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19 Avril 2005
 

Le pape nous donne une belle leçon de pastorale

 

Le 15 septembre 2008 -  (E.S.M.) - La liturgie doit d'abord mettre les fidèles en contact avec le Mystère même de la présence de Dieu, permettre cette expérience profonde qui est celle de la foi, en appeler d'abord au "sensus fidei" éveillé et soutenu par l'Esprit de Vérité en nous dès le jour de notre baptême, et non pas d'abord à l' "intellectus fidei" ou à la sensibilité.

C'est l'Église qui est le sujet de la liturgie - Pour agrandir l'image Cliquer

Le pape  nous donne une belle leçon de pastorale

La Participation à la Liturgie comme exercice du Sensus Fidei et du Sensus Ecclesiae

par Mgr Marc AILLET Vicaire général du diocèse de Frejus et Toulon.
A l'occasion de l'anniversaire de l'Association "Pro Liturgia", en ces vingt ans d'existence.

Première partie : Le Pape a eu plus qu'une attitude pastorale exemplaire - 29.08.08
Deuxième partie : Le sens de la participation active dans la liturgie - 01.09.08

(troisième partie)

III. LE FONDEMENT THÉOLOGIQUE DE LA PARTICIPATION ACTIVE.

Le 15 septembre 2008 -  Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Le pape Pie XII, avec l'Encyclique Mediator Dei, préparait immédiatement la réforme du Concile en insistant sur le fondement théologique de la participation; il s'agit de ce que le concile Vatican II appellera le "sacerdoce commun des fidèles": "Par le bain du baptême, en effet, écrit-il, les chrétiens deviennent à titre commun membres dans le Corps du Christ-prêtre, et par le caractère qui est en quelque sorte gravé en leur âme, ils sont délégués au culte divin : ils ont donc part, selon leur condition, au sacerdoce du Christ lui-même". Ceci posé, le pape Pie XII décrit de manière fort audacieuse la participation des fidèles à la liturgie comme une "co-offrande" du sacrifice par tous les fidèles avec le prêtre, et pas seulement "par les mains du prêtre", car c'est l'Église tout entière qui présente la victime par le Christ et son ministre. On comprend alors que le sujet de la liturgie, c'est l'Église Corps mystique dans laquelle le Christ rend actuelle son oeuvre rédemptrice. Alors l'Encyclique invite les fidèles à s'offrir eux-mêmes en union avec le sacrifice du Christ, et à rendre ainsi par leur vie toute donnée un culte spirituel à Dieu au sens de S. Paul (Cf. Rm 12, 1). Viendront en conséquence des précisions d'ordre pastoral sur les manières concrètes de favoriser la participation des fidèles aux cérémonies sacrées.

Cet enseignement de l'encyclique Mediator Dei commande tout le développement du concile Vatican II sur le Sacerdoce commun des fidèles. Qu'on en juge plutôt par ces extraits tirés de la Constitution dogmatique Lumen Gentium : "Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu'il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l'un à l'autre: l'un et l'autre, chacun selon son mode propre, participent à l'unique sacerdoce du Christ", lit-on au n°10. Et au n° 11: "Les fidèles incorporés à l'Église par le baptême ont reçu un caractère qui les délègue pour le culte religieux chrétien (...). Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s'offrent eux-mêmes avec elle".

L'enseignement de Pie XII est encore plus explicite dans le n°48 de Sacrosanctum Concilium, à propos de la participation active des fidèles au Mysterium fidei qu'est le sacrifice eucharistique du Corps et du Sang du Seigneur: "Qu'offrant la victime sans tâche, y lit-on, non seulement par les mains des prêtres mais aussi ensemble avec lui, ils apprennent à s'offrir eux-mêmes et, de jour en jour, soient consommés, par la médiation du Christ, dans l'unité avec Dieu et entre eux...".


Trois principes éclairent le sens théologique de cette participation :


1. L'entrée dans le Mystère.
Il ne s'agit pas pour la liturgie de créer les conditions du contact avec le Mystère mais d'en accueillir la présence, d'en célébrer la présence à travers le rite de l'Eucharistie que le seigneur a lui-même institué. Il s'agit donc de participer, au sens de "prendre part" au Mystère pascal du Christ, lequel est rendu réellement présent dans la liturgie. Avant d'être célébration du Mystère, la liturgie est donc le Mystère même célébré! On revient ainsi à l'invitation pressante de Jean-Paul II dans l'Exhortation apostolique Ecclesia in Europa "à redécouvrir le sens du mystère; à renouveler les célébrations liturgiques afin qu'elles soient des signes toujours plus éloquents de la présence du Christ Seigneur"
(n°69). La participation ne sera alors que la conséquence pastorale de l'actualisation du Mystère par la liturgie: puisque le Mystère est présent, il faut lui être présent! D'où le concept de participation consciente: consciente du Mystère ainsi rendu présent et qui précède la célébration elle-même.

2. Le sujet corporatif de la participation.
Si c'est en vertu du baptême, qui rend participant du Sacerdoce du Christ, que les fidèles sont appelés à prendre une part active à la liturgie, c'est par les mains des prêtres qu'ils peuvent le faire. Autrement dit et sous cet angle, le sacerdoce ministériel est ordonné à l'exercice même du sacerdoce commun des fidèles. Ceci souligne le caractère organique de la participation des fidèles: comme l'écrit
Lumen Gentium , "tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l'action liturgique" (n°ll).

En outre, Sacrosanctum Concilium souligne non seulement le caractère organique de la participation, mais encore son aspect communautaire. Car c'est l'Église qui est le sujet de la liturgie. Si chacun participe à la liturgie par son insertion personnelle dans l'Église, comme membre du Corps mystique du Christ, député, chacun à sa manière, au culte célébré par le Christ total, il faut préciser que les fidèles, pris ensemble, ne font qu'un dans le Christ, car la grâce reçue individuellement est la vie d'un Corps unique. En vertu de cette communion de grâce, l'unité de l'assemblée constituée par les fidèles n'est pas d'abord psychologique ou sociologique; elle est ontologique et ainsi elle précède la participation de chacun à la liturgie. Ainsi s'exprime Sacrosanctum Concilium : "Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l'Église qui est le "sacrement de l'unité", c'est-à-dire le peuple saint réuni et organisé sous l'autorité des évêques"
(n°26) : c'est pourquoi elles manifestent le Corps tout entier de l'Église.

La participation n'est donc pas livrée à l'arbitraire du célébrant, encore moins à la fantaisie de telle ou telle communauté de fidèles, car l'action de l'Église précède toujours cette participation.


3. L'insertion dans la double médiation.
Parce que la liturgie est essentiellement "l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ"
(SC n°7), par lequel "on obtient avec un maximum d'efficacité la sanctification des hommes dans le Christ et la glorification de Dieu" (SC n°10), on souligne la dimension à la fois descendante et ascendante de la médiation du Christ actualisée dans la liturgie.

Il n'y a donc pas d'opposition entre ces deux dimensions mais un juste équilibre qui trouve sa source dans l'oeuvre même du Christ Médiateur. Autrement dit, la participation des fidèles sera faite d'une attitude à la fois de réception et d'action : réceptivité des grâces et bénédictions qui descendent d'en haut et dont le Seigneur seul peut avoir l'initiative, et activité de la communauté des fidèles qui font monter l'offrande d'eux-mêmes pour s'unir à l'offrande du Christ. Là encore, on voit que c'est dans la personne du Christ et son offrande sacrificielle rendue présente dans le sacrement de l'Eucharistie, que s'unifient sanctification et glorification. Ce qui impose à la participation active une "forme liturgique" définie par le Magistère de l'Église, qui n'exclut pas pour autant toute participation incarnée dans l'espace et le temps. Juste équilibre, inhérent à l'action liturgique, et qui ne peut pas non plus être livré à la fantaisie d'une équipe liturgique!


IV. LA PARTICIPATION COMME EXERCICE DU SENSUS FIDEI


1. Les ambiguïtés de la participation active.
Si l'on regarde de près les préconisations du Concile sur la participatio actuosa, on voit bien qu'on y insiste surtout sur les activités extérieures. Trois principes pastoraux commandent même cette participation extérieure.


Il y a d'abord l'agencement liturgique, c'est-à-dire la répartition des rôles. On peut lire au n°50 de Sacrosanctum Concilium : "Le rituel de la messe sera révisé de telle sorte que se manifestent plus clairement le rôle propre de chacun"
(Voir aussi le n°28). Il y a ensuite la question de l'intelligibilité : au n°34, on insiste sur la "noble simplicité" des rites, la "transparence" des signes et l'intelligence des textes et des signes qui en facilitent la compréhension. Enfin, il y va de la nature communautaire de l'action liturgique qui l'emporte sur toutes les célébrations individuelles ou privées (cf. n°27).

Force est de constater que si l'on n'établit pas assez clairement le lien vital qui unit participation extérieure et participation intérieure, ces principes pastoraux peuvent conduire à une conception erronée de la liturgie qui s'exprimera en terme de théâtralisation excessive des rôles, de célébration réductrice des rites, et d'auto-célébration abusive de l'assemblée.


Il faut dire, comme l'écrit Aidan Nichols dans son livre Regard sur la liturgie et la modernité, "qu'au moment de l'ouverture du Concile, les principales écoles de sociologie à la disposition des liturgistes étaient positivistes, empiristes ou fonctionnalistes"
(p. 63). Fort de présupposés hérités davantage de la philosophie rationaliste des Lumières que de la grande tradition théologique de l'Église, on a recherché la simplicité, par un désir de renouer avec la pratique de l'Église primitive, mais avec le refus a priori de voir dans la complexification du rituel à travers les siècles un enrichissement qui pouvait bien découler d'une expérience toujours plus profonde par le sujet-Église du Mystère du Christ. De même, on partait du principe que plus un rite est intelligible, plus il suscite un assentiment plus profond, tandis que les sociologues d'aujourd'hui affirment que l'action symbolique nécessite au contraire une certaine opacité. Et si l'on assiste, au nom de la répartition des rôles, à une excessive personnalisation, voire à une théâtralisation du rôle de chacun, c'est souvent au détriment de la manifestation de la personne même du Christ qui, dans la liturgie, doit avoir la place centrale. Il en est résulté bien souvent dans la célébration liturgique, un fâcheux appauvrissement du sens de la foi, voire un dommageable aplatissement du Mystère.

Le dessèchement liturgique ainsi induit par une conception par trop rationaliste de la participation active, a paradoxalement engendré par réaction un certain romantisme liturgique, où l'excès de cérébralisation a laissé la place à un excès de sensiblerie, accru par cette autre requête de certains liturgistes modernes de créer des communautés vivantes et chaleureuses qui réduisent la liturgie à une fête au sens du divertissement ou de la distraction par rapport aux épreuves souvent pesantes de l'existence.


2. Un agir théologal qui s'enracine dans le sensus fidei
Le seul moyen d'échapper à ce que les principes pastoraux édictés par le Concile pour régler la participation extérieure pourraient avoir d'excessifs parce que trop liés à des présupposés sociologiques discutables, c'est précisément de remonter à la source même de cette participation. Car en dernière analyse, la participation active que promeut le Concile réside précisément dans le lien qui unit participation intérieure et activité extérieure. C'est que, avant d'être un rôle joué par le célébrant ou les fidèles, la participation est un agir théologal.


Ce qui est premièrement engagé dans la liturgie, ce n'est pas la raison ou la sensibilité, c'est la foi, et pas d'abord comme acte mais comme vertu, comme "habitus", mieux, comme sensus fidei. La Constitution Lumen Gentium, au n°12, a précisément rappelé l'existence de ce sensus fidei, le sens surnaturel de la foi qu'elle a précisément défini de la manière suivante: "La collectivité des fidèles, ayant l'onction qui vient du Saint
(cf. 1 Jn 2,20 et 27), ne peut se tromper dans la foi; ce don particulier qu'elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de la foi (sensus fidei) qui est celui du peuple tout entier, lorsque "des évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs" elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement (consensus) universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l'Esprit de Vérité, et sous la conduite du Magistère sacré qui permet, si on lui obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine mais véritablement la Parole de Dieu (cf. 1 Thess 2, 13), le peuple de Dieu s'attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toute (cf. Jude 3), il y pénètre plus profondément en l'interprétant comme il faut dans sa vie et la met pleinement en oeuvre".

Le Concile apparente ce sens surnaturel de la foi, qui est éveillé par l'Esprit Saint et éduqué par le Magistère sacré, à un "consensus". Ce mot, analysé par S. Thomas d'Aquin dans son étude sur l'acte humain (cf. la-IIae, q.15), dit plus que l'adhésion de l'intelligence; il est chargé de tout un poids affectif, je veux parler évidemment de l'affectivité profonde, celle de la volonté qui est attirée spontanément par le Bien, "le bien qui est selon la raison", celui qui seul peut combler le coeur dans ses aspirations profondes, et dans lequel la volonté, comme appétit spirituel, trouve d'instinct sa complaisance. Il ne relève pas d'un "consensus" entre les hommes, comme s'il était soumis au suffrage universel. On ne doit pas confondre le "sensus fidei" et le "sensus fidelium": la majorité des fidèles peut être, dans un contexte donné, en contradiction avec le "sensus fidei" et obéir davantage, même inconsciemment, aux pressions du milieu ou de la mode, qu'à la voix de Dieu qui résonne profondément dans notre coeur et qui ne peut pas être en contradiction avec l'enseignement du Magistère sacré. Pour ne pas être réduit à une sensibilité à la mode, le "sensus fidelium" doit exprimer le "sensus fidei" qui est, quant à lui, "éveillé et soutenu par l'Esprit de Vérité".


On comprend alors comment le "sens surnaturel de la foi" précède largement l'adhésion explicite; formulée de la foi, et est d'une certaine manière beaucoup plus riche. Il désigne l'assentiment spontané que les fidèles donnent au mystère de Dieu, en vertu d'une sorte de proportionnément mystérieux - et donc pour une part informulable, indicible - de l'intelligence et du coeur des fidèles au Mystère de Dieu. C'est une connaissance par "connaturalité" qui naît d'une expérience profonde du divin, tout intérieure, tout invisible. Vous comprendrez pourquoi quand des fidèles, même en majorité, s'il était possible, n'adhèrent pas aux vérités de la foi enseignée par le Magistère de l'Église ou aux exigences de la morale évangélique rappelée pour notre temps par le même Magistère, alors ils ne réagissent pas au niveau de profondeur atteint par le sensus fidei, mais ils obéissent davantage à leur psychologie plus ou moins blessée ou à leur sensibilité... et il n'y a rien de plus manipulable que la sensibilité.


3. La liturgie comme exercice du sensus fidei.

La liturgie doit donc d'abord mettre les fidèles en contact avec le Mystère même de la présence de Dieu, permettre cette expérience profonde qui est celle de la foi, en appeler donc d'abord au "sensus fidei" éveillé et soutenu par l'Esprit de Vérité en nous dès le jour de notre baptême, et non pas d'abord à l' "intellectus fidei" ou à la sensibilité.


On comprendra donc pourquoi en voulant nous mettre en contact avec le Mystère même du Christ Seigneur "qui habite en nos coeurs par la foi" comme dit S. Paul
(Eph 3, 17), la liturgie ne doit pas d'abord être intelligible, mais conserver au contraire une certaine opacité pour faciliter cette expérience du divin que l'on pourra mieux formuler ensuite, le plus adéquatement possible mais toujours en deçà du Mystère, à travers la profession de foi et l'exercice de la vie chrétienne.

C'est la raison pour laquelle le concile n'a pas prévu une vulgarisation complète de la liturgie. Dans ce sens, loin d'être des obstacles à la participation active, la messe "vers le Seigneur" plutôt que "vers le peuple", l'usage de la langue latine dont le Concile n'a pas préconisé l'abandon complet malgré des préjugés tenaces
(cf. n°36), la pratique du chant grégorien, que Sacrosanctum Concilium désigne comme "le chant propre de la liturgie romaine", prévoyant même qu'il devra "occuper la première place" (cf. n°116), favoriseront au contraire la participation authentique à la liturgie qui est avant tout une action divine et donc transcendante, l'action du Seigneur lui-même.

Ainsi par exemple, l'attachement au latin et au chant grégorien n'aura rien d'idéologique ni de nostalgique; il sera d'abord le fruit d'une expérience de la liturgie comme célébration communautaire de la foi: non pas d'abord d'une foi subjective, telle qu'elle s'incarne nécessairement dans un mode de vie marqué par l'histoire d'une personne, d'une famille, avec ses richesses et ses blessures, mais de la foi de l'Église universelle que chacun rejoint par cet au-delà de lui-même et que le Concile Vatican II a appelé précisément le "sensus fidei", le sens surnaturel de la foi, lequel met chaque croyant d'instinct en adéquation, en connaturalité, en assentiment avec le Mystère révélé par Dieu dans l'Écriture, transmis par le Magistère sacré, et célébré dans la liturgie de l'Église. Sensus fidei et sensus Ecclesiae sont ainsi intrinsèquement unis.


Pas de doute alors que le chant grégorien nous aidera à rejoindre la dimension proprement contemplative de la liturgie... sans compter qu'il nous fera croître dans la communion de l'Église universelle, en nous mettant mystérieusement en contact avec les valeurs de foi et de sainteté de l'Église de tous les espaces et de tous les temps, et dont le coeur bat à Rome.


V. CONCLUSION.


Nous sommes ainsi parvenus au terme de notre exposé. J'ai voulu montrer comment la "participatio actuosa" était bien le concept-clé de la réforme liturgique promue par le concile Vatican II, mais avec une acception conforme à la tradition liturgique de l'Église, à condition que la participation extérieure promue par la réforme soit bien l'expression d'une participation intérieure vécue comme un agir théologal. Comme le suggère la réponse de Jésus à la demande audacieuse des fils de Zébédée
(cf. Mt 20, 20 et ss.), l'important n'est pas de jouer un rôle ou de briguer une place, mais bien de boire à la coupe que Jésus va boire et d'être baptisé du baptême dont il doit être baptisé, c'est-à-dire d'entrer dans le Mystère pascal du Christ par la foi et par l'amour. C'est à ce niveau existentiel que se situe la "participatio actuosa", comme exercice du "sensus fidei".

Si la mise en oeuvre de la réforme liturgique avait été plus fidèle à l'esprit et aux préconisations pastorales de la Constitution Sacrosanctum Concilium, on aurait sans doute évité bien des méprises, bien des tensions, bien des déchirures, bien des exclusions. L'agitation qui entoure, en France, les gestes que le Saint-Père, à l'instar de son bien-aimé prédécesseur Jean-Paul II, multiplie en direction des fidèles attachés à la liturgie dite de S. Pie V, montre que ces tensions sont encore bien présentes, au moins chez certains déçus du printemps de l'Église annoncé depuis quarante ans. Il est manifeste toutefois que le jeune clergé comme les jeunes familles de la "génération Jean-Paul II", que l'on retrouve tant dans les réalités de l'Église post-conciliaires
(aussi diverses que la Communauté Saint-Jean, la Communauté Saint-Martin ou les mouvements ecclésiaux issus du Renouveau Charismatique pour n'en citer que quelques unes) que dans les groupes de fidèles et instituts de prêtres traditionalistes dont la moyenne d'âge est de plus en plus jeune, considèrent ces tensions et ces exclusions comme un combat d'arrière-garde. Ils ont en commun, en effet, que par une saine réaction à l'idéologie d'un "christianisme séculier" dont on avait célébré l'avènement dans les années 60, ils veulent faire l'expérience du primat de la grâce et s'engagent souvent à promouvoir sur le terrain une "spiritualité de communion".

En ce sens, le pape Benoît XVI nous donne une belle leçon de pastorale, lui qui exhorte les évêques avec les mots de l'Apôtre Paul : "Ouvrez tout grand votre coeur vous aussi"
(2Co 6, 13). Qu'est-ce que la pastorale en effet, sinon l'art du bon pasteur "qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent" et "qui donne sa vie pour ses brebis" (cf. Jn 10), ne ménageant aucune peine pour rassembler, tel un bon père de famille, tous ses enfants dans l'unité ? La liturgie "source et sommet de la vie et de la mission de l'Église", doit cesser d'être le lieu psychologique de la division et de l'exclusion. Elle doit redevenir le lieu théologal et spirituel de la Communion. Les différences, liées à l'histoire ou aux charismes spécifiques des uns et des autres, loin des des menaces de division, peuvent devenir au contraire promesses de Communion, précisément par l'enrichissement mutuel qu'elles induisent. Il ne s'agit pas pour autant de faire droit à des "sensibilités" diverses, comme on dit souvent, car l'appartenance à l'Église n'est pas affaire de sensibilité mais de "sensus fidei" et de charismes (c'est-à-dire de dons gratuits de l'Esprit Saint donnés pour le bien du Corps tout entier et destinés à l'édification de l'unité de l'Église) qui donne à tous le "sentire cum Ecclesia" comme dit S. Ignace dans ses Exercices. Le même n°12 de Lumen Gentium, qui a souligné l'importance du "sensus fidei" du peuple de Dieu, a d'ailleurs loué la multiplicité des charismes dont l'Esprit Saint orne l'Église en vue du bien de tous.

Puisse la pacification liturgique voulue par le Saint-Père contribuer à faire grandir la Communion au sein de l'Église.

Ma conviction est que le Motu proprio
Summorum Pontificum peut aider à la réalisation de ce vœu formulé en son temps par le Cardinal Joseph Ratzinger : "Un renouvellement de la conscience liturgique, une réconciliation liturgique qui reconnaîtrait l'unité de l'histoire liturgique et verrait en Vatican II non une rupture mais une étape, est d'une nécessité urgente pour l'Église (...). C'est pourquoi nous avons besoin d'un nouveau mouvement liturgique qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II" (Ma vie, souvenirs 7927-7977, Fayard, Paris, 1988, p. 135).

C'est un défi important que Benoît XVI semble avoir particulièrement à coeur de relever. l'Association Pro Liturgia peut assurément apporter une part précieuse dans cette oeuvre de renouveau.

Permettez-moi donc de conclure en disant : il faut prier pour le Saint-Père.

N'est-ce pas ce qu'il demandait avec tant d'insistance aux fidèles rassemblés sur la place Saint-Pierre, au jour inaugural de son pontificat ? "Priez pour moi, priez pour que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups"
(Messe inaugurale du pontificat de Benoît XVI, 24 avril 2005).

Le Motu Proprio Le texte officiel et tous les commentaires

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Sources : PRO LITURGIA
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M. sur Google actualité) 15.09.2008 - T/Table Motu Proprio - T/Liturgie
 

 

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