Le 28 février 2023 -
(E.S.M.)
-
C'était il y a déjà dix ans, le pape Benoît XVI quittait
ses fonctions de
chef de l'Eglise, nous laissons tous dans la plus grande
sidération. Voici la traduction de la magnifique préface
d’Aldo Maria Valli du livre de don Alfred Xuereb,
2ème secrétaire particulier du Saint-Père.
Le départ de Benoît XVI 28
janvier 2013-
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Benoît XVI : 28 février, il y a dix ans
« Cet hélicoptère blanc »
Le 28 février 2023 - E.
S. M. - La magnifique préface d’Aldo Maria Valli (numérisée et
traduite par
benoit-et-moisur l’édition
papier) au livre de don Alfred Xuereb, le secrétaire maltais de
Benoît XVI, « I miei giorni accanto a Benedetto XVI ». Il
raconte avec beaucoup d’émotion l’évènement qu’il a couvert en tant
que vaticaniste de la Rai, le fameux vol en hélicoptère au-dessus de
la Ville éternelle, qui devait le conduire du Palais Apostolique à
Castelgandolfo.
28 février 2013. Pour l’Église, et pas seulement, cette date est
destinée à devenir une date spéciale qui entrera dans les livres
d’histoire. Pour la première fois, un pape quitte le Vatican après
avoir décidé de renoncer à la papauté de son plein gré.
Voilà le Pape Benoît. L’adieu à l’appartement papal, où il a vécu
pendant sept ans, dix mois et neuf jours, se déroule sans cérémonie
particulière. Dans quelques heures, Joseph Ratzinger deviendra pape
émérite et la sede vacante s’ouvrira.
Lorsque le Saint-Père descend dans la cour de San Damaso, un piquet
d’honneur de la Garde suisse pontificale l’attend. Mais il y a
surtout les personnes qui ont travaillé avec lui, et pour lui,
pendant ces années. L’émotion est évidente, et certains ne peuvent
retenir leurs larmes. Le Pape Benoît sourit et salue tout le monde
d’un signe de la main. Il marche avec l’aide d’une canne et sur son
visage, il n’est pas difficile de discerner les signes de la
fatigue. Sa silhouette semble encore plus frêle que d’habitude.
Un hélicoptère blanc de l’armée de l’air italienne accompagne le
pape à l’héliport. Benoît le rejoint dans une voiture noire,
immatriculée SCV 1, qui glisse silencieusement le long des jardins
du Vatican. Encore quelques salutations, des sourires et des
poignées de main. Puis le pape, accompagné de ses plus proches
collaborateurs, monte à bord, et à 17 h 07, le décollage a lieu.
Dans le ciel de Saint-Pierre, l’hélicoptère décrit un large cercle
autour de la coupole et, depuis le sol, les gens font des signes. La
foule rassemblée sur la place agite des mouchoirs. Une bannière
apparaît qui, dans la langue maternelle du pape, dit Danke, merci.
Quelques séminaristes sont montés sur le toit du Petit Séminaire et
saluent de là.
Quelques instants, et l’avion se dirige vers les Castelli Romani. La
destination est la résidence papale de Castel Gandolfo. À partir de
ce soir, Benoît XVI y passera quelques mois avant de s’installer
dans la nouvelle résidence qui lui a été aménagée dans l’ancien
monastère Mater Ecclesiae au Vatican, où il vivra caché aux yeux du
monde.
L’hélicoptère survole la ville éternelle et ses monuments. Les
cloches de toutes les églises sonnent à toute volée. La Patarina, la
cloche historique du Palazzo Senatorio, sonne également : c’est le
salut de la ville de Rome à son évêque. Sur la Piazza du Campidoglio
[Place du Capitole], les gens brandissent des affiches portant
l’inscription « Tu seras toujours avec nous. Merci ». Le ciel
est dégagé. Alors que l’hélicoptère devient un point de plus en plus
petit, le Vatican annonce le texte du dernier tweet du pape Benoît :
« Merci pour votre amour et votre soutien. Puissiez-vous toujours
expérimenter la joie de mettre le Christ au centre de votre vie ».
Au bord de l’hélicoptère avec le petit groupe qui accompagne le pape
dans ce court mais extraordinaire voyage se trouve un prêtre maltais
de 54 ans. Il s’appelle Monseigneur Alfred Xuereb, mais il préfère
qu’on l’appelle don Alfred. Depuis septembre 2007, il est le
deuxième secrétaire particulier du pape Benoît et il sait qu’en ce
jour historique, une page importante se ferme pour lui aussi.
Alors que l’hélicoptère traverse le ciel de Rome et que les beautés
historiques et monumentales en contrebas offrent un spectacle
indescriptible, dans le cœur et l’âme de don Alfred, il y a un
tumulte de sentiments. D’une part, un sentiment de vide et de
perplexité, humainement compréhensible, d’autre part une confiance
totale dans les plans du Seigneur. Quelques semaines plus tôt déjà,
il avait été mis au courant du choix de Benoît XVI. Le Saint-Père
lui-même, avec une délicatesse raffinée, l’a informé. Il l’a appelé
dans son bureau, l’a fait asseoir.
Don Alfred s’en souvient très bien. Le Pape est entré dans son
bureau et lui a demandé de s’asseoir devant le bureau. La perception
immédiate qu’il allait recevoir une communication importante. Le
calme et la sérénité de Benoît XVI, maintenant conscient de sa
décision. Et puis ces mots qui ont traversé l’esprit de don Alfred
et qu’il a lutté pour retenir : « Non, Saint-Père! Pourquoi n’y
réfléchissez-vous pas un peu plus ? ».
Mais il s’abstient de les prononcer et écoute, pétrifié. Il parvient
à peine à assurer le Pape de sa prière, plus intense qu’auparavant,
et le remercie pour le geste d’estime et de confiance. Et il se
souvient, comme en un éclair, des fois où le Pape, dans la
sacristie, s’arrêtait plus longtemps en prière avant la messe. Don
Alfred sentait que le Pape priait pour quelque chose de spécial. La
coutume voulait qu’au son de la cloche de l’horloge de la cour de
San Damaso, le Pape fasse le signe de la croix en proclamant les
mots : « Adiutorium nostrum in nomine Dominini » pour faire
son entrée dans la chapelle privée et commencer la Sainte Messe.
Mais certains jours, malgré le carillon de sept heures, Benoît reste
immobile et absorbé dans sa prière.
Lorsque le pape a informé son deuxième secrétaire de sa décision de
quitter le ministère pétrinien, donc Alfred a lié à cette décision
cette prière prolongée avant la messe.
Benoît XVI avait déjà fait l’expérience de la tourmente intérieure
et il était serein et calme lorsqu’il a partagé sa grande décision
avec don Alfred.
L’hélicoptère vole, léger. Et légère est maintenant aussi l’âme du
Pape. Quant à don Alfred, il est difficile de décrire son état
d’esprit. Il est resté avec Benoît XVI pendant cinq ans et demi. Il
l’a servi, il s’est tenu à ses côtés. Il a fait partie de ce qu’on
appelle la « famille papale », une définition qui pour lui n’est pas
seulement technique, car il peut vraiment dire qu’il a vécu comme un
fils aux côtés de son père. Un père plein d’attention et de
tendresse, sage, mais aussi très humble.
Combien d’images reviennent maintenant à l’esprit de don Alfred,
combien de jours, combien de situations. Ces derniers jours ont été
une montagne russe d’émotions. Voici les regards d’abord étonnés,
puis émus des cardinaux lorsque Benoît, en latin, annonce sa
décision de renoncer à la papauté. Nous sommes le 11 février. «
Après avoir fait à plusieurs reprises mon examen de conscience
devant Dieu, dit le pape, je suis arrivé à la certitude que mes
forces, en raison de mon âge avancé, ne sont plus aptes à exercer
convenablement le ministère pétrinien ».
Puis les images de la dernière audience générale, place
Saint-Pierre, ouverte par Benoît XVI par ces mots : « Je vous
remercie d’être venus si nombreux. Je vous remercie du fond du cœur
! Je suis vraiment ému ! Et je vois l’Église vivante ! Et je pense
que nous devons aussi dire merci au Créateur pour le beau temps
qu’il nous offre maintenant en hiver ».
Mais don Alfred garde en lui d’autres trésors, plus personnels. Les
messes du matin célébrées par le Pape dans la chapelle du Palais
Apostolique, parfois enrichies de belles homélies, les promenades
dans les jardins du Vatican et ceux de Castel Gandolfo, les voyages
à l’étranger, les grandes célébrations, les déjeuners et les dîners,
en privé ou avec des invités, les moments de prière et ceux de
repos, les rencontres avec Monseigneur Georg, le frère bien-aimé du
Pape, les plaisanteries, les histoires de l’enfance de Joseph,
l’amour des animaux, les heures d’appréhension et celles de joie.
Dans le souvenir, tout se confond un peu, mais il y a un besoin qui
se fait immédiatement sentir chez don Alfred. C’est un désir, on
pourrait dire, de justice.
Tant de choses ont été dites et écrites sur Benoît XVI et tant de
choses seront dites et écrites encore. Mais trop souvent, Joseph
Ratzinger a été mal décrit et mal représenté. On a donné de lui une
image déformée. Il a été dépeint comme sévère, rigide, froid, comme
une personne presque insensible, engagée uniquement à être un
contrôleur de la doctrine correcte. Mais don Alfred sait que ce
n’est pas le cas, il n’a jamais été ainsi. Et maintenant, alors que
l’hélicoptère blanc est dans les airs, il ressent immédiatement le
besoin de raconter ce dont il a été le témoin direct. Il veut aussi
que la décision de renoncer à la papauté apparaisse sous son vrai
jour. Il ne s’agit pas, selon lui, d’un manque de courage. C’était
au contraire un acte d’amour pour l’Église. Don Alfred l’a vu : il
connaît le caractère héroïque de cette décision.
Pendant si longtemps, le fidèle secrétaire, comme son rôle délicat
l’exigeait, est resté silencieux, proche du Saint-Père, mais en même
temps discret, presque invisible. C’était normal, et il n’a jamais
voulu se mettre en valeur. Mais il tenait un journal, dans lequel il
notait les situations et les sentiments. Un « journal de bord
» au contenu personnel, qui devient maintenant, à sa manière,
également un livre d’histoire. Et qui peut contribuer à donner une
image plus vraie, plus précise et plus authentique de l’homme Joseph
Ratzinger et du pape Benoît XVI.
Ce journal, ce carnet de notes, ce récit des coulisses est donc
rendu public comme une contribution à la vérité. Une petite
contribution, si l’on veut, mais qui a le mérite de l’authenticité.
Bien évidemment, avec son témoignage, don Alfred ne prétend pas
imposer son idée et son image du Pape Benoît, mais simplement dire à
ses lecteurs : « Voilà, c’est l’homme que j’ai eu le privilège de
connaître ! ».
Aldo Maria Valli
La video des derniers instants de Benoît XVI en tant que Pape
Le pape Benoît XVI renonce à poursuivre son Pontificat -
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