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Rupnik a un avocat invincible, le pape
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Le 27 janvier 2023 -
(E.S.M.)
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« Roma loquitur, confusio augetur’, Rome parle, la confusion
grandit. La boutade critique du cardinal George Pell vient d’être
confirmée dans l’interview
que le pape François a accordée le 24 janvier à Nicole Winfield d’Associated
Press.
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François reçoit Rupnik en
audience -
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Rupnik a un avocat invincible, le pape
Le 27 janvier 2023 - E.
S. M. - Interpellé
sur l’affaire du jésuite Marko Ivan Rupnik, François a répondu
n’avoir « aucun rapport » avec lui et avoir appris la
nouvelle avec « grande surprise ». Mais il a également fourni
des éléments qui n’étaient pas encore connus dans ce dossier, et non
des moindres, en particulier qu’il « y a eu un accord » et «
qu’une indemnisation a été payée ».
C’est la première fois que le pape déclare quelque chose sur
l’affaire Rupnik, depuis que celle-ci a éclaté au début du mois de
décembre dernier. Brisant un silence d’autant plus inexplicable que
la proximité très étroite entre lui et ce jésuite est connue de
longue date.
Pour résoudre l’énigme de ce silence, et aujourd’hui de ces
déclarations, il nous nous reste qu’à résumer les événements connus
jusqu’à présent, en quatre scènes et un entracte.
Première scène
Nous sommes le 3 janvier 2022 et François reçoit Rupnik en audience,
à grand renfort de communiqués dans le bulletin officiel et de
photos (ci-dessus).
Deux ans plus tôt, le 6 mars 2020, le Pape lui avait confié la
mission de prendre en charge la première méditation de Carême, pour
lui et pour les autres dignitaires de la Curie vaticane réunis pour
l’écouter dans la Salle Clémentine du Palais apostolique.
La célébrité de Rupnik était à son sommet jusqu’à il y a deux mois à
peine. Slovène, 68 ans, il était connu et apprécié dans le monde
entier en tant qu’artiste de premier plan, créateur de mosaïques
spectaculaires aussi bien à Rome, dans la chapelle du Palais
apostolique du Vatican, qu’à Fatima, à San Giovanni Rotondo et dans
bien d’autres villes. C’était un maître spirituel réputé, d’une
formation théologie raffinée, en dialogue entre l’Occident et
l’Orient, disciple du célèbre jésuite et cardinal Tomás Spidlik
(1919-2010). Il vivait dans son atelier artistique de Rome en
compagnie d’un ordre de femmes consacrées qu’il avait lui-même
fondé, inspiré et qu’il dirigeait.
Mais attention aux dates. Parce que ces deux événements, l’audience
et la prédication, se chevauchent avec deux procès qui, dans le même
laps de temps et en secret, se déroulaient contre Rupnik au Vatican.
Deuxième scène
Nous sommes à présent en janvier 2020 et la Congrégation pour la
Doctrine de la foi vient de demander à la Compagnie de Jésus
d’instruire un procès administratif pénal à la suite d’une plainte
contre Rupnik pour avoir absous en confession une personne complice
avec lui d’un péché « contre le sixième commandement ». Les
juges, tous non jésuites, avaient considéré à l’unanimité que
l’accusation était fondée. Il revenait donc à la Congrégation de
déterminer la peine.
C’est précisément à ce moment que Rupnik est convoqué par le Pape
pour prendre en charge la première méditation de Carême. Pourtant,
des mesures disciplinaires ont déjà été prises contre le jésuite,
dont l’interdiction de prêcher.
Au mois de mai suivant, la Congrégation condamne Rupnik pour
absolution du complice, une faute très grave qui entraîne notamment
l’excommunication « latae sententiae ». Mais immédiatement
après, au cours du même mois de mai, l’excommunication est levée,
Rupnik ayant « admis les fait et demandé pardon ».
La seconde procédure commence en juin 2021 et se clôture en octobre
2022 au motif que les faits reprochés à Rupnik, malgré « le
constat que les accusations étaient fondées » devaient être
considérés « prescrits pour dépassement du délai ».
Et c’est précisément en janvier 2022, au moment même où Rupnik est
reçu en audience par le Pape, que la Congrégation pour la Doctrine
de la foi reçoit la preuve que les accusations portées contre lui
par plusieurs femmes consacrées de sa communauté pour abus
psychologiques et sexuels étaient bien fondées, et ouvre un procès à
son encontre.
De puis, après le classement de l’affaire, Rupnik faisait toujours
l’objet de « mesures de restrictions de son ministère par
précaution », allant de l’interdiction de confesser à celle de
prêcher des exercices spirituels.
Entracte
Le grand public n’a jamais rien su de ces deux procès jusque début
décembre 2022, quand les premières informations concernant les
écarts de conduite de Rupnik sont dévoilées sur deux blogs des
catholiques de Rome, « Silere non possum » et « Messa in
latino ».
S’en suivent de premiers vagues aveux de la Compagnie de Jésus sur
l’existence de procédures à l’encontre de Rupnik « concernant sa
manière d’exercer le ministère » et de mesures restrictives qui
lui ont été imposes. Ensuite arrivent des aveux plus détaillés de la
part du général de la Compagnie, Arturo Sosa. Et enfin une
chronologie sommaire des faits, issue de la curie généralice des
jésuites. Cette dernière est quant à elle publiée par différents
journaux italiens non catholiques, d’abord par la revue « Left
» et ensuite systématiquement par le quotidien « Domani »,
commence à publier des témoignages accablants et des dénonciations
d’un nombre croissant de femmes abusées par Rupnik sur une large
période, toutes passées dans la communauté féminine qu’il dirigeait.
Sur la base de ces nouvelles dénonciations, la Compagnie de Jésus
vient de demander à Rupnik de se tenir à sa disposition, dans
l’éventualité d’enquêtes ultérieures et d’un troisième procès.
Troisième scène
Depuis que cette affaire a éclaté, de la manière décrite ci-dessus,
celle-ci a donné lieu à de nombreuses questions toujours ouvertes,
qui en viennent à impliquer le Pape.
Rupnik a largement ignoré les mesures infligées à son encontre, sans
aucun contrôle ni sanction, comme s’il jouissait d’un « statut
» de protection invisible.
La révocation en mai 2020 de la condamnation et de l’excommunication
de Rupnik n’a pas pu être simplement la conséquence automatique de
sa déclaration de repentance. Pas plus qu’elle n’a pu être décidée
uniquement par le cardinal-préfet de la Congrégation pour la
Doctrine de la foi. Beaucoup estiment que la levée aussi rapide
d’une révocation aussi lourde n’a pu être ordonnée que par le Pape
en personne.
Le classement sans suite du procès de 2022 au motif que les abus
sexuels reprochés à Rupnik remontaient aux années quatre-vingt et
quatre-vingt-dix n’avait rien d’obligatoire. Les instructions
envoyées aux évêques du monde entier à l’été 2020 à la demande du
Pape François lui-même concernant les abus sexuels sur mineurs et
sur « adultes vulnérables » spécifient qu’il est possible de
déroger à la prescription si la gravité des faits et leurs effets
dans les années ultérieures sur les victimes réelles et potentielles
le justifient.
La négligence avec laquelle les autorités ecclésiastiques ont traité
les femmes contre lesquelles Rupnik a perpétré ses abus
psychologiques et physiques a également de quoi surprendre. De
nombreuses lettres de dénonciation aujourd’hui publiées sont restées
sans réponse de la part des autorités auxquelles elles avaient été
adressées.
La chape de plomb qui a pesé jusqu’en décembre dernier sur les
déboires judiciaires de Rupnik est incompatible avec le «
rescriptum ex audientia » de 2019 par lequel le Pape François a
aboli le secret pontifical dans les affaires d’abus sexuels.
Mais ce qui est encore plus impressionnant, c’est l’immunité dont
Rupnik a toujours bénéficié pendant qu’il perpétrait ses sévices aux
dépens de femmes des communautés qu’il dirigeait, systématiquement
violées dans leur esprit et dans leur corps, au nom de
justifications théologiques aberrantes qu’il ne cessait d’associer à
ses actes.
Injustifiables également les déclarations du 23 décembre dernier du
cardinal-vicaire de Rome, Angelo De Donatis, qui – après avoir pris
soin d’affirmer qu’il n’avait aucune responsabilité hiérarchique sur
Rupnik – s’est empressé de qualifier toute l’affaire de campagne
médiatique malveillante qui aurait transformé les plaintes en
réalité, au mépris de la présomption d’innocence. Alors qu’en
réalité, ce n’est pas deux mais pas moins de trois procès qui
avaient été instruits au Vatican et alors qu’une condamnation
incluant même une excommunication avait déjà été prononcée.
Et enfin, de qui De Donatis est-il donc le vicaire, sinon du Pape,
dans un diocèse tel que celui du Rome que François a récemment
réorganisé de fond en comble pour le placer sous son contrôle total,
un diocèse dans lequel pas une feuille ne tombe sans que le Pape ne
l’ait décidé ? Il est impensable que le cardinal-vicaire ait publié
ce communiqué uniquement de son propre chef.
Quatrième scène
Nous voilà à l’interview
du 24 janvier pour Associated Press dans laquelle François
affirme qu’il n’a rien à voir avec cette affaire tout en défendant à
couteaux tirés la décision de la Congrégation pour la Doctrine de la
foi d’avoir fait tomber les accusations pesant contre Rupnik, malgré
qu’elles soient fondées, parce qu’elles reposaient sur des actes
éloignés dans le temps. « La prescription est une garantie »,
a déclaré le Pape au cours de l’interview. « S’il s’agit de
mineurs, je la fais toujours sauter, ou s’il s’agit d’un adulte
vulnérable », mais « dans ce cas-ci, non ».
Donc, selon le Pape, les femmes abusées par Rupnik en sa qualité de
directeur spirituel ne seraient donc pas « vulnérables » ?
Quand on lit leurs témoignages édifiants, c’est pourtant
l’impression qui en ressort.
Dans cette interview, François affirme également avoir changé d’avis
sur Rupnik qui apparaît à présent, dit-il, comme « une personne
très limitée mais qui est pourtant très puissante ». Tout en
laissant tomber que « certains doivent sortir de l’état clérical
parce qu’ils ne peuvent pas poursuivre dans une situation pastorale
de ce genre ». Quant à savoir si ces reproches tardifs et vagues
seront suivis d’effet, cela reste à voir.
Et enfin, il y a cette énigmatique allusion du Pape à un versement
d’argent, effectué pour mettre un terme aux poursuites : « Je ne
sais pas comment le procès s’est résolu, dans le sens d’un accord
commun. Je crois qu’il y a eu paiement d’une indemnité, mais je ne
connais pas clairement l’accord ; en tout cas il y a bien eu un
accord ».
Une indemnisation de qui ? De l’une des femmes violées ? Alors qu’en
réalité elles étaient des dizaines, comme on le découvre chaque jour
un peu plus. Et quel a été cet accord ?
Le cardinal
Pell avait bien raison. Le pape parle, la confusion grandit.
Un article de
Sandro Magister, vaticaniste à
L’Espresso.
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Sources : diakonos.be
-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 27.01.2023
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