathème» (Denzinger 227). Si quelqu’un dit que, même sans la grâce, nous pouvons accomplir, peut-être non aisément, peut-être avec difficulté, les commandements de Dieu, qu’il soit excommunié. Puis la remarque finale est splendide: « Le Seigneur en effet, se référant justement au fruit des commandements [c’est-à-dire au fait d’appliquer ce qu’ordonnent les dix commandements], n’a pas dit: “Hors de moi il vous est difficile de faire” mais a dit: “Hors de moi vous ne pouvez rien faire”» (Jn 15, 5) (Ibid). Cette simplicité évangélique est réconfortante et libératrice. Libératrice pour nous et nos fidèles.

Chapitre trois de l’Indiculus. On cite ici le pape Innocent (401-417). Le pape Innocent, le prédécesseur du pape Zosime, avait accueilli immédiatement et cordialement les premières condamnations de l’hérésie de Pélage par les Conciles africains. L’Indiculus dit: « Personne, même renouvelé par la grâce du baptême, n’est capable de surmonter les embûches du diable ni de vaincre les concupiscences de la chair, s’il ne reçoit de l’aide quotidienne de Dieu » (Denzinger 241). Le Concile de Trente déclarera lui aussi qu’il est possible d’observer les commandements de Dieu avec la grâce et que c’est une affirmation téméraire et condamnée par tous les Pères de dire qu’il n’est pas possible, avec la grâce, d’observer les commandements (Concile de Trente, décret De iustificatione, chap. XI, De observatione mandatorum, deque illius necessitate et possibilitate (Denzinger 1536-1539). Mais il ajoutera que si quelqu’un est dans la grâce de Dieu, il ne reste pas dans la grâce sans une aide spéciale de la grâce (Concile de Trente, décret De iustificatione, Canones de iustificatione, can. 22 (Denzinger 1572). Pour rester dans la grâce, il faut une aide spéciale de la grâce. L’Indiculus poursuit: « C’est ce que confirme la doctrine du même pasteur [Innocent] dans ces mêmes pages où il dit: “En effet Dieu, bien qu’il ait racheté l’homme de ses péchés passés, sachant que celui-ci pouvait pécher encore, se réserva différents moyens de le redresser, même après ces fautes, en donnant chaque jour ces remèdes [chaque jour ces grâces] sans lesquels, si nous ne nous appuyons pas avec confiance sur eux, nous ne pourrons en aucune façon vaincre nos erreurs humaines. Il est en effet nécessaire que, comme nous sommes vainqueurs avec Son aide [de même que nous avons vaincu avec Son aide dans le baptême, de même que nous avons vaincu avec Son aide dans le sacrement de la confession], sans le renouvellement de Son aide, nous soyons vaincus”» (Denzinger 241). De même que nous avons vaincu avec Son aide, de même « eo iterum non adiuvante / s’Il ne nous aide pas de nouveau / vincamur / nous sommes vaincus ». J’ai lu ces anciens dogmes pour dire que la prière, la demande, est la façon de vivre des chrétiens. C’est la façon de vivre de qui, par la grâce, a rencontré le salut. De qui a été sauvé en espérance. De qui a trouvé une réponse gratuite à l’attente de son cœur dans l’amitié avec Jésus. La façon de vivre cette amitié, la façon de vivre cette grâce, la façon de vivre ce bonheur initial est la prière.

Je voudrais ainsi dire quelque chose de la façon dont saint Thomas d’Aquin parle de l’espérance, parce que saint Thomas arrive à faire coïncider l’espérance avec la prière. Vers le milieu des années Quatre-vingt, j’ai participé, à Collevalenza, à des exercices spirituels prêchés par le cardinal Ratzinger. De ces exercices, il y a une chose que je n’ai jamais oubliée: c’est quand, dans la méditation sur l’espérance, Ratzinger a cité saint Thomas qui dit: « La prière est l’interprétation de l’espérance / Petitio est interpretativa spei » (Thomas d’Aquin, Summa theologiae II-II q. 17 à. 4; cf. J. Ratzinger, Guardare Cristo. Esercizi di fede, speranza e carità, Jaca Book, Milan 1989, p. 54). La prière est la voix de l’espérance, elle est l’expression de l’espérance, elle est la modalité par laquelle s’exprime l’espérance. Être sauvé en espérance veut dire prier. Être heureux en espérance veut dire demander. Demander que cet émerveillement, ce début réel et précaire de bonheur, se renouvelle. Nous, nous ne pouvons pas le posséder. Si le Seigneur ne le renouvelle pas, nous ne restons pas dans sa grâce (cf. Jn 15, 5).

Saint Thomas, dans le Compendium theologiae (Thomas d’Aquin, Compendium theologiae II, 7), œuvre inachevée qui s’interrompt juste au début de la seconde partie, consacrée à l’espérance, passe, pour déclarer que l’espérance coïncide avec la prière – c’est si vrai que Jésus nous donne, pour nous faire vivre dans l’espérance, la prière du Notre Père – par les étapes suivantes.

Premièrement: «Spes desiderium praesupponit / L’espoir présuppose le désir» (Ibid). Comme c’est beau! L’espérance a pour présupposé que l’on soit attiré par ce qui est espéré. Si ce qui est espéré ne nous attire pas, nous ne pouvons pas espérer. L’espérance a pour présupposé l’attrait de la grâce, l’attrait Jésus. Le fait que Jésus nous attire veut dire que l’on a de Lui une expérience initiale. C’est là, selon moi, un point fondamental. Pour désirer la vie éternelle, pour désirer le Paradis, il faut en avoir déjà une expérience initiale. On ne peut désirer quelque chose sans avoir déjà l’expérience initiale de son attrait. La fin du discours de saint Augustin sur la prière, que nous avons lu dans le bréviaire il y a quelques semaines, le dit dans les termes les plus simples: « L’Esprit de Dieu incite donc les saints à prier avec des gémissements inexprimables, en leur inspirant le désir [vous voyez que le désir naît de l’attrait de la grâce] de quelque chose de très grand [le bonheur dans le Paradis], mais encore inconnu, que nous, nous attendons à travers l’espérance. […] En réalité si ce quelque chose était totalement inconnu, il ne pourrait être objet de désir, et si par ailleurs on le voyait, comme une réalité que l’on possédait déjà, il ne pourrait être désiré et demandé avec des gémissements» (Liturgie des Heures, vendredi de la XXIXe semaine du Temps ordinaire, Office des lectures, deuxième lecture, extrait de la Lettre à Proba de saint Augustin, èvêque (Epistolae 130, 15, 28). Si ce bonheur, si cette vie éternelle étaient totalement inconnus, on ne pourrait pas même les désirer et si on les possédait, on ne les demanderait pas. « Spes desiderium praesupponit ». Le premier présupposé est que ce que nous espérons est désiré, que le bonheur pour toujours est désiré. Pour le désirer, il faut qu’il nous attire. Le désir ne naît pas de nous. Le désir appartient à notre cœur mais c’est un attrait qui le suscite. Un attrait dont nous avons une expérience initiale.

Deuxièmement : il faut que ce qui est désiré «soit reconnu comme possible à obtenir / possibile esse aestimetur ad consequendum » (Thomas d’Aquin, Compendium theologiae II, 7). Cela aussi, c’est beau! Possible, parce que si le bonheur désiré n’était pas reconnu comme possible, ce serait une illusion, un rêve, ce ne serait pas une espérance. Un bonheur reconnu donc comme possible. Comme il est beau cet « aestimetur », c’est-à-dire “reconnu comme raisonnablement” possible. Saint Augustin écrit dans les Confessions: « Merito mihi spes valida in illo est / C’est avec raison que je mets en Lui la ferme espérance » (Augustin, Confessiones X, 43, 69).

Troisièmement : ce qui est espéré « sit aliquid arduum / est quelque chose d’ardu » (Thomas d’Aquin, Compendium theologiae II, 7)  . Ardu se traduit par difficile. Mais, selon moi, il est plus simple de dire qu’il s’agit d’une réalité que nous ne pouvons pas construire nous-mêmes, que nous ne pouvons pas posséder nous-mêmes. Ardu veut dire que nous ne pouvons pas prétendre, que nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne pouvons pas atteindre nous-mêmes et nous ne pouvons pas saisir nous-mêmes. « Si comprehendis non est Deus / si tu comprends, ce n’est pas Dieu » (Augustin, Sermones 117, 3, 5). Augustin dit cela de façon encore plus belle. « Si comprehendere potuisti / si tu as pu comprendre / aliud pro Deo comprehendisti / tu as compris autre chose à la place de Dieu » (Augustin, Sermones 52, 6, 16). Saint Augustin a parlé de l’aliénation avant Nietzsche et Marx. Si celui que tu appelles Dieu, tu le comprends, il est autre que Dieu, autrement dit, tu es aliéné. Dieu, on ne peut ni Le prétendre, ni Le comprendre. Paul dans l’Épître aux Philippiens, que nous avons lue à la messe, écrit que le Fils de Dieu « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2, 6). Il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Il ne retint pas, en le considérant comme un vol [c’est-à-dire comme une conquête de sa part], dit le texte latin, le rang qui l’égalait à Dieu. C’est un don permanent du Père dans la jouissance de l’Esprit Saint. L’espérance présuppose donc une réalité qui soit désirée, qui soit possible mais que nous, nous ne pouvons prétendre, nous ne pouvons comprendre. C’est en ce sens qu’elle est ardue.

S’ouvrent maintenant deux voies: la première est celle de l’homme qui s’active pour obtenir ce bien désiré, possible, ardu, et la seconde est celle de l’homme qui demande ce bien, et c’est là la façon dont la vertu de l’espérance s’exprime. Thomas en arrive à cette conclusion splendide: « Sic igitur ea quae Dominus / Ainsi donc, les choses dont le Seigneur / in sua oratione petenda esse docuit / a enseigné dans sa prière [le Notre Père] qu’elles devaient être demandées / ostenduntur homini esse consideranda possibilia / se montrent telles qu’elles doivent être considérées comme possibles par l’homme / et tamen ardua / mais pourtant ardues / ut ad ea non humana virtute sed divino auxilio perveniatur / de sorte que l’on arrive à elles non par la capacité humaine mais par la grâce de Dieu » (Thomas d’Aquin, Compendium theologiae II, 7). Voilà tout ce que je voulais dire. C’est-à-dire que la prière appartient au cœur de la foi chrétienne, que la prière appartient au cœur de la vie chrétienne. Au cœur de la foi parce que la reconnaissance de la foi est déjà demande à cette présence: supplex confessio. De sorte que dans la foi est affirmée l’unité de l’intelligence et du cœur. La prière appartient au cœur de la vie chrétienne parce que le salut que donne la foi est réel et en même temps précaire: « Car notre salut est objet d’espérance » (Rm 8, 24). Le début du bonheur est réel, c’est si vrai que si l’on n’en avait pas une expérience initiale, on ne pourrait pas même le désirer. Il est réel mais ce n’est pas notre possession. Augustin, dans un passage que nous lisons dans le bréviaire, le dernier jour de l’année liturgique, avant le début de l’Avent, dit: « Quotidie petitores, quotidie debitores / Chaque jour, nous devons demander, chaque jour nous sommes de pauvres pécheurs » (Liturgie des Heures, samedi de la XXXIVe semaine du Temps ordinaire, Office des lectures, deuxième lecture, extrait des Discours de saint Augustin, évêque (Sermones 256, 1). Chaque jour, nous devons réciter le Notre Père. Chaque jour petitores / des personnes qui demandent. Chaque jour, debitores / des personnes qui demandent pardon.

Maintenant, seulement quelques brèves remarques sur la façon dont le Compendium du Catéchisme définit la prière (Compendium du Catéchisme de l’Église catholique, n. 534).

Première remarque. Le Compendium définit la prière conformément aux deux définitions traditionnelles: « Elevatio mentis in Deum / Élévation de l’âme vers Dieu » ou « petitio decentium a Deo / demande à Dieu des biens conformes à Sa volonté » (Ibid). Et il ajoute quelque chose de très beau: « Elle [la prière] est toujours un don de Dieu » (Ibid). La prière des enfants (cf. Ga 4, 6) naît toujours du fait qu’Il s’approche, qu’Il vient à la rencontre, qu’Il passe. « Transit Iesus ut clamemus » (Augustin, Sermones 88, 10, 9). « Elle est toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme ». Voilà ce que dit le Compendium. Cette brève réponse du catéchisme utilise la parole rencontre . La prière est toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre. S’Il ne vient pas à la rencontre, le cœur ne demande pas. « Clausi sunt oculi cordis » (Ibid). Le cœur suit ses illusions. Car le cœur, c’est-à-dire l’intériorité est malade, l’intériorité est aveugle, l’intériorité est sourde, l’intériorité est morte (Ibid).

Deuxième remarque. La prière est donc elevatio mentis in Deum. Pour comprendre ce que veut dire ce « élever l’âme vers Dieu », je me reporte à un passage de saint Augustin dans le De Civitate Dei (Augustin, De civitate Dei XIV, 13, 1) . Augustin cite le sursum corda / élevez vos coeur. Alors comme aujourd’hui, c’est ainsi que commence la prière eucharistique. Augustin écrit: « Bonum est sursum habere cor, / C’est une bonne chose d’avoir le cœur en haut, / non tamen ad se ipsum / non pas cependant tourné vers soi-même [comme c’est important, cela! La prière n’est pas une introspection. C’est une bonne chose d’avoir le cœur élevé, mais non tourné vers soi-même], / quod est superbiae / ce qui est le propre de l’orgueil, / sed ad Dominum / mais tourné vers le Seigneur, / quod est obœdentiae / ce qui est le propre de l’obéissance / et [c’est ici qu’il y a la plus belle observation] quae nisi humilium non potest esse. / [obéissance] qui ne peut exister que chez les humbles. / Est igtur aliquid humilitatis / Il y a en effet dans l’humilité quelque chose / miro modo quo sursum faciat cor / qui élève le coeur d’une façon admirable [elevatio mentis in Deum] / et est aliquid elationis / et il y a dans l’effort pour s’élever quelque chose / quod deorsum faciat cor. / qui abaisse le cœur. / Hoc quidem quasi contrarium videtur, / Il semble ainsi que ce soit le contraire [de ce que nous pensons instinctivement]: / ut elatio sit deorsum / que la tentative de s’élever soit en bas / et humilitas sursum / et l’humilité en haut ». Augustin dit simplement dans ce passage ce que Jésus a dit: « Car tout homme qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé » (Lc 14, 11). Combien de fois nous confondons nous aussi l’elevatio mentis in Deum (qui est le regard – ou plus simplement les larmes – de l’enfant qui demande à être pris dans les bras) avec la elatio (qui est la tentative de l’homme d’atteindre, lui, Dieu). C’est un fait merveilleux « miro modo » que ce soit l’humilité qui élève à Dieu, parce que c’est Dieu qui élève. Comme pour le publicain, qui « n’osait même pas lever les yeux au ciel » (Lc 18, 13).

Troisième remarque. La définition de la prière comme « petitio decentium a Deo / demande à Dieu de bonnes choses » laisse entendre que la prière est liée à la vie bonne. La prière est liée à l’obéissance aux commandements. Nous sommes de pauvres pécheurs mais nous ne pouvons pas prier dans le compromis avec le péché. On ne peut pas désirer en même temps deux choses contraires. Un instant après avoir cédé à la tentation, on peut demander par grâce. Mais le cœur « est menteur » (1Jn 2, 4) si, en même temps, il « dit » (1Jn 2, 4) désirer deux choses contraires.

Quatrième remarque. Les deux mots elevatio et petitio par lesquels le Compendium définit la prière suggèrent que celle-ci est « toujours et en même temps » (comme l’a dit le pape Benoît XVI l’année dernière à Cologne (Cf. Benoît XVI, rencontre avec les évêques d’Allemagne, Cologne 21 août 2005)) un regard et une demande, un émerveillement et une attente, une douceur et un désir (Augustin, De Trinitate XV, 2, 2), une réjouissance initiale dans les gémissements (Cf. Augustin, Epistolae 130, 15, 28). C’est précisément en raison de l’émerveillement de la rencontre que Jean et André ont demandé (cf. Jn 1, 38). Et comme elle est toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre, la prière est possible, dans les gémissements aussi, toujours en raison d’un dernier émerveillement.

On marche ainsi « proficiens / en croissant », dit saint Augustin en parlant de Pierre: « Non praeveniendo sicut Petrus praesumens / Non pas en voulant prévenir [non pas en voulant aller au-delà] comme Pierre quand il présumait / sed sequendo et orando / mais en suivant et en demandant [émerveillement et demande] sicut Petrus proficiens / comme Pierre quand il marchait en croissant » (Augustin, Sermones 284, 6). C’est ainsi que l’on devient bon. Comme l’a dit le pape Benoît XVI dans sa rencontre avec les enfants de la première communion, le 15 octobre 2005: « Si l’on est avec Jésus, la vie devient bonne et l’on va bien ».

Cinquième remarque. Pour apprendre à prier, il faut prier. La prière étant toujours un don de Dieu qui vient à la rencontre, il nous est simplement demandé de répéter. Répéter, c’est-à-dire re-demander. Répéter les formules les plus simples de la prière. C’est le Seigneur qui vient à la rencontre. « Aux humbles il donne la grâce » (Pr 3, 34; <1P 5, 5).

Ce n’est pas nous qui, avec des mots de notre invention, rejoignons le Seigneur. Prenons, par exemple, le saint rosaire. Ces mots croissent avec la croissance de l’expérience de la foi. Comme pour les enfants. Au début, les mots peuvent n’être que le son de la voix. Si l’on répète ces mots, la réalité qu’ils indiquent se montre gratuitement dans sa beauté si chère: « Chère beauté ». Lisez, si possible devant l’Eucharistie, le chapitre 11, versets 1-13, et le chapitre 18, versets 1-14, de l’Évangile de Luc.

Je conclus par une citation de saint Augustin tirée du De Civitate Dei: « L’activité suprême et totalisante de l’Église ici, sur la terre, dans notre condition mortelle, est de mettre son espérance dans la prière » (Augustin, De civitate Dei XV, 21).

Elle est vraiment belle cette expression d’Augustin! « Activité suprême et totalisante » suggère que la prière est la dimension de chaque geste. « Mettre son espérance dans la demande » suggère, par exemple, que, quand nous célébrons la messe, l’espérance est dans la prière de Jésus, non en nous.
 

Sources: 30Giorno.it

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 30.12.2007 - BENOÎT XVI - T/Théologie

 

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