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19 Avril 2005
 

 Catéchèse de Benoît XVI : la pédagogie du désir

Le 07 novembre 2012 - (E.S.M.) - En cette année de la Foi, ce mercredi, lors de l'audience générale Place Saint-Pierre, Benoît XVI s'est exprimé « contre la banalisation et l’aplatissement qui dominent aujourd’hui » et le Pape a proposé une « pédagogie du désir ».

Le pape Benoît XVI 

Catéchèse de Benoît XVI : la pédagogie du désir

Synthèse

Le 07 novembre 2012 - E. S. M. - Au cours de l'audience générale tenue Place St. Pierre, Benoît XVI a poursuivi sa catéchèse sur la foi catholique, s'arrêtant au mystérieux désir de Dieu qui caractérise l'expérience humaine et chrétienne. Cette affirmation, a dit le Pape, "peut sembler être une provocation aux yeux d'une culture occidentale sécularisée. Beaucoup de nos contemporains affirment ne ressentir aucun besoin de Dieu, et pour des secteurs entiers de la société cette attente n'est plus sensible. A sa place ont trouve une indifférence face à laquelle il n'est même pas besoin de prendre position. Dans l'encyclique Deus Caritas Est, j'ai analysé comment ce dynamisme trouve sa source dans l'expérience de l'amour, aujourd'hui plutôt conçu comme moment d'extase passagère, de sortie de soi, d'espace de simple dépassement par l'homme d'un désir qui le dépasse. Dans l'amour l'homme et la femme expérimentent ensemble la grandeur et la beauté de la vie, et il ne s'agit pas d'une simple illusion. En répondant pour son bien à l'amour de l'autre je garantie le mien. Je dois donc me dé-centrer pour me mettre au service de l'autre, au prix de renoncer à mon propre bien. La réponse sur le sens de l'expérience de l'amour passe par la purification et la guérison du désir. Il faut s'y entraîner et se corriger. Même la personne aimée n'est pas en mesure de répondre au désir de l'autre sans l'amour de ce dernier. Plus est authentique cet amour, plus il révèle la question de son origine et de sa destination, la perspective qu'il dure à jamais".

"On pourrait faire de semblables considérations sur d'autres expériences, comme l'amitié, la connaissance de la beauté, l'amour de la connaissance, toutes choses qui tendent l'homme vers le mystère qui l'enveloppe. Tout désir qui sort du cœur tend au mystère fondamental qui n'est jamais parfaitement comblé". C'est pourquoi l'homme "sait parfaitement ce qui ne le rassasie pas, sans imaginer ou définir ce qui le porterait à connaître le bonheur qu'il porte en son cœur. On ne saurait connaître Dieu à partir du simple désir. Le mystère demeure. L'homme recherche l'absolu et ses pas sont modestes et incertains. Dans une époque apparemment réfractaire à la transcendance, il est possible de révéler le véritable sens religieux de la vie, de montrer que la foi n'est pas absurde, ni irrationnel". Ce qui sert, c'est une pédagogie du désir, "d'apprendre ou réapprendre le goût de la vraie joie de vivre. Toutes les satisfactions de la vie provoquent le même effet. Certaines laissent une trace positive, capable d'apaiser notre âme, ou nous rendent plus actifs et généreux. D'autres, après une première impression, se révèlent décevantes face aux espoirs suscités. D'autres enfin nous laissent amers et insatisfaits, avec un sentiment de vide". Ces deux aspects se répondent "et on ne doit jamais se contenter de ce qui a été atteint, car les joies les plus authentiques libèrent en nous le souci d'être plus exigeants, de mieux aimer l'autre, la perception partagée qu'avec plus de clarté rien ne saurait totalement combler notre cœur. C'est ainsi qu'on apprend à tendre vers le bien qu'on ne peut atteindre seul et par nos seules forces. En ne se laissant pas non plus décourager par les obstacles issus de notre péché".

Le Pape a conclu en rappelant que "la dynamique du désir est ouverte à la rédemption. Même sur un mauvais chemin, à la recherche de paradis artificiels, où on semble perdre toute capacité de toucher au bien, dans les abysses du péché, la scintille qui permet à l'homme de reconnaître le bien véritable ne s'éteint pas. Lorsqu'il le reconnaît, il est capable d'engager un chemin de reprise de soi, dans lequel Dieu ne manque pas d'accorder son aide. Il ne faut donc pas suffoquer le désir qui appartient à l'être humain, mais de le libérer afin qu'il s'élance. Lorsque la fenêtre qui fait voir Dieu s'ouvre dans le désir, c'est le premier signal de présence de la foi, de la grâce divine".

Texte intégral de la catéchèse

Année de la foi. Le désir de Dieu:

Chers frères et sœurs,

Le chemin de réflexion que nous faisons ensemble en cette Année de la foi nous amène à méditer aujourd’hui sur un aspect fascinant de l’expérience humaine et chrétienne : l’homme porte en lui un désir mystérieux de Dieu. De manière très significative, le Catéchisme de l’Eglise catholique s’ouvre justement par la considération suivante : « Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher » (n. 27).

Aujourd’hui encore, une telle affirmation semble pouvoir être partagée, presque comme une évidence, dans de nombreux contextes culturels ; elle pourrait, en revanche, apparaître comme une provocation dans le monde de la culture occidentale sécularisée. Beaucoup de nos contemporains pourraient en effet objecter qu’ils ne ressentent nullement un tel désir de Dieu. Dans de vastes secteurs de la société, il n’est plus l’attendu, le désiré, mais plutôt une réalité qui laisse indifférent, devant laquelle il n’est même pas nécessaire de faire l’effort de se prononcer.

En réalité, ce que nous avons défini comme le « désir de Dieu » n’a pas du tout disparu mais se manifeste encore aujourd’hui dans le cœur de l’homme, de nombreuses manières. Le désir humain tend toujours vers des biens concrets et déterminés, tout autres que spirituels, et il se trouve cependant face à la question de ce qu’est vraiment « le » bien, et donc confronté à quelque chose qui est, en soi, autre, que l’homme ne peut construire, mais qu’il est appelé à reconnaître. Qu’est-ce qui peut véritablement rassasier le désir de l’homme ?

Dans ma première encyclique, Deus caritas est, j’ai cherché à analyser comment un tel dynamisme se réalise dans l’expérience de l’amour humain, expérience qui, à notre époque, est plus facilement perçue comme un moment d’extase, de sortie de soi, comme un lieu où l’homme sent qu’il est traversé par un désir qui le dépasse. A travers l’amour, l’homme et la femme expérimentent de manière nouvelle, l’un par l’autre, la grandeur et la beauté de la vie et du réel. Si ce que j’expérimente n’est pas une simple illusion, si vraiment je veux le bien de l’autre comme une voie qui est aussi pour mon bien, alors je dois être disposé à me décentrer, à me mettre à son service, jusqu’à renoncer à moi-même. La réponse à la question sur le sens de l’expérience de l’amour passe donc par la purification et la guérison de la volonté, nécessaires au bien que l’on veut pour l’autre. Il faut s’y exercer, s’entraîner, se corriger même, pour que ce bien puisse être véritablement voulu.

L’extase initiale se traduit ainsi en un pèlerinage, un « exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément ainsi vers la découverte de soi-même, plus encore vers la découverte de Dieu » (Deus caritas est, 6). Par un tel chemin, l’homme pourra progressivement approfondir sa connaissance de cet amour qu’il avait expérimenté au début. Et le mystère ainsi représenté se profilera toujours davantage : en effet, pas même la personne aimée n’est en mesure de rassasier le désir qui réside dans le cœur humain, au contraire, plus l’amour de l’autre est authentique, plus il laisse entrevoir la question de son origine et de sa destinée, de la possibilité qu’a cet amour de durer pour toujours. L’expérience humaine de l’amour a donc en soi un dynamisme qui renvoie au-delà de soi, c’est l’expérience d’un bien qui pousse à sortir de soi pour se retrouver face au mystère qui enveloppe l’existence entière.

On pourrait faire des considérations analogues à propos d’autres expériences humaines comme l’amitié, l’expérience du beau, l’amour de la connaissance : tout bien expérimenté par l’homme tend vers le mystère qui enveloppe l’homme ; tout désir qui se manifeste au cœur humain se fait l’écho d’un désir fondamental qui n’est jamais pleinement rassasié. A partir d’un désir aussi profond, qui cache aussi quelque chose d’énigmatique, on ne peut évidemment pas arriver directement à la foi. En définitive, l’homme connaît bien ce qui ne le rassasie pas, mais il ne peut pas imaginer ni définir ce qui lui ferait expérimenter ce bonheur dont il porte la nostalgie dans son cœur. On ne peut pas connaître Dieu simplement à partir du désir de l’homme. De ce point de vue-là, le mystère demeure : l’homme est un chercheur de l’absolu, un chercheur qui avance en tâtonnant. Et cependant, l’expérience du désir, du « cœur inquiet » comme le nommait saint Augustin, est déjà très significative. Elle atteste que l’homme est profondément un être religieux (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 28), un « mendiant de Dieu ». Nous pouvons dire, avec les paroles de Pascal : « L’homme passe infiniment l’homme » (Pensées, éd. Chevalier 438 ; éd. Brunschvicg 434). Les yeux reconnaissent les objets quand ceux-ci sont éclairés par la lumière. D’où le désir de connaître la lumière elle-même qui fait briller les choses du monde et qui, avec elles, éveille le sens de la beauté.

Nous devons donc retenir qu’il est possible, même à notre époque, apparemment si réfractaire à la dimension transcendante, d’ouvrir un chemin vers un authentique sens religieux de la vie, qui montre que le don de la foi n’est pas absurde, ni irrationnel. Il serait très utile, dans ce but, de promouvoir une sorte de pédagogie du désir, que ce soit pour le chemin de ceux qui ne croient pas encore ou que ce soit pour ceux qui ont déjà reçu le don de la foi. Une pédagogie qui comprenne au moins deux aspects.

En premier lieu, apprendre ou réapprendre le goût des joies de la vie authentiques. Toutes les satisfactions ne produisent pas en nous le même effet : certaines laissent une trace positive, sont capables de pacifier l’esprit, nous rendent plus actifs et généreux. D’autres, au contraire, après la lumière initiale, semblent décevoir les attentes qu’elles avaient suscitées et laissent parfois derrière elles amertume, insatisfaction ou une impression de vide. Eduquer dès la tendre enfance à goûter les vraies joies, dans tous les domaines de l’existence – la famille, l’amitié, la solidarité avec ceux qui souffrent, le renoncement à soi pour servir l’autre, l’amour de la connaissance, de l’art, des beautés de la nature – tout ceci signifie exercer son goût intérieur et produire des anticorps efficaces contre la banalisation et l’aplatissement si diffus aujourd’hui. Les adultes aussi ont besoin de redécouvrir ces joies, de désirer les réalités authentiques, se purifiant de la médiocrité dans laquelle ils peuvent se trouver entraînés. Il sera alors plus facile de laisser tomber, ou de repousser, tout ce qui, malgré un attrait apparent, se révèle en fait insipide, source d’accoutumance et non de liberté. Et cela fera émerger ce désir de Dieu dont nous parlons.

Un second aspect, qui va de pair avec le précédent, consiste à ne jamais se contenter de ce que l’on a obtenu. Les joies les plus vraies sont précisément capables de libérer en nous cette saine inquiétude qui pousse à être plus exigeant – vouloir un bien plus élevé, plus profond – et en même temps à percevoir de plus en plus clairement que rien de ce qui est fini ne peut combler notre cœur. Nous apprendrons ainsi à tendre, désarmés, vers ce bien que nous ne pouvons construire ni nous procurer par nos propres forces, à ne pas nous laisser décourager par la fatigue ou les obstacles qui viennent de notre péché.

A ce sujet, nous ne devons toutefois pas oublier que le dynamisme du désir est toujours offert à la rédemption. Même lorsqu’il se présente sur des chemins détournés, lorsqu’il poursuit des paradis artificiels et semble perdre sa capacité à aspirer au véritable bien. Même l’abîme du péché ne peut éteindre en l’homme l’étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le savourer et d’engager un parcours de remontée sur lequel Dieu, avec le don de sa grâce, ne refuse jamais son aide. Nous avons d’ailleurs tous besoin de parcourir un chemin de purification et de guérison du désir. Nous sommes des pèlerins en marche vers la patrie céleste, vers ce bien plénier, éternel, que rien ne pourra jamais nous arracher. Il ne s’agit donc pas d’étouffer le désir qui est dans le cœur de l’homme, mais de le libérer, afin qu’il puisse atteindre sa véritable hauteur. Lorsque, dans le désir, s’ouvre une fenêtre vers Dieu, c’est déjà le signe de la présence dans l’âme de la foi, foi qui est une grâce de Dieu. Saint Augustin n’affirmait-il pas : « ainsi Dieu en différant de se donner à toi, dilate tes désirs, en les dilatant il élargit ton esprit, en l'élargissant il te rend plus capable de le posséder. » (Commentaire de la Première lettre de saint Jean, 4, 6 : PL 35, 2009).

Dans ce pèlerinage, sentons-nous frères de tous les hommes, compagnons de voyage aussi de celui qui ne croit pas, de celui qui est en recherche, de celui qui se laisse interroger avec sincérité par le dynamisme de son désir de vérité et de bien. En cette Année de la foi, prions pour que Dieu montre son visage à tous ceux qui le cherchent d’un cœur sincère. Merci.


INITIATIVE EN FAVEUR DE LA SYRIE

Après la catéchèse, Benoît XVI a annoncé une initiative en faveur de la Syrie Benoît XVI lance un nouvel appel à la paix en Syrie

Le Saint-Père s'adresse aux pèlerins francophones

L'Année de la foi. Le désir de Dieu

Chers frères et sœurs, « le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme a été créé par Dieu et pour Dieu », nous dit Le Catéchisme de l’Église catholique. Ce désir se manifeste de diverses manières. Par leur amour réciproque, l’homme et la femme expérimentent la grandeur et la beauté de la vie. C’est un exode permanent vers un don de soi, vers une découverte de soi-même et de Dieu. Chaque désir du cœur humain fait écho à un désir fondamental qui, jamais pleinement satisfait, cache un mystère. « L’homme passe infiniment l’homme », disait Pascal. L’homme est profondément un être religieux et le sens religieux de la vie montre que la foi n’est pas absurde et irrationnelle, si nous apprenons le goût des joies authentiques et désirons toujours un bien plus profond. Chers amis, le dynamisme du désir est toujours ouvert à la rédemption. L’étincelle, qui lui permet de reconnaître et de goûter le bien véritable, ne s’éteint jamais dans le cœur humain, même dans l’abîme du péché. L’ouverture du désir humain vers Dieu est le signe de la présence de la foi. Nous avons tous besoin de purifier notre désir. Dans notre pèlerinage, sentons-nous frères de tous les hommes et prions pour que Dieu montre son visage à ceux qui le cherchent avec un cœur sincère.

* * *

Je salue avec joie les pèlerins francophones, en particulier les membres de la Communauté de l’Arche ! Je vous invite à découvrir toujours plus les joies et les réalités authentiques de la vie, en vous purifiant de tout ce qui est médiocre. Vous produirez alors des anticorps efficaces contre l’esprit de banalisation aujourd’hui diffus et vous laisserez émerger le désir profond de Dieu ! Bon pèlerinage !
 

Sources : www.vatican.va  -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
© Copyright 2011 - Libreria Editrice Vaticana
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 07.11.2012- T/Benoît XVI

 

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