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19 Avril 2005
 

Le Christ, l'Oint de Yahvé, qui seul reçoit l'Esprit en plénitude et en dispose

Le 26 juin 2024 - E.S.M. - Nous avons publié, dernièrement,  un ensemble de textes situant l'Esprit Saint à un plan suprêmement personnel, et le désignant comme une Personne divine à l'égal du Père et du Fils, prend toute sa valeur lorsqu'on le rapproche des données de l'Ancien Testament.

Vatican : le saint Prophète Ezéchiel - Pour agrandir l'image ► Cliquer

Une vie en esprit

                                                                                                                                           " théologie monastique"
        

    Saint Jean, qui connaissait les images et symboles dont la Bible s'était servie pour désigner la notion d'esprit, les retrouvait souvent sur les lèvres du Maître, et l'enseignement du Christ s'éclairait à cette lumière [L'entretien avec Nicodème, celui avec la Samaritaine, le discours sur le pain de vie, la promesse de l'eau vive à la fête des tentes, ne prennent tout leur sens qu'à la lumière des données bibliques, comme on le montrera par la suite]. Il convient donc de les rappeler brièvement. L'Esprit Saint les assume en effet, tout en les renouvelant et en les transcendant.
    Dans l'Ancienne Alliance, l'esprit était considéré comme un souffle émanant de Yahvé. Cette « ruah Yahvé », s'emparant de l'homme, prenait possession de lui. Les prophètes étaient les représentants les plus qualifiés de cette action de l'esprit. Ils étaient éminemment les hommes de l'esprit. La ruah pouvait se manifester en deux directions complémentaires, quoiqu'apparemment bien différentes. D'une part, elle faisait entrer les nabis, « ces professionnels de l'exaltation religieuse » (L. DESNOYERS, Les prophètes d'Israël) en extase ou en transes (Des exemples de cette possession par l'esprit de Dieu se rencontrent dans l'Ancien Testament), et de l'autre, elle mettait dans la bouche des « inspirés », les paroles de Yahvé. Bien que les deux formes n'aient cessé de se manifester jusques et y compris aux temps messianiques eux-mêmes [Les charismes sont, dans la primitive Église, l'aboutissement épuré et spiritualisé de cette forme d'action, et marquent aux yeux de tous la prise de possession d'un homme par l'Esprit de Dieu. Il y a là une réalisation de la prophétie de Joël : « Je répandrai mon esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, vos jeunes gens des visions » (Joël ; 3.1,2) que saint Pierre citera devant le Sanhédrin (Acte 2.17,18)], l'importance donnée à la parole comme manifestation privilégiée de l'esprit de Yahvé ne cessa de grandir ( Is 1. I0 etc... - Jr 1.9 - 2.I... 7 - 1.2 etc... Ba 1.21 - Éz 2.1,2...), et c'est dans ce sens que se situe l'évolution « prophétique ».
    Parallèlement, on constate que les manifestations de l'esprit tendent, de temporaires et limitées qu'elles étaient, à devenir une prise de possession stable. Ainsi les « juges » en étaient revêtus, mais plus encore le « roi d'Israël », qui en apparaîtra de plus en plus comme le dépositaire permanent. De David, on pouvait déjà dire ce qui sera dit du Christ, que « l'esprit repose sur lui » (Is. 16.13), le consacrant au salut de son peuple. Aussi Isaïe, lorsqu'il parle du Messie, déclare que « sur lui reposera » en permanence « l'Esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science et de crainte de Yahvé » (Is 11,2). Cette permanence de l'esprit chez ceux qui en sont pénétrés, leur permet d'être instruits des « secrets » de Yahvé (Am 3.7).
    Mais c'est surtout dans la ligne d'une « intériorisation », et donc dans un sens plus individualisé, que l'on voit évoluer l'action de l'esprit. Il opère « dans les cœurs », il est au service de la providence divine, il consacre le cœur de l'élu de Dieu en vue d'une mission exceptionnelle :

         Voici mon serviteur que je soutiens,
         mon élu que préfère mon âme.
         J'ai mis sur lui mon esprit (Is 42.I)

    Au lieu de se manifester surtout par le vent, le souffle, la tempête, le déchaînement des forces naturelles [C'est la signification profonde de la scène de l'Horeb, où Élie, parce qu'il est prophète, et possède donc l'esprit de Yahvé, sait que Dieu n'est « ni dans l'ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans la brise légère » (I R 19.11,12)], l'Esprit tend donc à marquer son action par une emprise sur les âmes et sur les esprits. [On le perçoit déjà dans l'épisode de Samuel, « saisi par un mauvais esprit de Yahvé qui lui cause des terreurs » (I S 16.15, cf. aussi Jg 9.23)] En rigueur de terme, il opère une « prise de conscience » dont on pourrait suivre les progrès à travers Isaïe, Jérémie, les Psaumes, le Livre de Job.
    D'un mot, l'esprit de Dieu s'y montre générateur de ce que nous nommerions aujourd'hui une « vie spirituelle » (Et qu'il vaudrait mieux appeler : une vie en esprit). Il est à la source des relations de l'homme avec Dieu. Il communique à l'homme les pensées, les désirs et les desseins de Dieu, et invite l'homme à y répondre « en esprit ». Il fait de lui, non seulement un instrument, mais encore un « témoin ». [Au chapitre 61 d'Isaïe, le prophète déclare :
    L'esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m'a oint.
    Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,
    annoncer aux captifs l'amnistie et aux prisonniers la liberté, 
    annoncer une année de grâce de la part de Yahvé (Is 6l. 1,2)
et le Christ, ayant lu ce passage, dans la synagogue de Nazareth, dira : « Aujourd'hui s'accomplit à vos yeux ce passage de l'Écriture » revendiquant donc les traits de la prophétie. Ces traits font de la mission et de l'action de celui sur qui Dieu a fait descendre son esprit, le « Serviteur » de Yahvé, qui rend « témoignage » de lui. A ce même rôle de « témoins » les disciples seront conviés par le Maître : « Quand sera venu le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de Vérité qui provient du Père, il me rendra témoignage, et vous aussi, vous témoignerez » (15. 26,27)].
    Isaïe n'aurait pu nous donner un tel portrait du Messie (Cf. les « Chants du Serviteur de Yahvé ». Is 42.1-9 ; 49.1-6 ; 50.4-11 ; 52.13 à 53.12. Rempli de l'esprit de Yahvé, le Serviteur est choisi, séparé, pour être son témoin devant les nations ; aussi le prophète insistera sur ses sentiments de douceur, d'humilité, de patience infinies), si cette intériorisation ne s'était pas produite, et s'il n'avait su l'Esprit destiné à ouvrir non seulement les oreilles, (Is 50.4) mais encore les cœurs [" Comme le dira bientôt Ézéchiel : « Je mettrai en vous un esprit nouveau et je vous donnerai un cœur nouveau. J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous,et je ferai que vous marchiez selon mes lois » (Éz 36.26,27 ; cf. également Is 7.10)] et à les transformer.
    Enfin, et sans doute est-ce là un point essentiel : il y a dans l'Ancien Testament coïncidence entre une révélation toujours plus explicite et plus intérieure de l'Esprit, et le fait d'une concentration de cet Esprit sur quelques élus (juges, rois, prophètes) [Jg 14.6 ; 14.19].
    Le Nouveau Testament nous permet de découvrir que cette élection reposera en définitive sur une Personne unique : l'Oint de Yahvé, qui seul reçoit l'Esprit en plénitude et en dispose :

         J'ai vu l'Esprit descendre et demeurer sur lui. 
         Oui, j'ai vu et j'atteste que c'est lui l'Élu de Dieu
         Celui que Dieu a envoyé prononcer les paroles de Dieu
         qui lui donne l'Esprit sans mesure
(J 32,34).

    Permanence, intériorisation, spiritualisation, concentration enfin de cet Esprit sur l'Oint de Yahvé, tel est le sens et le terme d'une évolution concernant l'Esprit et ses dons.
Mais à quoi servirait de les saisir, si la nature et le rôle de l'Esprit nous demeuraient cachés ? Pour les révéler, l'Ancien Testament a recours à des images et symboles d'autant plus importants, qu'ils seront repris par le Nouveau Testament. Plus que tout autre, l'évangile johannique nous permet de constater que le Christ lui-même en fait un ample usage.

    On pourrait dire qu'à travers tout l'Ancien Testament l'esprit est spécifié par deux familles de symboles. Les uns groupés autour de la notion de force, de violence : les autres autour des notions de douceur, de lente et silencieuse imprégnation.
    L'esprit de Yahvé fond sur les prophètes et les inspirés avec une violence soudaine, tel l'aigle sur sa proie, ou le lion sur l'animal dont il fait sa pâture. En survenant, il provoque en eux l'exaltation, ou encore des mouvements désordonnés. (I S 10.6-10.10) Il leur confère des pouvoirs extraordinaires, ou une force surhumaine [Ainsi Élie sur lequel Yahvé pose sa main (autre manière de désigner l'Esprit) (I R 18.46- Jg 14.6)]. Le vent, la tempête, le feu sont alors souvent associés à ces interventions de l'Esprit.
    Dans le Nouveau Testament, ces symboles demeureront représentatifs de la toute-puissance de l'Esprit, de son invasion des âmes ou des corps ; le « vent violent » qui envahit le Cénacle au jour de la Pentecôte, et les langues de feu qui se posent sur les apôtres en sont des manifestations. A travers ces symboles, un aspect essentiel de l'Esprit de Dieu et de son action sur les âmes peut être aisément saisi.[(Cf. en ce sens la prose de la Pentecôte « Fons vivus, ignis... (La source vivante, le feu).» ou encore l'oraison « Reple tuorum corda fidelium, et in eis ignem accende (Remplissez le cœur de vos fidèles et allumez en eux un feu) »] Déjà Jean-Baptiste y fait allusion, en déclarant de celui qui viendrait après lui : « qu'il baptiserait dans l'Esprit Saint et dans le feu » (Lc 3.I6). Cette violence et cette force en tant qu'expressions des ardeurs de l'amour, le Cantique des Cantiques est seul dans l'Ancien Testament à les laisser entrevoir. « L'amour est fort comme la mort, ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé.»
Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger » (Ct 8.6,7)] A cette époque, en effet, l'assimilation de l'amour à l'Esprit était loin d'être accomplie.
    A cette même famille de symboles peuvent encore être ramenées les images qui donnent de l'Esprit l'idée d'une force créatrice et organisatrice. Ainsi, dans la Genèse, l'Esprit plane sur le chaos primordial, comme l'aigle sur le nid de ses petits : « Souffle vivificateur de Dieu, il va susciter les êtres ».(Gn 1.2. Cf. Bible de Jérusalem (Genèse) note p. 39.)
A l'opposé, le symbole de l'eau, évoqué sous ses formes les plus variées, est représentatif de la douceur de l'Esprit, de son action intérieure, patiente et transformante. L'Esprit descend sur l'homme et le pénètre, comme la pluie qui vient d'en haut imprègne la terre.
Tandis qu'Isaïe a recours à ce symbole pour marquer l'action vivifiante de l'Esprit :

         Je répandrai de l'eau sur le sol assoiffé
         des flots sur la terre desséchée.
         Je répandrai mon esprit sur ta race
         et ma bénédiction sur ta postérité. (Is 44-3)

Ézéchiel associe le don de Yahvé à l'image du ruissellement des eaux, qui apporteront aux terres arides le renouvellement et la vie :

         Je ferai sur vous une aspersion d'eaux pures...
         Je mettrai en vous un esprit nouveau
         Je mettrai en vous mon esprit. (Éz 36. 25,27)

La venue de l'esprit est comparée par Ézéchiel à une « libation rituelle » (L. GUILLET, Thèmes bibliques), et à une bénédiction :

         Je ne leur cacherai plus ma face
         parce que j'aurai répandu mon esprit sur la maison de Yahvé (Ez 39. 29).

L'Alliance elle-même, dans laquelle l'esprit de Dieu est contenu, et qui l'exprime avec une plénitude particulière, pénétrera le peuple de sa vertu, et le vivifiera, telle une eau fécondante :

         Voici mon Alliance avec eux, dit Yahvé.
         Mon esprit qui est sur toi,
         et mes paroles que j'ai mises dans ta bouche..(Is 59. 21)

    Si évocatrices que soient ces images, si riches ces symboles, ils ne peuvent cependant qu'orienter les esprits : «A les transposer tels quels dans la vie intérieure, on risquerait de réduire l'Esprit à n'être qu'un élément naturel, plus subtil et plus pur, mais encore de notre monde » (L. GUILLET, Thèmes bibliques).
    Et cependant, grâce à de tels symboles, Israël comprend peu à peu, non seulement le rôle joué par l'Esprit au milieu du peuple, [« Ce ne fut pas un ange, mais sa face qui les sauva. Dans son amour, dans sa pitié lui-même les racheta... Mais ils se révoltèrent, ils contristèrent son Esprit Saint » (Is 63. 9,10)] mais encore la nature intime de cet Esprit qui travaille à l'imprégner progressivement de la sainteté divine : convertissant et purifiant les pécheurs [(« O Dieu, crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit ferme... ne retire pas de moi ton esprit saint » (Ps 51)], inspirant et soutenant les âmes dans leur recherche du Dieu de toute droiture et de toute sainteté.
    Des images cosmiques du souffle divin dont parle encore le Psaume 104 : « Tu envoies ton souffle et ils sont créés, et tu renouvelles la face de la terre », on est passé peu à peu à cette réalité mystérieuse et spirituelle qui, avec le Christ, va envahir le Nouveau Testament.
    Par ailleurs, en faisant de la Sagesse l'objet de leurs méditations, les auteurs sapientiaux se sont trouvés eux aussi — et l'on serait tenté de dire : eux surtout — dans la proximité immédiate de l'Esprit Saint. Il est certes difficile dans ces textes admirables, véritables laudes à la divine Sagesse, de discerner jusqu'à quelle profondeur ils se sont enfoncés dans le mystère de Dieu. La vie trinitaire n'était pas révélée, et il ne leur était pas possible de rattacher à l'une ou l'autre des Personnes divines ces attributs qui les émerveillaient. Cependant, déjà perce chez eux le pressentiment de relations au sein de Dieu. En particulier, ce qui sera grâce du Christ et don de l'Esprit sourd de leurs écrits, encore inséparablement mêlé. Sur des réalités aussi hautes que la mutuelle complaisance des Personnes divines, sur leur particulière et commune beauté, ils ne pouvaient rien entrevoir encore. Et pourtant, à la clarté de ce que nous « savons » aujourd'hui, est-il rien qui nous permette d'approcher autant du mystère révélé, que les chapitres 1 et 24 de Ben Sirah ? Maintenant que nous possédons, grâce à l'Esprit qui nous a été donné, « la vérité tout entière » (Jn 16.13), il faudrait reprendre ces pages inspirées et les compléter de notre foi rassasiée.


L'Esprit Saint - 1 : Introduction
L'Esprit Saint - 2 : Le Christ, l'Oint de Yahvé, qui seul reçoit l'Esprit en plénitude et en dispose    
L'Esprit Saint - 3 : Toute la scène du Jourdain est trinitaire

L'Esprit Saint - 4  : Nicodème ironisant un peu lourdement
L'Esprit Saint - 5  : La croix se dresse au carrefour où la foi tremble et hésite

 

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Sources :Extraits d'un texte original des écrits d'un ami, le Père Paul Marie de la Croix O.C.D.-  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 26.06.2024

 

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