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19 Avril 2005
 

Ettore Gotti Tedeschi, le banquier du Vatican résiste à la tempête

 

Rome, le 24 septembre  2010  - (E.S.M.) - Une enquête judiciaire a été lancée contre la banque du Vatican et son président, Gotti Tedeschi. Or celui-ci travaille depuis un an à mettre fin aux pratiques louches de la banque. Avec l’approbation totale de Benoît XVI et malgré un grand nombre d'ennemis extérieurs et intérieurs.

Ettore Gotti Tedeschi, Président de l'Istituto per le Opere di Religione, IOR, la banque du Vatican

Ettore Gotti Tedeschi, le banquier du Vatican résiste à la tempête

par Sandro Magister

Le 24 septembre 2010 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Il y a un an, Ettore Gotti Tedeschi était appelé par la secrétairerie d’état et par le pape à la présidence de l'Istituto per le Opere di Religione, IOR, la banque du Vatican. Depuis lors il a, selon ses propres paroles, consacré tous ses efforts à "rendre toutes les opérations plus transparentes et en ligne avec les standards internationaux".

Mais le 21 septembre dernier a été pour lui un "mardi noir". Au moment même où son essai sur la manière de faire de l’économie en s’inspirant de critères moraux chrétiens sortait en librairie, Gotti Tedeschi a fait l’objet d’une enquête du parquet de Rome pour non-respect des procédures de lutte contre le blanchiment de l’argent sale, sur un compte IOR ouvert dans une banque italienne.

Les autorités vaticanes ont tout de suite fait bloc pour défendre leur banquier, d’abord par un Communiqué de la secrétairerie d’état, puis par une note publiée dans "L'Osservatore Romano" et enfin par une Lettre adressée au "Financial Times" par le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège.

"L’intégrité et la compétence du professeur Gotti Tedeschi sont bien connues des milieux financiers italiens et internationaux", concluait la note. C’est vrai. Sa droiture est unanimement reconnue, même par ses adversaires. De même que sont incontestables les démarches de Gotti Tedeschi au sein de l’IOR et auprès de la Banque d'Italie et des organismes internationaux compétents, pour que le Saint-Siège figure enfin sur la "White List" des pays qui adhèrent aux règles concernant la lutte contre le blanchiment de l’argent sale.

Dans ce but – ont déclaré les autorités vaticanes – l’IOR s’est vu adjoindre "un bureau d’information financière placé sous le contrôle du cardinal Attilio Nicora", président de l'administration du patrimoine du siège apostolique.

Ce n’est pas tout. Les mêmes autorités ont également garanti que "l’IOR n’a ouvert aucun nouveau compte qui ne respecte pas les règles édictées par la Banque d’Italie".

Mais qu’en est-il des comptes anciens ? Bien évidemment, ces comptes aux titulaires mal définis et aux mouvements suspects, qui ont marqué les pages noires de l’histoire de l’IOR, n’appartiennent pas tous et uniquement à son passé.

On sait que, depuis que Gotti Tedeschi est président, beaucoup de comptes d’une transparence douteuse ont été fermés et que beaucoup d’autres ont été régularisés. Mais l'incident judiciaire de ces jours-ci – comme d’autres irrégularités découvertes il y a quelques mois dans des comptes IOR ouverts à l'agence de la banque Unicredit de la via Conciliazione, à Rome – a révélé que des zones obscures subsistent.

Dans le déroulement de l’affaire judiciaire qui touche maintenant Gotti Tedeschi en tant que président de l’IOR – et Paolo Cipriani en tant que directeur général – des failles évidentes dans le fonctionnement de la banque du Vatican apparaissent en effet.

C’est comme si, dans cette banque, l’action de certains systèmes et individus perturbait et freinait encore maintenant le travail de nettoyage et de rationalisation effectué par le nouveau président. Il faut rappeler que Gotti Tedeschi, quand il est arrivé à l’IOR il y a un an, n’a amené avec lui aucun nouveau collaborateur : le personnel avec lequel il travaille était déjà présent à la banque du Vatican avant son arrivée.

À ces obstacles et freins internes il faut ajouter les actions hostiles à l’IOR que mènent des acteurs extérieurs et qui sont également visibles dans le déroulement de l’affaire.

*

Un premier point obscur concerne les rapports entre l’IOR et le Credito Artigiano - banque italienne elle-même contrôlée par le Credito Valtellinese - dans une agence romaine duquel est ouvert le compte courant IOR n° 49557 qui fait l’objet d’une enquête.

Le 18 janvier 2010, la Banque d'Italie demande au Credito Valtellinese d’exiger de l’IOR des informations détaillées sur les titulaire de ses comptes et sur les destinataires des mouvements.

Trois mois plus tard, en l’absence de ces informations, le Credito Valtellinese et le Credito Artigiano bloquent le compte IOR, à compter du 19 avril. À cette date, 28,3 millions d’euros figurent sur ce compte.

Le 23 avril a lieu une rencontre entre dirigeants de l’IOR et du Credito Artigiano. Plusieurs mois passent et, le 6 septembre, par deux fax, l’IOR ordonne au Credito Artigiano d’effectuer avec l’argent de ce compte deux virements : l’un de 3 millions vers un compte de la Banca del Fucino à Rome et un autre de 20 millions vers un compte de la banque JP Morgan à Francfort. Seuls les numéros IBAN des deux destinataires sont fournis.

Mais le compte IOR en question est celui qui est bloqué. Le 14 septembre, le Credito Artigiano informe la Banque d'Italie des virements ordonnés par l’IOR et du manque constant d’informations concernant le titulaire du compte et les destinataires des virements.

Le 15 septembre, le bureau d’information financière de la Banque d’Italie signale au parquet de Rome une possible violation des normes anti-blanchiment par l’IOR.

Le 20 septembre, le parquet de Rome ordonne la mise sous séquestre à titre préventif de tout l’argent déposé sur le compte IOR et émet deux avis d’enquête contre le président et le directeur général de la banque du Vatican, pour non-respect des procédures de lutte contre le blanchiment de l’argent sale.

*

Les autorités vaticanes et Gotti Tedeschi lui-même ont reconnu que "le problème a été provoqué par une incompréhension en cours de clarification" entre l’IOR et le Credito Artigiano.

Mais si neuf mois n’ont pas suffi pour clarifier une simple "incompréhension" entre deux banques habituées à opérer de concert dans le passé, c’est le signe qu’aux manquements de l’IOR s’est ajouté un nouveau comportement, hostile, de la banque dépositaire du compte.

Les autorités vaticanes ont aussi précisé que les virements ordonnés étaient "de simples opérations de trésorerie ayant comme destinataire l’IOR lui-même, sur des comptes lui appartenant dans d’autres banques". Et Gotti Tedeschi d’ajouter que le transfert d’argent avait pour but l’achat d’obligations allemandes.

Mais un point reste obscur : pourquoi a-t-on voulu, pour un simple achat d’obligations, recourir préalablement à un double mouvement de trésorerie, d’ailleurs impossible en raison du blocage du compte en question ?

Les motifs des frictions que l’on a découvertes entre l’IOR et la Banque d'Italie sont également peu clairs.

Les autorités vaticanes assurent que l'un et l'autre "travaillent en liaison étroite depuis le début de l’année précisément en vue de la mise en conformité des opérations de l’IOR avec les procédures anti-blanchiment". Et elles soutiennent que "la nature et le but des opérations" qui font l’objet de l’enquête du parquet "pouvaient être expliqués simplement et rapidement".

Mais s’il en est ainsi, on ne comprend pas pourquoi l’IOR n’a pas clarifié les choses tout de suite, dans des entretiens directs avec les autorités monétaires italiennes. Comme ces éclaircissements ont fait défaut, on en vient tout naturellement à penser, d’une part, à de coupables inerties de l’IOR et, de l’autre, à une attitude de la Banque d'Italie visant à le punir.

*

Le travail d’assainissement et de remise en ordre de l’IOR confié à Gotti Tedeschi par les autorités vaticanes apparaît donc plus difficile que prévu.

Malgré cela, la confiance qu’ont en lui Benoît XVI et la secrétairerie d’état est encore plus forte aujourd’hui qu’hier.

L’estime du pape Joseph Ratzinger pour "son" banquier est également prouvée par le rôle que ce dernier a eu dans la rédaction de l'encyclique "Caritas in Veritate".

Pour confirmer tout cela, il suffit de feuilleter le livre-interview de Gotti Tedeschi, sorti dans les librairies italiennes justement pendant ces jours de tempête, sous le titre : "Argent et paradis. Les catholiques et l'économie mondiale".

Le livre s’ouvre sur une préface passionnée du cardinal Tarcisio Bertone. Et il s’achève sur un long chapitre consacré à l’analyse de "Caritas in veritate".

L’extrait qui suit est tiré de ce dernier chapitre. Et il concerne un point-clé de l'analyse que fait Gotti Tedeschi de la crise financière et économique qui a frappé le monde.

MOINS D’ENFANTS, MOINS DE RICHESSE

par Ettore Gotti Tedeschi

S’il n’y a pas de respect pour la vie, qu’est-ce qui mérite le respect ? Je crois que le message de fond de "Caritas in Veritate", c’est ceci : un outil – l’économie, la science et la technique sont des outils – ne peut et ne doit pas revendiquer d’autonomie morale ; cela entraînerait des dégâts irréparables pour l’homme, comme c’est effectivement arrivé. Et cela se produit quand l’homme oublie la signification du vrai et soumet la vérité à sa liberté qui, selon l’optique catholique, est désordonnée. L’autonomie morale d’un outil est un symptôme de confusion et de perte de la vérité. Il en découle que la vie humaine elle-même perd de sa signification, la dignité humaine perd sa valeur et l’homme devient un moyen de production, de consommation, d’épargne.

En niant la vie ou en la subordonnant à d’autres valeurs présumées, on produit vraiment des dégâts irréparables. C’est pourquoi j’affirme clairement que l’origine de la crise actuelle est surtout morale et qu’elle est bien due à la négation de la vie. Souvenons-nous que, vers la fin des années 60, les "prophètes" néo-malthusiens (d’abord ceux de l’université Stanford, puis ceux du Massachusetts Institute of Technology) annoncèrent que, si le taux de croissance de la population se maintenait au niveau des années précédentes (autour de 4-4,5%), des centaines de millions d’hommes (chiffre ramené ensuite à des dizaines de millions) allaient mourir de faim avant l’an 2000, principalement en Asie et en Inde. Voilà qui en dit long sur les capacités de prévision des sociologues et des économistes ; en effet ce qui est arrivé par la suite contredit complètement leurs affirmations. Les conditions de la crise se sont créées dans le monde occidental, qui a arrêté la natalité en la faisant descendre en dessous de zéro, alors que l’on a vu apparaître le développement et la création de richesse dans le monde ex-émergent, qui a continué à faire des enfants. Nous, occidentaux, nous avons cru que nous allions devenir plus riches en niant la vie et, au contraire, nous sommes devenus plus pauvres.

Et voici ce qui est arrivé. Si la population d’un pays riche et coûteux cesse de s’accroître, la conséquence est que le nombre de jeunes qui accèdent à la phase de productivité diminue progressivement ; en revanche les gens qui abandonnent les activités productives sont de plus en plus nombreux et ils en viennent à constituer un coût pour la collectivité. Celle-ci perd donc à la fois des effectifs et des ressources. En pratique, les coûts fixes augmentent dans le système socio-économique et, comme on ne peut pas réduire les impôts, l’épargne diminue ainsi que, par conséquent, les activités financières.

À ce point du parcours, la réaction la plus naturelle est d’augmenter la productivité (ce qui revient, en pratique, à augmenter le nombre d’heures de travail) mais cela comporte une limite physique. Bien sûr, on peut recourir à des systèmes tendant à accroître le pouvoir d’achat par réduction des coûts (par exemple en transférant bon nombre de productions en Asie). Mais, quand cela ne suffit pas, il ne reste qu’un moyen, l’endettement, ou plus exactement la consommation par endettement, qui aboutit aux excès que nous connaissons. Le fait est que l’expansion anormale du crédit et le mauvais usage des instruments financiers ont été des effets, non des causes. L’origine des déséquilibres économiques actuels doit être recherchée ailleurs : dans le non-respect de la vie humaine. […]

Aujourd’hui l’augmentation de leur population a apporté aux pays qui étaient considérés il y a vingt ans comme étant "en voie de développement" du bien-être et de la richesse, grâce également aux nouvelles localisations de la production, au point qu’ils peuvent même soutenir nos pays naguère riches et désormais sans enfants. Aujourd’hui ces pays investissent dans des zones que nous, occidentaux, avons toujours considérées comme souffrant de pauvreté chronique et que nous avons "aidées" en leur envoyant des préservatifs pour arrêter la croissance de leur population. On estime que l’Afrique, qui est en train d’être colonisée par les Chinois, pourra compter deux milliards d’habitants dans une dizaine d’années. Les Chinois investissent là-dessus, en créant du travail et en favorisant le bien-être. Le problème, le cas échéant, sera de savoir quelle culture et quelle conception de la dignité de l’homme ces nouveaux colonisateurs apporteront à ces populations. Certainement pas celles du catholicisme.

***

Le livre Ettore Gotti Tedeschi, Rino Camilleri, "Denaro e paradiso. I cattolici e l'economia globale", Lindau, Torino, 2010, pp. 160, euro 15,00.

Le communiqué publié le 21 septembre 2010 par la secrétairerie d’état "Perplessità e meraviglia"

La lettre envoyée le 22 septembre 2010 par le père Federico Lombardi au "Financial Times" "Sir, The Institute of Religious Works..."

L’article consacré par www.chiesa à la nomination, il y a un an, de Gotti Tedeschi comme président de l’IOR, avec un portrait du banquier La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral- Ettore Gotti Tedeschi  (le 1er octobre 2009)

 Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.


 

Source: Sandro Magister
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 24.09.2010 - T/International

 

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