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Une homélie inédite de Benoît XVI dans l'attente de Noël
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Le 25 décembre 2023 -
E.S.M.
- C'est un beau cadeau que nous font les Memores Domini,
les femmes consacrées qui ont vécu avec le pape Benoît
XVI jusqu'à son départ vers le Ciel le 31 décembre
dernier, cela va faire bientôt un an !
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Benoît XVI -
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Saint Joseph et l'attente de Noël, une homélie inédite de Benoît XVI
Le 25 décembre 2023 -
E.S.M. -
Le journal dominical allemand Welt am Sonntag, lié au quotidien
Die Welt, a publié samedi 23 décembre la version allemande d'une des
homélies prononcées par le Pape émérite lors des célébrations
dominicales privées dans la chapelle du monastère Mater Ecclesiae
après sa renonciation. En voici la version intégrale :
Le père Federico Lombardi, président de la Fondation Ratzinger, a
expliqué qu'il existe une collection d'homélies «privées» de
Benoît XVI, enregistrées et transcrites par les "Memores Domini", les
femmes consacrées qui ont vécu avec lui. Le recueil contient plus de
trente homélies, en italien, des années de son pontificat et plus d'une
centaine des premières années après sa renonciation. Le père Lombardi
les publiera prochainement en un volume à la Librairie éditrice vaticane
(LEV). L'homélie qui suit a été prononcée un quatrième dimanche de
l'Avent, le 22 décembre 2013. Elle est consacrée à saint Joseph.
Homélie
Chers amis,
À côté de Marie, Mère du Seigneur, et de saint Jean-Baptiste, la
liturgie nous présente aujourd'hui une troisième figure, qui est presque
celle de l'Avent: saint Joseph. En méditant le texte de l'Évangile, nous
pouvons voir, me semble-t-il, trois éléments constitutifs de cette
vision.
Le premier et décisif est que saint Joseph est appelé «un homme
juste». C'est pour l'Ancien Testament la plus haute caractérisation
de celui qui vit vraiment selon la parole de Dieu, qui vit l'alliance
avec Dieu.
Pour bien comprendre cela, nous devons réfléchir à la différence
entre l'Ancien et le Nouveau Testament.
L'acte fondamental du chrétien est la rencontre avec Jésus, en Jésus
avec la parole de Dieu, qui est Personne. En rencontrant Jésus, nous
rencontrons la vérité, l'amour de Dieu, et ainsi la relation d'amitié
devient amour, notre communion avec Dieu grandit, nous sommes vraiment
croyants et devenons saints.
L'acte fondamental dans l'Ancien Testament est différent, car le
Christ était encore à venir et il s'agissait donc, au mieux, d'aller à
la rencontre du Christ, mais il ne s'agissait pas encore d'une véritable
rencontre en tant que telle. La parole de Dieu dans l'Ancien Testament a
essentiellement la forme de la loi - "Torah". Dieu guide, c'est le sens,
Dieu nous montre le chemin. C'est un chemin d'éducation qui forme
l'homme selon Dieu et lui permet de rencontrer le Christ. En ce sens,
cette justice, cette vie selon la loi est un cheminement vers le Christ,
une extension vers Lui; mais l'acte fondamental est l'observance de la
Torah, de la loi, et donc le fait d'être «un juste».
Saint Joseph est un juste, exemplaire de l'Ancien Testament.
Mais il y a ici un danger et en même temps une promesse, une porte
ouverte.
Le danger apparaît dans les discussions de Jésus avec les pharisiens
et surtout dans les lettres de saint Paul. Le danger est que si la
parole de Dieu est fondamentalement une loi, elle doit être considérée
comme une somme de prescriptions et d'interdictions, un ensemble de
règles, et l'attitude doit donc être d'observer les règles et d'être
ainsi correct. Mais si la religion est ainsi, c'est tout ce qu'elle est,
la relation personnelle avec Dieu ne naît pas, et l'homme reste en
lui-même, cherche à se perfectionner, à être parfait. Mais cela donne
lieu à l'amertume, comme nous le voyons chez le deuxième fils de la
parabole du fils prodigue, qui, après avoir tout observé, finit par être
amer et même un peu envieux de son frère qui, comme il le pense, a eu la
vie en abondance. Tel est le danger: la simple observance de la loi
devient impersonnelle, un simple acte, l'homme devient dur et même amer.
À la fin, il ne peut plus aimer ce Dieu qui ne se présente qu'avec des
règles et parfois même avec des menaces. Tel est le danger.
La promesse, au contraire, est la suivante: nous pouvons également
voir ces prescriptions, non pas comme un simple code, un ensemble de
règles, mais comme une expression de la volonté de Dieu, dans laquelle
Dieu me parle, je lui parle. En entrant dans cette loi, j'entre en
dialogue avec Dieu, j'apprends le visage de Dieu, je commence à voir
Dieu, et ainsi je suis sur le chemin de la parole de Dieu en personne,
du Christ. Et un vrai juste comme saint Joseph est ainsi: pour lui, la
loi n'est pas simplement l'observance de normes, mais elle se présente
comme une parole d'amour, une invitation au dialogue, et la vie selon la
parole consiste à entrer dans ce dialogue et à trouver derrière les
règles et dans les règles l'amour de Dieu, à comprendre que toutes ces
règles ne sont pas pour elles-mêmes, mais qu'elles sont des règles
d'amour, qu'elles servent à ce que l'amour puisse grandir en moi. C'est
ainsi que l'on comprend qu'en fin de compte, toute loi n'est que l'amour
de Dieu et du prochain. Ayant trouvé cela, on a observé toute la loi. Si
quelqu'un vit dans ce dialogue avec Dieu, un dialogue d'amour dans
lequel il cherche le visage de Dieu, dans lequel il cherche l'amour et
fait comprendre que tout est dicté par l'amour, il est en route vers le
Christ, il est un vrai juste. Saint Joseph est un vrai juste, donc en
lui l'Ancien Testament devient Nouveau, parce que dans les mots il
cherche Dieu, la personne, il cherche son amour, et toute observance est
une vie dans l'amour.
Nous le voyons dans l'exemple proposé par cet Évangile. Saint Joseph,
fiancé à Marie, apprend qu'elle attend un enfant. Nous pouvons imaginer
sa déception: il connaissait cette jeune fille et la profondeur de sa
relation avec Dieu, sa beauté intérieure, l'extraordinaire pureté de son
cœur; il voyait briller en elle l'amour de Dieu et l'amour de sa parole,
de sa vérité, et voilà qu'il se trouve gravement déçu. Que faire? Voici
que la loi offre deux possibilités, dans lesquelles apparaissent les
deux voies, celle dangereuse, fatale, et celle de la promesse. Il peut
intenter une action en justice et ainsi exposer Marie à la honte, la
détruire en tant que personne. Il peut le faire en privé avec une lettre
de séparation. Et saint Joseph, un homme vraiment juste, même s'il a
beaucoup souffert, prend la décision d'emprunter ce chemin, qui est un
chemin d'amour dans la justice, de justice dans l'amour, et saint
Matthieu nous dit qu'il a lutté avec lui-même, en lui-même avec la
parole. Dans cette lutte, dans ce voyage pour comprendre la véritable
volonté de Dieu, il a trouvé l'unité entre l'amour et la règle, entre la
justice et l'amour, et c'est pourquoi, sur son chemin vers Jésus, il est
ouvert à l'apparition de l'ange, ouvert au fait que Dieu lui donne la
connaissance qu'il s'agit d'une œuvre de l'Esprit Saint.
Saint Hilaire de Poitier, au IVe siècle, traitant de la crainte de
Dieu, disait à la fin: «Toute notre crainte est placée dans l'amour»,
ce n'est qu'un aspect, une nuance de l'amour. Nous pouvons donc dire ici
pour nous: toute la loi est placée dans l'amour, elle est une expression
de l'amour et doit être accomplie en entrant dans la logique de l'amour.
Et ici, nous devons garder à l'esprit que, même pour nous chrétiens, il
existe la même tentation, le même danger que dans l'Ancien Testament:
même un chrétien peut en arriver à une attitude dans laquelle la
religion chrétienne est perçue comme un ensemble de règles,
d'interdictions et de normes positives, de prescriptions.
On peut arriver à l'idée qu'il ne s'agit que d'exécuter des
prescriptions impersonnelles et donc de se perfectionner, mais cela vide
l'arrière-plan personnel de la parole de Dieu et conduit à une certaine
amertume et dureté de cœur. Dans l'histoire de l'Église, nous voyons
cela dans le jansénisme. Nous aussi, nous connaissons tous ce danger,
nous savons tous personnellement qu'il nous faut toujours à nouveau
surmonter ce danger et retrouver la Personne et, dans l'amour de la
Personne, le chemin de la vie et la joie de la foi. Être juste, c'est
trouver ce chemin, et nous sommes donc nous aussi toujours en route de
l'Ancien Testament vers le Nouveau Testament, à la recherche de la
Personne, du visage de Dieu dans le Christ. C'est précisément ce qu'est
l'Avent: sortir de la norme pure pour aller à la rencontre de l'amour,
sortir de l'Ancien Testament qui devient Nouveau.
Tel est donc le premier élément fondamental de la figure de saint
Joseph, telle qu'elle apparaît dans l'Évangile d'aujourd'hui. Quelques
mots à présent sur les deuxième et troisième éléments.
Le deuxième: il voit l'ange en songe et entend son message. Cela
présuppose une sensibilité intérieure pour Dieu, une capacité à
percevoir la voix de Dieu, un don de discernement, capable de distinguer
entre les songes qui sont des songes et une véritable rencontre avec
Dieu. Ce n'est que parce que saint Joseph était déjà en route vers la
personne du Verbe, vers le Seigneur, vers le Sauveur, qu'il a pu
discerner; Dieu a pu lui parler et il a compris: ce n'est pas un songe,
c'est la vérité, c'est l'apparition de son ange. C'est ainsi qu'il
pouvait discerner et décider.
Cette sensibilité à Dieu, cette capacité à percevoir que Dieu me
parle, cette capacité de discernement est aussi importante pour nous.
Bien sûr, Dieu ne nous parle pas normalement comme il a parlé à Joseph
par l'intermédiaire de l'ange, mais il a aussi ses manières de nous
parler. Ce sont des gestes de tendresse de Dieu, que nous devons
percevoir pour trouver la joie et la consolation, ce sont des paroles
d'invitation, d'amour, voire de demande dans la rencontre avec des
personnes qui souffrent, qui ont besoin de ma parole ou de mon geste
concret, d'un acte. Ici, nous devons être sensibles, connaître la voix
de Dieu, comprendre que c'est maintenant que Dieu me parle et y
répondre.
Nous arrivons ainsi au troisième point : la réponse de saint Joseph à
la parole de l'ange est la foi, puis l'obéissance, accomplie. La foi: il
a compris que c'était vraiment la voix de Dieu, que ce n'était pas un
songe. La foi devient un fondement sur lequel agir, sur lequel vivre,
c'est reconnaître que c'est la voix de Dieu, l'impératif de l'amour, qui
me guide sur le chemin de la vie, et ensuite faire la volonté de Dieu.
Saint Joseph n'était pas un rêveur, bien que le songe ait été la porte
par laquelle Dieu est entré dans sa vie. C'était un homme pratique et
sobre, un homme de décision, capable d'organisation. Il n'a pas été
facile de trouver à Bethléem, parce qu'il n'y avait pas de place dans
les maisons, l'étable comme lieu discret et protégé et, malgré la
pauvreté, digne de la naissance du Sauveur. Organiser la fuite en
Égypte, trouver un endroit où dormir chaque jour, vivre longtemps: cela
exigeait un homme pratique, avec un sens de l'action, avec la capacité
de répondre aux défis, de trouver des moyens de survivre. Et puis, à son
retour, la décision de retourner à Nazareth, d'établir ici la patrie du
Fils de Dieu, cela aussi montre qu'il était un homme pratique, qui, en
tant que charpentier, vivait et rendait possible la vie de tous les
jours.
Ainsi saint Joseph nous invite d'une part à ce cheminement intérieur
dans la parole de Dieu, pour être toujours plus proches de la personne
du Seigneur, mais en même temps il nous invite à une vie sobre, au
travail, au service quotidien pour faire notre devoir dans la grande
mosaïque de l'histoire.
Rendons grâce à Dieu pour la belle figure de saint Joseph. Prions:
«Seigneur, aide-nous à être ouverts pour Toi, à trouver toujours plus
ton visage, à T'aimer, à trouver l'amour dans la norme, à être
enracinés, comblés dans l'amour. Ouvre-nous au don du discernement, à la
capacité de t'écouter et à la sobriété de vivre selon ta volonté et dans
notre vocation». Amen!
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Sources
: vaticannews.va
-
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 25.12.2023
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