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Benoît XVI en Terre Sainte : Un voyage de foi

 

Le 21 mai 2009  - (E.S.M.) - Un événement aussi important et aussi riche en thématiques que le pèlerinage du Pape en Terre Sainte peut bien évidemment être l'objet de nombreuses lectures. Y compris partiales, intéressées voire tendancieuses comme celles déjà avancées par de nombreux media.

Le pape Benoît XVI - Pour agrandir l'image Cliquer

Benoît XVI en Terre Sainte : Un voyage de foi

par Giovanni Maria Vian

Le 21 mai 2009  - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Un événement aussi important et aussi riche en thématiques que le pèlerinage du Pape en Terre Sainte peut bien évidemment être l'objet de nombreuses lectures. Y compris partiales, intéressées voire tendancieuses comme celles déjà avancées par de nombreux media, dans un contexte complexe et explosif comme celui du Proche et du Moyen Orient, une région qui, depuis plusieurs décennies, est marquée par des tensions, des injustices, des violences et des conflits. Mais il ne faut pas oublier les clés de lecture introduites par Benoît XVI déjà lors de sa rencontre avec les journalistes dans l'avion, et plusieurs fois répétées en Jordanie et en Israël.

Parmi ces lectures de l'itinéraire papal ressort assurément l'expression utilisée par le Pape qui, devant le grand mufti de Jérusalem, a défini son pèlerinage comme "un voyage de foi". Semblable à celui de myriades de fidèles des trois religions monothéistes qui, de différentes manières, se réfèrent à la figure d'Abraham, accompli à présent par l'Evêque de Rome au nom de l'Eglise catholique. Pour répéter encore une fois que l'unicité de Dieu est indissolublement liée à l'unité de la famille humaine. Et donc que tous les hommes et les femmes de bonne volonté ont la responsabilité de construire un monde de justice et de paix.

Cette finalité religieuse a donc aussi une dimension politique évidente, parce qu'elle comporte une volonté d'amitié envers tous, en particulier à l'égard du peuple juif et des fidèles musulmans. Mais sans oublier que l'Eglise est une force spirituelle et non un pouvoir politique, comme l'a dit avec clarté Benoît XVI. Et cette intention religieuse exige d'être comprise en tant que telle et respectée. Même dans une région où les contradictions sont si nombreuses, pour reprendre une expression prononcée par le custode de Terre Sainte, qui a accueilli le Pape dans un lieu simple et chargé d'histoire sacrée comme le Cénacle.

C'est pourquoi il faut aller au-delà des contradictions et des épisodes qui s'y rattachent, minimes mais qui attirent tout particulièrement l'attention des médias et sont dus à la volonté myope de diverses parties de tirer des avantages politiques éphémères du voyage pontifical. Tandis que Benoît XVI, au nom de l'Eglise catholique, entend contribuer à la compréhension, à l'amitié et en définitive à la paix, comme il l'a répété devant les représentants des organisations qui, à Jérusalem, sont engagées dans le dialogue entre les religions, devant les chefs religieux musulmans, lors de la rencontre avec les rabbins ashkénazes et sépharades et à ses fidèles.

Cette intention du Pape est apparue avec clarté notamment à deux moments. D'abord dans l'hommage rendu, sur les traces de ses prédécesseurs, aux victimes de la Shoah au mémorial de Yad Vashem, dans un silence qu'il a consacré au souvenir des six millions de juifs - hommes, femmes, enfants - exterminés par la haine nazie. Puis dans la prière, très semblable à celle de tant de pèlerins, devant le Mur occidental du Temple. Pour que la visite de l'Evêque de Rome à Jérusalem, "ville de la paix" contribue à la paix en Terre Sainte, au Moyen Orient, et pour la famille humaine tout entière.

Pour construire la paix

Du cœur de la Terre Sainte, de Jérusalem et de Bethléem, Benoît XVI regarde vers l'avenir. Et son regard est empli d'espérance même dans une situation qui semble ne pas laisser de place à celle-ci. Venu en pèlerinage comme Evêque de Rome et Successeur de Pierre, au nom de toute l'Eglise, le Pape veut tout d'abord soutenir la minorité chrétienne, aussi petite qu'antique. Les racines de ces communautés catholiques - minuscules, depuis toujours en proie aux difficultés et qu'à présent la crise de la région réduise toujours un peu plus - remontent en effet aux origines du christianisme et, depuis l'époque de l'apôtre Paul, elles sont chères à l'Eglise disséminée à travers le monde.
Dans ce contexte difficile et âpre, les chrétiens de Terre Sainte sont appelés à favoriser l'harmonie et l'équilibre. Avec un choix qui peut servir d'exemple pour la vocation universelle de Jérusalem elle-même. Benoît XVI a défini la Ville Sainte comme la maison spirituelle des juifs, des chrétiens et des musulmans, comme le microcosme de l'univers mondialisé, et il est significatif qu'il l'ait fait au cours de la Messe - à laquelle malheureusement de nombreux catholiques n'ont pas pu participer, comme ils l'auraient souhaité - célébrée dans la vallée de Josaphat, lieu où depuis des siècles sont enterrés juifs, chrétiens et musulmans dans l'attente commune du jugement dernier.

Et c'est à nouveau vers l'avenir que le Pape a tourné son regard au moment de l'arrivée dans les Territoires palestiniens, en réaffirmant dans ses interventions sa solidarité avec un peuple qui souffre - en particulier après la guerre de Gaza - et le soutien du Saint-Siège à une patrie palestinienne souveraine, à l'intérieur des frontières reconnues internationalement, avec un nouvel appel à la communauté internationale en faveur d'une solution qui satisfasse les légitimes aspirations des Israéliens et des Palestiniens à une paix stable qui garantisse à tous la sécurité et une plus grande liberté de mouvement.

L'avenir de toute la Terre Sainte - Jordanie, Israël, Territoires palestiniens - a besoin de paix, et c'est pourquoi la tâche d'éduquer les nouvelles générations est urgente, en résistant à la tentation de recourir à la violence ou au terrorisme. Le Pape et l'Eglise n'ont pas d'armes ni de pouvoir politique, mais nombreux sont dans la région les responsables qui ont compris l'urgence d'un avenir sans guerres et sans murs, en faveur duquel, depuis plusieurs décennies, œuvre le Saint-Siège. Et c'est justement de Bethléem que Benoît XVI a répété l'annonce de la naissance du Sauveur. Qui a mis fin à la domination du péché et de la mort sur l'homme et a marqué le début d'un royaume qui n'est pas de ce monde, mais qui est en mesure de le changer.

Et surtout, les Palestiniens - tout comme d'autres peuples du Proche et du Moyen Orient - ont besoin de courage pour abandonner des routes qui se sont révélées sans issue. Ils ont besoin de ponts et non de murs, et plus précisément d'une infrastructure spirituelle véritablement nouvelle au service de l'éducation, du développement, du bien commun. Pour construire, sur le fondement de la justice, un avenir de coexistence pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans. Et entre Israéliens et Palestiniens.

La catholicité de l'Eglise

De la Galilée des peuples, le pays biblique où le mélange des origines et l'ouverture aux païens étaient les plus grands, le voyage pontifical en Terre Sainte rappelle à nouveau l'attention internationale sur les minorités catholiques et chrétiennes au Proche et Moyen Orient, pour s'adresser ensuite aux religions, à toutes les femmes et les hommes de bonne volonté. Avec un objectif très concret: revenir aux racines de toute coexistence, c'est-à-dire à la famille et à son rôle éducatif irremplaçable.
De Nazareth, la ville où Marie entendit l'annonce de l'ange et où l'enfant Jésus grandit et devint adulte, Benoît XVI a abordé une question qui concerne toutes les sociétés, avec des accents qui vont bien au-delà des frontières visibles de l'Eglise. En parlant de la sacralité de la famille, le Pape a dit que de très nombreux hommes et femmes ont besoin aujourd'hui de se réapproprier cette vérité. C'est-à-dire que le noyau familial possède un rôle fondamental pour une véritable formation humaine des jeunes: voilà pourquoi, dans une perspective ouverte sur l'avenir, l'Etat a intérêt à soutenir les familles.

Dans ce contexte thématique, l'Evêque de Rome a voulu à nouveau insister sur la dignité et sur la valorisation des femmes, indispensables dans la création d'un monde qui soit véritablement humain. C'est-à-dire une question qui concerne évidemment non seulement les catholiques et qui, de façon surprenante, s'est révélée comme l'un des motifs les plus récurrents de son pèlerinage en Terre Sainte. Où les femmes peuvent faire beaucoup dans le devoir éducatif, qui doit viser à l'honnêteté et au respect de l'autre.

Parmi les responsabilités qui incombent aux familles, en particulier aux femmes, non seulement catholiques ou chrétiennes, il y a l'urgence de surmonter les tensions et les conflits dans une région épuisée. Pour cela, Benoît XVI a répété une fois de plus l'appel à la réconciliation, dans une terre où la riche multiplicité des rites catholiques - évidente dans les langues et dans les chants de la célébration liturgique sur le Mont du Précipice - s'accompagne de la présence de communautés appartenant à des religions diverses.

Le Pape s'est adressé aux chefs religieux de Galilée également - chrétiens, musulmans, juifs, druses - à travers des paroles qui peuvent être facilement comprises et écoutées par quiconque, en se fondant sur la reconnaissance selon laquelle le monde et la paix sont des dons de Dieu et non la propriété exclusive de l'homme, et que chaque être humain est appelé à se conformer à la loi qu'il a écrite dans l'univers. La conviction de Benoît XVI, signe visible de la catholicité de l'Eglise, est que les diverses traditions religieuses disposent de fortes potentialités pour éduquer à une coexistence pacifique. C'est en protégeant les jeunes contre le fanatisme et la violence, que l'on posera les bases d'un monde plus humain, selon le dessein de Dieu.

L'amitié qui naît d'un tombeau vide

Ami des Israéliens et ami des Palestiniens. Celui qui voudrait résumer en une seule expression le sens politique du voyage du Pape en Terre Sainte, peut sans aucun doute reprendre les paroles qu'il a lui-même utilisées en prenant congé du pays entrevu par Moïse sur le Mont Nébo au moment de mourir, des lieux des prophètes et de Jean-Baptiste, des rues parcourues par Jésus, de la Judée à la Galilée et dans la ville sainte de Jérusalem.

Des lieux saints où Benoît XVI, comme Successeur de Pierre et Evêque de Rome, est retourné en pèlerinage pour répéter, au nom de l'Eglise catholique, des paroles de paix transparentes et sans équivoque. Même si - sans doute précisément en raison de leur clarté qui dérange ceux qui ne recherchent pas la coexistence - certains n'ont pas voulu les comprendre, en tentant de soulever des polémiques sans fondement qui ne sont pas dignes d'attention. D'autant plus lorsque l'on veut donner des leçons qui n'ont pas de raison d'être.

Le Pape allemand s'est donc déclaré israélien et palestinien. A travers une forte synthèse qui rappelle à la mémoire la célèbre phrase de John Kennedy, le président des Etats-Unis qui, il y a presque un demi-siècle, s'était dit berlinois dans Berlin divisée. De cette façon, Benoît XVI a voulu souligner la volonté d'amitié envers tous les peuples de la région, sur laquelle depuis des décennies, pèsent les ténèbres de la violence et de la division, de la guerre et de la méfiance.

Le successeur du pêcheur n'a ni arme, ni pouvoir, mais place sa confiance dans la Parole du Christ, dans l'autorité morale des religions et dans la raison humaine, et il a rencontré avec cet esprit de confiance divers responsables politiques pour soutenir tous ceux - et ils sont nombreux - qui œuvrent véritablement pour dépasser la logique des murs et jeter des ponts de compréhension. Avec l'objectif de parvenir à une paix fondée sur la justice et la sécurité pour tous, dans le refus du terrorisme et de la violence.
Si telle est la signification politique très claire du voyage pontifical, il ne faut pas oublier l'intention renouvelée d'amitié envers le monde musulman et la confirmation de la volonté d'une entente profonde avec le judaïsme. A cet égard, les rencontres à Amman, Béthanie, Jérusalem et Nazareth ont été importantes, ainsi que l'hommage rendu - sur les traces de ses prédécesseurs - aux six millions de juifs exterminés lors de la Shoah et la condamnation sans équivoque et mainte fois répétée de toute forme d'antisémitisme.

En Terre Sainte, Benoît XVI a confirmé le choix œcuménique irrévocable de l'Eglise de Rome et renouvelé le soutien à la petite minorité catholique de Terre Sainte, appelée à être levain de réconciliation. Mais tout cela naît d'un tombeau vide. Celui où Jésus avait été déposé et vers lequel, un matin de printemps, il y a presque vingt siècles, coururent à perdre haleine Jean - le plus jeune, qui arriva immédiatement et s'arrêta sur le seuil - et Pierre, qui entra le premier. Comme l'a fait de nouveau son successeur. 

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Sources : www.vatican.va -  E.S.M.
(©L'Osservatore Romano - 19 mai 2009)
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 21.05.09 - T/Terre Sainte

 

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