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Benoît XVI, pasteur des ONG

Le 18 mars 2013 - (E.S.M.) - Benoît XVI est notre pape. Il nous a donné Deus Caritas Est. L’encyclique fondatrice de son pontificat demeure la Carta Magna des oeuvres caritatives.

Le pape Benoît XVI 

Benoît XVI, pasteur des ONG

Yves Meaudre, le 07 mars 2013

Le 18 mars 2013 - E. S. M. - Pour nous, ONG, Benoît XVI est notre pape. Il nous a donné Deus Caritas Est. L’encyclique fondatrice de son pontificat demeure la Carta Magna des oeuvres caritatives.

BENOIT XVI fut le pape de l’humilité. Sans cette vertu, prévenait-il, nous ne comprenons pas les faibles et les pauvres, et nous les blessons. Sans cesse, il évoquait l’infinie humilité nécessaire aux services des souffrants.

Plus encore, il rappelait que le plus beau cadeau à offrir aux démunis, à ceux qui n’ont rien, c’est leur donner « le Tout », le « Tout » étant le Christ. En termes forts, il disait que toutes les activités purement « horizontales » ne sont pas suffisantes, voire peuvent instrumentaliser le pauvre ; instrumentalisés par la politique, par les idéologies — il revenait souvent dessus — par l’économie.

Nous ne devons pas priver les humbles du témoignage de l’Espérance. Leur statut de créature infiniment digne créé à l’image de Dieu leur donne ce droit. Le « tout » doit être donné à celui qui n’a rien. Un soignant, en nourrissant, en éduquant ne peut refuser la plus merveilleuse de nos richesses : l’Évangile, la bonne nouvelle.

La tentation « sociale »
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Le doux Benoît XVI se montrait exigeant voire même sévère pour toutes les œuvres d’Église qui s’arrêtent au début du chemin en n’offrant qu’une réponse matérielle et en cédant aux stratégies mondaines de l’humanitaire. Il mettait en garde contre la dilution de la charité dans un activisme humanitaire. En refusant d’annoncer l’existence du Divin Consolateur, l’humanitaire peut succomber à la tentation du projet idéologique.
Pour se préserver de celle-ci, le Pape rappelait donc tout au long de son encyclique l’exigence de l’humilité. Seul Dieu est le maître du destin du monde.

Marco Bartazzi écrivait le 13 février dernier dans la Stampa :

« Dès 1969, Joseph Ratzinger dénonçait la tentation de réduire les prêtres à ne devenir que des travailleurs sociaux et leur travail à n’être qu’une simple présence politique alignée sur toutes les œuvres philanthropiques.
« Il prophétisait une Église pauvre, ne flirtant plus avec des logiques politiques de gauche ou de droite mais revenue à l’essentiel, à l’annonce de la Foi comme au temps des actes des apôtres. Elle deviendra l’Église des nécessiteux.
« L’homme désespéré dans sa solitude, anéanti par l’absence de Dieu découvrira ces petites communautés chaleureuses et profondément enracinées dans leur familiarité avec le Christ. Ce sera la renaissance d’une Église purifiée et sainte. »

Joseph Ratzinger avait déjà défini les lignes essentielles de ce qui serait l’encyclique fondatrice de son pontificat.

L’angoisse d’un monde déstabilisé
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Ma génération a vécu son enfance et son adolescence jusqu’à la terrifiante fracture de 68 dans une société chrétienne, où le chef de l’État et la plupart de ses collaborateurs affirmaient encore l’identité catholique comme constitutive de l’identité française. Le divorce était un drame humiliant, l’avortement un crime, la médecine un sacerdoce, l’euthanasie impensable parce qu’identifiée aux pratiques du nazisme définitivement vaincu, les pères jésuites avaient comme priorité de nous transmettre une foi ardente et le goût impérieux de servir Dieu et notre patrie.

Aujourd’hui nous vivons une période similaire à celle que Tertullien décrivait du IIe siècle : des parlementaires sont condamnés pour avoir dénoncé des vices publiques comme dangereux pour l’avenir d’un pays, où la législation propose des restrictions sur la liberté de la presse et le droit de s’associer, où le bien est présenté comme un mal et le mal comme un bien, les mœurs saphiques comme la norme et l’amour fidèle comme ridicule, etc. La haine de l’Église est véhiculée par des puissances totalitaires qui conjuguent les pouvoirs politiques, les médias et l’éducation de l’enfance, c'est-à-dire assure une emprise absolue sur les consciences… On comprend que ma génération qui a connu deux mondes aussi radicalement antagonistes soit encore traumatisée par la puissance déferlante qui s’attaque à tout ce qui a été son creuset spirituel, intellectuel et culturel. Face à cela elle se réfugie dans un cynisme consumériste, le repli dans des bunkers politiques ou spirituels, dans la seule gestion des économies, l’élite d’hier fuit ses responsabilités régaliennes ou spirituelles.

Face à ces angoisses ; Benoît XVI rappelle que la barque de Pierre a pu connaître les heures de la pêche miraculeuse et les matins d’or, les journées de soleil et de brise légère. Il rappelle face à nos inquiétudes légitimes que les tempêtes et la nuit ne doivent pas nous décourager. Il a dit le jour de ses adieux aux cardinaux : « Je sais que la barque n’était pas la mienne, ni la nôtre, mais celle du Seigneur. Il ne la laissera pas couler, c’est Lui qui la conduit. » Il peut dormir dans la barque mais il est là.

La cohérence de la charité
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En revenant sur cette encyclique considérable, cette Magna Carta des œuvres de charité, on s’aperçoit de la précision de la pensée de l’ancien professeur. Celle ci se développe de façon rigoureuse et progressive. C’est un crescendo d’une extraordinaire perspicacité sur les hommes et les situations. Ce crescendo part de la réalité humaine et des remèdes à apporter avec « compétence » vers une vision mystique de la Croix. La conclusion eschatologique de la manifestation toute puissante de Dieu dans l’apocalypse couronne l’ensemble.

Il rappelle dès le début l’exigence de l’Église qui ne sépare pas, en cachant un aspect du réel au profit de l’autre. La Charité, l’amour envers les veuves et les orphelins, envers les malades appartient à l’essence même de l’Église au même titre que l’annonce de l’Évangile et le service des sacrements.

Ces trois exigences sont indissociables l’une de l’autre. Il démontre que le rayonnement de la charité des premiers chrétiens a été tel que celle-ci émerveillait les païens. Il appuie sa démonstration sur des faits de l’histoire. Il cite le martyr Justin (vers 155) en décrivant les activités caritatives et les célébrations dominicales des premiers disciples. Autres exemples donnés par le Saint Père : le martyre du diacre Laurent (258 ap. J.-C.). Celui-ci est convoqué par les autorités politiques pour réquisitionner les richesses de l’Église à leur profit. Il rassemble effectivement tous les trésors de l’Église mais les donne aux pauvres puis il présente ceux-ci aux autorités en les désignant comme «la vraie la richesse de l’Église ». Cet humour qui lui coûtera la vie révèle la profondeur de la diaconie : l’incarnation de l’Amour dans la figure du pauvre. Les foules païennes assistèrent à son martyre en pleurant.

Constatant l’extraordinaire attraction des communautés chrétiennes, Julien l’Apostat voulut les concurrencer sur « leur » terrain. Il reprit au compte de l’Empire les engagements sociaux jusque-là mis en action par les seuls chrétiens. Il exigea de ses ministres, des sénateurs et des préfets les mêmes exigences morales et d’intégrité. Il ne fallait pas laisser aux chrétiens le privilège de la Vertu ! On retrouvera chez les instituteurs de la IIIe République ce même souci de ne pas laisser l’exemplarité d’une vie donnée aux seuls curés et aux religieuses. Il fallait chasser l’Église de toutes ses institutions éducatives comme caritatives. On a vu combien cet essai a eu le souffle court, la raison en est assez simple, Benoît XVI le rappelle : on ne peut aimer en vérité sans se nourrir à la source de l’amour.

L’unité de l’Évangile
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Pour Benoît XVI, le kérygme, la liturgie et la diaconie sont indissociables. L’annonce de l’Évangile est un devoir comme l’est le culte à rendre à Dieu et l’exercice de la charité.

« Il n’y a aucun ordre juste d’un État qui puisse rendre superflu le service de l’Amour. » Cela renvoie à cette réflexion de Mère Térésa à qui des journalistes lui reprochaient de déresponsabiliser les États en agissant comme elle le faisait. Elle répondit : « Je n’ai jamais vu un État prodiguer de l’Amour à son prochain ! »

L’affirmation selon laquelle les structures justes (d’un État) rendraient superflues les œuvres de charité cache en réalité une conception matérialiste de l’homme. « Le préjugé qui consiste à croire que l’homme ne vivrait que de pain est une conviction qui méconnaît ce qu’est l’homme et qui méconnait précisément ce qui est explicitement humain. » Benoît XVI parle « d’opus proprium en évoquant le champ de la charité comme la tâche conforme à la nature de l’Église. Il affirme « que l’homme, au-delà de la justice, a et aura toujours besoin de l’Amour ». Il est très important « que l’action caritative de l’Église ne se dissolve pas dans une organisation commune d’assistance en en devenant une simple variante. Elle n’est pas une manière de changer le monde sur des modèles idéologiques, elle n’est pas une stratégie mondaine… » Voire économique.

Il prévient contre la dérive idéologique. Il démontre combien le marxisme condamne la charité à l’égard des pauvres. Les marxistes reprochent aux chrétiens de justifier les situations d’injustice. Ils (les chrétiens) interdiraient ainsi aux pauvres de se révolter pour changer les structures. Benoît XVI condamne vivement « cette vision cruelle où on sacrifie l’homme réel et présent au Moloch d’un avenir pour le moins douteux ». Le pape rappelle que pour rendre le monde meilleur, il faut agir sur le présent et pour la personne qui se trouve sur notre route. C’est l’histoire du bon samaritain. Sans imposer sa foi, le chrétien par ses silences, par ses paroles et ses actes témoigne de la tendresse de Dieu pour l’homme. Il témoigne d’un amour profond pour son prochain, Amour au cœur duquel Dieu habite. S’il faut parfois agir dans le silence, il semble incontournable aux artisans de la diaconie de l’Église de puiser la dynamique de l’amour du prochain à la source de Dieu. La prière et la fréquentation des sacrements permettant cette intimité avec le Seigneur.

Se donner soi-même
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La tâche des organisations de l’Église est de renforcer la conscience de ses membres à être des témoins du Christ. Benoît XVI insiste à plusieurs reprises pour que les institutions de l’Église ne cèdent pas aux logiques de l’idéologie. Il renvoie à cette phrase de la IIe lettre aux Corinthiens : « C’est l’amour du Christ qui nous pousse », et à l’hymne à la charité de saint Paul : « J’aurais beau distribuer toute ma fortune… si je n’ai pas l’amour cela ne sert à rien… » Il définit cette exhortation du disciple comme la Magna Carta du service ecclésial. Il rappelle l’obligation du don personnel.

À la différence de Jean Paul II qui avait une pensée circulaire parfois difficile à suivre pour un latin, on voit parfaitement la logique progressive et méthodique de Benoît XVI. À chaque étape de sa démonstration, il nous fait monter d’une marche. Après l’acte à poser « avec compétence et rigueur », il nous entraîne à compléter l’acte par le don de soi. Il nous demande « une participation profonde et personnelle aux souffrances d’autrui ». Pour « que le don n’humilie pas » le souffrant ou le pauvre, « il ne faut pas que je donne quelque chose de moi-même mais moi-même ; je dois être présent dans le don en tant que personne ». Cela rend humble !

C’est à l’exact opposé de ce qui est enseigné dans les cours des services sociaux, éducatifs et médicaux où on demande aux patriciens de ne pas s’engager, de ne pas s’attacher, de se distancier pour dépersonnaliser la relation avec le malade ou le pauvre.

Ainsi franchissons-nous avec le pape émérite chacune des étapes de cette admirable encyclique : la magna carta des ONG et des associations caritatives et du social. C’est une exhortation douce et exigeante pour l’homme qui a la charge de la charité. Joseph Ratzinger est concret. Il s’appuie sur des faits et une analyse très documentée des heurs et des malheurs du monde caritatif. Il offre les routes des dépassements de soi même. En lisant ce texte je ne peux m’empêcher de le mettre en parallèle avec un livre que je donne aux étudiants d’action humanitaire de l’IRCOM : Les causes perdues de Jean Christophe Ruffin. Ce dernier analyse les comportements des humanitaires confrontés à la violence des guerres, à la corruption, aux cynismes des organisateurs de l’action caritative. Toutes les dérives sont présentes (l’idéologie, l’affectivité émotionnelle, le cynisme, les exigences de rentabilité etc.) et notamment pour les plus purs, le désespoir qui trouve sa réponse dans le nihilisme.

Serviteurs inutiles
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Benoît XVI aborde la notion du découragement qui est une grâce ! Celle ci nous apprend que nous ne changerons pas le monde. Son renoncement personnel à la charge pétrinienne illustre avec une rare lumière la relativité de notre capacité à bouleverser l’ordre ou le désordre des choses, même pour un pape. Seul le Christ œuvre à travers nous puis à travers d’autres, c’est lui qui change le monde.

Le Pape rappelait notre statut de « serviteurs quelconques ». Nous devons nous libérer de l’idée que nous transformerons tout seul le monde. Humblement nous ferons ce qu’il nous est donné de faire et nous laisserons à Dieu le reste ; ce n’est pas nous qui gouvernons le monde c’est lui. Nous lui offrons nos services et autant qu’il nous en donne la force il nous permettra d’agir ce qui est dans nos limites. « Devant l’immensité de la tâche, nous avons besoin de ce lien intime avec le Christ et ce lien passe par la prière » disait Mère Térésa. Ni Mère Térésa, ni le fondateur d’Enfants du Mékong n’avaient posé un business plan pour créer les Missionnaires de la Charité ou Les Enfants du Mékong. Ils avaient l’un et l’autre posé un geste simple sur la route où ils étaient et au moment où ils le vivaient : Mère Térésa avait pris dans la rue un mourant sur ses genoux pour qu’il meurt comme un homme aimé et non comme un chien sur le trottoir ; M. Péchard, lui, a accueilli deux enfants qu’il a nourris et scolarisés. Quand la tâche paraît immense il suffit de poser les gestes conformes à ce qui est dans notre possible. C’est ainsi qu’on évite le découragement qui est aussi dangereux et stérile que l’orgueil à vouloir changer le monde par un activisme et un sécularisme auxquels cèdent de nombreuses organisations chrétiennes.

Gravissons la montagne du Thabor avec notre guide. L’encyclique se conclut en point d’orgue sur ce passage dramatique de la Passion : « Notre cri comme sur les lèvres du Christ en croix est la manière la plus extrême d’affirmer notre foi en sa puissance souveraine. » L’épreuve de notre impuissance et de notre désarroi nous saisissent parfois terriblement à la vue de situations infernales. Pour Benoît XVI, « Dieu tient le monde dans ses mains ; malgré toutes les obscurités, Dieu triomphe comme l’Apocalypse nous le révèle de façon lumineuses à travers les images bouleversantes. L’amour s’est révélé dans le cœur transpercé de Jésus sur la Croix. »

Le pape achevait son enseignement de la charité par une admirable prière à la Reine de l’Apocalypse : « Enseigne-nous à le connaître et à l’aimer afin que nous puissions nous aussi devenir capable d’un amour vrai et d’être source vive d’un monde assoiffé. »
 

Sources : /www.libertepolitique.com -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 18.03.2013 - T/Benoît XVI

 

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