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19 Avril 2005
 

Être un intellectuel catholique

 

Le 19 mai 2008 - A cause de sa capacité à reconnaître ses erreurs et, avec quel génie, André Malraux démontra l’illusion de la mystique révolutionnaire. Il contribua radicalement à l’effondrement des idéologies. Nous lui en sommes redevables.

Pierre Desgraupes 

ÊTRE UN INTELLECTUEL CATHOLIQUE

UN ENTRETIENT IMAGINAIRE ENTRE
PIERRE DESGRAUPES
ET
PIERRE-CHARLES AUBRIT SAINT POL 


Desgraupes : « - Pourquoi Imaginaire, faites-vous allusion au Musée Imaginaire de Malraux ?

Aubrit St Pol : - Non pas à son merveilleux Musée mais à lui-même. Je lui reconnais une grande intelligence et surtout, malgré ses erreurs, ses choix, une honnêteté intellectuelle étonnante et une grande sincérité. Cet homme ne cessa jamais d’être bouleversé par des intuitions si fortes qu’elles pourraient bien être l’une des explications de tout ce qu’il fut. Ces intuitions étaient des fulgurances brûlantes qui le consumaient. Il fait parti de ces individus qui vécurent à côté de Dieu, ont eu le regard dans le divin sans jamais s’en rendre compte.

Desgraupes : - Pourquoi cet intérêt pour lui ?

Aubrit St Pol : A cause de sa capacité à reconnaître ses erreurs et, avec quel génie, il démontra l’illusion de la mystique révolutionnaire. Il contribua radicalement à l’effondrement des idéologies. Nous lui en sommes redevables. Il perçut, au-delà de ses misères, les grandeurs irréductibles de l’homme ; il comprit que sa dignité valait tous les combats même si ses engagements furent contestables. Sa résistance aux épreuves, sa maîtrise du désespoir, sa capacité à rester debout, ont fait naître en moi un intérêt et une affection sincère ; sa tragédie personnelle me le rendit proche. Il est un authentique intellectuel et comme tous ceux de son espèce, il expérimenta toute sa vie les abîmes des solitudes. Il fut une sorte de fiancé des ténèbres de l’esprit mis au service de la vérité. Pour un intellectuel, la vérité est une maîtresse dévorante qu’on ne peut que servir.
Et il y a un événement qui me le rend bien plus sympathique encore, c’est son attitude envers Georges Bernanos. Ces deux esprits avaient une exigence semblable : ils se sont laissés investir d’une rigueur intellectuelle admirable ; toutefois, je me demande s’il n’y avait pas plus d’affinités de tempérament avec un Léon Blois. Bernanos et Malraux ont accepté de soumettre leur vie intellectuelle à l’aune de la lumière naturelle pour André et à l’aune de la lumière de la foi et de la doctrine catholique pour Georges. Ils témoignèrent tous les deux d’une liberté intérieure sans équivalent. Je suis ému qu’André Malraux fût l’un des rares intellectuels de sa génération à être présent aux obsèques de Bernanos ; on n’y vit pas Mauriac !

Desgraupes : -Vous ne semblez guère avoir de sympathie pour Mauriac ?

Aubrit St Pol : J’admire son talent de romancier ; mais je déteste ce qu’il fut en tant qu’intellectuel et son implication dans la politique mais bien plus encore, son rôle malfaisant quant à son influence dans l’Église de France. Il fut de ces esprits élitistes qui décidèrent de contrôler les intellectuels catholiques, quitte à exclure ceux qui n’entraient pas dans leur vision de l’Église. Il a contribué à réduire le champ d’action des intellectuels catholiques de France dans les débats de la cité. Il est en partie la cause que beaucoup d’entre eux, de grande qualité, se soient enfermés dans des extrémismes ; il aura favorisé l’implantation des courants idéologiques de la gauche en jouant abusivement sur son rôle dans la Résistance. Il est aux antipodes de l’idée que je me fais de l’intellectuel en général et surtout de l’intellectuel catholique. Il est vrai qu'il était membre du courant libéral catholique, on sait où cela nous a amenés. Certes, il quitta le Sillon mais toute son action politique et intellectuelle montre que cette obéissance ne fut pas suivie d’une remise en cause de sa vie intellectuelle, il n’œuvra pas à la conversion de son intelligence. Bernanos dans certains de ses romans a parfaitement décrit ce genre de personnalité.

Desgraupes : - C’est une descente en flammes !

Aubrit St Pol : Qu’on me démontre mon erreur et je me corrigerai !

Desgraupes : - Parlons un peu de vous. Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours intellectuel ?

Aubrit St Pol : - Parlez de moi, c’est bizarre, ce n’est guère dans les usages de la vie intellectuelle ! Je suis né à Lille, dans un milieu pauvre quoique issue d’une famille réunissant toutes les classes sociales et les niveaux de vie. Je descends d’un des plus anciens lignages de France. Mon enfance fut très éprouvée, avec le temps et la grâce de Dieu ces souffrances me furent une école terrible mais fructueuse. Dieu permet des épreuves à la limite de la raison mais il me faut croire qu’il ne m’abandonna pas, car je jouis étrangement d’un solide équilibre. C’est une grâce inexplicable. Je ne comprends pas comment j’ai pu me sortir d’années d’enfance qui ne furent qu’une longue période de tortures mentales, affectives et physiques ? Mes parents divorcèrent. On m’a privé de mon enfance pour me plonger dans le monde effrayant et noir des adultes dont je me méfie toujours.

Desgraupes : - Leur avez-vous pardonnés ?

Aubrit St Pol : - Cette grâce du pardon me fut donnée dans la grâce de conversion. Le mariage de mes parents fut arrangé, alors qu’aucun d’eux n’était fait pour cet engagement. On maria deux immatures, ce fut une erreur fatale pour eux-mêmes et leurs enfants. Il n’est pas dans la nature blessée de l’homme de pardonner, c’est une grâce qu’il faut demander, elle fait partie des facteurs intérieurs qui tendent au dépouillement, à la pauvreté de l’esprit. La grâce du pardon émane directement du rayonnement de  la Croix de Jésus. C’est une grâce qui transforme la souffrance en force de délivrance.

Desgraupes : - Vous semblez attacher de l’importance aux racines de la génération de l’homme, pourquoi ?

Aubrit St Pol : - La société vit depuis l’après guerre une culpabilité outrancière parce qu’injustifiée. Ma génération l’est davantage à cause des évènements particulièrement médiocres de l’an 68 ! Une culpabilité qui poussa ma génération à tourner le dos à tout ce qui la fit être, elle voulut être une sorte de génération spontanée ; ce n’était pas là une libération mais bien une aliénation tragique. La découverte de mes racines familiales fut parallèle à la prise de conscience de mon identité de Français, d’Européen, de membre de l’humanité. Ces racines se découvrirent à moi dans la progression de ma conversion comme si Dieu m’aidait à une guérison intérieure autant par sa grâce que par une connaissance objective de mon identité. La découverte de ses racines ou leur prise en conscience constitue un apport important à l’affirmation de son identité et à l’équilibre structurel de la personnalité. On ne naît pas de rien ; on a un héritage moral, spirituel, historique, affectif, physique qui imprègne notre potentiel génétique et contribue à l’élaboration de la personnalité originale. Cette conscience historique de notre personnalité est nécessaire pour survivre dans une société qui s’effondre sur elle-même dans la simultanéité du grossissement de son orgueil. Il est indispensable d’être le fils de son père !...

Desgraupes : - Quel est votre parcours intellectuel ?

Aubrit St Pol : - Je n’ai pour tout diplôme que le Certificat d’Études Primaires. J’ai fait de très mauvaises études parce que je rejetais toute forme d’autorité, car je la reliais au monde des adultes envers qui je ne parvenais pas à faire confiance. A part des personnalités d’exception, les adultes ont longtemps fait partie de mes terreurs, de mes angoisses, ils furent longtemps associés aux peurs du lendemain. Rien de juste ne me semblait pouvoir venir d’eux ; ce monde ne m’était d’aucune sécurité. Beaucoup de ceux qui eurent à exercer une autorité sur moi, en dehors de ma parenté, ajoutèrent à la souffrance quotidienne que je devais affronter. Les maîtres qui eurent la mission de former mon esprit beaucoup d’entre eux pratiquèrent sur moi les violences physiques ou morales même chez les prêtres. De Lille, après un séjour à l’orphelinat d’Arnéke, je fus emmené à La Couture, village du Pas de Calais ; je fus d’abord scolarisé au Touré puis au cœur du village et retour au Touré. Dans ces deux écoles primaires publiques, je subis avec d’autres, nous les pauvres, des brimades qui aujourd’hui enclencheraient des poursuites judiciaires, surtout à l’école attenante à la mairie, en face de l’église. Elle était sous la responsabilité d’un couple d’instituteurs, les Flamands, l’épouse était un monstre de violence, d’humiliation ; pour obtenir sa bienveillance, il fallait être riche ! Lui apporter des fleurs, des fruits, des victuailles que nous ne pouvions fournir. J’ai en mémoire des scènes de violences contre moi ou d’autres de mes camarades épouvantables et nous ne pouvions rien dire. Moi je ne pouvais me plaindre ni auprès de ma mère ni mon beau-père, car c’était alors une autre occasion de recevoir des coups après ceux reçus sans justification de cette maîtresse. Il me faudra attendre d’être scolarisé à Douai, l’école primaire de la rue du Kiosque, pour que je découvre des maîtres respectueux de leurs élèves : je me souviens de M. Rousseau et M. Garnier je crois. Ce dernier avait été interné dans les camps nazis, il se dégageait de ce maître un amour, une bonté dont je ne connaissais pas l’expérience. M. Rousseau était de cette même qualité, des maîtres soucieux de notre formation et d’un respect que je ne recevais pas chez moi. Ils furent les détonateurs de ma vie intellectuelle qui commença par la découverte du plaisir de la lecture. J’ai découvert la lecture dans l’année de mes douze ans avec Alexandre Dumas et Balzac puis Hugo. Je passais mon certificat à Lille, à l’école Monge. Après, j’entrais dans la vie active, car je me sentais coupable de poursuivre des études et je pensais gagner enfin le respect de mon entourage par une vie professionnelle. J’y ai perdu ma santé. Alors que je venais de m’engager dans la marine nationale, je fus précipité dans la maladie à Lourdes, ce fut le début d’une très lente construction de mon être. C’est en soins, au Centre Hélio Marin de Vallauris, que je repris goût aux études. J’entrepris des cours par correspondance jusqu’au niveau bac. J’avais un appétit de connaissances que je comblais dans un grand désordre. C’est lors de mon séjour au séminaire de Paray le Moniale que j’appris à structurer ma vie intellectuelle, dans un temps très court, grâce à l’influence du Père Henri Macé. La fréquentation d’un saint chasse bien des ombres.

Desgraupes : - Ne regrettez-vous pas de ne posséder aucun diplôme universitaire ?

Aubrit St Pol : - J’en ai souffert surtout au début de ma conversion, car il ne manqua jamais un esprit bienveillant pour me le rappeler !... On se fit un plaisir d’essayer de me culpabiliser, qui pouvait se douter de mon parcours ? Cette attitude s’explique par les préjugés sociaux et le besoin de certains milieux de se protéger de l’intrus qui ose franchir les limites réservées à un complexe élitiste. Maintenant, je suis convaincu que ce fut une des dispositions de la Providence et, je n’éprouve aucun complexe, surtout quand je vois l’usage tragi-comique que certains hauts diplômés et intellectuels font de leur formation. C’est une grâce, car je n’ai pas été déformé, mon intelligence n’a pas été corrompue par des systèmes de pensée et surtout par aucune idéologie. Quant aux lacunes de connaissances, elles me balisent la voie de l’humilité et je les comble au fur et à mesure de mes nécessités. C’est aussi la raison pour laquelle je me sens si proche de Malraux, Bernanos, Léon Blois. Je m’amuse souvent des prétentions des esprits bienfaits et surdiplômés, la plupart du temps ce sont des esprits contrefaits tant leur vanité et leur orgueil les gonflent.

Desgraupes : - Qu’est-ce pour vous la vie intellectuelle ?

Aubrit St Pol : - Un intellectuel n’est pas exclusivement un amas de connaissances livresques ni une succession de diplômes ; beaucoup de diplômés actuellement ne sont guère de vrais intellectuels. Il y a de moins en moins d’esprits capables de poser les bases d’un concept même des plus simple. Si la connaissance est nécessaire en terme de savoir, il y faut aussi l’expérience d’un vécu pour y parvenir, il ne faut pas trop protéger un enfant ; la souffrance est une nécessité à expérimenter. L’intellectuel est celui qui apprend sur lui-même autant qu’il apprend du monde et sur le monde extérieur. Tous les érudits ne sont pas des intellectuels, tous les intellectuels ne sont pas nécessairement des diplômés de grandes écoles. J’aurai tendance à dire que pour être un vrai intellectuel mieux vaut éviter les grandes écoles. L’université est le lieu le plus approprié pour l’éclosion de la vie intellectuelle. Ma grand-mère maternelle interrompit ses études à l’âge de 12 ans, je peux vous dire qu’elle avait un esprit d’analyse et une souplesse de raisonnement qui valait bien certains de nos intellectuels très en vue. Un intellectuel est quelqu’un qui s’engage à témoigner d’abord de la vérité : la perception de la vérité peut être de deux ordres, soit elle est naturelle, objective, soit elle est surnaturelle, religieuse, cette dernière ne peut se séparer de la précédente, alors que la première peut ignorer la vérité révélée. Mais une chose est certaine, l’intellectuel témoigne autant qu’il le peut de la vérité, c’est une obligation morale.

Desgraupes : - Que pensez-vous de la vie intellectuelle en France en général et dans l’Église de France ?

Aubrit St Pol : Avant de vous répondre, je veux préciser ma pensée sur la connaissance. J’ai une admiration certaine pour les savants et pour ceux qui ne cessent de se cultiver pour enrichir le débat intellectuel. Je suis admiratif des esprits qui sont des maîtres et se considérent comme des élèves ; quel que puisse être par ailleurs leur engagement, leur conviction, ces esprits là m’enchantent, me ravissent. Car l’homme de la quête sait que sa vie sur Terre ne la conclura jamais, ce sont donc des esprits humbles, pauvres… Des quêteurs de vérité ! Qu’importe pour moi qu’ils soient croyants ou pas, car cette quête là rejoindra toujours Dieu. J’émets une réserve, c’est envers ceux qui s’engagent dans une structure idéologique, s’y laissent enfermer ; c’est un engagement de contre valeur et la preuve de leur immaturité, ils ont besoin de se sentir à l’abri. Ils ne sont pas d’authentiques aventuriers de l’esprit.
Pour revenir à votre question, les tenants actuels du pouvoir intellectuel en France, surtout ceux issus de la génération 68, sont d’une affligeante médiocrité et d’une hypocrisie vertigineuse.
Je suis tenté de vous dire : j’arrête là ma réponse sur ce sujet, car la médiocrité, l’indigence morale dans leur vie intellectuelle ne méritent aucun commentaire ; que voulez-vous, j’aime à croire que l’indigence, l’absence de vertu dans la vie intellectuelle produisent des inexistants, on ne commente pas ce qui n’existe pas.
Le malheur est qu’ils veulent encore donner le la à la vie intellectuelle et, ce faisant, ils contrôlent les éditions, la liberté universitaire et les espaces médiatiques. On peut d’ailleurs observer à ce sujet, que plus un intellectuel est réputé, plus il occupe le champ médiatique et moins sa qualité intellectuelle est évidente. La France se donne plusieurs générations d’intellectuels comme la monarchie se donnait des aristocrates ; nos nouveaux aristocrates sont des intellectuels médiatiques pour la plupart d’entre eux, ils n’ont que les espaces médiatiques pour apanages ! Ils rassurent !

Desgraupes : - Vous êtes très sévères ! Pourquoi tant de sévérité ? Iriez-vous sur un plateau ?

Aubrit St Pol : - Les besoins, les attentes d’un contenu intellectuel, d’un discours intellectuel sont immenses dans nos sociétés en pleine décadence de l’esprit ; et ces intellectuels là ne répondent pas à ces attentes ! Ils ne veulent pas remettre en cause les repères, les normes qui les font vivre. Quand ils parlent, c’est toujours dans le sens de l’émotion, dans le sens des appétits bas. Ils agissent en prédateurs de l’esprit ; ils sont les Pétrone de nos jours, le génie en moins. Observez comme leurs sourires sont tristes, la vie leur fait peur ! Ils n’existent que dans l’émotion et l’affect du peuple ; ils ne prendront pas le risque de s’affronter à lui. Ils veulent rester populaires ! Ils épousent des causes justes certes comme les droits de l’homme ici ou ailleurs mais ce sont des portes ouvertes ; ils ne font que prendre le fleuve en marche, ils ne créent pas un mouvement. Par contre, ils ont l’art de créer des opinions ou de les surligner, car ils se sentent obligés d’entrer dans l’opinion qu’ils suscitent pour que le peuple les regarde plus qu’il ne les entend. Leur discours est davantage une image qu’un propos à moins que le discours flatte leur image. Ils s’auto-régénèrent grâce aux médias et ceux-ci se revivifient grâce à ceux-là.
Je crois qu’en l’état des médias, on ne m’invite jamais sur un plateau et ce n’est guère la place d’un intellectuel ; ce sont aux médias de venir à lui. Si toutefois j’étais invité, je demanderai d’être en présence des philosophes modernes, Bernard Henry-Lévi entre autre et quelques autres représentants les « intellos des variétés ». Ce me serait une gourmandise irrésistible, je ferai sauter l’audimat et je m’amuserai bien ; j’ai une excellente mémoire et je me sens complètement libre. Je pense à certains sentencieux qui sévissent sur des plateaux d’amuseurs et qui ont construit leur carrière en « chiant » sur les catholiques et l’Église, sur le Pape, leur zèle s’exprima à loisir sur certaines radios nationales ; pour ceux-là, je leur réserve un sort particulièrement gourmand.
Actuellement, l’intellectuel ne doit que très peu se produire sur les médias, il doit se couler dans le silence pour attirer l’attention des esprits qui recherchent un accompagnateur marginal ; ce n’est possible que si on accepte de considérer le diplôme comme une nécessité pratique pas comme une fin en soi. Une telle prise de conscience permet un dépassement pour entreprendre la quête… Il n’y a pas d’âge pour une telle démarche.
L‘intellectuel est celui qui éclaire le pas de l’homme, il n’a pas à rechercher le pouvoir, la seule autorité dont il doit user est celle en lien avec la matière qu’il maîtrise le mieux. Il ne peut en être autrement, car il a aussi la charge d’alerter les consciences. Le service de la vérité exige de servir pas de commander.

Desgraupes : - Quel est pour vous le rôle de l’intellectuel dans la cité ?

Aubrit St Pol : - C’est une question délicate. Il doit savoir qu’il entre dans une voie où il n’y a aucune assurance, aucune sécurité, car il n’est pas là pour plaire ni pour être aimé mais pour témoigner de la vérité indifférent aux qualités des personnes, à leur rang, il ne peut être un flatteur. Il doit veiller jalousement à sa liberté de conscience aussi bien qu’à celle de son mouvement, car il a plus souvent à dire non que oui ! Son propos est de toujours éclairer l’acte et le pas de l’homme dans le respect de celui qui veut bien l’écouter. Il ne doit appartenir à aucun parti politique, il ne devrait pas s’aliéner à des idéologies. S’il veut aider à l’accroissement de la liberté chez l’élève, il ne peut entrer dans un carcan qui tend à restreindre cette liberté ou alors ce n’est pas vraiment un intellectuel. Il n’est plus obéissant à la vérité quelle qu’elle soit. Il est un analyste et un contemplateur de l’acte de l’homme qu’il doit accueillir dans toute sa vérité. Un intellectuel est un homme de solitude sans laquelle il ne peut atteindre aucune maturité.

Desgraupes : - Que dites-vous des intellectuels catholiques ?

Aubrit St Pol : - Je vous ai défini ce que pour moi devrait être un intellectuel, je le redis pour un intellectuel catholique avec la certitude que c’est une obligation qui entre dans l’Économie du Salut. Elle est rédemptrice pour lui et ses frères. Un intellectuel catholique doit servir deux fois la vérité et doit lui obéir sans hésitation.

Desgraupes : - Vous êtes en accord avec le pape Benoît XVI qui disait qu’obéir à la vérité c’est retrouver assurément la liberté ?

Aubrit St Pol : - Bien certainement, je suis d’accord. Je me suis réjoui de cette parole et de tant d’autres ; elle a contribué à renforcer ma liberté. Mon expérience de l’Église m’oblige à dire que plus j’avance dans son amour maternel et paternel et plus je me sens libre. Je n’éprouve plus cette pesanteur institutionnelle qui au début de ma conversion pesait lourdement en moi. Un intellectuel catholique doit rechercher la vie d’union avec le Christ qui est le seul moyen pour qu’il se sente consciemment membre du Corps du Christ et que ce ne soit pas seulement une formule confortable.
La vie intellectuelle est une ascèse naturellement, elle l’est bien davantage pour un chrétien. Elle doit devenir une aventure intérieure, spirituelle et comme toutes les aventures, elle ne comporte aucune certitude, ce n’est pas en elle qu’il faut chercher son confort ni y trouver de quoi se rassurer… Si vous êtes dans cet état, alors allez rejoindre l’extérieur, ceux du commun des diplômés de la médiocrité.
Il n’y a que très peu de vrais intellectuels catholiques en l’Église de France et bien peu d’entre eux ont le désir de prendre tous les risques y compris de se fâcher avec la hiérarchie. Nous, les intellectuels catholiques souffrons beaucoup de l’ambiance qui règne dans notre Église de France. Elle est éprouvante, malsaine. On le ressent bien quand on fréquente les maisons d’éditions, il y règne une dictature du conformisme soit de gauche, soit de droite, on n’y trouve aucune liberté évangélique. C’est un milieu mal élevé, sans charité, violent intérieurement et bien moins cultivé qu’on ne le pense. Plus que partout ailleurs, on y sent la compromission avec l’esprit du monde et une absence quasi-totale de courage intellectuel. Il ne s’y trouve aucune liberté d’esprit. Ils veulent tous contrôler le pouvoir intellectuel, ce n’est pas mieux que dans les autres mondes de la vie culturelle, tout y est bouclé avec des serrures rouillées, corrodées et corrosives.
En France, il ne faut se faire aucune illusion, nous subissons dans toutes les institutions y compris religieuses, le triomphe et la dictature de la médiocrité. La France glisse dans un effondrement qui sera proche du Ve au XIe siècles. Les points de résistance se forgent dans la marginalité, ils ne peuvent être qu’en dehors des institutions. Les intellectuels au cœur de la cité des hommes sont des ermites du désert. (À suivre…)
 

Sources :  lescatholiques.free.fr

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Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 19.05.08 - T/Philosophie

 

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