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19 Avril 2005
 

Jean-Paul II a fait de François d’Assise le saint patron des écologistes

 

Le 05 mai 2008 - (E.S.M.) - Face aux barbaries contemporaines – notamment économique et technoscientifique –, il apparaît comme une contre-culture, une précieuse dissidence. Au fond, la modernité tout entière est un phénomène post-chrétien. Elle est simplement dans le déni, et refuse de reconnaître d’où elle vient.

St François d’Assise, patron des écologistes Pour agrandir l'image: Cliquez

Jean-Paul II a fait de François d’Assise le saint patron des écologistes

L'Évangile est une précieuse dissidence

Entretien
Jean-Claude Guillebaud

Écrivain, journaliste, éditeur (au Seuil), Jean-Claude Guillebaud a publié des essais qui ont fait date, comme La tyrannie du plaisir. Dans son dernier livre, Comment je suis redevenu chrétien, il explique son cheminement spirituel et intellectuel. Entretien.


La Nef Dans Comment je suis redevenu chrétien, vous racontez l’itinéraire de votre conversion au christianisme, qui est d’abord intellectuelle, semble-t-il. Pouvez-vous revenir sur les figures contemporaines qui vous ont marqué dans ce sens ?

Jean-Claude Guillebaud – À partir du début des années 1980, quand je suis entré aux éditions du Seuil, je me suis lié avec certains auteurs qu’auparavant je lisais de loin, mais qui me sont devenus proches. Je songe à Jean-Marie Domenach, René Girard, Cornélius Castoriadis, Michel Serres, Maurice Bellet, Edgar Morin, Henri Atlan et quelques autres. Ils n’étaient pas tous croyants mais participaient de ce vaste mouvement intellectuel de la « pensée systémique », une nébuleuse de chercheurs à l’intérieur de laquelle les préoccupations spirituelles étaient bien présentes. Pendant plus de dix années, de colloque en colloque, je me suis familiarisé avec cette recherche transdisciplinaire. La pensée de René Girard était très présente, comme celle de Jean-Pierre Dupuy ou de l’anthropologue Louis Dumont, dont les travaux m’ont passionné. J’ai aussi fréquenté avec assiduité l’œuvre phénoménologique de Michel Henry, chrétien affirmé quant à lui, et aussi celle – plus énigmatique mais brûlante – de Pierre Legendre. Un peu plus tard, je me suis lié d’amitié avec le théologien Maurice Bellet. À cette époque, j’ai aussi renoué avec Jacques Ellul, juriste et théologien protestant, qui avait été mon professeur à la fac de droit de Bordeaux. Je l’ai publié au Seuil, notamment ce livre magnifique, La subversion du christianisme, sur lequel nous avons travaillé paragraphe par paragraphe.

Dans cette démarche intellectuelle, vous expliquez comment vous êtes revenu vers la foi en raison de la pertinence du message évangélique : en quoi ce message est-il pertinent précisément en notre époque où seule la science semble détenir la vérité et où le christianisme traîne encore dans certains milieux une image d’obscurantisme ?

Dès qu’on réfléchit un peu posément aux menaces nouvelles qui pèsent sur certaines « valeurs » contemporaines comme la définition de la personne humaine, l’égalité, l’espérance, l’incarnation, les principes de filiation et de transmission pour ne citer que quelques exemples, alors on s’aperçoit que le message évangélique a beaucoup à dire à leur sujet. Face aux barbaries contemporaines – notamment économique et technoscientifique –, il apparaît comme une contre-culture, une précieuse dissidence. Au fond, la modernité tout entière est un phénomène post-chrétien. Elle est simplement dans le déni, et refuse de reconnaître d’où elle vient.

En quoi, précisément, certains progrès réels de la modernité, loin de s’opposer au christianisme, en sont-ils issus ? Avez-vous des exemples ?

Les exemples crèvent les yeux, mais nous ne savons plus les voir. L’idée de progrès humain, d’amélioration du monde, par exemple, est incompréhensible sans référence à l’espérance chrétienne et à sa source originelle qui est le prophétisme juif. De la même façon, le concept d’égalité qui paraît si naturel à quiconque trouve son origine dans le monothéisme – les créatures humaines égales sous le regard d’un Dieu unique – et plus précisément dans l’Épître aux Galates de Paul. La liberté individuelle elle-même – qu’on tend à dévoyer en « individualisme » – est une invention chrétienne, si on peut dire. Elle n’existe pas dans les autres grandes civilisations, qu’elles soient chinoise, indienne ou précolombienne. Elle était étrangère aux Grecs et n’est pas reconnue par l’islam.
Le paradoxe est que la « souveraineté du moi » que la pensée moderne retourne aujourd’hui contre le christianisme vient de lui. Les travaux de Louis Dumont ou ceux du Canadien Charles Taylor sont éclairants sur ce point. Je pense à un texte érudit de Louis Dumont sur « les origines chrétiennes de l’individualisme ». Sa lecture a été pour moi comme un déclic.

Vous avez écrit que le message évangélique portait en lui un principe de subversion de tous les ordres établis : en quoi est-il aujourd’hui subversif ?

Il est subversif dans la mesure où il a cessé d’être la culture dominante. Il redevient rebelle, irréductible, comme il l’était durant les premiers siècles. Songez à l’engagement des chrétiens sur le terrain de la solidarité, à leur défense têtue de l’incarnation contre les tendances modernes à la déréalisation et au spectacle. Pensez à la belle idée de rédemption qui s’oppose frontalement aux dérives actuelles de la criminologie, celles qui désignent le délinquant un « monstre » irrécupérable. Pour les chrétiens, les choses sont claires : aucun être humain ne peut être réduit à la somme de ses actes. Il y a toujours un « reste » qui peut ouvrir la voie au salut. Ce n’est pas un hasard si les magistrats qui dénoncent aujourd’hui la « pénalisation » de nos sociétés sont nourris de christianisme. On pourrait en dire autant de l’attachement des chrétiens à l’idée d’intériorité et à leur défiance pour l’exhibitionnisme généralisé.

Aujourd’hui, le christianisme (particulièrement le catholicisme) s’est chargé d’assumer, contre vents et marées, la défense de la loi naturelle, qui lui est en réalité antérieure et sans laquelle, ont mis en garde Jean-Paul II et Benoît XVI, la démocratie sombre dans le relativisme et glisse vers le totalitarisme. Cela vous semble-t-il une nécessité, un égarement, un embourgeoisement ou un pis-aller ?

Je me méfie de l’expression « loi naturelle ». Elle relève d’un essentialisme qui peut vite devenir l’alibi des conservatismes. Je crois pour ma part à la transformation incessante de l’humanité de l’homme, toujours en « projet », toujours en construction. En revanche, la dénonciation du relativisme est non seulement légitime mais plus urgente que jamais. Si tout se vaut, alors le crime a tout l’avenir pour lui. N’oublions pas cette belle injonction des Psaumes qui nous invite à ne pas « abandonner le monde aux méchants », c’est-à-dire aux logiques du mensonge et de la domination. Le relativisme est la forme insidieuse que prend aujourd’hui la barbarie. Il va de pair avec le scepticisme et cette perte d’espérance qu’on appelait autrefois l’acédie (l'ennui ou la dépression spirituelle) et qui était le plus grave des péchés capitaux. L’espérance chrétienne est redevenue subversive. Tant mieux.

L’art moderne, et contemporain, s’est bâti, notamment dans son oscillation iconoclaste-spectaculaire contre la notion de sacré telle que l’entendait le christianisme. Une « théologie du corps », venue à nouveau du côté chrétien, ne serait-elle pas favorable à son renouvellement et à la sortie de certaines impasses dans quoi il est engagé ?

Non seulement une « théologie du corps » est nécessaire, mais je crois bien qu’elle est le véritable « trésor » sur lequel les chrétiens sont assis sans le savoir. Le christianisme est la seule religion incarnée. L’incarnation est porteuse d’une joie charnelle, d’une reconnaissance heureuse de la splendeur du corps que méconnaissent les pseudo théoriciens de la « permissivité ». En réalité, la pensée moderne, tout en faisant mine de se prosterner devant lui, déteste le corps dans sa vérité. Rappelons-nous des pages de La Nausée de Sartre. La chair, avec ses odeurs et ses humeurs, est présentée comme répugnante. Il faut gommer ses imperfections, supprimer ses odeurs, la désincarner en somme. Tout cela procède d’un néo-catharisme assez détestable, et en tout cas lugubre. En vérité, je crois que, paradoxalement, le christianisme est bien placé pour réhabiliter la chair.
Cela peut sembler étonnant, mais c’est ainsi.
C’est pour cette raison que j’ai beaucoup aimé le dernier livre de Fabrice Hadjadj, La Profondeur des sexes. Pour une mystique de la chair. Au-delà de la provocation, il y a là l’expression d’une vérité fondamentale. Quelqu’un comme Ivan Illich (disparu en 2002) reprochait à l’Église d’avoir elle-même oubliée cette joie principielle de l’Incarnation.

Benoît XVI évoque souvent les questions écologiques et dénonce un certain ordre mondial libéral peu soucieux de la primauté de la personne humaine : que vous inspirent ces discours ?

Sur ce terrain, Benoît XVI me paraît l’héritier de Jean-Paul II. Je pense à l’extraordinaire encyclique Centesimus Annus qui date de 1991. À l’époque, Jean-Paul II était le seul à dénoncer avec cette force les dérives néo-libérales et cet « économisme » devenu fou. Quand il reprend ces thèmes et ceux qui concernent l’écologie, Benoît XVI reprend ce flambeau. J’ajoute qu’on oublie souvent que, dès son élection, Jean-Paul II a fait de François d’Assise le saint patron des écologistes.

Nous fêtons en ce moi de Mai le 40e anniversaire de Mai 68 : que vous inspire cet événement ?

Pour dire la vérité, je trouve ces commémorations un peu assommantes. Je garde un bon souvenir de Mai 68 (surtout à cause de Maurice Clavel et de Michel de Certeau) et un moins bon des années qui ont suivi, années durant lesquelles s’est affirmé un gauchisme ou un maoïsme assez niais. Nous sommes en 2008. La distance qui nous sépare de Mai 68 – quarante ans – est la même que celle qui, en 1958, nous séparait de la Guerre de 14-18. À l’époque, j’avais quatorze ans. Je ne garde aucun souvenir d’une commémoration de ce genre. Mai 68 serait-il historiquement plus important que la Grande Guerre ? En fait, je crois que la manie commémorative – qui est devenue extravagante – dissimule une réalité préoccupante : nous n’osons plus nous tourner vers l’avenir. Nous sommes sans espérance et, du coup, seul le passé nous fait rêver. À bien réfléchir, c’est tout simplement médiocre.

Propos recueillis par Jacques de Guillebon et Christophe Geffroy

Derniers livres parus
– Comment je suis redevenu chrétien, Albin Michel, 2007, 188 pages, 14 e.
– La force de conviction. À quoi pouvons-nous croire ?, Seuil, 2005, rééd. coll. Points, 2006, 408 pages, 8,50 e.
– Le goût de l’avenir, Seuil, 2003, rééd. coll. Points, 2006, 500 pages, 8 e.
– Le principe d’humanité, Seuil, 2001, rééd. coll. Points, 2002, 504 pages, 7,50 e.
– La refondation du monde, Seuil, 1999, rééd. coll. Points, 2000, 478 pages, 7,50 e.
– La tyrannie du plaisir, Seuil, 1998, rééd. coll. Points, 1999, 486 pages, 7,80 e.


 

 

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