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Benoît XVI : s'agit-il seulement d'un rêve ?
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Le 10 mars 2023 -
(E.S.M.)
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Après la réflexion sur
le récit lucanien de l'Annonciation,
nous devons à présent écouter encore la tradition de l'Évangile de
Matthieu sur le même événement. Contrairement à Luc, Matthieu parle
de cela uniquement du point de vue de saint Joseph qui, en tant que
descendant de David, fait fonction de lien entre la figure de Jésus
et la promesse faite à David.
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Benoît XVI -
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Benoît XVI : s'agit-il seulement d'un rêve ou d'un songe
?
Après la réflexion sur le récit lucanien de l'Annonciation,
nous devons à présent écouter encore la tradition de l'Évangile de Matthieu
sur le même événement. Contrairement à Luc, Matthieu parle de cela
uniquement du point de vue de saint Joseph qui, en
tant que descendant de David, fait fonction de lien entre la figure de Jésus
et la promesse faite à David.
Matthieu nous informe avant tout du fait que Marie était
fiancée à Joseph. Selon le droit judaïque alors en vigueur, les fiançailles
signifiaient qu'un lien juridique entre les deux partenaires existait
désormais, si bien que Marie pouvait être appelée la femme de Joseph, même
si l'acte de son accueil à la maison, qui fondait la communion matrimoniale,
n'avait pas encore eu lieu. Fiancée, « la femme vivait encore dans la maison
de ses parents et restait sous la patria potestas. Un an plus tard,
se déroulait l'accueil à la maison, c'est-à-dire la célébration du mariage »
(Gnilka, Matthàus I, 1, p. 17). C'est alors que Joseph dut constater
que Marie se trouvait « enceinte par le fait de l'Esprit Saint » (Mt 1,
18).
Mais ce que Matthieu anticipe ici sur la provenance de
l'enfant, Joseph ne le sait pas encore. Celui-ci doit supposer que Marie a
rompu leurs fiançailles et - selon la Loi - il doit l'abandonner ; à cet
égard, il peut choisir entre un acte juridique public et une forme privée :
il peut porter Marie devant un tribunal ou lui délivrer une lettre privée de
répudiation. Joseph choisit la seconde voie, afin de ne pas « la dénoncer
publiquement » (v. 19). Dans cette décision, Matthieu voit un signe que
Joseph était « un homme juste ».
La qualification de Joseph comme homme juste (zaddik)
va bien au-delà de la décision de ce moment précis : il offre un tableau
complet de saint Joseph et en même temps l'insère parmi les grandes figures
de l'Ancienne Alliance - à commencer par Abraham, le juste. Si on peut dire
que la forme de religiosité présente dans le Nouveau Testament est condensée
dans le mot « fidèle », l'ensemble d'une
vie selon l'Écriture se résume, dans l'Ancien Testament, par le terme «
juste ».
Le Psaume 1 offre l'image classique du «
juste ». Nous pouvons donc pratiquement le considérer comme un
portrait de la figure spirituelle de saint Joseph. Juste, selon ce Psaume,
est un homme qui vit dans un contact profond avec la parole de Dieu ; qui «
trouve sa joie dans la loi du Seigneur » (v. 2). C'est comme un arbre qui,
planté le long des cours d'eau, porte constamment du fruit. Avec l'image des
cours d'eau dont il s'abreuve, on entend naturellement la parole vivante de
Dieu, dans laquelle le juste fait plonger les racines de son existence. La
volonté de Dieu n'est pas pour lui une loi imposée de l'extérieur, mais «
joie ». La Loi lui devient spontanément « Évangile », bonne nouvelle, parce
qu'il l'interprète dans une attitude d'ouverture personnelle et pleine
d'amour envers Dieu, et il apprend ainsi à la comprendre et à en vivre de
l'intérieur.
Si le Psaume 1 considère comme caractéristique de l'«
homme heureux » le fait de demeurer dans la Torah, dans la parole de Dieu,
le texte parallèle en Jérémie 17, 7 appelle « béni » celui qui « se
confie dans le Seigneur et dont le Seigneur est la foi ». Ici apparaît plus
fort que jamais dans le Psaume le caractère personnel de la justice —
la confiance en Dieu, une attitude qui donne
l'espérance à l'homme. Même si les deux textes ne parlent pas
directement du juste, mais de l'homme bienheureux ou béni, nous pouvons
cependant les considérer, avec Hans Joachim Kraus, comme l'image authentique
du juste vétérotestamentaire et ainsi, à partir de là, apprendre ce que
Matthieu veut nous dire quand il présente Joseph comme un «
homme juste ».
Cette image de l'homme qui a ses racines dans les eaux vives
de la parole de Dieu, qui demeure toujours en dialogue avec Dieu, et qui par
conséquent porte sans cesse du fruit, cette image devient concrète dans
l'événement décrit, comme aussi en tout ce qui, par la suite, sera raconté à
propos de Joseph de Nazareth. Après la découverte que Joseph a faite, il
s'agit d'interpréter et d'appliquer la Loi d'une façon juste. Il le fait
avec amour : il ne veut pas exposer Marie publiquement à l'ignominie. Il
l'aime, même au moment de la grande déception. Il n'incarne pas cette forme
de légalité extériorisée que Jésus dénonce en Matthieu 23 et contre
laquelle lutte saint Paul. Il vit la Loi comme évangile, il cherche la voie
de l'unité entre droit et amour. Et ainsi, il est intérieurement préparé au
message nouveau, inattendu et humainement incroyable, que Dieu lui enverra.
Tandis que l'ange « entre » chez Marie (Lc 1, 28), il
n'apparaît à Joseph qu'en songe - en un
songe, cependant, qui est réalité et révèle la réalité. Encore une fois se
présente à nous un trait essentiel de la figure de saint Joseph : sa faculté
de percevoir le divin et sa capacité de discernement. Seulement à une
personne profondément attentive au divin, dotée d'une particulière
sensibilité pour Dieu et pour ses voies, le message divin peut être révélé
de cette manière. Et la capacité de discernement est
nécessaire pour reconnaître s'il s'agissait seulement d'un rêve ou si le
messager de Dieu était vraiment venu à lui et lui avait parlé.
Le message qui lui est transmis est bouleversant et réclame
une foi exceptionnellement courageuse. Est-il possible que Dieu lui ait
vraiment parlé ? que Joseph, en songe, ait reçu la vérité - une vérité qui
va au-delà de tout ce qu'on peut attendre ? Est-il possible que Dieu ait agi
de cette façon chez un être humain ? Est-il possible que Dieu ait réalisé
ainsi le début d'une nouvelle histoire avec les hommes ? Matthieu avait dit
auparavant que Joseph en était à « considérer intérieurement » (enthymëhèntos)
la question de la juste conduite à tenir devant la grossesse de Marie. Nous
pouvons donc imaginer combien il lutte intérieurement avec ce message inouï
du songe : « Joseph, fils de David, ne crains pas de
prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient
de l'Esprit Saint » (Mt 1, 20).
Joseph est interpellé explicitement comme fils de David, et
par là lui est indiqué en même temps le devoir qui dans cet événement lui
est assigné : en tant que destinataire de la promesse faite à David, il doit
se porter garant de la fidélité de Dieu. « Ne crains pas » d'accepter cette
tâche qui peut vraiment susciter la crainte. « Ne crains pas » - c'est ce
que l'ange de l'Annonciation avait dit aussi à Marie. Avec la même
exhortation de l'ange, Joseph est désormais impliqué dans le mystère de
l'Incarnation de Dieu.
La nouvelle de la conception de l'enfant par la vertu du
Saint-Esprit est suivie d'une charge : « Marie enfantera un fils et tu
l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses
péchés » (Mt 1, 21). Avec l'invitation à prendre avec lui Marie comme
épouse, Joseph reçoit l'ordre de donner un nom à l'enfant et ainsi de
l'adopter juridiquement comme son fils. C'est le même nom que l'ange avait
aussi indiqué à Marie comme nom de l'enfant : Jésus. Le nom Jésus (Jeshua)
signifie : JHWH est salut. Le messager de Dieu, qui parle à Joseph en songe,
précise en quoi consiste ce salut : « II sauvera son peuple de ses péchés. »
Ainsi, d'une part une tâche hautement théologique est donnée,
puisque seul Dieu lui-même peut pardonner les péchés. L'enfant est ainsi mis
en relation immédiate avec Dieu, est associé directement au
pouvoir saint et salvifique de Dieu. D'autre part, cependant, cette
définition de la mission du Messie pourrait aussi apparaître décevante.
L'attente commune du salut est tournée pardessus tout vers la concrète
situation pénible d'Israël : vers la restauration du
règne davidique, vers la liberté et l'indépendance d'Israël et donc,
naturellement, aussi vers le bien-être matériel d'un peuple en grande partie
appauvri. La promesse du pardon des péchés apparaît trop peu et en
même temps trop : trop, parce qu'on touche à la sphère réservée à Dieu
lui-même ; trop peu, parce qu'il semble que la souffrance concrète d'Israël
et son réel besoin de salut ne soient pas pris en considération.
Dans le fond, toute la controverse sur la messianité de Jésus
est déjà anticipée dans ces paroles : a-t-il vraiment libéré Israël ou tout
ne serait-il pas resté comme avant ? La mission, telle qu'il l'a vécue,
est-elle ou n'est-elle pas la réponse à la promesse ? Assurément, elle ne
correspond pas à l'attente immédiate du salut messianique pour des hommes
qui se sentaient opprimés non pas tant par leurs péchés que plutôt par leurs
souffrances, leur manque de liberté, la misère de leur existence.
Jésus lui-même a soulevé de manière drastique la question de
la priorité du besoin humain de rédemption, quand les quatre hommes qui, à
cause de la foule, ne purent faire entrer le paralysé par la porte le firent
descendre par le toit et le posèrent devant ses pieds. L'existence même du
malade était une prière, un cri qui réclamait le salut, un cri auquel Jésus,
en pleine contradiction avec l'attente des porteurs et du malade lui-même,
répondit par les paroles : « Mon enfant, tes péchés sont remis » (Mc 2,
5). Les gens ne s'attendaient pas à cela. Cela n'intéressait pas les gens.
Le paralytique devait pouvoir marcher, non être libéré de ses péchés. Les
scribes contestaient la présomption théologique des paroles de Jésus ; le
malade et les hommes autour étaient déçus, parce que Jésus semblait ignorer
le vrai besoin de cet homme.
Pour ma part, je retiens toute la scène comme absolument
significative pour la question à propos de la mission de Jésus, ainsi
qu'elle est décrite pour la première fois dans la parole de l'ange à Joseph.
Ici est accueillie aussi bien la critique des scribes que l'attente
silencieuse des gens. Que Jésus soit en mesure de pardonner les péchés, il
le montre à présent en commandant au malade de prendre sa civière pour s'en
aller guéri. Cependant, ainsi, la priorité du pardon des péchés comme
fondement de toute vraie guérison de l'homme demeure sauvegardée.
L'homme est un être relationnel. Si la
première, la relation fondamentale de l'homme - la relation avec Dieu - est
perturbée, alors il n'y a plus rien qui puisse être vraiment en ordre. Dans
le message et l'action de Jésus il s'agit de cette priorité : il veut, tout
d'abord, solliciter l'attention de l'homme au cœur de son mal et le lui
montrer : si tu n'es pas guéri en cela, alors, malgré toutes les bonnes
choses que tu pourras trouver, tu ne seras pas vraiment guéri.
En ce sens, dans l'explication du nom de Jésus donné à Joseph
en songe, il y a déjà une clarification fondamentale sur la façon de
concevoir le salut de l'homme et, par conséquent, sur ce en quoi consiste la
tâche essentielle du porteur du salut.
À l'annonce de l'ange à Joseph à propos de la conception et
de la naissance virginales de Jésus, succèdent encore deux affirmations qui
font partie intégrante du récit de Matthieu.
Avant tout, l'évangéliste montre qu'ainsi s'accomplit ce
qu'avait prédit l'Écriture. Cela fait partie de la structure fondamentale de
son Évangile : fournir pour tous les événements essentiels une « preuve par
l'Écriture » — rendre évident que des paroles de l'Écriture ont attendu ces
événements, les ont préparés de l'intérieur. Ainsi Matthieu montre que, dans
l'histoire de Jésus, les paroles anciennes deviennent réalité. Mais il
montre en même temps que l'histoire de Jésus est vraie, c'est-à-dire
provenant de la parole de Dieu, soutenue et tissée par elle.
Après la citation biblique, Matthieu met fin au récit. Il
rapporte que Joseph se réveilla et fit ce qui lui avait été commandé par
l'ange du Seigneur. Il prit avec lui Marie, son épouse, mais il ne la «
connut » pas avant qu'elle eût enfanté le Fils. Ainsi est souligné, encore
une fois, que le Fils n'est pas engendré par lui, mais par le Saint-Esprit.
Pour finir, l'évangéliste ajoute : « Et il l'appela du nom de Jésus » (Mt
1,25).
Une nouvelle fois, Joseph nous est présenté ici très
concrètement comme « un homme juste » : son
être intérieurement attentif à Dieu - une attitude grâce à laquelle il peut
accueillir et comprendre le message - devient spontanément obéissance. Si
pour commencer il avait réfléchi avec ses propres capacités, il savait à
présent quelle chose juste il devait faire pour être juste. En homme juste,
il suit le commandement de Dieu, comme dit le Psaume 1.
Cependant, nous devons à présent écouter la preuve
scripturaire présentée par Matthieu, qui — comment pouvait-il en être
autrement ? — est devenue l'objet de vastes discussions exégétiques. Ainsi
le verset dit : « Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle
prophétique du Seigneur : "Voici que la Vierge
concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel"
ce qui se traduit : "Dieu avec nous" » (Mt 1,
22 sq. ; cf. Is 7, 14). Cherchons à comprendre d'abord, dans son contexte
historique d'origine, cette phrase du prophète, devenue à travers Matthieu
un texte christologique important et fondamental, pour voir ensuite de
quelle manière le mystère de Jésus-Christ se reflète en elle.
A suivre :
Benoît XVI : Exceptionnellement
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Sources :Texte original des écrits du Saint Père Benoit XVI -
E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 10.03.2023
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