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Homélie de Benoît XVI messe à Brescia

 

Le 08 novembre  2009  - (E.S.M.) - Homélie prononcée par le Saint-Père Benoît XVI à Brescia, région natale de son prédécesseur, le pape Pau VI.

Le pape Benoît XVI

Homélie de Benoît XVI messe à Brescia

Le 08 novembre 2009  - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde -  A 8h30 aujourd'hui, le Saint-Père Benoît XVI a quitté Rome pour une Visite Pastorale à Brescia et à Concesio.
À son arrivée le pape a été accueilli par l'Évêque de Brescia, S.E. Mons. Luciano Monari, et. Gianni Letta, Sous-secrétaire à la Présidence du Conseil des Ministres, Représentant du Gouvernement Italien, avec d'autres Autorités politiques, civiles et ecclésiastiques.
Lors de son parcours en voiture vers Brescia, le Saint-Père s'est arrêté dans l'église paroissiale de Sainte Marie de l'Assomption à Botticino Sera, pour vénérer le corps du saint Archange Tadini (1846-1912), curé de Botticino Sera de 1887 jusqu'à sa mort et fondateur de la Congrégation des Sœurs Ouvrières de la Sainte Maison de Nazareth, canonisé le 26 avril dernier. Sur le seuil de l'église, le pape a été accueilli par le Curé et le Maire. Au terme de cette brève visite, il est reparti en voiture pour Brescia. À son arrivée à Brescia, le Saint-Père s'est rendu Place de la Loggia devant la pierre tombale qui commémore l'acte terroriste du 28 mai 1974, où perdirent la vie 8 personnes et beaucoup d'autres restèrent  blessées.
Sur le parvis de la cathédrale de Brescia, à 10h15, le pape a reçu les salutations de bienvenue de S.E. Mons. Luciano Monari, Évêque de Brescia et du Maire de la ville.
Ensuite il s'est s'arrêté devant le monument dédié à Paul VI, œuvre du sculpteur Lello Scorzelli. Il a vénéré les reliques de Saint André et de Saint Benoît et s'est recueilli devant le Très saint Sacrement. Enfin il a salué les Séminaristes du diocèse et les malades présents à l'intérieur de la cathédrale.
A 10h30, sur la Place Paul VI, le Saint-Père Benoît XVI a présidé la Sainte messe au cours de laquelle il a prononce l'Homélie suivante:

Homélie du Saint-Père

Chers frères et sœurs!

Ma joie est grande de pouvoir rompre avec vous le pain de la Parole de Dieu et de l'Eucharistie, ici, au cœur du diocèse de Brescia, où naquit et fut formé jeune, le serviteur de Dieu Jean-Baptiste Montini, le Pape Paul VI. Je vous salue tous avec affection et vous remercie pour votre accueil chaleureux! Je remercie en particulier l'évêque, Mgr Luciano Monari, pour les paroles qu'il m'a adressées au début de la célébration, et avec lui, je salue les Cardinaux, les Evêques, les prêtres et les diacres, les religieux et les religieuses, et tous ceux qui sont impliqués dans la pastorale. Je remercie le Maire pour ses paroles, et son cadeau, et les autres Autorités civiles et militaires. J'adresse une pensée particulière aux malades qui se trouvent à l'intérieur de la cathédrale.

Au cœur de la liturgie de la Parole de ce dimanche - le 32ème du temps ordinaire - nous trouvons le personnage de la pauvre veuve, ou, plus précisément, nous trouvons le geste qu'elle accomplit de jeter dans le trésor du Temple, les dernières pièces qui lui restent. Un geste qui, grâce à au regard attentif de Jésus, est devenu légendaire: « l'obole de la veuve » en effet, est synonyme de la générosité de ceux qui donnent sans réserve le peu qu'ils possèdent. Avant cela, cependant,  je voudrais souligner l'importance de l'environnement dans lequel ce récit évangélique a lieu, c'est à dire le Temple de Jérusalem, le centre religieux du peuple d'Israël et le cœur de toute sa vie. Le Temple est le lieu du culte public et solennel, mais aussi du pèlerinage, des rites traditionnels, et des controverses rabbiniques, telles que celles rapportées dans l'Evangile entre Jésus et les rabbins de cette époque, où toutefois, Jésus enseigne avec une autorité particulière, celle du Fils de Dieu. Il prononce des jugements sévères - comme nous l'avons entendu - vis-à-vis des scribes, en raison de leur hypocrisie: eux, en effet, tandis qu'ils affichent une grande religiosité, exploitent les pauvres gens en imposant des obligations qu'ils ne respectent pas eux-mêmes. Jésus, en somme, se montre attaché au Temple, comme maison de prière, mais c'est justement pour cela qu'il veut le purifier d'usages impropres, et de plus, en révéler le sens profond, lié à l'accomplissement de son propre Mystère, le Mystère de sa mort et sa résurrection, dans lequel il devient lui-même le Temple nouveau et définitif, le lieu où l'on rencontre Dieu et l'homme, le Créateur et Sa créature.

L'épisode de l'obole de la veuve s'inscrit dans ce contexte et nous conduit, à travers le regard de Jésus, à fixer l'attention sur un détail fugace mais décisif: le geste d'une veuve, très pauvre, qui jette dans le trésor du Temple deux pièces de monnaie. A nous aussi, comme ce jour-là à ses disciples, Jésus dit: Faites attention ! Regardez bien ce que fait cette veuve parce que son acte contient un grande enseignement; en effet, il exprime la caractéristique fondamentale de ceux qui sont les « pierres vivantes » de ce nouveau temple, c'est à dire le don total de soi au Seigneur et envers son prochain; la veuve de l'Evangile, comme aussi celle de l'Ancien Testament, donne tout, elle se donne elle-même, et elle se met dans les mains de Dieu, pour les autres. Telle est le sens éternel de l'offrande de la pauvre veuve dont Jésus fait l'éloge, car elle a donné plus que les riches, qui offrent une partie de leur superflu, tandis qu'elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre (cf. Mc 12:44), et ainsi, elle s'est donnée elle-même.

Chers amis! A partir de cette image évangélique, je voudrais méditer brièvement sur le mystère de l'Eglise, du temple vivant de Dieu, et ainsi rendre hommage au grand Pape Paul VI, qui a consacré toute sa vie à l'Église. L'Église est un organisme spirituel concret qui prolonge dans l'espace et dans le temps le don du Fils de Dieu, un sacrifice apparemment insignifiant par rapport aux dimensions du monde et de l'histoire, mais décisif au regard de Dieu. Comme le dit la Lettre aux Hébreux - et également le texte que nous avons écouté - il a suffi à Dieu le sacrifice de Jésus, offert « une seule fois » pour sauver le monde (cf. He 9,26.28), parce que dans ce seul sacrifice est condensé tout l'amour du Fils de Dieu qui s'est fait homme, tout comme dans le geste de la veuve est concentré tout l'amour de cette femme pour Dieu et pour ses frères : rien ne manque et il n'y a rien à ajouter. L'Eglise, qui naît sans cesse de l'Eucharistie, du don de Jésus, est la continuation de ce don, de cette surabondance exprimée dans la pauvreté, de ce tout qui est offert dans le fragment. C'est le Corps du Christ qui se donne entièrement, corps rompu et partagé, dans l'adhésion constante à la volonté de son chef. Je me réjouis que vous approfondissiez la nature eucharistique de l'Eglise, guidés par la lettre pastorale de votre évêque.

Telle est l'Eglise que le serviteur de Dieu Paul VI a aimée d'un amour passionné et a cherché de toutes ses forces de faire comprendre et aimer. Relisons ses "Pensées sur la mort", là où, dans la dernière partie, il parle de l'Eglise. "Je pourrais dire - écrit-il - que je l'ai toujours aimée ... et que pour elle, pour rien d'autre, il me semble avoir vécu. Mais je voudrais que l'église le sache". Ce sont les accents d'un cœur palpitant, qui poursuivent ainsi : "Je voudrais enfin la comprendre en totalité, dans son histoire, dans son dessein divin, dans son destin final, dans sa composition complexe, totale et unitaire, dans sa texture humaine et imparfaite, dans ses malheurs et ses souffrances, dans ses faiblesses et la pauvreté de tant de ses enfants, dans ses aspects les moins agréables, et dans son effort éternel de fidélité, d'amour, de perfection et de charité. Corps mystique du Christ. Je voudrais - poursuit le pape - l'embrasser, la saluer, l'aimer, en chaque être qui la compose, dans chaque évêque, chaque prêtre qui l'aide et la guide, dans chaque âme qui vit et qui l'illustre; la bénir". Et ses derniers mots sont pour elle, comme à l'épouse de toute une vie: « Et à l'Eglise, à laquelle je dois tout, et qui fut mienne, que dirai-je? Que les bénédictions de Dieu soient sur toi: aies conscience de ta nature et de ta mission; aies le sens des besoins véritables et profonds de l'humanité; et marche pauvre, c'est-à-dire libre, forte, et pleine d'amour vers le Christ ».

Que peut-on ajouter à des propos si forts et intenses ? Je voudrais seulement souligner cette dernière vision de l'Eglise « pauvre et libre », qui rappelle la figure évangélique de la veuve. C'est ainsi que doit être la communauté ecclésiale, pour réussir à parler à l'humanité contemporaine. La rencontre et le dialogue entre l'Eglise et l'humanité de notre époque tenaient particulièrement à cœur à Jean-Baptiste Montini, dans toutes les saisons de sa vie, depuis les premières années de sacerdoce jusqu'au pontificat. Il a consacré toutes ses énergies au service d'une église le plus possible en conformité avec le Seigneur Jésus-Christ, afin qu'en la rencontrant, l'homme contemporain puisse rencontrer le Christ, parce qu'il a un besoin absolu de Lui. Tel est l'esprit de fond du Concile Vatican II, auquel correspond la réflexion du Pape Paul VI sur l'Eglise. Il a voulu exposer quelques points saillants de son programme dans sa première Encyclique Ecclesiam Suam, du 6 août 1964, avant que ne voient le jour les constitutions conciliaires Lumen Gentium et Gaudium et Spes.

Avec cette première encyclique, le Pontife se proposait d'expliquer à chacun l'importance de l'Église pour le salut de l'humanité et en même temps, l'exigence qu'entre l'Eglise et la société s'établisse un rapport de compréhension mutuel et l'amour (cf. Enchiridion Vaticanum, 2, p. 199, n. 164). « Conscience», « renouvellement », « dialogue »: tels sont les trois mots choisis par Paul VI pour exprimer ses « pensées » dominantes - comme il les définit - au début de son ministère pétrinien, et toutes les trois concernent l'Eglise. Avant tout, l'exigence qu'elle approfondisse la conscience d'elle-même: origine, nature, mission, destin final; en second lieu, son besoin de se renouveler et de se purifier en regardant le modèle qui est le Christ; enfin, le problème de ses relations avec le monde moderne (cf. ibid., pp. 203-205, nn. 166-168). Chers amis - et je m'adresse de manière particulière à mes frères  dans l'épiscopat et le sacerdoce - comment ne pas voir que la question de l'Eglise, de sa nécessité dans son dessein de salut et de sa relation avec le monde, reste aujourd'hui encore, absolument centrale? Et même, que le développement de la sécularisation, et la mondialisation l'ont rendue encore plus radicale, en comparaison avec l'oubli de Dieu d'une part, et avec les relations avec les religions non chrétiennes, de l'autre? La réflexion du Pape Montini sur l'Eglise est plus que jamais actuelle; et plus précieux encore, l'exemple de son amour pour elle, indissoluble de celui du Christ. « Le mystère de l'Église - lit-on encore dans l'encyclique Ecclesiam Suam -  n'est pas un simple objet de connaissance théologique, il doit être un fait vécu dans lequel, avant même d'en avoir une notion claire, l'âme fidèle peut avoir comme une expérience connaturelle » (ibid ., p 229, n. 178). Cela suppose une forte vie intérieure, qui est - poursuit ainsi le Pape -  « la source principale de la spiritualité de l'Eglise, sa manière de recevoir les irradiations de l'Esprit du Christ, expression radicale et irremplaçable de son activité religieuse et sociale, inviolable défense et énergie nouvelle dans son difficile contact avec le monde profane. » (ibid., p. 231, n. 179). Précisément, le chrétien ouvert l'Eglise ouverte sur le monde, ont besoin d'une vie intérieure forte.

Très chers, quel don inestimable pour l'Eglise que la leçon du Serviteur de Dieu Paul VI ! Et comme il est enthousiasmant, à chaque fois de se remettre à son école! C'est une leçon qui nous concerne tous et implique tout le monde, selon les différents dons et ministères dont le Peuple de Dieu est riche, par l'action de l'Esprit Saint. En cette Année Sacerdotale, je souhaite souligner combien elle intéresse et implique de façon particulière les prêtres, auxquels le Pape Montini réservait toujours une affection et une sollicitude particulières. Dans son encyclique sur le célibat sacerdotal, il écrit: « saisi par le Christ Jésus » (Ph 3,12) jusqu’à s’abandonner totalement à Lui, le prêtre se configure plus parfaitement au Christ également dans l’amour avec lequel le Prêtre éternel a aimé l’Eglise son Corps, s’offrant tout entier pour elle. La virginité consacrée des ministres sacrés manifeste en effet l’amour virginal du Christ pour l’Eglise et la fécondité virginale et surnaturelle de cette union » (Sacerdotalis caelibatus, 26). Je dédie ces paroles du grand Pape aux nombreux prêtres du diocèse de Brescia, bien représentés ici, ainsi qu'aux jeunes qui sont formés dans les séminaires. Et je voudrais également rappeler ce que Paul VI a dit aux élèves du séminaire de Lombardie, le 7 décembre 1968, alors que les difficultés de l'après-concile s'ajoutaient à l'effervescence du monde des jeunes : « Beaucoup - dit-il - attendent des gestes spectaculaires du pape, des mesures énergiques et décisives. Le Pape ne croit pas qu'il doive obligatoirement suivre une autre ligne que celle de la confiance en Jésus-Christ, à qui son Eglise tient à cœur plus qu'à quiconque. C'est Lui qui calmera la tempête ... Il ne s'agit pas d'une attente stérile ou inerte, mais d'une attente vigilante dans la prière. C'est la condition que Jésus a choisie pour nous, afin qu'il puisse agir pleinement. Le Pape aussi a besoin d'être aidé par la prière » (Insegnamenti VI, [1968], 1189). Chers frères, que les exemples sacerdotaux du Serviteur de Dieu Jean-Baptiste Montini vous guident toujours, et que le Saint Archange Tadini, que je viens de vénérer lors d'un bref arrêt à Botticino, intercède pour vous.

Alors que je salue et encourage les prêtres, je ne peux oublier, surtout ici à Brescia, les fidèles laïcs, qui sur cette terre ont montré une extraordinaire vitalité de foi et d'œuvres, dans les différents domaines de l'apostolat associatif et de l'engagement social. Dans les enseignements de Paul VI, chers amis de Brescia, vous pouvez toujours trouver des indications précieuses pour relever les défis du présent, comme, surtout, la crise économique, l'immigration, l'éducation de la jeunesse. Dans le même temps, le Pape Montini ne perdait aucune occasion de souligner la primauté de la dimension contemplative, à savoir la primauté de Dieu dans l'expérience humaine. Et pour cela, il ne se lassait pas de promouvoir la vie consacrée, dans la variété de ses aspects. Il aimait intensément la beauté multiforme de l'Église, y reconnaissant le reflet de la beauté infinie de Dieu qui resplendit sur le visage du Christ.

Prions pour que l'éclat de la beauté divine resplendisse dans toutes nos communautés et que l'Église soit un signe lumineux d'espérance pour l'humanité du troisième millénaire. Que Marie, que Paul VI voulut proclamer Mère de l'Eglise à l'issue de Vatican II, nous obtienne cette grâce.

Amen

Texte original du message du Saint Père Italien

  
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  Angelus de Benoît XVI depuis Brescia

Sources : www.vatican.va (© traduction E.S.M.)
© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 08.11.2009 - T/Benoit XVI

 

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