|
Orientations pour l'utilisation de la
psychologie dans l'admission et la formation des candidats au sacerdoce |
 |
Cité du Vatican, le 23 novembre 2008 -
(E.S.M.)
-
Document : "Orientations pour l'utilisation de la psychologie dans l'admission
et la formation des candidats au sacerdoce", publié par la Congrégation pour
l'éducation catholique.
|
Orientations pour l'utilisation de la
psychologie dans l'admission et la formation des candidats au sacerdoce
I. L'Église et le discernement des vocations
1. « Toute vocation chrétienne vient de Dieu, est don de Dieu ; mais elle
n'est jamais donnée en dehors ou indépendamment de l'Église. Elle passe
toujours dans l'Église et par l'Église [...], lumineux et vivant reflet du
mystère de la sainte Trinité » [1].
L'Église, « génératrice et éducatrice de vocations » [2], a le devoir de
discerner la vocation et l'idonéité des candidats au ministère sacerdotal.
En effet, « l'appel intérieur de l'Esprit a besoin d'être confirmé par
l'appel authentique de l'évêque » [3].
Dans la promotion de ce discernement et dans la formation complète au
ministère, l'Église est conduite par une double attention : sauvegarder le
bien de sa mission et celui des candidats. En effet, comme toute vocation
chrétienne, la vocation au sacerdoce présente, unie à sa dimension
christologique, une dimension ecclésiale essentielle : « non seulement
[elle] dérive "de" l'Église et de sa médiation ; non seulement elle se fait
reconnaître et s'accomplit "dans" l'Église ; mais - dans le service
fondamental qu'elle rend à Dieu - elle se présente aussi et nécessairement
comme rendant service "à" l'Église. La vocation chrétienne, dans toutes ses
formes, est un don destiné à l'édification de l'Église, à la croissance du
Règne de Dieu dans le monde » [4].
Par conséquent, loin d'être opposés, le bien de l'Église et celui du
candidat convergent. Les responsables de la formation sont engagés à les
harmoniser, les considérant toujours ensemble dans leur interdépendance
dynamique : ceci constitue un aspect essentiel de la grande responsabilité
de leur service à l'Église et aux personnes [5].
2. Le ministère sacerdotal, entendu et vécu comme configuration au Christ
Époux et Bon pasteur, demande des dons ainsi que des vertus morales et
théologales, soutenues par un équilibre humain et psychique,
particulièrement affectif. Celui-ci dispose le sujet à un don de soi
vraiment libre pour les fidèles en une vie célibataire [6].
L'exhortation apostolique post-synodale
Pastores Dabo Vobis traite des
diverses dimensions de la formation sacerdotale, humaine, spirituelle,
intellectuelle, pastorale. Avant de s'arrêter à la dimension spirituelle qui
est « l'élément le plus important dans l'éducation sacerdotale » [7], elle
relève que la dimension humaine est le fondement de toute la formation. Elle
énumère une série de vertus humaines et de capacités relationnelles qui sont
requises pour le prêtre, afin que sa personnalité soit « un «pont» et non un
obstacle pour les autres dans la rencontre avec Jésus Christ Rédempteur de
l'homme » [8]. Celles-ci vont de l'équilibre général de la personnalité à la
capacité de porter le poids des responsabilités pastorales, de la
connaissance profonde de l'âme humaine au sens de la justice et de la
loyauté [9].
Certaines de ces qualités méritent une attention particulière : une
appropriation positive et stable de son identité masculine ; la capacité
d'entrer en relation de manière mûre avec d'autres personnes ou des groupes
de personnes ; un solide sens de l'appartenance, fondement de la communion
future avec le presbyterium et d'une coopération responsable au ministère de
l'évêque [10]; la liberté de s'enthousiasmer pour de grands idéaux et la
cohérence dans la réalisation du travail quotidien ; le courage de prendre
des décisions et d'y rester fidèle ; la connaissance de soi, de ses dons et
de ses limites, les intégrant dans une estime de soi devant Dieu ; la
capacité de se corriger ; le goût pour la beauté entendue comme « splendeur
de la vérité » et l'art de la reconnaître ; la confiance qui naît de
l'estime pour autrui et qui porte à l'accueil ; la capacité à intégrer,
selon la vision chrétienne, sa sexualité, notamment dans le cadre de
l'obligation du célibat [11].
De telles dispositions intérieures se façonneront dans le chemin de
formation du futur prêtre, lequel, homme de Dieu et de l'Église, est appelé
à édifier la communauté ecclésiale. Amoureux de l'Éternel, il est porté à
une valorisation authentique et intégrale de l'homme ; il est appelé à vivre
toujours plus la richesse de son affectivité dans le don de soi au Dieu un
et trine, ainsi qu'à ses frères, particulièrement à ceux qui souffrent.
Il s'agit, évidemment, d'objectifs qui ne peuvent être atteints que si le
candidat cherche à correspondre jour après jour à l'œuvre de la grâce en lui
; il les atteindra progressivement, selon un cheminement long et pas
toujours linéaire [12].
Les dynamiques humaines et spirituelles s'entrelacent de manière admirable
et exigeante dans la vocation. Conscient de cela, le candidat ne peut que
tirer avantage d'un discernement attentif et responsable. Celui-ci cherchera
à personnaliser le chemin de formation et à dépasser peu à peu les
éventuelles carences spirituelles et humaines. C'est un devoir de l'Église
de fournir aux candidats une intégration efficace de la dimension humaine à
la lumière de la dimension spirituelle où elles s'ouvrent et se complètent
[13].
II. Préparation des formateurs
3. Tout formateur doit être un bon connaisseur de la personne humaine, de
ses rythmes de croissance, de ses potentialités et de ses faiblesses, ainsi
que de sa manière de vivre la relation avec Dieu. Aussi est-il souhaitable
que les évêques, jouissant d'expériences, de programmes et d'institutions
bien éprouvées, pourvoient à une préparation idoine des formateurs dans la
pédagogie vocationnelle, selon les indications déjà données par la
Congrégation pour l'Éducation catholique [14].
Les formateurs ont besoin de préparation adéquate pour opérer un
discernement dans le plein respect de la doctrine de l'Église sur la
vocation sacerdotale. Ce discernement permettra de décider de manière
raisonnablement certaine de l'admission dans un Séminaire ou une maison de
formation de religieux clercs ou de la démission de ceux-ci pour motifs de
non-idonéité. Il permettra aussi d'accompagner le candidat vers
l'acquisition de ces vertus morales et théologales nécessaires pour vivre en
cohérence et liberté intérieure la donation totale de sa vie comme «
serviteur de l'Église communion » [15].
4. Le document Orientations éducatives pour la formation au célibat
sacerdotal, de la Congrégation pour l'Éducation catholique, reconnaît que «
les erreurs de discernement des vocations ne sont pas rares, et trop
d'inaptitudes psychiques, plus ou moins pathologiques, ne se manifestent
qu'après l'ordination sacerdotale. Les discerner à temps permettra d'éviter
beaucoup de drames » [16].
Ceci exige que tout formateur ait la sensibilité et la préparation
psychologique adéquate [17] pour être en mesure, autant que faire se peut,
de percevoir les motivations réelles du candidat, de discerner les obstacles
s'opposant à l'intégration humaine et chrétienne, ainsi que les pathologies
psychiques éventuelles. Il doit peser avec soin et grande prudence
l'histoire du candidat. Toutefois, celle-ci seule ne peut constituer le
critère décisif et suffisant pour juger l'admission ou la démission de la
formation. Le formateur doit savoir évaluer la personne dans sa globalité et
son développement - avec ses points forts et ses points faibles -, la
conscience qu'il a de ses problèmes et la maîtrise responsable de son
comportement.
Pour cela, chaque formateur doit être préparé, à l'aide de cours
spécifiques, à la compréhension plus profonde de la personne humaine et des
exigences de sa formation au ministère ordonné. A cette fin, les rencontres
et clarifications avec des psychologues sur certains thèmes peuvent être
très utiles.
III. Contribution de la psychologie au discernement et à la formation
5. En tant qu'ils sont le fruit d'un don particulier de Dieu, la vocation au
sacerdoce et son discernement échappent aux compétences strictes de la
psychologie. Toutefois, pour une évaluation plus assurée de la situation
psychique du candidat, de ses aptitudes humaines à répondre à l'appel divin,
puis, pour une aide dans sa croissance humaine, le recours à des «
psychologues » peut être utile en certains cas. Ceux-ci peuvent offrir aux
formateurs non seulement un avis sur le diagnostic et la thérapie éventuelle
des perturbations psychiques, mais aussi une contribution pour soutenir le
développement des qualités humaines, surtout relationnelles, requises par
l'exercice du ministère [18], en suggérant des cheminements qui favorisent
une réponse plus libre à la vocation.
De même, la formation au sacerdoce doit prendre en compte les multiples
manifestations de cet équilibre qui s'enracine dans le cœur de l'homme [19]:
celles-ci se manifestent de manière particulière dans les contradictions
entre l'idéal d'oblation auquel le candidat aspire en toute conscience, et
sa vie concrète. Elle doit aussi considérer les difficultés liées au
développement progressif des vertus morales. L'aide du père spirituel et du
confesseur est fondamentale et incontournable pour que, avec la grâce de
Dieu, le candidat dépasse ces difficultés. Néanmoins, en certains cas, le
développement de ces qualités morales est contrarié par des blessures
passées qui ne sont pas encore assimilées.
En effet, ceux qui aujourd'hui demandent d'entrer dans un Séminaire
reflètent, de manière plus ou moins aiguë, le malaise d'une mentalité
actuelle caractérisée par le consumérisme, l'instabilité dans les relations
familiales et sociales, le relativisme moral, les visions erronées de la
sexualité, la précarité des choix, un travail systématique de négation des
valeurs, surtout de la part des mass media.
Parmi les candidats, certains ont vécu des expériences particulières -
humaines, familiales, professionnelles, intellectuelles, affectives - qui,
de différentes manières, ont laissé des blessures pas encore guéries.
Celles- ci provoquent des perturbations dont le candidat ignore la portée
réelle, qu'il attribue souvent de manière erronée à des causes extérieures à
lui- même et que, par conséquent, il ne peut affronter adéquatement [20].
Il est évident que tout ceci peut conditionner la capacité de progresser
dans le chemin de formation vers le sacerdoce.
« Si casus ferat » [21] - c'est-à-dire dans les cas exceptionnels qui
présentent des difficultés particulières -, le recours à des psychologues,
soit avant l'admission au Séminaire soit durant le chemin de formation, peut
aider le candidat dans le dépassement des blessures, en vue d'une
intériorisation toujours plus profonde du style de vie de Jésus Bon Pasteur,
Chef et Époux de l'Église [22].
En vue d'une évaluation adéquate de la personnalité du candidat, l'expert
pourra recourir à des entrevues ou des tests, qu'il effectuera toujours avec
le consentement préalable, informé, explicite et libre du candidat [23].
Du fait de la délicatesse particulière du sujet, les formateurs devront
éviter l'emploi de moyens psychologiques trop spécialisés.
6. Il est utile que le Recteur et les autres formateurs puissent compter sur
la collaboration de « psychologues ». Quoi qu'il en soit, ceux-ci ne
pourront pas faire partie de l'équipe des formateurs. Ils devront avoir
acquis une compétence spécifique dans le domaine vocationnel. A la
compétence, ils joindront la sagesse de l'Esprit.
Le choix de ces « psychologues » évitera les confusions autant que les
oppositions entre formations morale et spirituelle et veillera à leur
intégration. Les experts se distingueront par leur solide maturité humaine
et spirituelle. Ils s'inspireront d'une anthropologie conforme à la
conception chrétienne de la personne humaine, la sexualité, la vocation au
sacerdoce et au célibat, afin que leur intervention prenne en compte le
mystère de l'homme dans son dialogue personnel avec Dieu selon la vision de
l'Église.
Là où de tels experts ne seront pas disponibles, on pourvoira à leur
préparation [24].
L'aide de la psychologie doit s'intégrer dans le cadre de la formation
globale du candidat ; loin de s'opposer à l'accompagnement spirituel (qui a
pour devoir de maintenir le candidat dans la vérité du ministère ordonné
selon la vision de l'Église), elle en assurera de manière particulière la
valeur. Le climat de foi, prière, méditation de la Parole de Dieu, étude de
la théologie et vie communautaire - tous ces points sont fondamentaux pour
la maturation d'une réponse généreuse à la vocation reçue de Dieu - aidera
le candidat à comprendre correctement la signification et l'intégration du
recours à la psychologie dans son chemin vocationnel.
7. Le recours aux « psychologues » devra être régulé, dans les divers pays,
par les Rationes institutionis sacerdotalis et, dans chaque Séminaire, par
les Ordinaires ou les Supérieurs majeurs compétents, en fidélité et en
cohérence avec les principes et les directives du présent Document.
a) Discernement initial
8. À partir du moment où le candidat se présente pour être
accueilli au Séminaire, il est nécessaire que le formateur puisse en
connaître avec soin la personnalité, les potentialités, les dispositions et
les divers types éventuels de blessures, en en évaluant la nature et
l'intensité.
Il ne faut pas oublier la tendance possible de certains candidats à
minimiser ou à nier ses faiblesses : craignant de ne pas être compris et
acceptés, ceux-ci ne parlent pas aux formateurs de certaines difficultés
graves. Ils cultivent ainsi des attentes peu réalistes à l'égard de leur
avenir. Tout à l'inverse, certains candidats tendent à gonfler leurs
difficultés, les considérant comme des obstacles insurmontables sur le
chemin de leur vocation.
Le discernement opportun des problèmes éventuels qui contrarient ce chemin -
comme la dépendance affective excessive, l'agressivité disproportionnée, la
capacité insuffisante à assumer ses responsabilités et à avoir des relations
sereines, ouvertes et confiantes, la difficulté à collaborer avec ses frères
et avec l'autorité, une identité sexuelle encore indifférenciée - ne peut
qu'être un grand bienfait pour la personne, les institutions vocationnelles
et l'Église.
Au début du discernement, l'aide de « psychologues » peut être nécessaire
avant tout au plan diagnostic, au cas où il y ait un doute sur la présence
de perturbations psychiques. S'il y avait la nécessité d'une thérapie, elle
devrait être effectuée avant l'admission au Séminaire ou à la maison de
formation.
L'aide d'experts peut aussi être utile aux formateurs pour tracer un chemin
de formation personnalisé selon les exigences du candidat.
Dans l'évaluation de la capacité à vivre, dans la joie et la fidélité, le
charisme du célibat - ce don total de sa vie à l'image du Christ Chef et
Pasteur de l'Église -, on se souviendra qu'il n'est pas suffisant de
s'assurer de la capacité à s'abstenir de l'exercice de la génitalité. Il est
aussi nécessaire d'évaluer l'orientation sexuelle selon les indications
émises par la Congrégation pour l'Éducation catholique [25]. La chasteté
pour le Royaume, en effet, est beaucoup plus que la simple absence de
relations sexuelles.
A la lumière des finalités indiquées, la consultation d'un psychologue peut,
en certains cas, s'avérer utile.
b) Formation ultérieure
9. Dans la période de la formation, le recours aux « psychologues » répond
aux nécessités engendrées par des crises éventuelles. Il peut aussi être
utile pour soutenir le candidat dans son chemin vers une possession plus
assurée des vertus morales ; il peut fournir au candidat une connaissance
plus profonde de sa personnalité et contribuer à dépasser ou rendre moins
rigides les résistances psychiques aux propositions de formation.
Une maîtrise plus grande non seulement de ses faiblesses mais aussi de ses
forces humaines et spirituelles [26], permet de se donner avec conscience et
liberté à Dieu, dans la responsabilité vis-à-vis de soi-même et de l'Église.
Certes, la maturité chrétienne et vocationnelle qu'il faut atteindre, est
aidée par les compétences psychologiques et, plus encore, est illuminée et
intégrée par les données de l'anthropologie de la vocation chrétienne, donc
de la grâce. On ne doit toutefois pas minimiser le fait qu'elle ne sera
jamais exempte de difficultés et de tensions qui requièrent une discipline
intérieure, un esprit de sacrifice, une acceptation de la fatigue et de la
Croix [27], et une confiance dans l'aide toujours offerte par la grâce [28].
10. Le chemin de formation devra être interrompu quand le candidat,
nonobstant ses efforts, le soutien d'un psychologue ou la psychothérapie,
continue à manifester une incapacité à affronter de manière réaliste, ou
simplement avec la progressivité propre à toute croissance humaine, de
graves immaturités (fortes dépendances affectives, manque notable de liberté
dans les relations, rigidité excessive de caractère, manque de loyauté,
identité sexuelle incertaine, tendances homosexuelles fortement enracinées,
etc.).
Il en est de même lorsqu'il apparaît évident que le candidat présente des
difficultés à vivre la chasteté dans le célibat, vécue comme une obligation
à ce point pesante qu'elle compromet l'équilibre affectif et relationnel.
IV. La demande d'enquêtes spécifiques et le respect de l'intimité du
candidat
11. Il appartient à l'Église de choisir les personnes qu'elle estime
adaptées au ministère pastoral. Il est de son droit et de son devoir de
vérifier la présence des qualités requises chez ceux qu'elle admet au
ministère sacré [29].
Le canon 1051, 1º du Code de Droit Canonique prévoit que, pour le scrutin
des qualités requis en vue de l'ordination, on pourvoit, entre autres, à une
enquête sur l'état de santé physique et psychique du candidat [30].
Le canon 1052 affirme que l'évêque, afin de pouvoir procéder à l'ordination,
doit avoir la certitude morale sur l'idonéité du candidat, « prouvée par des
arguments positifs » (§ 1) et que, en cas de doute fondé, il ne doit pas
procéder à l'ordination (§ 2).
Il s'en suit donc que l'Église a le droit de vérifier, aussi en recourant à
la médecine et la psychologie, l'idonéité des futurs prêtres. En effet, il
appartient à l'évêque ou au supérieur compétent non seulement de soumettre à
l'examen cette idonéité du candidat, mais aussi de la reconnaître. Le
candidat au presbytérat ne peut imposer ses conditions personnelles, mais
doit accepter avec humilité et gratitude les normes et les conditions que
pose l'Église, quant à ce qui concerne sa part de responsabilité [31].
Aussi, en cas de doute sur l'idonéité, l'admission au Séminaire ou à la
maison de formation sera-t-elle possible parfois seulement après une
évaluation psychologique de la personnalité.
12. Le droit et le devoir de l'institution de formation d'acquérir les
connaissances nécessaires pour un jugement prudentiellement certain sur l'idonéité
du candidat ne peuvent pas léser le droit à la bonne réputation dont jouit
la personne, ni le droit à défendre son intimité, ainsi que le prescrit le
can. 220 du Code de Droit Canonique. Cela signifie qu'on pourra procéder à
la consultation d'un psychologue seulement avec le consentement préalable,
informé, explicite et libre du candidat.
Les formateurs assureront une atmosphère de confiance de telle manière que
le candidat puisse s'ouvrir et participer avec conviction à ce travail de
discernement et d'accompagnement, offrant « sa collaboration de façon
personnelle, convaincue, et de bon cœur » [32]. Il lui revient de s'ouvrir
avec sincérité et confiance à ses propres formateurs. C'est seulement en se
faisant sincèrement connaître d'eux qu'il peut être aidé dans son chemin
spirituel - ce chemin que lui-même cherche en entrant au Séminaire.
Le climat éducatif entre étudiants et formateurs - marqué par l'ouverture et
la transparence - ainsi que les motivations et les modalités avec lesquelles
les formateurs suggéreront au candidat la consultation d'un psychologue,
seront importants et souvent déterminants pour dépasser d'éventuelles
incompréhensions.
On évitera l'impression qu'une telle suggestion signifie un prélude à une
inévitable démission du Séminaire ou de la maison de formation.
Le candidat pourra librement s'adresser ou à un expert choisi parmi ceux
indiqués par les formateurs, ou à quelqu'un qu'il a décidé et accepté de
ceux-ci.
Selon les possibilités, le candidat doit toujours avoir la garantie de
pouvoir librement choisir entre divers experts présentant les critères
requis [33].
Au cas où le candidat, face à une demande motivée de la part des formateurs,
refuse d'accéder à la consultation d'un psychologue, ceux-ci ne forceront en
rien sa volonté et procéderont avec prudence dans le discernement, se
fondant sur les connaissances à leur disposition et tenant compte du can.
1052 § 1 déjà cité.
V. La relation des responsables de la formation avec l'expert
a) Les responsables du for externe
13. En esprit de confiance réciproque et de collaboration à sa formation, le
candidat pourra être invité à donner librement son consentement écrit afin
que l'expert en psychologie, tenu au secret professionnel, puisse
communiquer les résultats de la consultation aux formateurs que le candidat
indique. Ceux-ci emploieront des informations ainsi acquises pour élaborer
le tableau général de la personnalité du candidat et en tirer les
indications opportunes pour son chemin de formation ultérieur ou son
admission à l'ordination.
De manière à protéger, dans le présent et dans l'avenir, l'intimité et la
bonne réputation du candidat, on prendra un soin particulier à ce que les
communications de l'expert soient exclusivement accessibles aux responsables
de la formation, avec l'interdiction précise et contraignante qu'ils en
fassent un usage autre que pour le discernement vocationnel et la formation
du candidat.
b) Le caractère spécifique de la direction spirituelle
14. Le père spirituel a une tâche qui n'est pas légère dans le discernement
de la vocation, aussi au plan de la conscience.
L'aide psychologique ne peut en aucune manière se substituer à la direction
spirituelle ; d'ailleurs la vie spirituelle favorise par elle-même une
croissance dans les vertus humaines. S'il n'y a pas de blocage psychologique
[34], mais un besoin de clarifier des doutes autrement insolubles, le père
spirituel peut se trouver dans la nécessité de suggérer, sans toutefois
jamais l'imposer, la consultation d'un psychologue ; cela lui permettra de
procéder avec plus de sécurité dans le discernement et l'accompagnement
spirituel [35].
Dans le cas d'une demande de consultation psychologique de la part du père
spirituel, il est désirable que le candidat renseigne le père spirituel sur
les résultats de cette consultation. Il informera aussi le formateur au for
externe, spécialement si le père spirituel l'a invité à agir en ce sens.
Au cas où le père spirituel préfère obtenir directement les informations
auprès de l'expert, il procède selon ce qui a été indiqué au n. 13 pour les
formateurs au for externe.
A partir des résultats de la consultation psychologique, le père spirituel
tirera les indications opportunes pour le discernement concernant sa
compétence et pour les conseils à donner au candidat aussi en vue de donner
suite ou non au chemin de formation.
c) L'aide de l'expert pour le candidat et les formateurs
15. L'expert - en tant qu'il est requis - aidera le candidat à atteindre une
plus grande connaissance de soi, de ses potentialités et vulnérabilités. Il
l'aidera aussi à confronter les idéaux vocationnels proclamés par l'Église
avec sa personnalité, en vue de stimuler une adhésion personnelle,
consciente et libre à sa formation. Ce sera le travail de l'expert de
fournir au candidat les indications opportunes sur les difficultés qu'il est
en train d'expérimenter et sur leurs conséquences possibles pour sa vie et
pour son futur ministère sacerdotal.
Une fois l'enquête effectuée, tenant compte aussi des indications offertes
par les formateurs, l'expert, seulement avec le consentement préalable écrit
du candidat, leur donnera sa contribution pour comprendre le type de
personnalité et les problématiques que le sujet est en train d'affronter ou
affrontera.
Le candidat indiquera aussi, selon son évaluation et ses compé- tences, les
possibilités de croissance de sa personnalité. En outre, il suggérera, si
nécessaire, des formes ou des itinéraires de soutien
psychologique.
VI. Les personnes congédiées ou celles qui quittent libremenr les Séminaires
ou les maisons de formation
16. Il est contraire aux normes de l'Église d'admettre au Séminaire ou à la
maison de formation des personnes qui sont déjà sorties ou, à plus forte
raison, démissionnées d'un autre Séminaire ou d'une autre maison de
formation, sans avoir pris les informations nécessaires auprès de leurs
évêques ou Supérieurs majeurs, surtout au sujet des causes de la démission
ou de la sortie [36].
Les formateurs précédents ont le devoir rigoureux de fournir des
informations exactes aux nouveaux formateurs.
On s'arrangera au mieux pour que les candidats quittent l'institution de
formation de leur plein gré afin de prévenir une démission forcée.
Dans le cas d'un passage à un autre Séminaire ou à une autre maison de
formation, le candidat doit informer les nouveaux formateurs qu'il a
précédemment consulté un psychologue. C'est seulement avec le libre
consentement écrit du candidat que les nouveaux formateurs pourront avoir
accès à ce que l'expert a communiqué.
Au cas où l'on accueille un candidat qui, après sa précédente démission,
s'est soumis à une traitement psychologique, on vérifiera d'abord, dans la
mesure du possible et avec soin, sa condition psychique ; pour cela, on
prendra entre autres, avec le consentement libre et écrit, les informations
nécessaires auprès de l'expert qui l'a accompagné.
Au cas où un candidat demande le passage à un autre Séminaire ou une autre
maison de formation, après avoir recouru à un expert en psychologie sans
accepter que l'expertise soit à disposition des nouveaux formateurs, on fera
attention que l'idonéité du candidat soit établie avec des arguments
positifs, selon la norme du canon suscité 1052, et donc que tout doute
raisonnable soit exclu.
Conclusion
17. Tous ceux qui, à des titres divers, sont impliqués dans la formation,
offrent avec conviction leur collaboration dans le respect de leur
compétence propre, afin que le discernement et l'accompagnement des
vocations des candidats permettent de « mener jusqu'au sacerdoce seulement
ceux qui y sont appelés après les avoir adéquatement formés ; elle les
dispose ainsi à donner une réponse consciente et libre engageant toute leur
personne à Jésus Christ, qui appelle à vivre dans son intimité et dans le
partage de sa mission de salut » [37].
Le Souverain Pontife Benoît XVI, au cours de l'audience concédée le 13 juin
2008 au Cardinal Préfet soussigné, a approuvé le présent document et en a
autorisé la publication.
Rome, le 29 juin 2008, en la solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul.
Zenon Card. Grocholewski
Préfet
Jean-Louis Bruguès, o.p.
Archev.-Évêque émérite d'Angers
Secrétaire
Notes :
[1] Jean Paul II, Exhortation apostolique post-synodale
Pastores Dabo Vobis
(25 mars 1992), n. 35b-c : AAS 84 (1992), 714.
[2] Ibid., n. 35d : AAS 84 (1992), 715.
[3] Ibid., n. 65d : AAS 84 (1992), 771.
[4] Ibid., n. 35e : AAS 84 (1992), 715.
[5] Cf. ibid., nn. 66-67 : AAS 84 (1992), 772-775.
[6] Sur ces conditions, une description très ample est fournie dans Pastores
dabo vobis,
nn. 43-44 : AAS 84 (1992), 731-736 ; cf. C.I.C., cann. 1029 et 1041, 1º.
[7] Celle-ci, "pour tout prêtre, [...] constitue le « cœur » qui unifie et
vivifie son « être » et son « agir » de prêtre" : Pastores dabo vobis, n.
45c : AAS 84 (1992), 737.
[8] Pastores dabo vobis, n. 43 : AAS 84 (1992), 731-733.
[9] Cf. ibid. ; cf. aussi Concile Œcuménique Vatican II, Décret sur la
formation des prêtres Optatam totius (28 octobre 1965), n. 11 : AAS 58
(1966), 720-721 ; Décret sur le ministère et la vie des prêtres
Presbyterorum ordinis (7 décembre 1965), n. 3 : AAS 58 (1966), 993-995;
Congrégation pour l'Éducation catholique, Ratio fundamentalis institutionis
sacerdotalis
(19 mars 1985), n. 51.
[10] Cf. Pastores dabo vobis, n. 17 : AAS 84 (1992), 682-684.
[11] Paul VI, dans la Lettre encyclique
Sacerdotalis caelibatus (24 juin
1967), traite explicitement de cette capacité obligatoire du candidat au
sacerdoce aux nn. 63-64 : AAS 59 (1967), 682-683. Il conclut ainsi au n. 64
: "Une vie qui, comme celle du prêtre gardant le célibat, comporte un si
total et si intime engagement dans toute sa structure intérieure et
extérieure, exclut en effet les sujets insuffisamment équilibrés du point de
vue psychophysiologique et moral; et l'on ne peut prétendre que, en ce
domaine, la grâce supplée la nature". Cf. aussi Pastores dabo vobis, n. 44 :
AAS 84 (1992), 733-736.
[12] Dans le parcours de formation, la maturité affective requiert,
aujourd'hui plus qu'hier, une attention particulière. "On ne grandit dans la
maturité affective que lorsque le cœur adhère à Dieu. Le Christ a besoin de
prêtres qui soient mûrs, virils, capables de cultiver une authentique
paternité spirituelle. Pour que cela se produise, il y a besoin d'honnêteté
avec soi-même, d'ouverture envers le directeur spirituel et de confiance
dans la miséricorde divine" (Benoît XVI,
Discours aux prêtres et aux religieux dans la Cathédrale Saint-Jean à
Varsovieé [25 mai 2006].
[13] Cf. Pastores dabo vobis, n. 45a : AAS 84 (1992), 736.
[14] Cf. Congrégation pour l'Éducation catholique, Directive sur la
préparation des éducateurs de Séminaires (4 novembre 1993), nn. 36 e 57-59;
cf. surtout Optatam totius, n. 5 : AAS 58 (1966), 716-717.
[15] Pastores dabo vobis, n. 16e : AAS 84 (1992), 682.
[16] S. Congrégation pour l'Éducation catholique, Orientations éducatives
pour la formation au célibat sacerdotal (11 avril 1974), n. 38.
[17] Cf. Pastores dabo vobis, n. 66c : AAS 84 (1992), 773; Directive sur la
préparation des éducateurs de Séminaires, nn. 57-59.
[18] Cf. Optatam totius, n. 11 : AAS 58 (1966), 720-721.
[19] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale sur l'Église
dans le monde de ce temps
Gaudium et
Spes (7 décembre 1965), n. 10 : AAS 58
(1966), 1032-1033.
[20] Une meilleure compréhension de ces affirmations requiert de faire
référence aux affirmations suivantes de Jean Paul II : "L'homme porte donc
en lui le germe de la vie éternelle et la vocation à s'approprier les
valeurs transcendantes. Pourtant, il demeure intérieurement vulnérable et
dramatiquement exposé au risque de manquer sa vocation à cause des
résistances et des difficultés qu'il rencontre sur le chemin de son
existence, soit au plan conscient, où la responsabilité morale est mise en
cause, soit au plan inconscient, et cela, dans la vie psychique ordinaire ou
dans celle qui est marquée par des pathologies psychiques, légères ou
modérées, qui n'exercent pas une influence essentielle sur la liberté de la
personne dans sa tension vers les idéaux transcendants choisis de manière
responsable" (Allocution à la Rote romaine [25 janvier 1988] : AAS 80
[1988], 1181).
[21] Cf. Ratio fundamentalis institutionis sacerdotalis, n. 39; Congrégation
pour les Évêques, Directoire pour le ministère pastoral des évêques
Apostolorum Successores (22 février 2004), n. 88.
[22] Cf.
Pastores Dabo Vobis, n. 29d : AAS 84 (1992), 704.
[23]Cf. S. Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers,
Istruzione sull'aggiornamento della formazione alla vita religiosa (6
janvier 1969), n. 11 § III : AAS 61 (1969), 113.
[24] Cf. Jean Paul II : « Il sera opportun d'accorder une attention
particulière à la préparation de "psychologues", qui devront allier à un bon
niveau scientifique, une compréhension profonde de la conception chrétienne
à propos de la vie et de la vocation au sacerdoce, de façon à être en mesure
de fournir un soutien efficace à la complémentarité nécessaire entre la
dimension humaine et la dimension surnaturelle » (Discours aux participants
de la Plénière de la Congrégation pour l'Éducation catholique [4 février
2002], n. 2 : AAS 94 [2002], 465).
[25] Cf. Congrégation pour l'Éducation catholique, Instruction sur les
critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des
tendances homosexuelles en vue de l'admission au séminaire et aux Ordres
sacrés (4 novembre 2005) : AAS 97 (2005), 1007-1013.
[26] Cf. Orientations éducatives pour la formation au célibat sacerdotal, n.
38.
[27] Cf. Pastores dabo vobis, n. 48d : AAS 84 (1992), 744.
[28] Cf. 2 Co 12, 7-10.
[29] Cf. C.I.C., cann. 1025, 1051 et 1052; Congrégation pour le Culte Divin
et la Discipline des Sacrements, Carta circular Entre las más delicadas a
los Exc.mos y Rev.mos Señores Obispos diocesanos y demás Ordinarios
canónicamente facultados para llamar a las Sagradas Ordenes, sobre Los
escrutinios acerca de la idoneidad de los candidatos (10 novembre 1997) :
Notitiæ 33 (1997), 495-506.
[30] Cf. C.I.C., cann. 1029, 1031 § 1 et 1041, 1º ; Ratio fundamentalis
institutionis sacerdotalis, n. 39.
[31] Cf. Pastores dabo vobis, n. 35g : AAS 84 (1992), 715.
[32] Ibid., n. 69b : AAS 84 (1992), 778.
[33] Cf. la note 6 de ce document.
[34] Cf. note 20.
[35] Cf. Pastores dabo vobis, n. 40c : AAS 84 (1992), 725.
[36] Cf. C.I.C., can. 241, § 3; Congrégation pour l'Éducation catholique,
Instruction au Conférences épiscopales au sujet de l'admission au Séminaire
des candidats provenant d'autres Séminaires ou familles religieuses (8 mars
1996).
[37] Pastores dabo vobis, n. 42c : AAS 84 (1992), 730.
Sources : www.vatican.va -
E.S.M.
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 12.11.2008 -
T/Prêtres |