Deuxième prédication du cardinal Raniero Cantalamessa pour l'Avent
2023
Le 22 décembre 2023 -
E.S.M.
- Pour cet Avent 2023, ce vendredi à 9h a eu lieu
la deuxième prédications du cardinal Raniero
Cantalamessa qui nous fait cheminer vers Noël. Le père
capucin, prédicateur de la Maison pontificale, nous
donne sa méditation sur le thème « Préparer les
chemins du Seigneur. Vers Noël en compagnie du
Précurseur et de la Mère du Christ ». Avec Marie,
revenir au cœur et à la vie intérieure !
Cardinal
Raniero Cantalamessa -
Pour agrandir
l'image ►
Cliquer
Deuxième prédication du cardinal Raniero Cantalamessa pour l'Avent 2023 :
avec Marie, revenir au cœur et à la vie intérieure
Le 22 décembre 2023 -
E.S.M. - Après Jean-Baptiste le
précurseur, le cardinal Raniero Cantalamessa, prédicateur de la
Maison pontificale, a consacré sa deuxième et ultime prédication de
l’Avent à la Mère de Jésus vendredi 22 décembre en salle Paul VI, en
présence du Pape.
«Dans l'Évangile du quatrième dimanche de l'Avent, nous entendons le
récit de l'Annonciation. Cela nous rappelle comment Marie a conçu et
donné naissance au Christ et comment nous pouvons, nous aussi, le
concevoir et lui donner naissance, c'est-à-dire par la foi!», a
déclaré le cardinal de 89 ans. Le frère capucin a développé le don
que l'Esprit Saint a fait à l'Église, avec le renouveau de la
Mariologie, et la découverte concomitante d'une nouvelle dimension
de la foi de Marie. La Mère de Dieu -a déclaré le Concile Vatican
II– «avança dans son pèlerinage de foi» (LG
58). Elle n'a pas cru une fois pour toutes, mais elle a marché dans
la foi et y a progressé.
«Espérant contre toute espérance, Marie a cru »
Après l'Annonciation et Noël, par la foi, Marie a présenté l'Enfant
au temple. Par la foi, elle l'a suivi, se tenant à l'écart, dans sa
vie publique. Par la foi, elle s'est tenue sous la croix. Par la
foi, elle a attendu sa résurrection.
Et le prédicateur de la Maison pontificale de relever: «Il y a
des faits apparemment contradictoires auxquels Marie réfléchit en
elle-même, sans les comprendre. Il est «le Fils de Dieu» et il est
couché dans une mangeoire!» Il y a la croix, où elle est là, «impuissante
face au martyre de son fils, mais elle consent avec amour». «C’est
une répétition du drame d'Abraham, mais combien plus exigeante! Avec
Abraham, Dieu s'arrête au dernier moment, mais pas avec elle. Elle
accepte que son fils soit sacrifié, elle le remet au Père, le cœur
brisé, mais debout, forte de sa foi inébranlable», a rappelé le
cardinal italien, ajoutant que ce que l'Apôtre dit d'Abraham doit se
dire à plus forte raison de Marie: «Espérant contre toute
espérance, Marie a cru; ainsi est-elle devenue la mère d'un grand
nombre de nations» (cf. Rm 4, 18).
La mariologie, saint Augustin et Pascal
Le renouveau de la Mariologie opéré par Vatican II doit selon le
cardinal Cantalamessa beaucoup (peut-être l'essentiel) à saint
Augustin. C'est son autorité qui poussa certains théologiens puis
l'assemblée conciliaire à insérer le discours sur Marie dans la
constitution sur l'Église,
Lumen Gentium, plutôt que de faire
un discours à part sur elle.
Au terme de son discours sur la
foi de Marie, l’évêque d’Hippone adresse à ses auditeurs une
vibrante exhortation «qui vaut aussi pour nous»:
« Marie crut donc et ce qu'elle crut s'accomplit en elle. Croyons aussi
afin de pouvoir en profiter nous-mêmes! » Le frère capucin
explique cette exhortation à l’aide de Pascal à qui le Pape a
consacré une Lettre apostolique le 19 juin dernier. Le philosophe
français fut d’ailleurs un fervent disciple de saint Augustin.
Foi et cœur
«Dieu est senti du cœur et non de la raison, comme
dit Pascal, pour le simple fait que ‘’Dieu est amour’’ et que
l'amour ne se perçoit pas avec l'intellect, mais avec le cœur. Il
est vrai que Dieu est aussi vérité (‘’Dieu est lumière’’, écrit Jean
dans sa Première Lettre) et la vérité se perçoit avec l'intellect;
mais alors que l'amour présuppose la connaissance, la connaissance
ne présuppose pas nécessairement l'amour. On ne peut pas aimer sans
connaître, mais on peut connaître sans aimer! Une civilisation comme
la nôtre le sait bien, fière qu’elle est d’avoir inventé
l’intelligence artificielle, mais si pauvre en amour et en
compassion», a développé le frère Cantalamessa.
Malheureusement, ce ne sont pas les «raisons du cœur» de
Pascal qui ont façonné la pensée laïque et théologique des trois
derniers siècles, mais plutôt le «Je pense donc je suis» (cogito
ergo sum) de son compatriote Descartes, même si contre toute
intention de ce dernier, qui fut et resta toujours un pieux chrétien
et un croyant, constate le cardinal, mentionnant que René Descartes
fut un pèlerin du sanctuaire de Notre-Dame de Lorette.
Selon
le prédicateur du Pape, la conséquence a été que le rationalisme a
dominé et fait loi, avant d’arriver au nihilisme actuel. Tous les
discours et débats qui ont lieu, encore aujourd'hui, se concentrent
sur «Foi et raison», mais jamais, sur «Foi et cœur» ou
«Foi et volonté», déplore-t-il.
La centralité du Christ
Pascal est souvent cité à propos du «risque
calculé», du pari avantageux. Dans l'incertitude, écrit-il, il
faut parier sur l'existence de Dieu, car «si vous gagnez, vous
gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien». Mais le
véritable risque de la foi -il le sait lui aussi- est autre: c'est
celui de mettre Jésus-Christ entre parenthèses.
Le vrai
risque de la foi est bien de se scandaliser devant l'humanité et
l'humilité du Christ, remarque le théologien capucin, confiant: «J'ai
suivi de nombreux débats de haut niveau sur Internet sur l'existence
ou non de Dieu: le nom de Jésus-Christ n'y était presque jamais
mentionné. Comme s'il ne faisait pas partie de la discussion sur
Dieu!»
Voilà ce que doit être selon lui notre principal
engagement dans l’effort d’évangélisation. «Le monde et ses
médias – disais-je en une autre occasion à ce même endroit - font
tout ce qu'ils peuvent (et malheureusement ils y parviennent!) pour
garder le nom du Christ séparé, ou absent, dans tous leurs discours
sur l'Église. Nous devons faire tout notre possible pour le tenir
toujours et obstinément au centre. Non pas pour nous abriter
derrière lui et garder le silence sur nos échecs, mais parce qu'il
est « la lumière des gentils», le «nom qui est au-dessus de tout
autre nom», «la pierre angulaire» du monde et de l'histoire.»
Revenir au cœur
Le
cardinal Cantalamessa est revenu aux paroles de Pascal sur Dieu que
«l’on sent avec le cœur». Car, dit-il, l'homme envoie ses sondes
aux confins du système solaire et même au-delà, mais ignore ce qui
se passe à quelques milliers de mètres sous la croûte terrestre,
d'où la difficulté de prévenir les tremblements de terre. «C'est
une image de ce qui se passe également dans le domaine de l'esprit,
dans notre propre vie. Nous vivons tous projetés à l’extérieur,
tournés vers ce qui se passe autour de nous, inattentifs à ce qui se
passe à l’intérieur de nous. Le silence fait peur.»
La crèche a une signification mystique
Enfin, le prédicateur de la Maison pontificale a
évoqué le huitième centenaire de la première création de la crèche à
Greccio. Cette circonstance aussi peut nous aider à rentrer dans
notre cœur, estime-t-il, regrettant qu’au fil du temps, la crèche se
soit éloignée de ce qu'elle représentait pour saint François.
«Elle est souvent devenue une forme d'art ou de décor dont on admire
l’installation extérieure plutôt que la signification mystique».
Mais il assure aussi qu’elle remplit néanmoins sa fonction de signe
et qu’il serait insensé d’y renoncer. «Dans notre Occident, les
initiatives se multiplient pour éliminer toute référence évangélique
et religieuse de la solennité de Noël, la réduisant à une pure et
simple fête humaine et familiale, avec de nombreux contes de fées et
personnages inventés à la place des personnages réels de Noël.
Certains souhaiteraient même changer le nom de la fête», a
affirmé le théologien capucin.
La crèche est donc une
tradition utile et belle, mais nous ne pouvons nous contenter des
crèches extérieures traditionnelles. Il nous faut aménager une
crèche différente pour Jésus, une crèche du cœur, a-t-il ajouté. «Ce
n’est pas une belle et poétique fiction mentale; c'est l'entreprise
la plus difficile de la vie. Dans notre cœur, il y a de la place
pour de nombreux invités, mais pour un seul maître. Donner naissance
à Jésus signifie faire mourir son propre «moi», ou du moins
renouveler la décision de ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour
Celui qui est né, est mort et est ressuscité pour nous (cf. Rm 14,
7-9). ‘’Là où naît Dieu, l'homme meurt’’, a affirmé
l’existentialisme athée. C'est vrai! Cependant, c’est bien le vieil
homme qui meurt, corrompu et destiné, de toute façon, à finir par la
mort, tandis que ce qui naît, c’est l’homme nouveau, ‘’créé dans la
justice et la sainteté’’ (Ep 4, 24), destiné à la vie éternelle».
«Joyeux anniversaire à Jésus et à vous tous: Saint -et bien-aimé Père,
Pape François, vénérés Pères, frères et sœurs, joyeux Noël!», a conclu
le frère capucin devant le Souverain pontife et les membres de la Curie
présents.
Les lecteurs qui
désirent consulter les derniers articles publiés par le site
Eucharistie Sacrement de la Miséricorde, peuvent
cliquer sur le lien suivant ►E.S.M.
sur Google actualité