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19 Avril 2005
 

Journal du Vatican - Le grand rabbin de Rome est lui aussi opposé aux mariages gay

Le 15 janvier 2013 - (E.S.M.) - Le grand rabbin de France n'est pas le seul à être en accord avec le pape pour défendre la famille composée d'un père, d'une mère et d'enfants. Voici ce qu'écrit le rabbin Riccardo Di Segni, guide spirituel des juifs d'Italie.

Le grand rabbin de Rome

Journal du Vatican - Le grand rabbin de Rome est lui aussi opposé aux mariages "gay"

par Sandro Magister

Le 15 janvier 2013 - E. S. M. - La foule immense qui, le dimanche 13 janvier, a envahi les rues de Paris afin de manifester contre la légalisation du mariage "gay" voulue par le président Hollande a étonné par la variété de sa composition.

Il y avait là des chrétiens et des athées, des musulmans et des juifs, des conservateurs et progressistes. Il y avait également des homosexuels. Il s’étaient tous rassemblés pour défendre la famille naturelle, composée d’un père, d’une mère et d’enfants.

Mais l'élément qui a produit la plus forte impression, avant même que la manifestation n’ait eu lieu, c’est la communauté de vues entre Benoît XVI et le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, quant à l'argumentation qui fournit les raisons de la protestation   Le pape et le rabbin contre la philosophie du "genre"

"Soigneusement documenté et profondément touchant" : c’est en ces termes que le pape Joseph Ratzinger a défini le document que le grand rabbin Bernheim a écrit pour manifester son opposition à la reconnaissance juridique du mariage homosexuel.

Mais le leader spirituel des juifs de France n’est pas le seul à avoir manifesté cette opposition.

À Rome aussi, le guide de la communauté juive, considérée comme la plus ancienne d'Occident, pense de même.

C’est ce que Moked, le portail des juifs italiens, a mis en évidence, en entrant dans la polémique à partir d’un article publié par le principal quotidien italien, le "Corriere della Sera", qui laisserait entendre – écrit Moked – "que le document du rabbinat français constitue une nouveauté rare et courageuse dans le contexte d’un judaïsme habituellement silencieux à propos des grandes questions de droit civil, principalement en Italie".

En réalité, tient à préciser Moked, "le judaïsme italien, et avec lui son rabbinat, n’a été silencieux que pour ceux qui n’ont pas voulu l’écouter".

Pour preuve de cette affirmation, le portail des juifs italiens rappelle que "le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a utilisé, il y a plus de cinq ans de cela, des arguments solides et des termes bien clairs - trop clairs, même, au goût de certaines personnes - pour dire les mêmes choses que nous répète aujourd’hui le rav Bernheim".

Il s’agit là d’une référence à une note que Di Segni avait écrite en 2007 alors que le parlement italien discutait d’un projet de loi soutenu par le gouvernement de Romano Prodi et qui finit par ne pas aboutir, dans lequel une reconnaissance juridique était accordée aux couples de fait, y compris les couples homosexuels.

Cette intervention de 2007, qui retrouve aujourd’hui son actualité, montre en effet que, en ce qui concerne l’opposition au mariage entre homosexuels, la voix du rabbin de Rome est à l'unisson de celle du grand rabbin de France et de celle du pape, ce qui n’empêche pas les divergences – que le portail Moked rappelle – à propos d’autres questions à fortes implications morales, telles que la fécondation assistée.

Dans le passage central de sa note, Di Segni écrit :

"Selon la Torah, les juifs doivent observer 613 préceptes, mais cela ne veut pas dire que les non-juifs ne doivent avoir aucun précepte parce que, en réalité, ils en ont, eux aussi, encadrés dans sept chapitres fondamentaux, ce que l’on appelle les préceptes Noachides, loi naturelle".

Cette phrase démontre que l’existence d’une "loi naturelle" valable pour tous les descendants de Noé, c’est-à-dire pour l’humanité tout entière, n’est pas une obsession du pape, des évêques et de l’Église catholique. Mais que, selon l’opinion autorisée du grand rabbin de Rome, c’est une thèse fondamentale pour le judaïsme aussi.

Et cela a des conséquences y compris dans la vie publique. Di Segni écrit : "Il est de notre devoir, en tant que juifs, d’inciter les non-juifs à respecter leurs préceptes. Nous ne pouvons pas rester indifférents au franchissement de certaines limites déterminées, en consentant, par exemple, à ce que la loi de l’état admette l’homicide, le vol, l’inceste", et maintenant aussi les "couples homosexuels". Lorsque la société "dépasse largement les limites de l’illicite, il est de notre devoir de nous opposer à ces choix".

La note du grand rabbin de Rome est à lire en entier. On en trouvera ci-dessous le texte intégral.

À PROPOS DE LA RECONNAISSANCE DES COUPLES HOMOSEXUELS

par Riccardo Di Segni

Il y a un étrange silence des divers représentants du judaïsme italien à propos d’une question qui a été très largement débattue en Italie, celle de la loi relative aux "droits et devoirs des personnes vivant ensemble de manière stable", dont le sigle est DICO, la loi sur les unions de fait [qui a été présentée en 2007 par le gouvernement Prodi].

Quelqu’un, qui était peut-être mal informé, a affirmé que notre silence présumé serait dû à notre réticence à ne pas faire nôtres publiquement les prises de position de l’Église catholique.

Il est exact et étrange que les institutions juives ne sont pas intervenues jusqu’à présent dans un débat qui concerne plus généralement les questions relevant de la politique de l’état dans le domaine de la famille. Mais il y a deux bonnes raisons de rompre ce silence.

La première des deux bonnes raisons est externe, en ce sens qu’elle engage la responsabilité du judaïsme envers la société extérieure.

L’autre est interne, elle concerne la structure et l’avenir de notre communauté.

*

Voyons la première. L’une des questions les plus délicates et les plus controversées dans la proposition de loi relative aux DICO est la reconnaissance juridique du concubinage y compris dans le cas de personnes du même sexe.

Ce n’est certainement pas le mariage homosexuel tel qu’il est formellement accepté dans d’autres pays mais, en tout cas, c’est une première forme de reconnaissance légale des unions homosexuelles. Dans le débat relatif à cette question entrent en jeu des éléments de principe des bases de la société moderne, tels que la question de la laïcité de l’état, les libertés individuelles, l’interférence des principes religieux, etc.

Qu’a à dire la tradition juive à ce sujet ? Une attitude politique habituelle chez les juifs, souvent adoptée même par les plus observants d’entre eux, consiste à ne pas intervenir dans les choix de liberté que l’état fait pour ses citoyens, en ne réservant à la conscience individuelle que le droit et le devoir de faire des choix personnels rigoureux sur des sujets pour lesquels la loi d’état accorde des espaces permissifs et de liberté.

Toutefois cette règle ne peut pas s’appliquer dans tous les cas. Selon la Torah, les juifs doivent observer 613 préceptes, mais cela ne veut pas dire que les non-juifs ne doivent avoir aucun précepte parce que, en réalité, ils en ont, eux aussi, encadrés dans sept chapitres fondamentaux, ce que l’on appelle les préceptes [de Noé ou] Noachides, loi naturelle. Et il est de notre devoir en tant que juifs d’inciter les non-juifs à respecter leurs propres préceptes.

Comment cela peut-il se faire ? C’est difficile à dire. Il est certain que nous ne pouvons pas rester indifférents au franchissement de certaines limites déterminées, en consentant, per exemple, à ce que la loi de l’état admette l’homicide, le vol, l’inceste.

Le sujet dont on débat actuellement entre, par certains de ses aspects (non pas tant les concubinages en général que, spécifiquement, les couples homosexuels masculins) dans des limites considérées comme infranchissables.

Le problème ne paraît pas non plus tellement nouveau, comme en témoigne un passage du Talmud de Babylone (Houlin 92b) dans lequel il est dit que, dans le petit nombre de limites que les nations du monde n’ont pas dépassé, il y a le fait qu’elles n’ont pas encore permis d’"écrire la Ketouba aux hommes", même si elles ne se soucient pas du tout du respect de l’interdiction des pratiques homosexuelles. La Ketouba est le contrat de mariage par lequel l’époux prend des engagements envers l’épouse. "Écrire la Ketouba aux hommes" signifie ratifier l’union homosexuelle par un régime de garanties juridiques et économiques.

En somme, même si cette attitude peut être considérée comme peu "politiquement correcte" par rapport à la sensibilité actuelle, nous ne devons pas ignorer que, au regard de notre tradition, la société qui s’apprête à faire ces choix dépasse largement les limites de l’illicite et il est de notre devoir de nous opposer à ces choix, de ne pas rester indifférents.

Bien évidemment, nos seuls moyens d’action sont ceux de la démocratie : la parole, le vote. Mais nous ne pouvons pas nous dispenser de les utiliser. L’objection fondamentale est que, en agissant ainsi, nous allons contre le libre droit de faire des choix individuels. Mais lorsqu’il s’agit de sujets "frontière" comme ceux-là, qui ne sont pas du tout partagés par de larges majorités, il y a aussi le droit et le devoir d’être en désaccord. Il n’existe jamais de droits illimités et nous sommes appelés collectivement à décider de la définition de la limite.

*

La seconde raison pour laquelle le débat actuellement en cours ne doit pas nous laisser indifférents porte sur les thèmes généraux concernant la famille.

La loi relative aux unions de fait est l’expression d’un changement radical dans les structures de la société contemporaine, société dans laquelle l’institution traditionnelle qu’est la famille ne représente plus le modèle d’organisation absolument prédominant.

La société change et la loi doit en tenir compte. Cela n’aurait donc pas de sens de s’acharner contre une loi qui cherche à donner un peu de protection et de sécurité, ainsi qu’à garantir des formes de solidarité envers les faibles qui, dans notre tradition, sont d’une importance essentielle.

Par conséquent, en dehors de la réserve principale exprimée ci-dessus, si le problème est la défense des faibles, nous devons y être favorables. Mais il faut voir si c’est bien là le problème et si la loi proposée est en mesure de le résoudre.

Pour nous le problème est autre, parce que le débat général actuellement en cours a déformé les perspectives, réduisant la question à l’opposition entre les défenseurs des libertés civiles et les défenseurs, tels que l’Église catholique, du modèle traditionnel de la famille.

C’est un débat passionnant mais, si l’on s’arrête à ces deux polarités, on risque d’ignorer ce qui doit être pour nous le vrai problème, qui est à l’origine de la loi et qui nous implique, en tant que juifs italiens, de manière très grave, même si, apparemment, nous ne nous en sommes pas encore rendu compte.

En Italie, comme dans le reste du monde occidental, la société juive a fait siens les modèles d’organisation de la société non-juive, ou plutôt elle les a bien souvent anticipés. Mais le prix qu’elle a payé et paie encore pour ce choix collectif qu’elle a fait est l’évolution vers une réduction drastique de ses effectifs, qui en certains endroits frôle l’extinction.

Dans certaines communautés, cette réduction a atteint 45 %. Seule Rome semble avoir un peu échappé au "cyclone" démographique, mais les résultats attendus à moyen terme ne sont pas encourageants. Les causes du désastre sont multiples : on se marie moins et beaucoup plus tard, on a moins d’enfants, les liens du mariage sont très instables (séparations, divorces), la population en général vieillit et le nombre de décès dépasse chaque année celui des naissances. À cela s’ajoute le problème des unions mixtes qui, lorsqu’elles existent, ne sont bien souvent que des concubinages.

Sans aborder les problèmes religieux, il est indéniable que, du point de vue social, ces unions mixtes sont le signe d’un rapport faible avec le judaïsme et que, lorsque l’un des deux partenaires n’est pas juif et que l’autre est faiblement lié au judaïsme, dans la grande majorité des cas leur descendance sera encore plus faiblement liée au judaïsme et que la conversion formelle demandée à l’un des deux parents n’aura guère d’effet, du point de vue juif.

Voilà ce que signifie pour nous la modification ou la crise du modèle traditionnel de la famille. Peut-être la société qui nous entoure peut-elle se permettre (jusqu’à un certain point) de se remodeler en fonction des nouvelles situations économiques et sociales. Pas nous. Et alors il doit être clair que, si nous faisons du débat sur les DICO une belle question de droits civils, c’est que nous n’avons encore rien compris à nos vrais problèmes. Il est urgent que tous - et en particulier les dirigeants - en prennent conscience et que commence une politique sérieuse dans le domaine de la famille.

Rome, 2007

 Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


 

Source: Sandro Magister
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 15.01.2013- T/International

 

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