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Benoît XVI s'exprime sur l'avenir de l'Eglise
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Rome, le 31.08.2006 - Le pape Benoît XVI a reçu ce matin dans sa
résidence d'été de Castel Gandolfo les prêtres du diocèse d'Albano
dont dépend cette commune de la campagne romaine.
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Le pape Benoît XVI
Benoît XVI
s'exprime sur l'avenir de l'Eglise
Le pape Benoît XVI a reçu jeudi matin dans sa résidence d'été de Castel
Gandolfo les prêtres du diocèse d'Albano dont dépend cette commune de la
campagne romaine. Il a estimé que l'Eglise catholique, qui a su résister
malgré toutes ses faiblesses aux invasions musulmanes, au nazisme et au
communisme, pourra surmonter d'autres épreuves.
Le Saint Père
s'est exprimé à bâtons rompus sur l'avenir de l'Eglise.
L'Eglise
vit et vivra, comme elle a survécu "malgré ses souffrances et ses
faiblesses" à "2.000 ans d'histoire", a déclaré le pape, en évoquant les
invasions musulmanes, les philosophes des Lumières, Karl Marx et Adolf
Hitler "qui voulait détruire le catholicisme".
Benoît XVI est
remonté jusqu'aux premières communautés de chrétiens en Asie mineure et en
Afrique du Nord et "aux invasions musulmanes". "L'Eglise paraissait alors
être finie", a-t-il relevé, mais de nombreux saints comme saint Ignace de
Loyola et sainte Thérèse d'Avila sont alors parvenus à la "revitaliser".
Ces deux saints espagnols du 16ème siècle ont vécu après la
restauration de la chrétienté en Espagne.
Puis, après les
philosophes français des Lumières Rousseau et Voltaire, sont venus "les
saints et les congrégations religieuses du 19ème siècle", a rappelé le pape,
soulignant que "la foi est plus forte que les courants qui vont et
viennent".
Le pape Benoît XVI a aussi rappelé une phrase d'Hitler
se disant convaincu d'avoir été spécialement désigné par "la providence"
pour détruire le catholicisme.
"La providence m'a appelé, moi,
éduqué comme catholique, pour faire chuter le catholicisme", avait déclaré
Hitler selon la citation du pape. "Et il avait tous les moyens pour le
faire", a ajouté Benoît XVI. "Le marxisme a aussi essayé", a-t-il poursuivi.
"Nous devons donc être courageux" car l'Eglise "est une espérance qui
ne finit pas", a conclu Benoît XVI.
Texte intégral du discours du Saint Père
Quelques problèmes de la vie des prêtres
P. Giuseppe Zane, Vicaire ad omnia, âgé de 83 ans:
"Notre Evêque vous a illustré, bien que brièvement, la situation de notre
diocèse d'Albano. Nous, prêtres, sommes pleinement insérés dans cette Eglise,
nous en vivons tous les problèmes et les difficultés. Jeunes ou âgés, nous
nous sentons tous inadéquats, tout d'abord parce que nous sommes peu
nombreux par rapport aux grandes nécessités et nous sommes d'origines
différentes; en outre, nous souffrons du manque de vocations au sacerdoce.
C'est pour ces raisons que nous sommes parfois découragés, cherchant un peu
à "tamponner" ici et là, souvent obligés de ne faire que ce qui est le plus
urgent, sans projets précis. En voyant les nombreuses choses à faire, nous
avons la tentation de privilégier l'action, en négligeant l'être, et cela se
reflète inévitablement sur la vie spirituelle, le dialogue avec Dieu, la
prière et la charité (l'amour) envers nos frères, souvent éloignés.
Saint-Père, que pouvez-vous nous dire à ce propos? J'ai un certain âge...
mais ces jeunes confrères peuvent-ils avoir de l'espoir?"
BENOIT XVI:
Chers frères, je voudrais tout d'abord vous dire une parole de bienvenue et
de remerciement. Je remercie le Cardinal Sodano de sa présence, à travers
laquelle il exprime son amour et son attention à l'égard de cette Eglise
suburbicaire. Je vous remercie, Excellence, de vos paroles. En peu de mots,
vous m'avez présenté la situation de ce diocèse, que je ne connaissais pas
dans cette mesure. Je savais qu'il s'agit du plus grand des diocèses
suburbicaires, mais je ne savais pas qu'il comptait jusqu'à cinq cent mille
habitants. Je vois ainsi un diocèse riche de défis, de problèmes, mais,
assurément, aussi de joies dans la foi. Et je vois que toutes les questions
de notre époque sont présentes: l'émigration, le tourisme, l'exclusion,
l'agnosticisme, mais également une foi ferme.
Je n'ai pas la prétention d'être, à présent, une sorte d'"oracle", qui
pourrait répondre de manière exhaustive à toutes les questions. Les paroles
de saint Grégoire le Grand que vous avez citées, Excellence - que chacun
connaisse "infirmitatem suam" -, valent aussi pour le Pape. Même le Pape,
jour après jour, doit connaître et reconnaître "infirmitatem suam", ses
limites. Il doit reconnaître que ce n'est que dans la collaboration avec
tous, dans le dialogue, dans la coopération commune, dans la foi, comme "cooperatores
veritatis" - de la Vérité qui est une Personne, Jésus - que nous pouvons
effectuer ensemble notre service, chacun pour sa part. C'est dans ce sens
que mes réponses ne seront pas exhaustives mais fragmentaires. Toutefois,
nous acceptons précisément cela: ce n'est qu'ensemble que nous pouvons
composer la "mosaïque" d'un travail pastoral qui répond à la grandeur des
défis.
Monsieur le Cardinal Sodano, vous avez dit que notre cher confrère, le P.
Zane, apparaît un peu pessimiste. Mais je dois dire que chacun de nous a des
moments où il peut se décourager face à l'immensité de ce qu'il faudrait
faire et aux limites de ce qu'il peut, en revanche, réellement faire. Cela
concerne également encore le Pape. Que dois-je faire de l'Eglise à l'heure
actuelle, avec les nombreux problèmes, les nombreuses joies, les nombreux
défis qui concernent l'Eglise universelle? Tant de choses se passent jour
après jour et je ne suis pas en mesure de répondre à tout. J'accomplis ma
part, je fais ce que je peux faire. Je cherche à trouver les priorités. Et
je suis heureux d'être assisté par de si nombreux collaborateurs précieux.
Je peux déjà dire ici, en ce moment: je vois chaque jour le grand travail
qu'effectue la Secrétairerie d'Etat sous votre sage direction. Et ce n'est
qu'avec ce réseau de collaboration, en m'insérant avec mes petites capacités
dans un tout plus grand, que je peux et que j'ose aller de l'avant.
Et ainsi, naturellement, un curé qui se trouve tout seul voit encore
davantage les nombreuses choses qu'il y aurait à faire dans cette situation
que vous, P. Zane, avez brièvement décrite. Et il ne peut faire qu'une
chose, "tamponner" - comme vous avez dit -, apporter une sorte de "secours
d'urgence", conscient que l'on devrait faire beaucoup plus. Je dirais alors
que notre première nécessité à tous est de reconnaître avec humilité nos
limites, de reconnaître que nous devons laisser faire la plupart des choses
au Seigneur. Aujourd'hui, nous avons entendu dans l'Evangile la parabole du
serviteur fidèle (Mt 24, 42-51). Ce serviteur - dit le Seigneur - donne la
nourriture aux autres en temps voulu. Il ne fait pas tout ensemble, mais
c'est un serviteur sage et prudent, qui sait distribuer à divers moments ce
qu'il doit accomplir dans cette situation. Il le fait avec humilité, et il
est aussi sûr de la confiance de son maître. Ainsi, nous devons faire tout
notre possible pour essayer d'être sages et prudents, et également avoir
confiance dans la bonté de notre "Maître", du Seigneur, car à la fin il doit
lui-même guider son Eglise. Pour notre part, nous nous insérons avec notre
petit don et nous faisons notre possible, surtout les choses qui sont
toujours nécessaires: les sacrements, l'annonce de la Parole, les signes de
notre charité et de notre amour.
Quant à la vie intérieure, que vous avez mentionnée, je dirais qu'elle est
essentielle pour notre service de prêtres. Le temps que nous nous réservons
pour la prière n'est pas un temps soustrait à notre responsabilité
pastorale, mais c'est réellement un "travail" pastoral, c'est prier aussi
pour les autres. Dans le "Commun des pasteurs" ont lit comme étant
caractéristique du bon Pasteur que "multum oravit pro fratribus". Il est
propre au pasteur d'être un homme de prière, qui se trouve devant le
Seigneur en priant pour les autres, en remplaçant également les autres, qui
ne savent peut-être pas prier, qui ne veulent pas prier, qui ne trouvent pas
le temps de prier. Comme il apparaît ainsi évident que le dialogue avec Dieu
est une oeuvre pastorale!
Je dirais donc que l'Eglise nous donne, nous impose presque - mais toujours
comme une bonne Mère - d'avoir du temps libre pour Dieu, avec les deux
pratiques qui font partie de nos devoirs: célébrer la Messe et réciter le
bréviaire. Mais plus que le réciter, il faut le réaliser comme écoute de la
Parole que le Seigneur nous offre dans la Liturgie des Heures. Il faut
intérioriser cette Parole, être attentif à ce que le Seigneur me dit à
travers cette Parole, écouter ensuite les commentaires des Pères de l'Eglise
ou également du Concile, dans la deuxième Lecture de l'Office des Lectures,
et prier avec cette grande invocation que sont les Psaumes, à travers
lesquels nous sommes insérés dans la prière de tous les temps. Le peuple de
l'Ancienne Alliance prie avec nous - et nous prions avec lui. Nous prions
avec le Seigneur, qui est le véritable sujet des Psaumes. Nous prions avec
l'Eglise de tous les temps. Je dirais que ce temps consacré à la Liturgie
des Heures est un temps précieux. L'Eglise nous donne cette liberté, cet
espace libre de vie avec Dieu, qui est également vie pour les autres.
Et ainsi, il me semble important de voir que ces deux réalités - la Messe
célébrée réellement en dialogue avec Dieu et la Liturgie des Heures - sont
des espaces de liberté, de vie intérieure, que l'Eglise nous donne et qui
sont une richesse pour nous. Dans celles-ci, comme je l'ai dit, nous
rencontrons non seulement l'Eglise de tous les temps, mais le Seigneur
lui-même, qui parle avec nous et attend notre réponse. Nous apprenons ainsi
à prier en nous insérant dans la prière de tous les temps et nous
rencontrons également le peuple. Nous pensons aux Psaumes, aux paroles des
Prophètes, aux paroles du Seigneur et des Apôtres, nous pensons aux
commentaires des Pères. Nous avons aujourd'hui entendu ce merveilleux
commentaire de saint Colomban sur le Christ, source d'"eau vive" à laquelle
nous buvons. En priant, nous rencontrons également les souffrances du peuple
de Dieu d'aujourd'hui. Ces prières nous font réfléchir sur la vie de chaque
jour et nous guident à la rencontre des personnes d'aujourd'hui. Elles nous
illuminent au cours de cette rencontre car, dans celle-ci, nous n'apportons
pas seulement notre petite intelligence, notre amour de Dieu, mais nous
apprenons également, à travers cette Parole de Dieu, à leur apporter Dieu.
C'est ce qu'elles attendent: que nous leur apportions l'"eau vive", dont
parle aujourd'hui saint Colomban. Les gens ont soif. Et ils cherchent à
répondre à cette soif par différents divertissements. Mais ils comprennent
bien que ces divertissements ne sont pas l'"eau vive" dont ils ont besoin.
Le Seigneur est la source de l'"eau vive". Il dit cependant, dans le
chapitre 7 de Jean, que quiconque croit devient une "source", car il a bu du
Christ. Et cette "eau vive" (v. 38) devient en nous eau jaillissante, source
pour les autres. Ainsi, nous cherchons à la boire dans la prière, dans la
célébration de la Messe, dans la lecture: nous cherchons à boire à cette
source pour qu'elle devienne source en nous. Et nous pouvons mieux répondre
à la soif des gens d'aujourd'hui en ayant en nous l'"eau vive", en ayant la
réalité divine, en ayant la réalité du Seigneur Jésus qui s'est incarné.
Ainsi, nous pouvons mieux répondre aux besoins de notre peuple. Voilà, en ce
qui concerne la première question. Que pouvons-nous faire? Faisons toujours
le possible pour nos frères - dans les autres questions nous aurons la
possibilité de revenir sur ce point - et vivons avec le Seigneur pour
pouvoir répondre à la véritable soif des gens.
Votre deuxième question a été: devons-nous avoir de l'espoir pour ce
diocèse, pour cette portion du peuple de Dieu qu'est ce diocèse d'Albano et
pour l'Eglise? Je réponds sans hésitation: oui! Naturellement nous avons de
l'espoir: l'Eglise est vivante! Nous avons derrière nous deux mille ans
d'histoire de l'Eglise, avec tant de souffrances et aussi avec de nombreux
échecs: pensons à l'Eglise en Asie mineure, la grande et florissante Eglise
de l'Afrique du Nord, qui a disparu avec l'invasion musulmane. Des parties
de l'Eglise peuvent donc réellement disparaître, comme dit saint Jean dans
l'Apocalypse, ou le Seigneur à travers Jean: "Je vais venir à toi et je
déplacerai ton chandelier, si tu ne te convertis pas" (2, 5). Mais, d'autre
part, nous voyons comment malgré tant de crises, l'Eglise est née à nouveau
avec une nouvelle jeunesse.
Au siècle de la Réforme, l'Eglise catholique semblait, en vérité, presque
révolue. Le nouveau courant semblait triompher, affirmant: maintenant l'Eglise
de Rome est révolue. Mais nous voyons qu'avec les grands saints, comme
Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Charles Borromée et d'autres, l'Eglise
renaît. Elle trouve dans le Concile de Trente une nouvelle actualisation et
une revitalisation de sa doctrine. Et elle revit avec une grande vitalité.
Nous voyons le siècle des Lumières, lorsque Voltaire a dit: enfin cette
antique Eglise est révolue, vive l'humanité! Et que se passe-t-il en
revanche? L'Eglise se renouvelle. Le XIX siècle devient le siècle des grands
saints, d'une nouvelle vitalité pour de nombreuses Congrégations
religieuses, et la foi est plus forte que tous les courants qui vont et qui
viennent. Il en a été ainsi également au siècle dernier. Hitler a dit une
fois: "La Providence m'a appelé, moi un catholique, pour qu'on en finisse
avec le catholicisme. Seul un catholique peut détruire le catholicisme". Il
était sûr de posséder tous les moyens pour détruire finalement le
catholicisme. De même, le grand courant marxiste était sûr de réaliser la
révision scientifique du monde et d'ouvrir les portes à l'avenir: l'Eglise
est arrivée à sa fin, elle est révolue! Mais l'Eglise est plus forte, selon
les paroles du Christ. C'est la vie du Christ qui vainc dans son Eglise.
Même à une époque difficile, alors que les vocations manquent, la Parole du
Seigneur reste pour l'éternité. Et celui qui - comme le dit le Seigneur
lui-même - construit sa vie sur ce "roc" de la Parole du Christ, construit
de manière solide. C'est pourquoi nous pouvons avoir confiance. Nous voyons
également à notre époque des initiatives de foi. Nous voyons qu'en Afrique
l'Eglise, malgré tous les problèmes, possède toutefois une fraîcheur de
vocations encourageante. Et ainsi, avec toutes les diversités du paysage
historique d'aujourd'hui, nous voyons - et plus encore, nous croyons - que
les paroles du Seigneur sont esprit et vie, ce sont des paroles de vie
éternelle. Saint Pierre a dit, comme nous l'avons entendu dimanche dernier
dans l'Evangile (Jn 6, 69): "Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à
nous, nous croyons, et nous savons que tu es le saint, le saint de Dieu". Et
en voyant l'Eglise d'aujourd'hui, en voyant, avec toutes ses souffrances, la
vitalité de l'Eglise, nous pouvons nous aussi dire: nous croyons et savons
que tu nous donnes les paroles de la vie éternelle, et donc une espérance
qui ne déçoit point.
La pastorale "intégrée"
Mgr Gianni Macella, Curé à Albano:
"Ces dernières années, en harmonie avec le projet de la Conférence
épiscopale italienne pour la décennie 2000-2010, nous nous sommes engagés à
réaliser un projet de "pastorale intégrée". Les difficultés sont nombreuses.
Il peut être utile de rappeler au moins le fait qu'un grand nombre d'entre
nous, prêtres, sont encore liés à une certaine pratique pastorale peu
missionnaire et qui semblait consolidée, tant elle était liée à un contexte,
comme l'on dit, "de chrétienté"; par ailleurs, beaucoup des demandes de
nombreux fidèles envisagent la paroisse comme un "supermarché" de services
sacrés. Voilà, je voudrais donc demander à Votre Sainteté: la pastorale
intégrée est-elle seulement une question de stratégie, ou bien y a-t-il une
raison plus profonde pour laquelle nous devons continuer à travailler dans
ce sens?"
BENOIT XVI:
Je dois vous avouer que j'ai découvert avec votre question l'expression
"pastorale intégrée"... J'en ai toutefois compris le sens: à savoir que nous
devons essayer d'intégrer en un unique chemin pastoral aussi bien les
différents agents de la pastorale qui existent aujourd'hui, que les
différentes dimensions du travail pastoral. Ainsi, je distinguerai entre les
dimensions et les sujets du travail pastoral, et je tenterai ensuite
d'intégrer le tout en un unique chemin pastoral.
Vous avez laissé entendre, dans votre question, qu'il y a un niveau, disons,
"classique" du travail dans la paroisse au service des fidèles qui la
fréquentent encore - ou peut-être même qui sont en augmentation - qui anime
notre paroisse. Il s'agit de la pastorale "classique" et elle est toujours
importante. Je distingue en général entre l'évangélisation continue - parce
que la foi se transmet, l'Eglise est vivante - et l'évangélisation nouvelle,
qui essaie d'être missionnaire, d'aller au-delà des frontières de ceux qui
sont déjà des "fidèles" et qui vivent dans la paroisse, ou qui se servent,
peut-être aussi avec une foi "réduite", des services de la paroisse.
Au sein de la paroisse, il me semble que nous avons trois tâches
fondamentales, qui découlent de l'essence de l'Eglise et du ministère
sacerdotal. La première est le service sacramentel. Je dirais que le
Baptême, sa préparation et l'engagement à donner une continuité aux
consignes baptismales, nous met déjà en contact également avec ceux qui
n'ont pas une foi très forte. Ce n'est pas un travail, disons, pour
conserver la chrétienté, mais une rencontre avec des personnes qui vont
peut-être rarement à l'Eglise. L'engagement de préparer le Baptême, d'ouvrir
les âmes des parents, de la famille, des parrains et des marraines, à la
réalité du Baptême, peut déjà être et devrait être un engagement
missionnaire, qui va bien au-delà des frontières des personnes déjà
"fidèles". En préparant le Baptême, nous essayons de faire comprendre que ce
sacrement fait entrer dans la famille de Dieu, que Dieu est vivant, qu'il se
soucie de nous. Il s'en préoccupe au point d'avoir assumé notre chair et
d'avoir institué l'Eglise qui est son Corps, à travers laquelle il peut,
pour ainsi dire, à nouveau s'incarner dans notre société. Le Baptême est une
nouveauté de vie dans le sens où, outre le don de la vie biologique, nous
avons besoin du don d'un sens pour la vie qui soit plus fort que la mort et
qui perdure, même si nos parents, un jour, ne seront plus là. Le don de la
vie biologique se justifie uniquement si nous pouvons ajouter la promesse
d'un sens stable, d'un avenir qui, même au cours des crises qui viendront -
et que nous ne pouvons pas connaître -, donnera une valeur à la vie, afin
que cela vaille la peine de vivre, d'être des créatures.
Je pense que lors de la préparation de ce sacrement ou lors des entretiens
avec les parents qui se méfient du Baptême, nous nous trouvons dans une
situation missionnaire. C'est un message chrétien. Nous devons nous faire
les interprètes de la réalité qui a son commencement dans le Baptême. Je ne
connais pas suffisamment bien le Rituel italien. Dans le Rituel classique,
hérité de l'Eglise antique, le Baptême commence par la question: "Que
demandez-vous à l'Eglise de Dieu?". Aujourd'hui, tout au moins dans le
rituel allemand, l'on répond simplement: "Le Baptême". Cela n'explicite pas
suffisamment ce qu'il y a à désirer. Dans le Rituel antique, l'on disait:
"La foi". C'est-à-dire une relation avec Dieu. Connaître Dieu. "Et pourquoi
- continue-t-on - demandez-vous la foi?". "Parce que nous voulons la vie
éternelle". C'est-à-dire que nous voulons une vie sûre même au cours des
crises à venir, une vie qui a un sens, qui justifie l'être humain. Ce
dialogue, quoi qu'il en soit, doit être selon moi mis en oeuvre avec les
parents avant même le Baptême. Uniquement pour dire que le don du sacrement
n'est pas une "chose", n'est pas simplement une "chosification" comme disent
les Français, mais que c'est un travail missionnaire. Puis il y a la
Confirmation, qu'il faut préparer à l'âge où les personnes commencent à
prendre des décisions, notamment à l'égard de la foi. Assurément, nous ne
devons pas transformer la Confirmation en une sorte de "pélagianisme", comme
si à travers celle-ci l'on se faisait catholique tout seul, mais elle doit
être un échange de don et de réponse. L'Eucharistie, enfin, est la présence
permanente du Christ dans la célébration quotidienne de la Messe. Elle est
très importante, comme on l'a dit, pour le prêtre, pour sa vie sacerdotale,
en tant que présence réelle du don du Seigneur.
Nous pouvons maintenant mentionner le mariage: celui-ci aussi se présente
comme une grande occasion missionnaire, parce qu'aujourd'hui - grâce à Dieu
- beaucoup de personnes veulent encore se marier à l'église, même si elles
ne fréquentent pas beaucoup l'église. C'est une occasion pour amener ces
jeunes à se confronter avec la réalité qu'est le mariage chrétien, le
mariage sacramentel. Cela me semble également une grande responsabilité.
Nous le voyons lors des procès en nullité et nous le voyons surtout dans le
grand problème des divorcés remariés, qui veulent participer à la Communion
et qui ne comprennent pas pourquoi cela n'est pas possible. Probablement
n'ont-ils pas compris, au moment du "oui" devant le Seigneur, en quoi
con-siste ce "oui". C'est une manière de faire alliance avec le "oui" du
Christ avec nous. Une manière d'entrer dans la fidélité du Christ,
c'est-à-dire dans le Sacrement qu'est l'Eglise et ainsi dans le Sacrement du
mariage. C'est pourquoi je pense que la préparation au mariage est une
occasion de très grande importance, une occasion d'engagement missionnaire,
pour annoncer à nouveau dans le Sacrement du mariage le Sacrement du Christ,
pour comprendre cette fidélité et ainsi faire comprendre ensuite le problème
des divorcés remariés.
Cela est le premier domaine, le domaine "classique" des Sacrements, qui nous
donne l'occasion de rencontrer des personnes qui ne vont pas tous les
dimanches à l'Eglise, et donc l'occasion d'une annonce réellement
missionnaire, d'une "pastorale intégrée". Le deuxième domaine est l'annonce
de la Parole, avec ses deux éléments essentiels: l'homélie et la catéchèse.
Lors du Synode des Evêques de l'année dernière, les Pères ont beaucoup parlé
de l'homélie, en soulignant combien il est difficile aujourd'hui de trouver
le "pont" entre la Parole du Nouveau Testament, écrite il y a deux mille
ans, et notre temps. Je dois dire que l'exégèse historique et critique n'est
souvent pas suffisante pour nous aider dans la préparation de l'homélie. Je
le constate moi-même, en essayant de préparer des homélies qui actualisent
la Parole de Dieu: ou mieux - étant donné que la Parole a une actualité en
elle-même - pour faire voir, ressentir aux personnes cette actualité.
L'exégèse historique et critique nous dit beaucoup sur le passé, sur le
moment au cours duquel est née la Parole, sur la signification qu'elle a eue
au temps des Apôtres de Jésus, mais elle n'aide pas toujours suffisamment à
comprendre que les paroles de Jésus, des Apôtres ainsi que celles de
l'Ancien Testament, sont esprit et vie: à travers lui, le Seigneur parle
encore aujourd'hui. Je pense que nous devons "défier" les théologiens - le
Synode l'a fait - et aller de l'avant, pour mieux aider les prêtres à
préparer leurs homélies, à faire voir la présence de la Parole: le Seigneur
parle avec moi aujourd'hui et pas uniquement dans le passé. J'ai lu, ces
derniers jours, le projet de l'Exhortation apostolique post-synodale. J'ai
vu avec satisfaction que se présente à nouveau ce "défi" de préparer des
modèles d'homélies. En fin de compte, le curé prépare l'homélie dans son
contexte, parce qu'il parle à "sa" paroisse. Mais il a besoin d'aide pour
comprendre et pour faire comprendre ce "présent" de la Parole, qui n'est
jamais une Parole du passé, mais de l'"aujourd'hui".
Enfin, le troisième domaine: la caritas, la diakonia. Nous sommes toujours
responsables des personnes qui souffrent, des malades, des
laissés-pour-compte, des pauvres. A partir du portrait qui m'a été fait de
votre diocèse, je constate qu'ils sont nombreux à avoir besoin de notre
diakonia et cela aussi constitue toujours une occasion missionnaire. Il me
semble ainsi que la pastorale paroissiale "classique" se transcende
elle-même dans ces trois secteurs et devient une pastorale missionnaire.
Je passe à présent au deuxième aspect de la pastorale, du point de vue des
agents de la pastorale ainsi que du travail à accomplir. Le curé ne peut pas
tout faire! C'est impossible! Il ne peut pas être un "soliste", il ne peut
pas tout faire, mais il a besoin des autres agents de la pastorale. Il me
semble qu'aujourd'hui, à la fois dans les mouvements et au sein de l'Action
catholique, dans les Nouvelles communautés qui existent, nous avons des
agents qui doivent être des collaborateurs dans la paroisse pour une
pastorale "intégrée". Je voudrais dire qu'aujourd'hui il est important pour
cette pastorale "intégrée", que les autres agents qui sont présents, non
seulement soient actifs, mais s'intègrent dans le travail de la paroisse. Le
curé ne doit pas seulement "faire", mais il doit aussi "déléguer". Les
agents doivent apprendre à s'intégrer réellement dans l'engagement commun au
service de la paroisse et, naturellement, également dans la "transcendance
de soi-même" que la paroisse doit accomplir dans un double sens:
transcendance de soi au sens où les paroisses collaborent au sein du
diocèse, parce que l'Evêque est leur pasteur commun et aide également à
coordonner leurs efforts; et transcendance de soi au sens où ils travaillent
pour tous les hommes de ce temps et où ils cherchent également à faire
arriver le message aux agnostiques, aux personnes qui sont en quête. Et cela
constitue le troisième niveau, dont précédemment nous avons déjà longuement
parlé. Il me semble que les occasions indiquées nous donnent la possibilité
de rencontrer et de dire une parole missionnaire à ceux qui ne fréquentent
pas la paroisse, qui n'ont pas la foi ou ont peu de foi. Ce sont surtout ces
nouveaux sujets de la pastorale et les laïcs qui vivent dans l'univers
professionnel de notre époque, qui doivent apporter la Parole de Dieu
également dans les lieux qui sont souvent inaccessibles au curé. Coordonnés
par l'Evêque, nous essayons ensemble de coordonner les différents secteurs
de la pastorale, de rendre actifs les différents agents et sujets de la
pastorale dans l'engagement commun: d'une part d'aider la foi des croyants,
qui est un trésor de très grande valeur et, de l'autre, de faire parvenir
l'annonce de la foi à tous ceux qui cherchent avec un coeur sincère une
réponse satisfaisante à leurs questions existentielles.
La liturgie
R.P. Vittorio Petruzzi, Vicaire paroissial à Aprilia:
"Votre Sainteté, pour l'année pastorale qui va commencer, notre diocèse a
été appelé par l'Evêque à prêter une attention particulière à la liturgie,
tant au niveau théologique, que de la pratique célébrative. Les semaines
d'études elles-mêmes, auxquelles nous participerons au mois de septembre
prochain, auront pour thème central de réflexion "la préparation et la
réalisation de l'annonce dans l'année liturgique, dans les sacrements et
dans les sacramentaux". En tant que prêtres, nous sommes appelés à accomplir
une liturgie "sérieuse, simple et belle", pour utiliser une belle formule
présente dans le document Transmettre l'Evangile dans un monde qui change de
l'épiscopat italien. Très Saint-Père, pouvez-vous nous aider à comprendre
comment tout cela peut se traduire dans l'ars celebrandi?"
BENOIT XVI:
Ars celebrandi: ici aussi, je dirais qu'il existe diverses dimensions. La
première dimension est que la celebratio est une prière et un dialogue avec
Dieu: Dieu avec nous et nous avec Dieu. La première exigence pour une bonne
célébration est donc que le prêtre entre réellement dans ce dialogue. En
annonçant la Parole, il se sent lui-même en dialogue avec Dieu. Il écoute la
Parole et annonce cette Parole, dans le sens où il devient un instrument du
Seigneur et cherche à comprendre cette Parole de Dieu qui doit ensuite être
transmise au Peuple. Il est en dialogue avec Dieu, car les textes de la
Messe ne sont pas des textes de théâtre ou quelque chose de semblable, mais
ce sont des prières grâce auxquelles, avec l'assemblée, je parle avec Dieu.
Entrer dans ce dialogue est donc important. Saint Benoît, dans sa "Règle",
dit aux moines, en parlant de la récitation des Psaumes: "Mens concordet
voci". La vox, les paroles précèdent notre esprit. D'habitude, ce n'est pas
comme cela: d'abord on doit penser, puis la pensée devient parole. Mais ici,
la parole précède. La Sainte Liturgie nous donne les paroles; et nous, nous
devons entrer dans ces paroles, trouver l'harmonie avec cette réalité qui
nous précède.
A côté de cela, nous devons également apprendre à comprendre la structure de
la Liturgie et la raison pour laquelle elle est organisée ainsi. La Liturgie
s'est développée à travers deux millénaires et même après la Réforme, elle
n'est pas devenue quelque chose d'établi uniquement par une poignée de
liturgistes. Elle demeure toujours la continuation de cette croissance
permanente de l'adoration et de l'annonce. Ainsi, il est très important,
pour pouvoir être en pleine harmonie, de comprendre cette structure, qui
s'est développée dans le temps et entrer ainsi avec notre mens dans la vox
de l'Eglise. Dans la mesure où nous avons intériorisé cette structure,
compris cette structure, assimilé les paroles de la Liturgie, nous pouvons
entrer dans cette harmonie intérieure et ainsi, non seulement parler avec
Dieu comme des personnes individuelles, mais entrer dans le "nous" de l'Eglise
qui prie. Et de cette façon, transformer également notre "moi" en entrant
dans le "nous" de l'Eglise, en enrichissant, en élargissant ce "moi", en
priant avec l'Eglise, avec les paroles de l'Eglise, en étant réellement en
dialogue avec Dieu.
Telle est la première condition: nous devons nous-mêmes intérioriser la
structure, les paroles de la Liturgie, la Parole de Dieu. Ainsi, notre
célébration devient réellement une célébration "avec" l'Eglise: notre coeur
s'élargit et nous ne faisons pas simplement quelque chose, mais nous sommes
"avec" l'Eglise et en dialogue avec Dieu. Il me semble que les personnes
savent percevoir si nous sommes véritablement en dialogue avec Dieu, avec
elles et, pour ainsi dire, si nous attirons les autres dans notre prière
commune, si nous attirons les autres dans la communion avec les fils de
Dieu; ou si, au contraire, nous faisons uniquement quelque chose
d'extérieur. L'élément fondamental du véritable ars celebrandi est donc cet
accord, cette harmonie entre ce que nous disons avec nos lèvres et ce que
nous pensons avec le coeur. Le "Sursum corda", qui est une très ancienne
parole de la Liturgie, devrait venir bien avant la Préface, bien avant la
Liturgie, la "voie" de nos paroles et de notre pensée. Nous devons élever
notre coeur au Seigneur, non seulement comme une réponse rituelle, mais
comme une expression de ce qui a lieu dans ce coeur, qui s'élève vers le
haut et qui attire vers le haut également les autres.
En d'autres termes, l'ars celebrandi n'entend pas inviter à une sorte de
théâtre, ni de spectacle, mais à une intériorité qui se fait sentir et qui
devient acceptable et évidente pour les personnes présentes dans
l'assemblée. Ce n'est que si les personnes voient qu'il ne s'agit pas d'un
ars extérieur, spectaculaire - nous ne sommes pas des acteurs! - mais qu'il
s'agit de l'expression du chemin de notre coeur qui attire également leur
coeur, que la Liturgie devient alors belle, qu'elle devient une communion de
toutes les personnes présentes avec le Seigneur.
Naturellement, à cette condition fondamentale, exprimée dans les paroles de
saint Benoît: "Mens concordet voci" - que le coeur monte, s'élève réellement
vers le Seigneur - doivent également correspondre des éléments extérieurs.
Nous devons apprendre à bien prononcer les paroles. Parfois, lorsque j'étais
encore professeur dans mon pays, les jeunes lisaient les Ecritures Saintes.
Mais ils les lisaient comme on lit le texte d'un poète que l'on n'a pas
compris. Naturellement, pour apprendre à bien prononcer, il faut avant tout
avoir compris le texte dans sa dimension dramatique, dans son présent. Il en
est de même pour la Préface. Et la Prière eucharistique. Il est difficile
pour les fidèles de suivre un texte aussi long que notre Prière
eucharistique. C'est pourquoi naissent toujours ces nouvelles "inventions".
Mais avec des Prières eucharistiques toujours nouvelles, on ne répond pas au
problème. Le problème est de faire en sorte que ce soit un moment qui invite
également les autres au silence avec Dieu et à prier avec Dieu. Donc, ce
n'est que si la Prière eucharistique est correctement prononcée, avec les
temps de silence également appropriés, si elle est prononcée avec
intériorité, mais également avec l'art de parler, que les choses peuvent
s'améliorer.
Par conséquent, la récitation de la Prière eucharistique exige un moment
d'attention particulière, pour être prononcée de façon à toucher les autres.
Je pense que nous devons également trouver des occasions, que ce soit dans
la catéchèse, dans les homélies ou lors d'autres occasions, pour bien
expliquer au peuple de Dieu cette Prière eucharistique afin qu'il puisse en
suivre les grand moments: le récit et les paroles de l'institution, la
prière pour les vivants et pour les défunts, l'action de grâce au Seigneur,
l'épiclèse, pour faire réellement participer la communauté à cette prière.
Ensuite, les paroles doivent être bien prononcées. Et une préparation
adéquate est nécessaire. Les servants d'autel doivent connaître leur tâche,
les lecteurs doivent savoir réellement comment prononcer. Et le choeur, le
chant, doivent être préparés; l'autel doit être correctement décoré. Tout
cela fait partie - même s'il s'agit de nombreux aspects pratiques - de l'ars
celebrandi. Mais, pour conclure, l'élément fondamental est cet art d'entrer
en communion avec le Seigneur, que nous préparons à travers toute notre vie
de prêtres.
La Famille
R.P. Angelo Pennazza, curé à Pavona:
"Votre Sainteté, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, nous lisons que
l'"Ordre et le Mariage sont ordonnés au salut d'autrui... Ils confèrent une
mission particulière dans l'Eglise et servent à l'édification du Peuple de
Dieu" (n. 1534). Cela nous semble véritablement fondamental, non seulement
pour notre action pastorale, mais également pour notre façon d'être prêtres.
Que pouvons-nous faire, en tant que prêtres, pour traduire dans la pratique
pastorale cette proposition et (selon ce que vous avez vous-même réaffirmé
récemment), comment transmettre de façon positive la beauté du Mariage qui
sache encore rendre amoureux les hommes et les femmes de notre temps? Que
peut apporter à notre vie de prêtres la grâce sacramentelle des époux?
BENOIT XVI:
Deux grandes questions! La première est: comment transmettre aux personnes
d'aujourd'hui la beauté du mariage? Nous constatons que de nombreux jeunes
tardent à se marier à l'église, car ils ont peur de l'aspect définitif du
mariage: ils tardent même à contracter un mariage civil. Le caractère
définitif apparaît aujourd'hui à de nombreux jeunes, et également moins
jeunes, comme un lien contre la liberté. Et leur premier désir est la
liberté. Ils ont peur à la fin de ne pas y arriver. Ils voient tant de
mariages qui échouent. Ils ont peur que cette forme juridique, telles qu'ils
la perçoivent, soit un poids extérieur qui éteint l'amour.
Il faut faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un lien juridique, d'un poids
qui se réalise avec le mariage. Au contraire, la profondeur et la beauté
résident précisément dans le caractère définitif. Ce n'est qu'ainsi que
celui-ci peut faire mûrir l'amour dans toute sa beauté. Mais comment le
transmettre? Cela me semble un problème commun à nous tous.
Pour moi, à Valence - et vous, Eminence, vous pourrez le confirmer - cela
fut un moment important non seulement lorsque j'en ai parlé, mais lorsque se
sont présentées devant moi diverses familles avec plus ou moins d'enfants;
l'une des familles était presque une "paroisse" avec tous ses enfants! La
présence, le témoignage de ces familles a été véritablement plus fort que
toutes les paroles. Elles ont présenté avant tout la richesse de leur
expérience familiale: comment une famille aussi grande devient réellement
une richesse culturelle, une opportunité d'éducation des uns et des autres,
une possibilité de faire vivre ensemble les diverses expressions de la
culture d'aujourd'hui, le don et l'aide réciproque également dans la
souffrance, etc... Mais le témoignage des crises qu'elles ont traversées a
également été important. L'un de ces couples en était presque arrivé au
divorce. Ils ont expliqué comment ils ont ensuite appris à vivre cette
crise, cette souffrance de la différence de l'autre et à s'accepter à
nouveau. C'est précisément en surmontant le moment de la crise, du désir de
se séparer, que s'est développée une nouvelle dimension de l'amour et que
s'est ouverte une porte sur une nouvelle dimension de la vie, qui ne pouvait
s'ouvrir qu'en supportant la souffrance de la crise.
Cela me semble très important. Aujourd'hui, on arrive à la crise au moment
où l'on s'aperçoit de la différence des caractères, de la difficulté de se
supporter chaque jour, pour toute la vie. A la fin, on décide alors de se
séparer. Nous avons compris précisément de ces témoignages que c'est dans la
crise, en traversant le moment où il semble que l'on n'en puisse plus, que
s'ouvrent réellement de nouvelles portes et une nouvelle beauté de l'amour.
Une beauté faite de seule harmonie n'est pas une véritable beauté. Il manque
quelque chose, elle devient insuffisante. La véritable beauté a besoin
également du contraste. L'obscurité et la lumière se complètent. Même le
raisin a besoin pour mûrir non seulement de soleil, mais aussi de la pluie,
non seulement du jour, mais aussi de la nuit.
Nous-mêmes, prêtres, tant les jeunes que les adultes, devons apprendre la
nécessité de la souffrance, de la crise. Nous devons supporter, transcender
cette souffrance. Ce n'est qu'ainsi que la vie s'enrichit. Pour moi, le fait
que le Seigneur porte éternellement les stigmates revêt une valeur
symbolique. Expression de l'atrocité de la souffrance et de la mort, ils
représentent à présent le sceau de la victoire du Christ, de toute la beauté
de sa victoire et de son amour pour nous. Nous devons accepter, en tant que
prêtres ou en tant qu'époux, la nécessité de supporter la crise de la
différence, de l'autre, la crise dans laquelle il semble que l'on ne puisse
plus demeurer ensemble. Les époux doivent apprendre ensemble à aller de
l'avant, également par amour pour leurs enfants, et ainsi se connaître à
nouveau, s'aimer à nouveau, d'un amour beaucoup plus profond, beaucoup plus
vrai. C'est ainsi, en parcourant un long chemin, avec ses souffrances, que
mûrit réellement l'amour.
Il me semble que nous, les prêtres, pouvons également apprendre des époux,
précisément de leurs souffrances et de leurs sacrifices. Nous pensons
souvent que seul le célibat est un sacrifice. Mais, en connaissant les
sacrifices des personnes mariées - pensons à leurs enfants, aux problèmes
qui apparaissent, aux peurs, aux souffrances, aux maladies, à la rébellion,
et également aux problèmes des premières années, lorsque les nuits sont
presque toujours privées de sommeil à cause des pleurs des petits enfants -
nous devons apprendre d'eux, de leurs sacrifices, notre propre sacrifice. Et
apprendre ensemble qu'il est beau de mûrir dans les sacrifices et ainsi
oeuvrer au salut des autres. Dom Pennazza, vous avez à juste titre cité le
Concile, qui affirme que le mariage est un sacrement pour le salut des
autres: avant tout pour le salut de l'autre, de l'époux, de l'épouse, mais
également des petits, des enfants, et enfin de toute la communauté. Et de
cette façon, le prêtre aussi mûrit dans la rencontre.
Je pense alors que nous devons faire participer les familles. Les fêtes de
la famille me semblent très importantes. A l'occasion des fêtes, il faut que
la famille apparaisse, il faut qu'apparaisse la beauté des familles. Les
témoignages également - bien qu'ils soient peut-être un peu trop à la mode -
peuvent en certaines occasions être réellement une annonce, une aide pour
nous tous.
Pour conclure, il demeure très important pour moi que dans la Lettre de
saint Paul aux Ephésiens, les noces de Dieu avec l'humanité à travers
l'incarnation du Seigneur se réalisent dans la Croix, dans laquelle naît la
nouvelle humanité, l'Eglise. Le mariage chrétien naît précisément dans ces
noces divines. Il est, comme le dit saint Paul, la concrétisation
sacramentelle de ce qui a lieu dans ce grand Mystère. Ainsi, nous devons
toujours apprendre à nouveau ce lien entre Croix et Résurrection, entre
Croix et beauté de la Rédemption, et nous insérer dans ce Sacrement. Prions
le Seigneur afin qu'il nous aide à annoncer correctement ce Mystère, à vivre
ce Mystère, à apprendre des époux comment ils le vivent, à nous aider à
vivre la Croix, de façon à arriver également aux moments de la joie et de la
Résurrection.
Les jeunes
R.P. Gualtiero Isacchi, responsable du service
diocésain de la Pastorale des jeunes:
"Les jeunes sont au centre d'une attention plus décisive de la part de notre
diocèse, comme de toute l'Eglise qui est en Italie. Les Journées mondiales
les ont révélés: ils sont nombreux et enthousiastes. Et pourtant,
généralement, nos paroisses ne sont pas suffisamment équipées pour les
accueillir; les communautés paroissiales et les agents de la pastorale ne
sont pas suffisamment préparés pour dialoguer avec eux; les prêtres, occupés
par leurs autres tâches, n'ont pas le temps nécessaire pour les écouter. On
se rappelle d'eux lorsqu'ils deviennent un problème ou lorsque nous avons
besoin d'eux pour animer une célébration ou une fête... Comment un prêtre
peut-il aujourd'hui exprimer son option préférentielle pour les jeunes, tout
en ayant un programme pastoral chargé? Comment pouvons-nous servir les
jeunes à partir de leurs valeurs au lieu de nous servir d'eux pour "notre
propre compte"?"
BENOIT XVI:
Je voudrais avant tout insister sur ce que vous avez dit. A l'occasion des
Journées mondiales de la Jeunesse, et également en d'autres occasions -
comme récemment lors de la Veillée de Pentecôte - il apparaît qu'il existe
un désir chez les jeunes, une recherche également de Dieu. Les jeunes
veulent voir si Dieu existe et ce que Dieu nous dit. Il existe donc une
certaine disponibilité, avec toutes les difficultés d'aujourd'hui. Il existe
également un enthousiasme. Nous devons donc faire notre possible pour
maintenir allumée cette flamme qui se manifeste lors d'occasions comme les
Journées mondiales de la Jeunesse.
Comment faire? C'est une question qui nous concerne tous. Je pense que c'est
précisément ici que devrait se réaliser une "pastorale intégrée", car en
réalité, tous les prêtres n'ont pas le temps de s'occuper suffisamment des
jeunes. Il faut donc besoin une pastorale qui transcende les limites de la
paroisse et qui transcende également les limites du travail du prêtre. Une
pastorale qui concerne également de nombreux agents. Il me semble que, sous
la coordination de l'Evêque, il faut trouver la façon, d'une part,
d'intégrer les jeunes dans la paroisse afin qu'ils soient un ferment de la
vie paroissiale; et, de l'autre, de trouver également pour ces jeunes l'aide
d'agents extra-paroissiaux. Les deux choses doivent aller de pair. Il faut
suggérer aux jeunes que, non seulement dans la paroisse mais dans divers
contextes, ils doivent s'intégrer dans la vie du diocèse, pour se retrouver
ensuite également dans la paroisse. Il faut donc favoriser toutes les
initiatives qui vont dans ce sens.
Je pense qu'aujourd'hui, l'expérience du volontariat est très importante. Il
est important que les jeunes ne soient pas abandonnés aux discothèques, mais
qu'ils aient des occupations dans lesquelles ils voient qu'ils sont
nécessaires, ils s'aperçoivent qu'ils peuvent faire quelque chose de bien.
En ressentant cet élan à faire quelque chose de bien pour l'humanité, pour
une personne, pour un groupe, les jeunes ressentent cet encouragement à
s'engager et trouvent également la "voie" positive d'un engagement, d'une
éthique chrétienne. Il me semble très important que les jeunes aient
réellement des occupations qui montrent leur nécessité, qui les guident sur
la voie d'un service positif dans l'aide inspirée par l'amour du Christ pour
les hommes, afin qu'eux-mêmes recherchent les sources auxquelles puiser pour
trouver la force et l'engagement.
Une autre expérience est constituée par les groupes de prière, dans lesquels
ils apprennent à écouter la Parole de Dieu, à apprendre la Parole de Dieu
précisément dans leur contexte de jeunes, à entrer en contact avec Dieu.
Cela veut dire également apprendre la forme commune de la prière, la
Liturgie, qui sans doute dans un premier temps leur apparaît assez
inaccessible. Ils apprennent qu'il existe la Parole de Dieu qui nous
cherche, en dépit de la distance des temps, qui nous parle aujourd'hui. Nous
portons le fruit de la terre et de notre travail au Seigneur et nous le
trouvons transformé en don de Dieu. Nous parlons en tant que fils au Père,
et nous recevons ensuite le don de Lui-même. Nous recevons la mission
d'aller dans le monde avec le don de sa Présence.
Il serait également utile d'avoir des écoles de Liturgie, auxquelles les
jeunes puissent accéder. Il faut également des occasions où les jeunes
puissent se montrer et se présenter. J'ai appris qu'ici, à Albano, a été
représentée la vie de saint François. S'engager dans ce sens signifie entrer
dans la personnalité de saint François, de son époque, et élargir ainsi sa
propre personnalité. Il ne s'agit que d'un exemple, d'une chose apparemment
assez singulière. Cela peut être un moyen d'éduquer à élargir sa propre
personnalité, à entrer dans un contexte de tradition chrétienne, à réveiller
la soif de mieux connaître à quelle source a puisé ce saint. Ce n'était pas
seulement un écologiste ou un pacifiste. C'était surtout un homme converti.
J'ai lu avec grand plaisir que l'Evêque d'Assise, Mgr Sorrentino,
précisément pour éviter cet "abus" de la figure de saint François, à
l'occasion du VIII centenaire de sa conversion, désire proclamer une "Année
de la conversion" pour voir quel est le véritable "défi". Peut-être
pouvons-nous tous motiver un peu la jeunesse pour faire comprendre ce qu'est
la conversion, en faisant référence également à la figure de saint François,
pour rechercher une voie qui élargisse la vie. Avant, François était presque
une sorte de "playboy". Puis, il a senti que ce n'était pas suffisant. Il a
entendu la voix du Seigneur: "Rebâtis ma maison". Peu à peu, il a compris ce
que signifiait "bâtir la Maison du Seigneur".
Je n'ai donc pas de réponses très concrètes, car je suis confronté à une
mission où je trouve les jeunes déjà réunis, grâce à Dieu. Mais il me semble
que l'on doit utiliser toutes les possibilités qui s'offrent aujourd'hui
dans les Mouvements, dans les Associations, dans le Volontariat, dans
d'autres activités des jeunes. Il faut également présenter les jeunes à la
paroisse, afin que celle-ci voit qui sont les jeunes. Une pastorale des
vocations est nécessaire. Le tout doit être coordonné par l'Evêque. Il me
semble que l'on trouve des agents de la pastorale à travers l'authentique
coopération elle-même des jeunes qui se forment. Et l'on peut ainsi ouvrir
la voie à la conversion, la joie que Dieu est là et se préoccupe de nous,
que nous avons accès à Dieu et que nous pouvons aider les autres à "rebâtir
sa Maison". Telle me semble être, à la fin, notre mission, parfois
difficile, mais en fin de compte très belle: celle de "bâtir la Maison de
Dieu" dans le monde d'aujourd'hui.
Je vous remercie de votre attention, et je vous demande pardon pour mes
réponses fragmentaires. Nous voulons collaborer ensemble afin que croisse la
"Maison de Dieu" à notre époque, afin que de nombreux jeunes trouvent la
voie du service au Seigneur.
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Eucharistie sacrement de la miséricorde 31.08.2006 - BENOÎT XVI |