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Benoît XVI : Le primat de l'accueil et la
positivité chrétienne
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Le 14 avril 2023 -
E.S.M.
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Toute l'histoire de l'humanité a été dévoyée, brisée, parce
qu'Adam s'est fait une fausse idée de Dieu. Il voulait devenir comme
Dieu. J'espère que vous n'avez jamais fait consister le péché d'Adam
en cela... N'était-ce pas cela à quoi Dieu l'avait invité ? Adam
s'est seulement trompé de modèle. Il a cru que Dieu était un être
indépendant, autonome, suffisant, et, pour devenir comme Lui, il
s'est rebellé, il a désobéi.
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Adam s'est fait une fausse idée
de Dieu -
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positivité chrétienne
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Accomplissement et espérance
Entre la vérité de fait et la vérité de raison
6) Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne
L'homme est racheté par la croix ; le Crucifié, homme
totalement « ouvert », est la vraie rédemption de l'homme : cette
affirmation centrale de la foi chrétienne a déjà fait l'objet de notre
réflexion dans un autre contexte, et nous nous sommes efforcés de la rendre
intelligible à notre esprit moderne. Si nous la considérons maintenant, non
plus dans son contenu, mais dans sa structure, nous découvrirons qu'elle
exprime le primat du « recevoir
» sur le «
faire », de l'accueil
sur la
prestation fournie, là où il s'agit du destin essentiel et ultime de
l'homme. C'est là peut-être que se situe le point de séparation radical
entre le principe chrétien de l'espérance et sa transposition marxiste.
Le
principe marxiste, il est vrai, repose également sur une idée de passivité,
en ce sens que, d'après lui, le prolétariat souffrant est le rédempteur du
monde. Mais cette souffrance du prolétariat qui doit finalement amener le
passage à la société sans classes, doit se réaliser concrètement
sous la
forme active de la lutte des classes. C'est de cette manière seulement
qu'elle peut devenir « rédemptrice », réduire la puissance de la classe
dominante et promouvoir l'égalité de tous les hommes. Si la croix du Christ
est une souffrance-pour,
la passion du prolétariat consiste pour le marxiste
en une lutte-contre ; si la croix est essentiellement l'œuvre d'un seul pour
le tout, la passion du prolétariat est essentiellement le fait d'une masse,
organisée en partie, et œuvrant pour elle-même. Ainsi, sous ce double
rapport et malgré un contact
étroit au point de départ, les voies du marxisme et du christianisme vont en
sens opposé.
D'après la foi chrétienne donc, l'homme ne
se réalise pas finalement lui-même par ce
qu'il fait, mais
par ce qu'il reçoit. Il doit attendre le
don de l'amour ; et l'on ne peut recevoir l'amour autrement que comme
don. On ne peut arriver à l'amour par soi-même, sans l'autre. Il
faut l'attendre, se le faire donner. Et l'on ne peut devenir
pleinement homme qu'en étant aimé, en se laissant aimer. Si l'amour
est pour l'homme à la fois suprême possibilité et nécessité radicale, si
ce qui est le plus nécessaire à l'homme est en même temps ce qu'il y a
de plus libre et de plus gratuit, cela veut dire que l'homme, pour
arriver à son «
salut », est
réduit à recevoir.
S'il refuse de recevoir, il se détruit lui-même. Une activité qui
se poserait en absolu, qui voudrait réaliser par ses propres forces une
véritable existence humaine, serait en contradiction avec la nature même
de l'homme. Louis Evely a magnifiquement exprimé cette intuition
dans ces lignes : « Toute l'histoire de l'humanité
a été dévoyée, brisée, parce qu'Adam s'est fait une fausse idée de Dieu.
Il voulait devenir comme Dieu. J'espère que vous n'avez jamais fait
consister le péché d'Adam en cela... N'était-ce pas cela à quoi Dieu
l'avait invité ? Adam s'est seulement trompé de modèle. Il a cru que
Dieu était un être indépendant, autonome, suffisant, et, pour devenir
comme Lui, il s'est rebellé, il a désobéi.
Mais quand Dieu s'est révélé,
quand Dieu a voulu montrer vraiment ce qu'il était, II s'est révélé
amour, tendresse, effusion de soi, infinie complaisance en un autre,
attachement, dépendance ; Dieu s'est révélé obéissant, obéissant jusqu'à
la mort.
En croyant devenir Dieu, Adam se différenciait totalement de
Lui. Il se retranchait dans la solitude, et Dieu n'était que communion
45. »
* Tout cela relativise certainement les œuvres, l'action de
l'homme ; la lutte de saint Paul contre la « justice par les œuvres
» est à
comprendre dans ce sens. Mais il faut ajouter que l'activité humaine ainsi
ramenée à la seconde place, s'en trouve du même coup intérieurement
libérée
: l'activité de l'homme peut se déployer alors dans le calme, le détachement
et la liberté, qui conviennent à ce qui n'a qu'une importance de second
rang. Le primat de l'accueil
ne veut nullement condamner l'homme à la
passivité ; il ne signifie pas que l'homme peut maintenant rester les bras
croisés, comme nous le reproche le marxisme. Au contraire :
il nous permet
d'accomplir dans un esprit de responsabilité et en même temps sans
crispation, joyeusement, librement, notre travail en ce monde
et de le
mettre au service de l'amour rédempteur.
*
Une autre
conclusion encore se dégage à partir de là. Le
primat de l'accueil
implique la positivité chrétienne et démontre sa
nécessité interne. Nous avions constaté que l'homme n'est pas lui-même la
source de son être le plus authentique ; celui-ci lui vient nécessairement du
dehors, comme une réalité qu'il n'a pas faite, qu'il n'a pas produite, qu'il
rencontre au contraire en face de lui et qui se donne à lui librement. Mais
dans ce cas, il faut dire que notre relation à Dieu ne peut finalement
reposer sur les idées que nous forgeons, sur une connaissance spéculative,
mais exige la positivité de cette réalité en face de nous, qui vient à nous
comme quelque chose de positif, à accueillir. Il me semble que l'on pourrait
en quelque sorte réaliser à partir de là la quadrature du cercle de la
théologie, c'est-à-dire que l'on pourrait montrer la nécessité interne de ce
qui est apparemment la contingence historique du christianisme, montrer que
cette positivité qui nous choque, d'un événement survenant de l'extérieur,
est en fait nécessaire. L'antithèse, si vigoureusement soulignée par
Lessing, entre la vérité de fait
et la
vérité de raison
46
peut être surmontée
ici. Ce qui est fortuit, extérieur est en même temps ce qui est nécessaire à
l'homme ; ce n'est que par la venue à lui d'une réalité extérieure que
s'ouvre son être intérieur. L'incognito de Dieu comme homme dans l'histoire
« doit
» être
- avec la nécessité de la liberté.
Notes :
45. L. EVELY Notre Père, Fleurus, 1962, p.
45 ; - cf. Y. CONGAR, Les voies du Dieu vivant, Paris, 1962, pp. 103-104.
46. En français dans le texte.
NOTE ANNEXE
Structures de la réalité chrétienne
1)
L'individu et le tout
2)
Le principe « pour »
3)
La loi de l'incognito
4)
La loi de la surabondance
5)
Accomplissement et espérance
6)
Le primat de l'accueil et la positivité chrétienne
7)
Résumé : l'essence du christianisme
A suivre :
Le déploiement de la profession de foi au Christ dans les articles
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Sources :Texte original des écrits du Saint Père Benoit XVI -
E.S.M.
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constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 14.04.2023
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