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19 Avril 2005
 

Benoît XVI et le paradis du diable

Le 14 novembre 2014 - (E.S.M.) - Benoît XVI nous a écrit : Un grand nombre d'évêques, surtout ceux d'Amérique latine, me disent que là où passe la route de la culture et du trafic de la drogue — et ce sont de grandes parties de ces pays —, on dirait qu'un monstre malveillant s'est emparé du pays pour corrompre les hommes. Je crois que ce serpent du commerce et de la consommation de la drogue, qui enserre le monde, est un pouvoir dont nous ne parvenons pas toujours à nous faire une juste représentation. Il détruit la jeunesse, il détruit les familles, il conduit à la violence et met en danger l'avenir de pays entiers.

Extraits de la première partie "SIGNES DES TEMPS" - Entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald
1) Dans l'intimité de Benoît XVI - 03.11.2014
2) En 2010, Benoît XVI concevait la renonciation du pape comme possible - 04.11.2014
3) Causes et chances de la crise de l'Eglise - 05.11.2014
4) La catastrophe globale - 07.11.2014
5) Benoît XVI et la dictature du relativisme - 11.11.2014



6) LE TEMPS DE LA CONVERSION

Au commencement du troisième millénaire, les peuples de la terre vivent une révolution d'une dimension jusqu'alors inconcevable, qu'elle soit économique, écologique ou sociale. Des scientifiques considèrent que la prochaine décennie sera décisive pour la survie de cette planète.
Saint-Père, vous avez vous-même eu des phrases dramatiques à Rome, en janvier 2010, devant des diplomates : « Notre avenir et le destin de notre planète sont en danger. » Si l'on ne réussit pas bientôt à opérer une conversion sur une large base, le sentiment de perdition et le scénario du chaos vont prendre des forces considérables. À Fatima, votre homélie avait déjà un ton presque apocalyptique : « L'homme a pu déclencher un cycle de mort et de terreur, mais il ne réussit pas à l'interrompre... » Voyez-vous dans les signes des temps les prémices d'une césure qui changera le monde ?
Il y a naturellement des signes qui doivent nous faire peur, qui nous inquiètent. Mais il y a aussi d'autres signes auxquels nous devons nous accrocher et qui nous donnent espoir. Nous avons déjà parlé longuement du scénario de la terreur et du danger que court notre monde. J'ajouterais encore ici quelque chose qui me pèse sur l'âme particulièrement depuis les visites des évêques.
Un grand nombre d'évêques, surtout ceux d'Amérique latine, me disent que là où passe la route de la culture et du trafic de la drogue — et ce sont de grandes parties de ces pays —, on dirait qu'un monstre malveillant s'est emparé du pays pour corrompre les hommes. Je crois que ce serpent du commerce et de la consommation de la drogue, qui enserre le monde, est un pouvoir dont nous ne parvenons pas toujours à nous faire une juste représentation. Il détruit la jeunesse, il détruit les familles, il conduit à la violence et met en danger l'avenir de pays entiers.
Cela aussi compte parmi les terribles responsabilités de l'Occident : il a besoin de drogues et crée des pays qui sont forcés de les lui procurer, ce qui, à la fin, les abîme et les détruit. On a suscité une soif de bonheur qui ne peut se satisfaire de ce qui existe. Et qui trouve refuge dans le paradis du diable, si l'on peut dire, et détruit tout simplement les hommes.
À cela s'ajoute un autre problème. Les évêques nous alertent sur les ravages inimaginables provoqués par le tourisme sexuel dans leur jeunesse. Des processus de destruction extraordinaires sont en cours, nés de cette sorte d'ivresse arrogante, de la satiété et de la fausse liberté du monde occidental.
On voit que l'homme recherche une joie sans borne et voudrait avoir du plaisir à l'extrême, il voudrait l'infini. Mais là où Dieu n'est pas, cela ne lui est pas accordé, cela ne peut pas exister. L'homme doit alors se créer lui-même le non-vrai, le faux infini. C'est un signe des temps qui doit susciter notre plus vive attention en tant que chrétiens. Nous devons montrer — et vivre en conséquence — que l'infinité dont l'homme a besoin ne peut venir que de Dieu. Que Dieu est la nécessité première qui permet de résister aux pressions de ce temps. Que toutes les forces de l'âme et du bien doivent se mobiliser pour qu'une véritable empreinte apparaisse et s'oppose à la fausse, coupant court à la circulation du mal.

Si l'on considère la fin des ressources, la fin d'une ancienne époque, la fin d'une certaine manière de vivre, la finitude des choses nous revient à la conscience d'une façon élémentaire — et aussi la fin de la. vie en général. Beaucoup d'hommes voient déjà dans les signes de ce temps l'annonce de la fin des temps. Le monde ne va peut-être pas disparaître, dit-on. Mais il prend une nouvelle direction. Une société devenue malade, où augmentent avant tout les problèmes psychiques, ressent un désir brûlant de salut et de rédemption.
Ne faudrait-il pas aussi se demander si cette nouvelle direction n'est pas liée au retour du Christ ?

Il est important, comme vous le dites, qu'existé un besoin de salut, que l'on comprenne de nouveau un peu ce que signifie la rédemption. Les hommes reconnaissent que, si Dieu n'est pas là, l'existence est malade, et que l'être humain ne peut pas subsister. Dans cette mesure notre temps est aussi un temps d'avent, qui offre aussi beaucoup de bien.
Par exemple, la grande communication que nous avons de nos jours peut conduire à une totale dépersonnalisation. On ne fait plus que nager dans la mer de la communication, on ne rencontre plus de personnes réelles. Mais elle peut aussi être une chance Par exemple en nous permettant de percevoir mutuellement notre existence, de nous rencontrer, de nous aider, de sortir de nous-mêmes.
Aussi me paraît-il important de ne pas voir que le négatif. Nous devons certes le percevoir avec une extrême acuité, mais nous devons aussi saisir toutes les opportunités du bien, les espoirs, les nouvelles possibilités de l'homme. Pour proclamer aussi, au bout du compte, la nécessité du tournant, qui ne peut pas se produire sans une conversion intérieure.

Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?
L'un des éléments de cette conversion consiste à remettre Dieu à la première place. Alors tout devient différent. Il faut aussi réfléchir de nouveau aux paroles de Dieu, pour laisser leur lumière entrer comme des réalités dans notre vie. Nous devons, pour ainsi dire, oser faire de nouveau l'expérience de Dieu pour le laisser agir à l'intérieur de notre société.

L'Évangile ne contient pas en soi de message qui viendrait du passé et se serait réalisé. La présence et la dynamique de la révélation du Christ consistent au contraire dans le fait que cette révélation vient dans une certaine mesure de l'avenir, et qu'elle est à son tour d'une importance décisive pour l'avenir de l'individu comme pour l'avenir de tous. « Ainsi le Christ, après s'être offert une seule fois pour enlever les péchés d'un grand nombre, » dit l'Épître aux Hébreux, « apparaîtra une seconde fois,hors du péchéà ceux qui l'attendent pour leur donner le salut1 ».
L'Église ne devrait-elle pas aujourd'hui expliquer encore plus clairement que le monde, selon les indications de la Bible, ne se trouve plus seulement dans le temps d'après le Christ, mais dans celui d'avant le Christ ?

C'était une préoccupation de Jean-Paul II, rendre manifeste notre regard en direction du Christ qui vient. Que, donc, celui qui est venu est bien plus encore celui qui va venir, et que nous avons à vivre la foi et l'avenir dans cette perspective. Cela demande que nous soyons réellement en état de représenter de nouveau le message de la foi dans la perspective du Christ qui vient.
On a souvent parlé en vérité du Christ qui vient, mais les formulations se sont usées. Elles ne disent plus grand-chose de notre relation avec la vie et ne sont souvent plus compréhensibles pour nous. Ou alors ce Christ à venir est entièrement vidé et falsifié, réduit à un schéma moral général d'où rien ne vient et qui ne signifie rien. Nous devons donc essayer de dire la substance elle-même — mais de la dire d'une manière neuve. Jùrgen Habermas2 a expliqué qu'il était important qu'il y ait des théologiens pour traduire le trésor conservé dans leur foi, pour que ce trésor devienne une parole pour ce monde, y compris dans le monde séculier. Il aura peut-être entendu cela d'une autre manière que nous, mais il a raison en ce sens que le processus intérieur de traduction des grandes paroles en images et en concepts de notre temps est certes en cours de réalisation, mais n'a pas encore vraiment abouti. Cela ne peut se faire que si les hommes vivent le christianisme à partir du Christ à venir. Alors seulement ils pourront aussi l'exprimer. L'expression, la traduction intellectuelle, présuppose la traduction existentielle. Dans cette mesure, ce sont les saints qui vivent le fait d'être chrétien dans le présent et l'avenir, et à partir de l'existence desquels le Christ à venir est aussi traduisible. Le Christ peut alors intégrer l'horizon de compréhension du monde séculier. C'est la grande mission devant laquelle nous nous trouvons.  

1. He, 9,38. (N.d.T.)           2. Jùrgen Habermas, philosophe et sociologue allemand, né le 18 juin 1929. (N.d.A.)

Le tournant de notre temps a apporté avec lui d'autres formes de vie et des philosophies de la vie, mais aussi une autre perception de l'Église. Les progrès de la recherche médicale représentent de gigantesques défis éthiques. Le nouvel univers de l'Internet pose aussi des questions auxquelles il faut apporter des réponses. Jean XXIII s'est référé au changement survenu après les deux. Guerres mondiales pour voir dans les « signes des temps », (il le dit dans sa bulle Humanae salutatis (du 25 décembre 1961, pour la convocation de Vatican II) la nécessité d'un concile, même s'il était alors un vieil homme malade.
Benoît XVI fera-t-il la même chose ?

Jean XXIII a fait un grand geste non renouvelable en confiant à un concile universel la tâche de comprendre à nouveau aujourd'hui la parole de la foi. Avant toute chose, le concile s'est chargé et acquitté de la grande tâche de redéfinir aussi bien la destination que la relation de l'Église avec l'ère moderne, et la relation de la foi avec ce temps et ses valeurs. Mais transposer ce qui est dit dans l'existence et rester en même temps dans la continuité intérieure de la foi, c'est un processus bien plus difficile que le concile lui-même. D'autant plus que le Concile a été connu par le monde à travers l'interprétation des médias et moins par ses propres textes que presque personne ne lit.
Je crois que notre grande tâche est maintenant, une fois quelques questions fondamentales éclaircies, de remettre avant tout en lumière la priorité de Dieu. Aujourd'hui, l'important est que l'on voie de nouveau que Dieu existe, qu'il nous concerne et qu'il nous répond. Et qu'inversement s'il manque, aussi intelligent que soit tout le reste, l'homme perd alors sa dignité et son humanité particulière, et qu'ainsi l'essentiel s'effondre. C'est pourquoi, je crois, poser la priorité de la question de Dieu doit être aujourd'hui le point sur lequel nous devons faire peser tout notre effort. Vous pensez que l'Église catholique pourrait faire l'économie d'un concile Vatican III ?
Nous avons eu vingt conciles au total, il y en aura certainement un autre un jour ou l'autre. Pour l'instant, à mon avis, les conditions ne sont pas réunies. Je crois qu'en ce moment les synodes sont le bon instrument ; tout l'épiscopat y est représenté et se trouve pour ainsi dire dans un mouvement de recherche qui maintient l'Église tout entière en cohésion et en même temps la fait avancer. Le moment de réunir un grand concile reviendra-t-il ? L'avenir en décidera.
Pour l'heure, nous avons avant tout besoin des mouvements par lesquels l'Église universelle place des jalons, en puisant dans les expériences du temps et instruite par la connaissance intérieure de sa foi et de sa force. Elle fait ainsi de la présence de Dieu un point essentiel.

En tant que successeur de Pierre, vous rappelez toujours le «plan » décisif qu'il y aurait pour ce monde. Pas un plan A ou je ne sais quel plan B, mais le plan de Dieu. « Dieu n'est pas indifférent à l'histoire de l'humanité », proclamiez-vous, en ajoutant qu'en fin de compte le Christ est « le Seigneur de toute la Création et de toute l'Histoire ». Karol Wojtyla avait pour mission de faire franchir le seuil du IIIe millénaire à l'Église catholique. Quelle est la mission de Joseph Ratzinger ?
Je dirais que l'on ne devrait pas autant démembrer l'Histoire. Nous œuvrons à un tissu commun. Karol Wojtyla a été en quelque sorte offert par Dieu à l'Église dans une situation critique très précise : d'un côté, la génération marxiste, la génération de 68, mettait en question l'Occident tout entier, et de l'autre, le socialisme réel qui s'effondrait. Dans cet affrontement, ouvrir une percée à la foi et la montrer comme le centre et le chemin, c'était un instant historique d'une nature singulière.
Il n'est pas obligatoire que chaque pontificat ait une toute nouvelle mission à remplir. Il s'agit à présent de continuer et de saisir la dramaturgie de l'époque, de maintenir en vie la parole de Dieu comme parole décisive — et en même temps de donner au christianisme cette simplicité et cette profondeur sans lesquelles il ne peut pas agir.

  Lumière du Monde

 

Sources : www.vatican.va -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 14.11.2014

 

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