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19 Avril 2005
 

Benoît XVI se demande s'il nous est encore permis de croire

 

Le 26 décembre 2008 - (E.S.M.) - Ce dont il est essentiellement question ici, c'est de ce qui « enracine notre confiance en une réalité qui n'est pas et ne peut pas être l'œuvre de nous-mêmes, et qui pour cette raison rend possible et soutient notre existence ». Par la foi, nous reconnaissons que ce qui donne son sens propre à notre expérience ne peut être que quelque chose que nous avons reçu.

La foi chrétienne - Pour agrandir l'image Cliquer

Benoît XVI se demande s'il nous est encore permis de croire

RÉFLEXIONS SUR LE CREDO  (Chapitre 6)  (Page précédente :  De quoi est-il question quand on parle de salut)

Le 26 décembre 2008 -  Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - L'un des desiderata du concile en matière de théologie - et non le moindre - portait sur une présentation plus complète et unifiée de la doctrine catholique, avec une référence particulière au mystère du Christ qui en est le centre. Une « Introduction au christianisme » qui procéderait par une série d'investigations théologiques sur les profondes significations du Credo pouvait parfaitement répondre à cette demande. Les réflexions de Joseph Ratzinger sur le Credo virent le jour sous la forme d'une série de conférences données à Tübingen en 1967. (J. RATZINGER, La foi chrétienne hier et aujourd'hui, 1968). Elles n'étaient pas spécialement destinées à des étudiants en théologie, mais au public le plus large. Bien que solidement charpentées, leur ton s'accordait donc à leurs destinataires : un ton plutôt populaire, en particulier dans le choix de l'auteur de les illustrer de figures tirées du folklore allemand. Un exemple apparaît dès la préface. J. Ratzinger cherche à qui comparer le théologien contemporain qui, trop souvent, au nom des meilleures raisons pastorales, édulcore le contenu de la foi pour en faciliter chez ses auditeurs la compréhension. Il en trouve l'illustration dans le personnage de «Hans im Gluck», figure du folklore, (Ndlr : Personnage d'un conte des frères Grimm) dont le sac d'or est si lourd qu'il se laisse persuader d'en échanger le contenu pour des substituts ayant de moins en moins de valeur. Au bout du compte, ne se trouvant plus posséder qu'une meule à aiguiser, Hans se débarrasse du sac sans tergiverser. Joseph Ratzinger formule bien sûr le vœu que ses efforts ne rencontrent pas le même sort, souhaitant que ce travail puisse remplir auprès de ses auditeurs un service analogue à celui qu'avait rempli dans les années 30 le théologien de Tübingen Karl Adam avec son Vrai visage du catholicisme.

Je crois

Joseph Ratzinger commence par réfléchir sur ce que c'est que croire, dans le monde d'aujourd'hui. Il rappelle le célèbre apologue de Kierkegaard sur le prédicateur chrétien : un clown cherche désespérément à délivrer un message d'une urgente gravité. Lorsque ce clown se rend compte que les gens prennent son alarme au feu de forêt pour un stratagème destiné à les attirer au cirque, il redouble d'efforts, ce qui ne fait qu'accroître l'hilarité de ses auditeurs, jusqu'à ce que leur village, puis eux-mêmes, deviennent la proie des flammes.
(S. Kierkegaard, cité dans H. Cox, la Cité séculière, Castermann, Tournai, 1968). Pourtant, insiste J. Ratzinger, il ne suffit pas au prédicateur ou au théologien d'enlever ses habits d'autrefois pour être pris au sérieux. Nous vivons dans un monde où l'incroyance fait pression sur le croyant, tout comme la croyance fait pression sur l'incroyant dont le « c'est peut-être vrai » fait écho au « ce n'est peut-être pas vrai » du croyant. Il y a sans doute une certaine consolation à penser que la transformation du "je" rituel, inclus dans le mot qui ouvre le symbole de la foi, credo, en un "je" qui exprime sa conviction personnelle, n'a jamais été facile. La raison de cela, pour J. Ratzinger, tient à la nature même de Dieu et, plus précisément, à sa transcendance par rapport au monde.

Dieu se situe, de manière essentielle, et non pas juste contingente, au delà de notre champ de vision. C'est là une affirmation fondamentale de l'Ancien Testament. Dire credo, par conséquent, c'est prétendre à un mode nouveau d'accès à la réalité, qui élargit considérablement les limites du « monde » auquel j'appartiens. Dire credo, c'est confesser que ce que l'on ne peut voir peut pourtant être réel, et en fait, suprêmement réel, au point d'être cela même qui porte et rend possible toute réalité. De plus, c'est aussi cela qui, pour la Bible, permet à chacun de mener une vie véritablement humaine. Tout en donnant à chacun son être véritable, il ne peut être atteint que par un changement de direction dans la vie, par ce qui est appelé une « conversion ».

C'est lorsque nous en venons à nous demander quel est le contenu de ce credo que les difficultés commencent. Les tentatives actuelles d'aggiornamento en théologie ne servent qu'à nous rendre plus douloureusement conscients de tout ce qu'il y a de suranné dans ce qui nous est offert à croire. Elles ne font que confirmer « un soupçon : on cherche désespérément à nous présenter comme moderne ce qui de toute évidence appartient au passé »
(La foi chrétienne, p. 17). On en trouve un symptôme dans le regard de la théologie catholique moderne sur la tradition, qui en vient fréquemment à voir en elle la force motrice, orientée vers le futur, du sens de la foi, plutôt que le legs solidement établi de l'Église primitive. Hélas, pas plus l'intellectualisme de ceux qui démythologisent que le pragmatisme de ceux qui « mettent à jour » ne peuvent supprimer le scandale qui réside au cœur du christianisme. Ce scandale, J. Ratzinger le nomme la « positivité du christianisme ». La foi chrétienne, en tout premier lieu, a pour objet l'entrée de Dieu dans l'histoire, Dieu qui s'implique avec l'homme. Elle clame qu'avec Jésus, l'Éternel est entré dans ce monde. Selon le prologue du quatrième évangile, Jésus est l'« exégèse » du Père. De prime abord, le fait d'avoir à chercher Dieu dans un homme semblerait rendre les choses plus faciles. Pourtant, aujourd'hui

nous sommes déconcertés devant cette « révélation » chrétienne. En la comparant avec la religiosité asiatique, on peut se demander s'il n'eût pas été plus simple d'adorer ce qui est éternel et caché, de s'y abandonner dans la méditation et d'y aspirer. N'eût-il pas mieux valu que Dieu nous laissât dans notre éloignement infini ? N'aurait-il pas été plus facile de nous élever au-dessus des contingences de ce monde, pour percevoir dans une paisible contemplation le mystère ineffable, au lieu qu'il faille maintenant nous livrer au positivisme de la foi, nous limiter à une seule figure et placer le salut de l'homme et du monde sur une pointe d'aiguille, un point fortuit de l'espace et du temps ?
(La foi chrétienne, p. 19)

Et Joseph Ratzinger se demande si à présent, en toute intégrité intellectuelle, il nous est encore seulement permis de croire.

Pour répondre à cette question, il examine comment nous en sommes venus à l'image que nous nous faisons maintenant de ce qui est fondamentalement « réel » : les phénomènes le sont - et rien d'autre. Par une interprétation qui résume audacieusement une tranche considérable de l'histoire de la pensée, il en distingue deux figures cruciales : Gianbattùsta Vico et Karl Marx. Pour Vico, ce qui peut être connu, c'est ce que l'homme a fait, ses actions et ses réalisations dans l'histoire : verum quia factum.
(Ndlr : "C'est vrai parce que cela a été fait") Malheureusement, la victoire de l"historicisme de Vico, au milieu du xixe siècle, coïncida avec les découvertes de Darwin en biologie.

Au moment même où, selon un anthropocentrisme radical, l'homme ne peut connaître que son œuvre propre, il se voit réduit à s'accepter comme un produit purement fortuit, comme un simple «factum»
(La foi chrétienne, p. 25).

Mais si, avec Darwin, la signification de l'histoire se trouva congédiée du jour au lendemain, elle revint par la porte de derrière avec Marx. Dans le marxisme, la vérité est centrée sur l'action et le futur. Ce qui peut être connu, c'est la transformation révolutionnaire du monde par l'homme - lorsqu'elle se produit. L'axiome devient ici verum quia faciendum
(Ndlr : "C'est vrai parce que cela doit être fait"). Ce tournant vers la sociologie et l'expectation des lendemains ruina les efforts de la théologie pour s'adapter à Vico et au mouvement qu'il avait initié. Alors, renonçant à présenter la foi dans son historicité, comme interprétation de ce dont le peuple a fait l'expérience dans le passé, les théologiens, pour rester en prise avec la pensée de leur temps, se virent obligés de considérer le langage même de la foi comme une rhétorique destinée à permettre l'action à venir. (Joseph Ratzinger aborde ici pour la première fois un ensemble de théologies qui tournent autour du concept de « théologie politique » : théologies de la révolution, représentées par T. RENDTORFF et H. E. TÖDT, Théologie der Révolution. Analysen undMaterialen, Suhrkamp, Francfort, 1968; théologies de l'espérance, avec par exemple J. MOLTMANN, Théologie de l'espérance, traduit par F. et J.-P. Thévenaz, Cerf, Paris, 1970 ; et théologies du « monde », notamment avec J. B. METZ, Pour une théologie du monde, traduit par H. Savon, Cerf, Paris, 1971. Voir La foi chrétienne, p. 28).

L'idée d'« histoire du salut » cède le pas à la théologie politique, à la théologie de la libération. Ni l'une ni l'autre de ces approches, l'historique et la politique, ne sont sans valeur. Chacune d'elles éclaire des facettes importantes de ce qu'est la foi. Pourtant, prises exclusivement, elles cachent plus qu'elles ne révèlent le sens du mot credo. Car, sous-jacent à ce mot, insiste Joseph Ratzinger, il y a une approche de la réalité spécifique à la Bible, à laquelle ne se rattachent ni Vico ni Marx. J. Ratzinger résume cette approche biblique en deux termes, « prendre appui » et « comprendre »,
(Ndlr : En parallèle avec l'anglais stand - understand, ou l'allemand stehen - verstehen) qui font particulièrement référence à Is 7,9 : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas. »

Ce dont il est essentiellement question ici, c'est de ce qui « enracine notre confiance en une réalité qui n'est pas et ne peut pas être l'œuvre de nous-mêmes, et qui pour cette raison rend possible et soutient notre existence »
(La foi chrétienne, p. 30). Par la foi, nous reconnaissons que ce qui donne son sens propre à notre expérience ne peut être que quelque chose que nous avons reçu. À la différence du baron de Münchhausen, nous ne pouvons nous sortir du marais en nous tirant par la queue de notre propre chevelure. En disant "credo", nous déclarons que dans ce monde, la réception du sens prime sur son élaboration par l'homme - sans qu'en soit pour autant dépréciée la valeur de la créativité humaine. Bien loin d'être irrationnelle, la foi est par conséquent un mouvement vers le sens et la vérité, vers le logos. J. Ratzinger considère que l'hellénisation de l'Évangile dans le monde grec des premiers siècles chrétiens ne fut pas simplement légitime, mais bien providentielle - et il trouve des indications en ce sens dans le texte des Actes (Cf. par exemple Ac 16,6-10, où saint Paul se voit empêché d'aller en Asie et, en songe, est invité à passer en Macédoine).

De plus, si le mot credo s'inscrit dans un dialogue, s'il est adressé à quelqu'un, son registre n'est cependant pas purement individuel, un dialogue entre Dieu et l'âme, mais entre Dieu et la personne vivante de l'Église. Se tournant alors vers la forme ecclésiale de la foi, Joseph Ratzinger explique la raison qui lui fait choisir le Symbole des apôtres
(ou Symbole romain) comme base d'une « introduction au christianisme ». C'est qu'il s'agit de la formulation de la foi élaborée par l'Église pour les candidats à l'entrée, par le baptême, dans cette vie de foi. Ce n'est bien sûr pas le seul credo connu dans l'histoire de l'Église. En tant que Credo latin, il reflète jusqu'à un certain point l'éloignement progressif entre chrétientés occidentale et orientale, attestant par là même à la fois de la grandeur et de la misère de l'histoire du christianisme (La foi chrétienne, p. 41) - réminiscence de l'image de l'homme dépeint par Pascal. Le Symbole des apôtres reflète cependant la foi de l'Église primitive qui, en son noyau, agrège la foi du Nouveau Testament lui-même. J. Ratzinger fait observer que la structure ternaire, trinitaire, de ce symbole correspond à la triple renonciation au monde, à la chair, et au démon, exigée du néophyte (idem, p. 42, avec une référence à la liturgie baptismale de saint Hippolyte de Rome, Traditio apostolica). La doctrine est inséparable de la conversion de l'être en son entier. J. Ratzinger considère que de ce point de vue le singulier est théologiquement préférable au pluriel (credo et non pas credimus). La forme plurielle, en grec pisteuomen, fut introduite lorsque les symboles baptismaux furent réutilisés à des fins nouvelles, telles des déclarations communes d'évêques luttant pour maintenir l'unité doctrinale. Ces développements étaient bien sûr légitimes : la relation dialogique «je - tu » conduit naturellement au « nous » de tous ceux qui partagent la même foi. J. Ratzinger, suivant en cela Karl Rahner, trouve instructif que ceux qui formulèrent les premières professions dogmatiques de l'Église aient utilisé pour les nommer le terme symbolum, symbolon. À l'origine, dans le monde antique, un « symbole » se composait des deux moitiés d'un anneau, d'un bâton ou d'une tablette. La possession d'une moitié permettait au détenteur de l'autre de reconnaître un hôte, un messager, le partenaire d'un traité. Ainsi le symbolon de la foi renvoie à l'unité d'un grand nombre dans l'unicité du Verbe. À l'image de Marius Victorinus, philosophe néoplatonicien contemporain de saint Augustin, qui un temps ne vit pas la nécessité d'une Église institutionnelle, jusqu'à ce qu'il saisisse enfin l'idée chrétienne, quiconque veut prétendre au nom de chrétien doit trouver le Logos dans la communauté (Saint AUGUSTIN, Confessions, VIII, 2,3-5) : « La foi chrétienne n'est pas une idée, mais une vie; elle n'est pas esprit qui se replie sur lui-même, mais incarnation, esprit dans le corps de l'histoire et de la société (La foi chrétienne, p. 51).

A suivre : Je crois en Dieu
 

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Sources : Introduction à la théologie de Joseph Ratzinger -  (E.S.M.)
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M. sur Google actualité)  26.12.2008 - T/Théologie

 

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