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19 Avril 2005
 

Benoît XVI : Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne

Le 14 avril 2023 - E.S.M. - Toute l'histoire de l'humanité a été dévoyée, brisée, parce qu'Adam s'est fait une fausse idée de Dieu. Il voulait devenir comme Dieu. J'espère que vous n'avez jamais fait consister le péché d'Adam en cela... N'était-ce pas cela à quoi Dieu l'avait invité ? Adam s'est seulement trompé de modèle. Il a cru que Dieu était un être indépendant, autonome, suffisant, et, pour devenir comme Lui, il s'est rebellé, il a désobéi.

Adam s'est fait une fausse idée de Dieu - Pour agrandir l'image ► Cliquez

Benoît XVI : Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne

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Entre la vérité de fait et la vérité de raison

6) Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne

    L'homme est racheté par la croix ; le Crucifié, homme totalement « ouvert », est la vraie rédemption de l'homme : cette affirmation centrale de la foi chrétienne a déjà fait l'objet de notre réflexion dans un autre contexte, et nous nous sommes efforcés de la rendre intelligible à notre esprit moderne. Si nous la considérons maintenant, non plus dans son contenu, mais dans sa structure, nous découvrirons qu'elle exprime le primat du «
recevoir » sur le « faire », de l'accueil sur la prestation fournie, là où il s'agit du destin essentiel et ultime de l'homme. C'est là peut-être que se situe le point de séparation radical entre le principe chrétien de l'espérance et sa transposition marxiste. Le principe marxiste, il est vrai, repose également sur une idée de passivité, en ce sens que, d'après lui, le prolétariat souffrant est le rédempteur du monde. Mais cette souffrance du prolétariat qui doit finalement amener le passage à la société sans classes, doit se réaliser concrètement sous la forme active de la lutte des classes. C'est de cette manière seulement qu'elle peut devenir « rédemptrice », réduire la puissance de la classe dominante et promouvoir l'égalité de tous les hommes. Si la croix du Christ est une souffrance-pour, la passion du prolétariat consiste pour le marxiste en une lutte-contre ; si la croix est essentiellement l'œuvre d'un seul pour le tout, la passion du prolétariat est essentiellement le fait d'une masse, organisée en partie, et œuvrant pour elle-même. Ainsi, sous ce double rapport et malgré un contact étroit au point de départ, les voies du marxisme et du christianisme vont en sens opposé.

    D'après la foi chrétienne donc, l'homme ne se réalise pas finalement lui-même par ce qu'il fait, mais par ce qu'il reçoit. Il doit attendre le don de l'amour ; et l'on ne peut recevoir l'amour autrement que comme don. On ne peut arriver à l'amour par soi-même, sans l'autre. Il faut l'attendre, se le faire donner. Et l'on ne peut devenir pleinement homme qu'en étant aimé, en se laissant aimer. Si l'amour est pour l'homme à la fois suprême possibilité et nécessité radicale, si ce qui est le plus nécessaire à l'homme est en même temps ce qu'il y a de plus libre et de plus gratuit, cela veut dire que l'homme, pour arriver à son « salut », est réduit à recevoir. S'il refuse de recevoir, il se détruit lui-même. Une activité qui se poserait en absolu, qui voudrait réaliser par ses propres forces une véritable existence humaine, serait en contradiction avec la nature même de l'homme. Louis Evely a magnifiquement exprimé cette intuition dans ces lignes : « Toute l'histoire de l'humanité a été dévoyée, brisée, parce qu'Adam s'est fait une fausse idée de Dieu. Il voulait devenir comme Dieu. J'espère que vous n'avez jamais fait consister le péché d'Adam en cela... N'était-ce pas cela à quoi Dieu l'avait invité ? Adam s'est seulement trompé de modèle. Il a cru que Dieu était un être indépendant, autonome, suffisant, et, pour devenir comme Lui, il s'est rebellé, il a désobéi.

    Mais quand Dieu s'est révélé, quand Dieu a voulu montrer vraiment ce qu'il était, II s'est révélé amour, tendresse, effusion de soi, infinie complaisance en un autre, attachement, dépendance ; Dieu s'est révélé obéissant, obéissant jusqu'à la mort.

    En croyant devenir Dieu, Adam se différenciait totalement de Lui. Il se retranchait dans la solitude, et Dieu n'était que communion
45. »

*  Tout cela relativise certainement les œuvres, l'action de l'homme ; la lutte de saint Paul contre la « justice par les œuvres » est à comprendre dans ce sens. Mais il faut ajouter que l'activité humaine ainsi ramenée à la seconde place, s'en trouve du même coup intérieurement libérée : l'activité de l'homme peut se déployer alors dans le calme, le détachement et la liberté, qui conviennent à ce qui n'a qu'une importance de second rang. Le primat de l'accueil ne veut nullement condamner l'homme à la passivité ; il ne signifie pas que l'homme peut maintenant rester les bras croisés, comme nous le reproche le marxisme. Au contraire : il nous permet d'accomplir dans un esprit de responsabilité et en même temps sans crispation, joyeusement, librement, notre travail en ce monde et de le mettre au service de l'amour rédempteur.

  Une autre conclusion encore se dégage à partir de là. Le primat de l'accueil implique la positivité chrétienne et démontre sa nécessité interne. Nous avions constaté que l'homme n'est pas lui-même la source de son être le plus authentique ; celui-ci lui vient nécessairement du dehors, comme une réalité qu'il n'a pas faite, qu'il n'a pas produite, qu'il rencontre au contraire en face de lui et qui se donne à lui librement. Mais dans ce cas, il faut dire que notre relation à Dieu ne peut finalement reposer sur les idées que nous forgeons, sur une connaissance spéculative, mais exige la positivité de cette réalité en face de nous, qui vient à nous comme quelque chose de positif, à accueillir. Il me semble que l'on pourrait en quelque sorte réaliser à partir de là la quadrature du cercle de la théologie, c'est-à-dire que l'on pourrait montrer la nécessité interne de ce qui est apparemment la contingence historique du christianisme, montrer que cette positivité qui nous choque, d'un événement survenant de l'extérieur, est en fait nécessaire. L'antithèse, si vigoureusement soulignée par Lessing, entre la vérité de fait et la vérité de raison
46 peut être surmontée ici. Ce qui est fortuit, extérieur est en même temps ce qui est nécessaire à l'homme ; ce n'est que par la venue à lui d'une réalité extérieure que s'ouvre son être intérieur. L'incognito de Dieu comme homme dans l'histoire « doit » être - avec la nécessité de la liberté.

Notes :
45. L. EVELY Notre Père, Fleurus, 1962, p. 45 ; - cf. Y. CONGAR, Les voies du Dieu vivant, Paris, 1962, pp. 103-104.
46. En français dans le texte.

NOTE ANNEXE
Structures de la réalité chrétienne

1) L'individu et le tout
2) Le principe « pour »
3) La loi de l'incognito
4) La loi de la surabondance

5) Accomplissement et espérance
6)
Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne
7)
Résumé : l'essence du christianisme

A suivre : Le déploiement de la profession de foi au Christ dans les articles christologiques
 

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Sources :Texte original des écrits du Saint Père Benoit XVI -  E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 14.04.2023

 

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