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Habemus papam : Léon XIV : un recentreur ?
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Le 9 mai 2025 -
E.S.M.
- Habemus papam : Léon XIV ! Robert Francis
Prévost devient Pape sous le nom de Léon XIV. On peut
imaginer que ce pontificat, par-delà l’enthousiasme des
débuts, notamment tout simplement parce que la Curie et
les évêques vont respirer et ne plus sentir peser sur
eux l’autoritarisme tatillon du précédent, va se heurter
à des difficultés insurmontables.
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Robert Francis Prévost qui
devient Léon XIV -
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Habemus papam : Léon XIV : un recentreur ?
De l'abbé Claude Barthe
sur Res Novae :
Élection rapide de Robert Francis Prévost qui devient Léon XIV. Et
après ?
Le 9 mai 2025 -
E.S.M. -
Pour l’Académie française, on parlerait d’« élection de maréchal » :
le deuxième jour du conclave, au quatrième vote, Robert Francis
Prévost vient d’obtenir la majorité absolue, plus vite que le
cardinal Ratzinger en 2005 et que le cardinal Bergoglio en 2013.
Né
en 1955 à Chicago, religieux de l’ordre des augustins, juriste très
compétent, ayant une longue expérience pastorale au Pérou où il deviendra
évêque de Chiclayo, il fut appelé par le pape François à devenir Préfet du
Dicastère des Évêques en 2023.
Tous les commentateurs vont maintenant se demander s’il sera un fidèle
continuateur du pape François. On peut répondre oui et non. Oui, car il
appartient à ce que Benoît XVI, distinguant les deux interprétations
possibles selon lui de Vatican II, avait qualifié d’« herméneutique de la
rupture », ou que l’on nommerait en termes de politique politicienne,
forcément approximatifs en ce qui concerne les choses d’Église, de centre
gauche (l’« herméneutique de la réforme dans la continuité », celle de
Jean-Paul II et Benoît XVI, étant quelque chose comme le centre droit de
l’univers conciliaire). Grand ami du cardinal Blase Cupich, l’archevêque de
Chicago, faiseur des évêques bergogliens depuis deux ans, porté avant le
conclave par les progressistes les plus décidés (ainsi Andrea Grillo,
fougueux militant anti-liturgie traditionnelle, ne pouvait pas s’empêcher de
se féliciter hautement de son élection à venir avant l’ouverture du
conclave).
Non, car sa personnalité est vraiment très différente de celle de son
prédécesseur. Homme sage, pondéré, qui écoute attentivement ses
interlocuteurs et collaborateurs, il se présente, y compris par les
vêtements à l’ancienne qu’il a revêtus pour apparaître à la loggia de
Saint-Pierre, comme un recentreur, un progressiste modéré. Léon XIV sera
également différent de François, que le vent synodal continue à souffler ou
non, car il ne pourra pas gouverner seul. Certains « poids lourds » du
Sacré-Collège de François, qui étaient avec lui sur la ligne de départ du
conclave, comme les cardinaux Parolin, Secrétaire d’État de François,
Pizaballa, le patriarche latin de Jérusalem, Zuppi, archevêque de Bologne et
Président de la Conférence des Évêques, pourraient former avec d’autres une
sorte de gouvernement fort qui pourrait bien s’imposer pour faire face aux
grandes turbulences à prévoir dans l’Église et dans le monde. Certes ces
hommes sont tout le contraire de conservateurs, même si Pizaballa leur est
compatible, mais ce sont des réalistes.
Qui
plus est, l’avancée comme irréversible, depuis Vatican II, de la liberté
religieuse appliquée à l’intérieur de l’Église a produit une sorte d’anglicanisation
du catholicisme. Désormais chaque catholique, théologien ou fidèle de la
base, peut « bricoler » lui-même son Credo et sa morale. Et cette
fragmentation, inévitable dans la mesure où la règle de foi a été en quelque
sorte mise entre parenthèses – pour le dire rapidement, il y a eu
remplacement de l’exercice du magistère ordinaire par celui du magistère
pastoral ou authentique –, est d’ailleurs théorisée par ces jésuites,
penseurs d’un post-catholicisme, que sont le franco-allemand Theobald et
l’influent italien Spadaro.
Le
P. Christoph Theobald, professeur émérite du Centre Sèvres, à Paris, prône
« une vision polyédrique » de la Communion des Églises (par exemple dans
l’ouvrage collectif dirigé par Angelo Maffeis, Una Chiesa « Esperta in
Umanità ». Paolo VI interprete del Vaticano II, Studium, 2019). Dans la
même veine, le P. Antonio Spadaro, ancien directeur de La Civiltà
Cattolica, a publié le 4 mai, dans un article de La Repubblica, un
article intitulé « Le véritable défi n’est pas l’unité mais la diversité »,
affirmant que « l’Église future sera plurielle ». Puisque « les différences
sont une caractéristique de la société globale et une condition
structurelle », l’Église, comme n’importe laquelle réalité collective, ne
peut plus « s’exprimer de manière uniforme et monocorde », car cela
signifierait ignorer cette transformation. Très symptomatiquement il
remplace l’unité de l’Église par sa cohésion, prix de son
intégration dans l’univers mental de la démocratie moderne : « La cohésion
ne peut être cherchée dans l’uniformité, mais dans la capacité d’accueillir
et d’harmoniser la multiplicité. » C’est d’ailleurs un des thèmes favoris de
Matteo Zuppi.
Le
P. Spadaro défend assurément la « liberté » du Chemin synodal allemand, mais
aussi, paradoxalement, comme le cardinal Zuppi, celle des traditionalistes !
Il ne voit pas d’inconvénient à ce que l’on tienne à la liturgie d’avant et
au catéchisme d’avant, et fait remarquer que le pape François a donné aux
prêtres de la FSSPX la faculté de confesser validement, de même
qu’archevêque de Buenos Aires, il avait donné aux prêtres lefebvristes la
possibilité d’avoir une présence catholique légale en Argentine.
Si
on fait l’hypothèse que le nouveau pontificat va tenter de diriger tant bien
que mal le navire au milieu d’un archipel d’îles et de récifs, ceux du
sacerdoce d’hommes mariés, du diaconat féminin, des revendications des
chrétiens LGBT, et aussi des catholiques qui s’en tiennent à la doctrine
d’avant le concile, on se perd en interrogations et conjectures
Alberto Melloni, le chef de file de l’École de Bologne, qui a largement
dirigé une monumentale Histoire de Vatican II (à laquelle a
d’ailleurs participé le cardinal Tagle) aime à dire que le concile de Trente
est toujours présent en arrière-fond dans les conclaves depuis Vatican II.
Comme une mauvaise conscience, dirons-nous pour notre part. Dans le conclave
qui vient de s’achever, Trente était plus ou moins représenté par le groupe
de conservateurs (20 cardinaux ?), d’un poids numérique bien faible après le
rouleau-compresseur qu’a représenté pour cette tendance le pontificat de
François, mais d’une présence morale significative. Notamment, les
déclarations du cardinal Müller sur ce qu’est le rôle du pape, à savoir
confirmer ses frères dans la foi, restent comme une borne. Le fait que les
cardinaux Burke et Sarah soient connus comme des défenseurs de la liturgique
traditionnelle, de même.
On
peut imaginer que ce pontificat, par-delà l’enthousiasme des débuts,
notamment tout simplement parce que la Curie et les évêques vont respirer et
ne plus sentir peser sur eux l’autoritarisme tatillon du précédent, va se
heurter à des difficultés insurmontables. Qui seront des difficultés
doctrinales. Il restera à ces témoins épiscopaux et cardinalices, dont on
peut espérer en vertu de l’espérance chrétienne qu’ils seront de plus en
plus nombreux, de se montrer, le Christ et sa Mère aidant, à la hauteur de
ces temps de crise dramatique, laquelle a été accrue par un pontificat qui a
promulgué des documents tels que la déclaration Fiducia
supplicans et
l’exhortation Amoris lætitia (qui, dans son n. 301 dit que dans
certains cas des époux adultères connaissant la norme morale peuvent être
dans la grâce divine). Ces Successeurs des Apôtres auront à s’opposer
prophétiquement à l’enseignement d’hétérodoxies de tous ordres qui
subsistent et pourront émerger. Et ils auront à presser le pape de confesser
la foi et de confirmer ses frères.
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Sources
: Res Novae -
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 09.05.2025
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