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Le Dieu unique se situe au-dessus de toutes les réalités humaines

Le 14 novembre 2024 - E.S.M. - La suite de ce chapitre consacré au Monothéisme et la tolérance, Benoît XVI nous montre comment l'affrontement dramatique entre le monothéisme, la foi au Dieu unique, et la fausseté de l'idolâtrie se manifeste dans l'opposition entre Élie et Jézabel. La politique de Jézabel a eu pour conséquence qu'Elie est resté le seul prophète du Dieu unique, du Dieu du Sinaï.

Élie, le prophète de la vie - Pour agrandir l'image ► Cliquer

Le Dieu unique se situe au-dessus de toutes les réalités humaines

IIème Partie : Monothéisme et tolérance - Ce texte a été achevé le 29 décembre 2018

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        ►Ière partie

    Les choses sont complètement différentes sous le règne d'Achab. Par amour pour sa femme païenne Jézabel, il l'autorise à donner à ses dieux toute la place qu'elle désire pour eux; c'est pourquoi il apparaît comme le prototype du mauvais souverain, même si les événements relatés montrent que, dans les limites de ce qui était alors possible et attendu, il a été un bon souverain pour son peuple : mortellement blessé lors de la guerre contre la Syrie, il est pleuré en Israël. L'affrontement dramatique entre le monothéisme, la foi au Dieu unique, et la fausseté de l'idolâtrie se manifeste dans l'opposition entre Élie et Jézabel. La politique de Jézabel a eu pour conséquence qu'Elie est resté le seul prophète du Dieu unique, du Dieu du Sinaï, face aux quatre cent cinquante prophètes de Baal. Le jugement de Dieu, reconnu par les deux parties, s'effectue par Élie qui tue tous les prophètes de Baal. La victoire de fait ainsi obtenue par le monothéisme semblait placer Élie du côté des justes, mais le rapport de force réel contraint Élie, menacé dans son âme et dans son corps, à fuir. Il retourne sur la montagne de Dieu, le Sinaï, pour y recevoir de nouvelles instructions. L'interprétation selon laquelle la rencontre avec Dieu qui lui est accordée doit être comprise comme une condamnation de la violence utilisée dans la lutte contre les dieux reste controversée. Dieu n'est pas dans le feu et la tempête ; sa présence se fait sentir dans le murmure d'une brise légère.

    Quelque trois cents ans plus tard, au début de l'activité du Deutéro-Isaïe, nous retrouvons la voix mystérieuse qui annonce la fin de l'exil, la délivrance d'Israël. Un demi-millénaire plus tard, nous l'entendons à nouveau et, cette fois, à travers la voix d'un homme, Jean le Baptiste, en qui se réalise également le passage de l'Ancien au Nouveau Testament. Dans la concrétisation progressive du sens de la voix, ce que signifiait en fait la révélation à Élie sur le Sinaï devient évident : Dieu ne gagne pas par la violence, comme Elie l'avait exercée, mais dans le Serviteur souffrant en qui Dieu lui-même intervient dans l'histoire. Même si la question du sens originel à donner à la théophanie du prophète Élie reste ouverte, sa représentation en Isaïe et Jean Baptiste nous permet néanmoins d'affirmer qu'en elle s'annonce une définition nouvelle et mystérieuse de la question de la puissance et de l'impuissance de Dieu dans le monde.

    Même si Élie n'a pas continué sa politique de violence, il semble ne pas avoir compris cette réponse. Cette politique de violence est en effet poursuivie sous le règne de Jéhu, avec un régime extrêmement sanguinaire qui conduisit au massacre de toute la maison d'Achab. Jéhu prétendait qu'il suivait ainsi les instructions d'Élie. L'Écriture Sainte ne dit pas si Élie eut connaissance de ce régime violent et s'il s'est éventuellement exprimé à ce sujet. Quoi qu'il en soit, il est clair que le règne sanguinaire de Jéhu, malgré le fait qu'il se soit réclamé d'Élie, n'a plus rien à voir avec le monothéisme, avec l'alternative entre le Dieu unique et les nombreux Baals, mais concerne exclusivement une lutte de pouvoir en Israël.

    Essayons toutefois de mieux analyser les différents passages du récit. Le carnage terrifiant d'Élie est à comprendre comme réponse à la question du Dieu vivant. Le massacre est effectué par Élie dans le silence des Baals et dans la réponse puissante de son Dieu. Il ne faut donc pas l'interpréter comme une victoire du monothéisme sur le polythéisme. Eu égard à la situation, elle prend plutôt la forme d'une réponse concrète à la menace qui pèse sur la foi qu'Israël a reçue de ses pères. La foi des pères est défendue contre l'arrogance de la reine Jézabel, qui voudrait laisser tout l'espace à ses divinités. Jézabel, l'autre protagoniste du drame du Carmel, a amené avec elle ses dieux et elle voit son pouvoir incarné en eux. On lui reproche surtout de traiter la foi d'Israël, représentée par Naboth, avec le cynisme du pouvoir. Naboth voit dans la vigne héritée de ses pères le don de la terre que le Dieu d'Israël a promise à son peuple et qui est pour lui concrètement représentée par cette vigne. La vigne est pour lui sa participation à la promesse, le don de la terre reçu de ses pères et dont il hérite. L'offre généreuse d'Achab de lui donner une vigne de valeur égale ou supérieure ne revêt aucun intérêt pour lui : ce qui compte pour lui, c'est l'héritage des pères. À cette foi, Jézabel oppose l'arrogance du pouvoir, qui n'hésite pas à recourir à la diffamation comme moyen légal. L'auteur vétérotestamentaire y voit l'essence de la religion de Baal et le contraste fondamental avec la foi dans le Dieu des pères. Les cultes de Baal sont des cultes de fertilité, dans lesquels la frontière entre Dieu et l'homme est dissoute : dans une débauche sans pareille, le divin est tiré vers le bas et sa dignité en est déformée. En ce sens, les cultes de Baal se révèlent être la véritable raison de la destruction morale des peuples, dont le pays doit être libéré

    Sur cette base, il est donc possible de comprendre le sens du premier commandement du Décalogue, qui est considéré en toute clarté comme le fondement authentique et essentiel de la loi divine, que les commandements suivants ne font qu'expliciter concrètement : le Dieu unique se situe au-dessus de toutes les réalités humaines. Dans sa pure transcendance, il est en même temps la garantie de la dignité de l'homme. La lutte pour le Dieu vivant contre Baal est une lutte pour la justice humaine, qui s'exprime concrètement du quatrième au dixième commandement. La question de la tolérance ou de l'intolérance à l'égard de la religion reste encore ouverte. En ce sens, il me semble qu'aucune conclusion décisive sur cette question quant au monothéisme ne peut être tirée de l'action d'Élie sur le mont Carmel. Le voyage au mont Sinaï, en effet, ouvre déjà une nouvelle conception, qui ne sera d'ailleurs développée et affirmée que plus tard.

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Sources :Texte original des écrits du Saint Père Benoit XVI -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 14.11.2024

 

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