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19 Avril 2005
 

L'Église dépend de la pureté de nos âmes

Le 5 mars 2017 - (E.S.M.) - Le titre est la conclusion de ce long chapitre : de Pie XII à Benoît XVI, évoqué par le cardinal Sarah qui ajoute : Aujourd'hui, comment nier qu'il existe un délabrement moral chez certains hommes d'Église ? Le carriérisme et la tentation des mondanités dont parle si souvent le successeur de Pierre sont des maux bien réels. Certains s'imaginent qu'ils sont nés de l'imaginaire du pape. Hélas, le narcissisme clérical n'est pas qu'un thème littéraire. La maladie peut être profonde.

Le pape Benoît XVI 

Le 5 mars 2017 - E. S. M. - Le 18 avril 1978, quelques mois avant sa mort, Paul VI fait de vous le plus jeune évêque du monde. Vous avez moins de trente-trois ans...

En effet, et Jean-Paul II a confirmé ma nomination en août 1979. Je ressentais une joie douloureuse, mais j'étais paisible. Pourtant, je n'oubliais pas Paul VI ; en fait, j'étais un peu triste qu'il n'ait jamais pu me voir archevêque.

Lorsque le gouvernement a fait savoir au Saint-Siège que j'étais trop jeune pour occuper une fonction épiscopale, la Secrétairerie d'Etat a répondu, en substance, pour contourner l'argument : « Certes, il est jeune, mais il a été formé par la révolution, et il comprendra mieux les orientations et la politique de votre gouvernement ! »

Comme prêtre de paroisse, puis responsable du séminaire, j'étais très peu connu dans l'archidiocèse de Conakry. Je ne faisais pas de bruit et je ne cherchais rien de particulier. Pour Sékou Touré, j'étais une énigme...

En 1969, Paul VI est le premier pape à effectuer un grand voyage en Afrique.

Pour nous, ce fut inoubliable. En Ouganda, il eut cette phrase déterminante : « La nouvelle patrie du Christ, c'est l'Afrique. » Puis, il ajouta : « Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires ! »

Paul VI considérait que nous étions désormais les premiers responsables de l'évangélisation de notre continent, et il nous encourageait à plus d'audaces. Je pense qu'il a consacré notre vocation. Certes, l'Afrique a connu une évangélisation tardive. Mais, si nous lisons attentivement les textes sur la Révélation, nous constatons que le continent a toujours été associé au salut du monde. Comment oublier l'Afrique qui a accueilli et sauvé l'enfant Jésus des mains d'Hérode qui voulait l'éliminer ? Comment oublier que l'homme qui a aidé le Christ à porter sa Croix jusqu'au Golgotha fut un Africain, Simon de Cyrène ?

« Nova Patria Christi Africa »... Par cette parole historique, Paul VI a voulu signifier avec éclat combien l'Afrique était indissociable de l'histoire du salut. Après lui, dans l'exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa de 1995, Jean-Paul II a prononcé une phrase qui nous engage à demeurer crucifiés avec le Christ pour le salut du monde : « "Vois, je t'ai gravée sur les paumes de mes mains" (Is 49,16). Oui, sur les paumes des mains du Christ, percées par les clous de la crucifixion. Le nom de chacun d'entre vous [Africains] est gravé sur ces mains. »

Ces deux papes ont appelé l'Afrique pour qu'elle soit un apport à la vie spirituelle du monde entier. Dieu n'abandonne pas les Africains, comme II n'abandonne pas l'humanité. Je pense que l'Afrique peut, dans le temps de crise que nous traversons, donner avec modestie le sens du religieux qui l'habite. L'Afrique peut rappeler à l'Eglise ce que le Seigneur attend de nous ; Dieu compte toujours sur les pauvres pour faire face aux puissants. Le peuple africain, qui garde son innocence, peut aider les sociétés en crise à être plus humbles, plus raisonnables, plus respectueuses de la vie et du sens de la nature. Car Dieu veut que nous retrouvions sagesse et humilité. L'Afrique sait que Dieu pardonne toujours, l'homme quelquefois, mais la nature jamais.

Pour l'ancien président du conseil pontifical Cor unum, Paul VI est-il donc le pape de l'encyclique Populorum Progressio ?

Paul VI avait l'espoir que le monde puisse devenir meilleur. En cette année 1967, il écrivait : « Certains estimeront utopiques de telles espérances. Il se pourrait que leur réalisme fût en défaut et qu'ils n'aient pas perçu le dynamisme d'un monde qui veut vivre plus fraternellement, et qui, malgré ses ignorances, ses erreurs, ses péchés même, ses rechutes en barbarie et ses longues divagations hors de la voie du salut, se rapproche lentement, même sans s'en rendre compte, de son Créateur. »

Le pape Montini croyait à l'importance du développement des peuples pour sortir de la misère. Dans un pays riche, ce type de réflexion peut sembler superflu. Comme Africain, je puis vous assurer que je vois le problème de manière toute différente...

Dans la douleur de Paul VI, il y avait aussi une grande déception devant l'indifférence des pays occidentaux. La béatification de ce pape me semble une réponse éclatante à la souffrance qui fut la sienne sur cette terre.

Paul VI a été un prophète.

Quels souvenirs précis gardez-vous de Jean-Paul Ier ?

Le jour de sa mort, j'étais triste et je ne parvenais pas à comprendre. Pourquoi Dieu avait-Il choisi cet homme qu'il rappelait si rapidement à Lui ? En fait, j'avais le plus grand mal à apporter des éléments de réponse à cette interrogation. Mais je me suis laissé envelopper dans la mystérieuse sagesse de l'Eternel.

Comment Dieu peut-Il féconder un ministère pétrinien aussi bref pour le rayonnement de l'Eglise ? La longueur d'une vie ne lui confère pas à elle seule sa véritable valeur. De la même manière, un pontificat très bref peut constituer un moment déterminant dans la vie de l'Eglise. Dieu a donné à ces quelques semaines de l'été 1978 un éclat merveilleux car Jean-Paul Ier possédait le sourire, la simplicité et le rayonnement des enfants. Sa gentillesse était si profonde qu'elle devenait une pureté éblouissante. Face à l'impureté de certains, jusque dans l'Église, je pense qu'il n'est pas mort en vain.

Comment comprendre l'élection de Jean-Paul II ?

Ce pape représente la gloire de la souffrance. Son pontificat est prodigieux et crucifié à la fois. Jean-Paul II a connu de grands triomphes pour l'Église sur la scène internationale, politique ou médiatique. Sur le plan pastoral, son apport est primordial, en particulier son dialogue avec la jeunesse qu'il a remise sur le chemin de Jésus. Pour autant, il est resté un pontife associé à la Passion et à la souffrance du Christ. Car, en union avec le Fils de Dieu, les succès entraînent toujours des épreuves. Ce pape a vécu pleinement la gloire mystérieuse du Christ, qui est celle de la Croix où la victoire triomphe dans la souffrance.

Jean-Paul II a combattu les forces du mal avec une ardeur inégalée. Puisqu'il défendait la vie, les puissances occultes ne pouvaient que déclencher contre lui les torrents de la haine. La tentative de meurtre du 13 mai 1981, et les lourdes séquelles dues à ses blessures, si peu de temps après l'élection, sont la réponse des forces du mal à l'élection extraordinaire de cet homme.

Mais Dieu avait un projet que les ennemis de l'Église n'ont pas pu interrompre. Jean-Paul II pensait que la Vierge avait dévié la balle qui devait le tuer. Avec la force rare qui l'habitait, il a été un combattant voulu par le Ciel pour défendre la vie, la dignité de toute personne humaine et la famille.

Lors d'un angélus, alors que Jean-Paul II était très affaibli par une hospitalisation éprouvante à l'hôpital Gemelli, le 29 mai 1994, il a eu ces mots extraordinaires : « Précisément parce que la famille est menacée, parce que la famille est agressée, le pape doit être agressé, le pape doit souffrir, pour que toutes les familles et le monde entier voient qu'il existe un Evangile de la souffrance, à travers lequel nous devons préparer l'avenir, le troisième millénaire des familles, de chaque famille et de toutes les familles. »

Jean-Paul II avait une conscience aiguë du ministère du Christ qu'il devait porter. Dieu a configuré ce pape à la souffrance de son Fils. La lance qui traversa le Christ, et les clous de la crucifixion, sont venus jusqu'au cœur de Jean-Paul IL Le pape polonais a montré qu'il n'y a aucun succès pastoral sans participation à la souffrance du Christ.

Qu'est-ce qui vous touche le plus chez ce pape ?

J'ai admiré son extrême courage face à toutes les tempêtes qui n'ont jamais manqué pendant sa vie. La dernière lutte face au mal qui le rongeait fut héroïque. En refusant de se cacher et de nier la destruction progressive de son corps, Jean-Paul II a voulu aider tous les malades qui pouvaient puiser en lui un modèle. Pour le pape, les personnes qui souffrent sont dignes d'être honorées.

Je pense que ses derniers moments sur terre ont été une forme d'encyclique non écrite. Le pape portait l'Evangile dans son corps brisé et plus lumineux que jamais. Alors que la maladie le conduisait aux portes de l'éternité, il a tenu à faire son dernier chemin de Croix, ce vendredi saint 2005, dans sa chapelle privée. Nous ne pouvions le voir que de dos. Dépourvu de toutes forces physiques, il était littéralement accroché à la Croix, comme pour nous inviter à ne plus rester centrés sur lui, mais sur le « signe » qui révèle Dieu et son amour. Ce vendredi saint résumait toute la vie de Jean-Paul II, qui voulait être totalement configuré au Christ, et vivre en profonde communion avec ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir, si possible, à ressusciter avec lui d'entre les morts. Il réalisait ce que saint Paul écrit aux Corinthiens : « Et nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit » (2 Co 3,18). Le dimanche 27 mars 2005, il était déjà entré dans le silence du « passage » qui prépare le surgissement de la vie. Ce jour-là, il a voulu nous dire une dernière parole de sa fenêtre, mais aucun mot n'est sorti de sa bouche. Il était entré dans le silence de Dieu. Dans ce moment douloureux, nous avions l'impression d'entendre Jean-Paul II murmurer : « Je suis heureux d'être cloué sur la Croix avec le Christ, mon flanc contre son flanc, mes mains contre ses mains, mes pieds contre ses pieds, les mêmes clous le traversent et me traversent, nos sangs se mêlent en un seul sang. » Et malgré tant de souffrances, une longue et pénible agonie, le mystère de la ténacité apostolique de Jean-Paul II et de sa mort sereine nous rappelle cette parole de saint Bernard : « Le soldat fidèle ne ressent pas ses blessures quand il contemple amoureusement les blessures de son Roi. »

À l'instant des dernières heures de sa vie, lors de l'angélus du dimanche de Pâques, les paroles qu'il ne parvenait plus à exprimer ne doivent pas nous attrister. Dieu voulait que sa propre Parole se lise désormais sur le corps supplicié du pape.

Nous sommes parfois devenus une Eglise si livresque et académique qu'il ne nous est pas facile de comprendre la vérité de ce témoignage de la souffrance du corps. La Croix du Christ n'est pas une théorie mais une douleur épouvantable et un signe d'amour. La parole ne se donne pas seulement grâce à la Parole de Dieu, mais également à travers l'incarnation. Le corps de Jean-Paul II portait le message du Christ pour l'humanité.

Le pape qui avait tant écrit sur le corps de l'homme était désormais accroché au corps supplicié du Christ.

Quel souvenir gardez-vous de votre première audience avec Jean-Paul II ?

Ma nomination est intervenue en août 1979. Dans les semaines qui ont suivi, je suis venu à Rome pour saluer Jean-Paul II et lui exprimer ma gratitude pour sa confiance. Avec l'évêque du troisième diocèse de Guinée, nous avons demandé une audience. Dans la mesure où Sékou Touré ne voyait pas d'un œil favorable ma nomination, cette rencontre avec le pape était très importante. À notre arrivée au Vatican, en septembre 1979, les services de la Secrétairerie d'Etat nous ont dit que le pape ne pourrait pas nous recevoir en audience privée en raison d'un agenda surchargé... Pour nous, vis-à-vis du gouvernement guinéen, la chose était impensable. Nous devions absolument revenir en Guinée avec une photo de notre entretien avec le pontife ! Sans une rencontre avec Jean-Paul II, Sékou Touré aurait méprisé notre autorité épiscopale puisque le pape lui-même ne prenait pas la peine de nous rencontrer. .. J'ai supplié l'entourage du pape, mais rien ne semblait possible. Par chance, le nonce en poste à Dakar, Mgr Giovanni Mariani, se trouvait à Rome. J'ai pu échanger avec lui pour exposer mon problème. En fin connaisseur du régime autoritaire de Sékou Touré, il comprit rapidement l'ampleur du malentendu. La situation était grave car Sékou Touré était parfaitement capable de nous mettre en prison si le pape ne nous offrait pas une reconnaissance.

Le nonce m'a alors conseillé d'écrire en urgence au pape en présentant la spécificité et la dangerosité de ma situation. Il s'est personnellement engagé pour que ma missive arrive dans les mains du Saint-Père. Un jour plus tard, alors que je me trouvais chez les sœurs marianistes, à Monteverde Nuovo, le secrétariat du pape m'a téléphoné pour m'informer que Jean-Paul II nous attendait, Mgr Philippe Kourouma et moi-même, pour célébrer, dès le lendemain, la messe avec lui. Vous pouvez imaginer mon étonnement et mon exaltation... À sept heures du matin, nous l'avons retrouvé dans sa chapelle privée. J'étais porté par une émotion inimaginable. J'ai beaucoup prié pour les hommes et les femmes qui avaient fait de moi le chrétien, le prêtre et l'évêque qui se trouvait, contre toute attente, dans la chapelle du pape, en particulier ma famille d'Ourous, les spiritains, et Mgr Tchidimbo qui avait été tant abîmé par neuf années de prison.

Puis, après l'office, le pape nous a demandé de prendre le petit déjeuner avec lui. Au moment de nous quitter, il a voulu que nous puissions réaliser toutes les photos nécessaires. Ce matin de septembre, j'ai passé plus d'une heure avec Jean-Paul II. Pendant la collation, il m'a demandé mon âge. Je lui ai dit que j'avais trente-quatre ans. Il est alors parti dans un grand éclat de rire et il s'est exclamé : « Mais alors, vous êtes un bébé évêque ! Un vescovo Bambino !'» Incontestablement, j'étais alors le plus jeune évêque du monde...

Quelle serait, selon vous, la meilleure manière de résumer le long pontificat de Jean-Paul II ?

Toutes ces années si fécondes peuvent se rapporter aux trois piliers de sa vie intérieure que furent la Croix, l'Eucharistie et la Sainte Vierge, « Crux, Hostia et Virgo ». Sa foi extraordinaire ne cherchait pas ailleurs que dans les outils les plus ordinaires de la vie chrétienne les fondements de sa force.

Avant d'être élu pape, lorsqu'il venait à Rome, Karol Wojtyla logeait chez son grand ami le cardinal Deskur. La nuit, ce dernier trouvait souvent son ami par terre sur le marbre froid de sa chapelle privée. Il restait en adoration jusqu'au petit matin, sans dormir. Inquiet pour son ami, Andrzej Deskur a fait retirer le marbre pour poser un plancher de bois, moins inconfortable...

Au quotidien, la simplicité de ce pape était désarmante. N'imaginons pas que les vertus des hommes de Dieu sont inatteignables. Jean-Paul II vivait dans l'intimité de Dieu, sans quitter les hommes qu'il côtoyait. La relation de confiance qu'il a eue avec le cardinal Joseph Ratzinger fut immense, en même temps que ces deux géants demeuraient d'une humilité désarmante.

Sans en avoir une véritable conscience, nous avons marché avec un saint qui est désormais un protecteur de l'Église au Ciel.

Comment caractériseriez-vous la relation entre Jean-Paul II et Joseph Ratzinger, son préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ?

Je pense qu'il existait une telle syntonie entre les deux hommes qu'il leur était devenu impossible de se séparer l'un de l'autre.

Jean-Paul II a toujours été émerveillé par la profondeur intellectuelle et l'évidence du génie théologique de Joseph Ratzinger. De son côté, le cardinal était fasciné par l'immersion en Dieu de Jean-Paul II. Ces deux successeurs de Pierre ont eu la même vision des défis qui se posaient à l'Eglise : la nécessité d'une nouvelle évangélisation, le dialogue entre la foi et la raison, la lutte contre la « culture de mort », selon les mots de Jean-Paul II, et la résistance contre les formes d'oppression idéologiques, du communisme au relativisme libéral. Ils voulaient surtout amener chacun de nous à construire une véritable vie intérieure.

Les cultures du philosophe polonais et du théologien allemand, de l'ascète sportif et du professeur bénédictin, étaient différentes. Mais les papes se retrouvaient dans le tréfonds de leurs spiritualités. En fait, ils possédaient une même mystique : Dieu Lui-même a sans doute voulu rapprocher ses deux fils.

Le grand lien des papes Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, et Benoît XVI demeure la souffrance. Jean XXIII aussi a beaucoup souffert. Il disait, en ouvrant les bras : « Je souffre avec douleur, mais avec amour. » Lorsque des amis l'interrogèrent, au moment de l'ouverture du concile, il répondit : « Ma part à moi, ce sera la souffrance. »

II n'y a pas de ministère pétrinien sans partage de la Croix du Christ.

Comment interprétez-vous toutes les difficultés auxquelles Benoît XVI a dû faire face ?

Pendant les longues années où il est resté à la Congrégation pour la doctrine de la foi, Joseph Ratzinger a toujours voulu défendre la vérité révélée par Dieu, gardée et diffusée par la tradition et le magistère. Dès lors, certains médias ont cherché sans relâche à le placer dans la catégorie des conservateurs inflexibles, passéistes et intolérants.

Je me souviens que le jour même de son élection, des voix se sont fait entendre pour exprimer leur désapprobation face à l'élection du cardinal Ratzinger. Ils oubliaient combien le collège des cardinaux électeurs s'était porté si rapidement sur le bras droit de Jean-Paul II... L'élection d'un pape est toujours un acte de foi.

Souvent, en pensant à Benoît XVI, j'entends cette phrase de saint Paul à Timothée : « J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi » (2 Tm 4, 7). Je crois que ce successeur de Pierre a été au bout de bien des batailles, de tout ce qu'il pouvait donner à l'Eglise et aux fidèles dans l'ordre spirituel, humain, théologique, intellectuel ou théologique. Au fond, ce pontificat ressemble à un magnifique livre ouvert vers le Ciel, une merveilleuse intelligence tournée vers Dieu seul. Joseph Ratzinger a toujours eu l'humilité des fils de saint Benoît, résumée par la devise « Ora et labora ». « Quaerere deum », chercher Dieu, est la vraie synthèse du pontificat de Benoît XVI.

Peut-être certains - à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise - n'ont-ils jamais accepté les intuitions fondamentales de Benoît XVI, la lutte contre l'esprit relativiste, la dénonciation des possibles dérives dictatoriales du sécularisme, le combat contre les retournements anthropologiques, l'approfondissement de la place de la liturgie. Benoît XVI a souffert lorsque les loups se déchaînaient, à Ratisbonne, pendant l'affaire Williamson, au cours de la crise appelée « Vatileaks ». Pourtant, dès 2005, il était lucide. Lors de sa messe d'intronisation, ne demandait-il pas : « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups » ? En particulier, il était très meurtri lorsque sa pensée était travestie, déformée par les journaux, au point de devenir l'exact contraire de son raisonnement propre. Peut-être cet homme doux et humble n'a-t-il jamais voulu se défendre. Mais le Christ s'est-il défendu une seule fois contre ses détracteurs et les loups qui l'ont encerclé au Jardin des Oliviers ?

Comment imaginer que le texte qu'il prononça lors du chemin de Croix au Colisée, en mars 2005, puisse laisser indifférent ? Benoît XVI n'a jamais eu peur de la vérité. En retour, les attaques mondaines furent d'une violence sans limites.

Si nous sommes à la recherche de la vérité, Benoît XVI est un guide exceptionnel. Si nous préférons le mensonge, le silence et l'omission, Benoît XVI devient un problème inacceptable...

Selon vous, qui était l'homme Benoît XVI ?

Joseph Ratzinger n'a pas changé après son élection. Il restait un homme d'une grande sensibilité, pudique et réservé. S'il avait l'impression qu'il avait offensé son interlocuteur, Benoît XVI cherchait toujours à lui expliquer les raisons de sa position. Ce pape était incapable d'un acte autoritaire ou tranchant. Il incarnait la tendresse, la douceur, l'humilité et la bonté respectueuse de Dieu.

L'autorité d'un pape est spirituelle, théologique, pastorale mais également politique. Le Vatican est un Etat, qui entretient des relations diplomatiques avec de nombreux pays dans le monde, et le pape doit nécessairement montrer une grande rigueur administrative et une véritable fermeté dans la gestion des personnes.

Pourtant, je ne crois pas que le respect de l'autre et la richesse spirituelle de ce pape l'aient empêché de donner la mesure politique de sa fonction.

En fait, sa vision de Dieu et de l'homme fut si profonde que je suis certain - et je l'espère - qu'il sera un jour, par la grâce de Dieu, canonisé, vénéré comme un grand saint et proclamé docteur de l'Eglise.

Benoît XVI a-t-il eu raison de renoncer au siège de Pierre ?

Lorsque j'ai appris le choix de Benoît XVI, je me trouvais au Congo-Kinshasa, où je prêchais une retraite pour les évêques. Pour moi, la décision du pape a représenté une grande souffrance, un terrible tremblement de terre. Je ne peux cacher l'ampleur de la déception qui fut la mienne. Après quelques jours, j'ai accepté avec confiance et sérénité cette renonciation car je savais, dans la lumière de la foi, que le pape avait mûri cette décision à genoux devant la Croix. Benoît XVI a remis sa charge avec la conviction d'être en accord avec la volonté de Dieu. Toute sa vie, il a cherché Dieu ; II lui montrait encore une fois le chemin.

Le pape émérite s'est installé dans une maison que Jean-Paul II avait dévolue à des religieuses contemplatives priant pour le Saint-Père.
Aujourd'hui, c'est Benoît XVI qui prie pour l'Eglise.

Pensez-vous qu'il existe une grande différence entre Benoît XVI et François ?

De beaux esprits orgueilleux se plaisent à réécrire le conclave de 2005 en plaçant le cardinal Bergoglio comme le challenger de Joseph Ratzinger. Certes, des cardinaux avaient mis beaucoup d'espoirs dans la possibilité de voir l'archevêque de Buenos Aires succéder au pape polonais. Mais le cardinal Bergoglio ne voulait absolument pas se trouver dans une confrontation avec l'ancien bras droit de Jean-Paul II II avait une véritable admiration pour l'intelligence et la droiture de Ratzinger. Entre ces deux hommes, il y a incontestablement de grandes différences de style, un homme réservé, avec la sensibilité d'un bénédictin, d'un côté, et un pasteur de terrain, un jésuite, de l'autre, mais leurs visions fondamentales de l'Eglise peuvent converger.

Aujourd'hui, le pape François est conscient de la complexité de sa tâche et ne cesse d'implorer nos prières.

Que vous inspire le nom de François comme pape ?

Le pape François pense que le fondateur des franciscains peut nous aider à commencer une réforme profonde de notre vie spirituelle. Saint François aimait tant Jésus qu'il a eu le privilège de s'identifier absolument à Lui, jusqu'à porter les stigmates de sa Passion. En attirant nos regards sur saint François, le pape nous invite à imiter le Poverello d'Assise de manière à porter, nous aussi, partout et toujours, les souffrances de la mort de Jésus (2 Co 4, 10 ; G a 6, 17). C'est ainsi que saint Paul, cherchant à s'identifier au Christ, pouvait dire : « En ce moment je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux tribulations du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise » (Col 1, 24). Pour le Saint-Père, les chrétiens ne peuvent jamais espérer que la voie exigeante et aride, semée d'embûches, de Jésus.

Saint François a vécu, lui aussi, à une époque de crise morale, spirituelle et politique. L'Eglise semblait s'écrouler. Jésus a demandé à François de réparer son Eglise ; il ne s'agissait pas de la petite église de San Damiano, mais de toute l'Eglise du Christ, en ruine, symbolisée et représentée par la basilique Saint-Jean-de-Latran, que le pape Innocent III a vue en rêve, penchée, prête à s'écrouler, et qu'un petit moine soutenait de ses épaules pour l'empêcher de tomber.

Aujourd'hui, comment nier qu'il existe un délabrement moral chez certains hommes d'Église ? Le carriérisme et la tentation des mondanités dont parle si souvent le successeur de Pierre sont des maux bien réels. Certains s'imaginent qu'ils sont nés de l'imaginaire du pape. Hélas, le narcissisme clérical n'est pas qu'un thème littéraire. La maladie peut être profonde.

Pour provoquer un sursaut, nous devons d'abord redresser notre vie intérieure. L'Église dépend de la pureté de nos âmes.

Enfin, saint François fut un grand évangélisateur. Il est allé jusqu'au Maroc et en Egypte pour tenter de convertir les musulmans. La mission restait inscrite en lettres d'or dans le fond de sa mémoire. Il a voulu que l'Évangile soit sa seule lumière. La Parole de Dieu est au cœur de sa règle.

François se situe dans ce grand sillage. Je retrouve chez lui le véritable élan missionnaire de saint Ignace de Loyola. Le fondateur de la Compagnie de Jésus ne rechignait jamais à discerner le bien du mal, et le pape François n'hésite pas non plus à le faire.
 

Sources :  Fayard-  E.S.M.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 05.03.2017

 

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