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Homélie de Benoît XVI : Messe
Chrismale |
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Le 09 avril 2009 -
(E.S.M.)
- Le sacerdoce est un passage de propriété un être retiré du
monde et offert à Dieu mais il ne s’agit pas d’une ségrégation.
Le prêtre est ouvert aux autres, à tous. Le Pape Benoît XVI l’a rappelé
jeudi matin alors qu’il concélébrait avec plus de 1600 prêtres
du diocèse de Rome, la messe chrismale en la Basilique Saint
Pierre.
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Le pape Benoît XVI -
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Homélie de Benoît XVI : Messe
Chrismale
Le 09 avril 2009 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde
-
Le sacerdoce est un passage de propriété un être retiré du monde et offert à
Dieu mais il ne s’agit pas d’une ségrégation. Le prêtre est ouvert aux
autres, à tous. Le Pape l’a rappelé jeudi matin alors qu’il concélébrait
avec plus de 1600 prêtres du diocèse de Rome, la messe chrismale en la
Basilique Saint Pierre. Avant le rite du renouvellement des promesses
sacerdotales et la bénédiction des Saintes Huiles, Benoît XVI a parlé à
l’homélie de l’institution du sacerdoce par le Christ au Cénacle.
«Consacre-les dans la vérité, Ta Parole est vérité», prie Jésus pour ses
disciples, et cette parole, le jeune Joseph Ratzinger l’a lue la veille de
son ordination sacerdotale il y a 58 ans.
Texte intégral de
l'homélie du Saint-Père
Chers frères et sœurs,
Au Cénacle, la veille de sa passion, le Seigneur a prié pour ses disciples
réunis autour de Lui, regardant en même temps par avance vers la communauté
des disciples de tous les temps, vers « ceux qui accueilleront leur
parole et croiront en moi » (Jn 17, 20).
Dans sa prière pour tous ses disciples de tous les temps, il a pensé aussi à
nous et il a prié pour nous. Ecoutons ce qu'il demande pour les Douze et
pour nous qui sommes réunis ici : « Consacre-les par la vérité : ta
parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je
les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin
qu'ils soient, eux aussi consacrés par la vérité » (Jn
17, 17ss). Le Seigneur demande notre sanctification, notre
sanctification dans la vérité. Et il nous envoie pour continuer sa propre
mission. Mais il y a dans cette prière une phrase qui attire notre
attention, qui nous semble peu compréhensible. Jésus dit : « Pour eux je
me consacre moi-même ». Qu'est-ce que cela signifie ? En soi, Jésus
n'est-il pas « le Saint de Dieu », comme Pierre l'a déclaré à un
moment décisif à Capharnaüm (cf. Jn 6, 69) ?
Comment peut-il à présent se consacrer, c'est-à-dire se sanctifier lui-même
?
Pour le comprendre, nous devons surtout expliquer ce que veulent dire dans
la Bible les mots « saint » et « consacrer/sanctifier ». «
Saint » - ce mot indique avant tout la nature même de Dieu, sa manière
d'être toute particulière, sa divinité, qui est propre à Lui seul. Lui seul
est le véritable et authentique Saint au sens originaire. Toute autre
sainteté provient de Lui, est une participation à sa manière d'être. Il est
la Lumière très pure, la Vérité et le Bien sans tâche. Consacrer quelque
chose ou quelqu'un signifie donc donner cette chose ou cette personne en
propriété à Dieu, la retirer du cadre de ce qui est nôtre et l'introduire
dans son domaine, afin qu'elle ne nous appartienne plus, mais soit
totalement de Dieu. Consacrer c'est donc enlever du monde et remettre au
Dieu vivant. La chose ou la personne ne nous appartient plus, et ne
s'appartient même plus à elle-même, mais elle est plongée en Dieu. Se priver
de cette manière d'une chose pour la donner à Dieu, c'est ce que nous
appelons aussi sacrifice : cela ne sera plus ma propriété, mais sera sa
propriété à Lui. Dans l'Ancien Testament, la remise d'une personne à Dieu,
c'est-à-dire sa « sanctification », s'identifie avec l'Ordination
sacerdotale, et, de cette manière, est défini aussi ce en quoi consiste le
sacerdoce : c'est un passage de propriété, c'est être enlevé du monde et
donné à Dieu. Ainsi sont mises en évidence les deux directions qui font
partie du processus de sanctification/consécration. C'est sortir du contexte
de la vie mondaine - c'est « être mis à part » pour Dieu. Mais, pour
cette raison précisément, ce n'est pas une ségrégation. Etre remis à Dieu,
cela signifie plutôt être placé pour représenter les autres. Le prêtre est
soustrait aux liens mondains et donné à Dieu, et ainsi, à partir de Dieu, il
est disponible pour les autres, pour tous. Quand Jésus dit : « Je me
consacre », Il se fait en même temps prêtre et victime. C'est pourquoi
Bultmann a raison en traduisant l'affirmation : « Je me consacre »
par « Je me sacrifie ». Comprenons-nous à présent ce qui se produit
quand Jésus dit : « Je me consacre pour eux » ? C'est là l'acte
sacerdotal par lequel Jésus - l'homme Jésus, qui ne fait qu'un avec le Fils
de Dieu - se donne au Père pour nous. C'est l'expression du fait qu'il est à
la fois prêtre et victime. Je me consacre - je me sacrifie : cette
expression abyssale, qui nous laisse percer l'intimité du cœur de Jésus
Christ, devrait être continuellement l'objet de notre réflexion. En elle est
englobé tout le mystère de notre rédemption. Et l'origine du sacerdoce de
l'Eglise y est aussi contenue, celle de notre sacerdoce.
A présent seulement, nous pouvons comprendre pleinement la prière que le
Seigneur a présentée à son Père pour les disciples - pour nous. «
Consacre-les par la vérité » : c'est là l'entrée des apôtres dans le
sacerdoce de Jésus Christ, l'institution de son sacerdoce nouveau pour la
communauté des fidèles de tous les temps. « Consacre-les par la vérité
» : c'est là la véritable prière de consécration pour les apôtres. Le
Seigneur demande que Dieu lui-même les attire à lui, dans sa sainteté. Il
Lui demande de les soustraire à eux-mêmes et de les faire siens, afin que, à
partir de Lui, ils puissent remplir leur service sacerdotal pour le monde.
Cette prière de Jésus apparaît deux fois sous une forme légèrement modifiée.
Les deux fois, nous devons l'écouter avec beaucoup d'attention pour
commencer à comprendre au moins un peu le fait sublime qui est en train de
s'accomplir. « Consacre-les par la vérité ». Jésus ajoute : « Ta
parole est vérité ». Les disciples sont donc attirés dans l'intimité de
Dieu par leur immersion dans la parole de Dieu. La parole de Dieu est, pour
ainsi dire, le bain qui les purifie, le pouvoir créateur qui les transforme
dans l'être de Dieu. Qu'en est-il alors dans notre vie ? Sommes-nous
vraiment imprégnés de la parole de Dieu ? Est-elle vraiment la nourriture
qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde ? La
connaissons-nous vraiment ? L'aimons-nous ? Intérieurement, nous
préoccupons-nous de cette parole au point qu'elle façonne réellement notre
vie et informe notre pensée ? Ou bien notre pensée n'est-elle pas plutôt
sans cesse modelée sur tout ce qui se dit et tout ce qui se fait ? Les
opinions prédominantes ne sont-elles pas très souvent les critères sur
lesquels nous nous basons ? Ne demeurons-nous pas, en fin de compte, dans la
superficialité de tout ce qui s'impose en général à l'homme d'aujourd'hui ?
Nous laissons-nous vraiment purifier dans notre for intérieur par la parole
de Dieu ? Nietzsche a décrit ironiquement l'humilité et l'obéissance comme
des vertus serviles, par lesquelles les hommes auraient été diminués. Il a
mis à leur place la fierté et la liberté absolue de l'homme. Or, il y a des
caricatures d'une humilité erronée et d'une soumission erronée, que nous ne
voulons pas imiter. Mais il y a aussi l'orgueil destructeur et la
présomption qui désintègrent toute communauté et aboutissent à la violence.
Savons-nous apprendre du Christ la juste humilité qui correspond à la vérité
de notre être, et l'obéissance qui se soumet à la vérité, à la volonté de
Dieu ? « Consacre-les par la vérité ; ta parole est vérité » : ces
mots qui introduisent dans le sacerdoce éclairent notre vie et nous
appellent à devenir toujours à nouveau disciples de cette vérité, qui se
révèle dans la parole de Dieu.
Dans l'interprétation de cette phrase nous pouvons faire encore un pas de
plus. Jésus n'a-t-il pas dit de lui-même : « Je suis la vérité »
(cf. Jn 14. 6) ? Est-ce qu'il n'est pas lui-même la Parole
vivante de Dieu, à laquelle se rapportent toutes les autres paroles ?
Consacre-les par la vérité - cela veut donc dire, au sens le plus profond :
fais qu'ils ne soient qu'un avec moi, le Christ. Attache-les à moi.
Attire-les en moi. Et, de fait, il n'existe en dernière analyse qu'un seul
prêtre de la Nouvelle Alliance, Jésus lui-même. Et le sacerdoce des
disciples, par conséquent, ne peut être qu'une participation au sacerdoce de
Jésus. Notre être de prêtres n'est donc pas autre chose qu'une nouvelle
façon d'être unis au Christ. Substantiellement, cela nous a été donné pour
toujours dans le Sacrement. Mais ce nouveau sceau sur notre être peut
devenir pour nous un jugement de condamnation si notre vie ne se déploie pas
dans la vérité du Sacrement. Les promesses que nous renouvelons aujourd'hui
disent à ce propos que notre volonté doit être orientée ainsi : Domino
Iesu arctius coniungi et conformari, vobismetipsis abrenuntiantes.
S'unir au Christ suppose le renoncement. Cela implique que nous ne voulons
pas imposer notre route, ni notre volonté ; que nous ne désirons pas devenir
ceci ou cela, mais que nous nous abandonnons à Lui, sans nous préoccuper de
savoir où et de quelle manière il voudra se servir de nous. « Je vis,
mais ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi »
(Ga 2, 20) a dit saint Paul à ce sujet. Dans le «
oui » de l'Ordination sacerdotale nous avons fait ce renoncement
fondamental à la volonté d'être autonomes, à l'« autoréalisation ».
Mais, jour après jour, il faut réaliser ce grand « oui » dans les
nombreux petits « oui » et dans les petits renoncements. Ce « oui
» des petits pas qui mis ensemble forment le grand « oui », pourra se
réaliser sans amertume et sans apitoiement sur soi, seulement si le Christ
est vraiment le centre de notre vie. Dans la mesure où nous entrons dans une
authentique familiarité avec Lui. Alors, en fait, au milieu des renoncements
qui au début peuvent être cause de souffrances, nous faisons l'expérience de
la joie croissante de l'amitié avec Lui, de tous les petits et parfois aussi
des grands signes de l'amour qu'il nous donne continuellement. « Qui perd
sa vie la trouve ». Si nous osons nous perdre nous-mêmes pour le
Seigneur, nous vérifions alors par l'expérience combien cette parole est
vraie.
Etre plongés dans la Vérité, dans le Christ - la prière fait partie de ce
processus dans lequel nous apprenons à devenir ses amis et aussi nous
apprenons à le connaître : sa manière d'être, de penser, d'agir. Prier est
un cheminement dans une communion personnelle avec le Christ, lui présentant
notre vie quotidienne, nos succès et nos échecs, nos épreuves et nos joies -
il s'agit simplement de se présenter devant Lui. Mais pour éviter que cela
ne devienne une auto contemplation, il est important que nous apprenions
continuellement à prier en priant avec l'Eglise. Célébrer l'Eucharistie veut
dire prier. Nous célébrons l'Eucharistie de manière juste, si en pensée et
par tout notre être nous entrons dans les paroles que l'Eglise nous propose.
En elles se trouve la prière de toutes les générations qui nous entraînent
avec elles sur le chemin vers le Seigneur. Comme prêtres, nous sommes ceux
qui, dans la célébration eucharistique, par leur prière, ouvrent la route à
la prière des fidèles d'aujourd'hui. Si nous sommes intérieurement unis aux
paroles de la prière, si nous nous laissons guider et transformer par elles,
alors les fidèles eux aussi trouvent l'accès à ces paroles. Alors, nous
devenons tous véritablement « un seul corps et une seule âme » avec
le Christ.
Etre plongés dans la vérité et ainsi dans la sainteté de Dieu, cela signifie
pour nous accepter aussi le caractère exigeant de la vérité ; s'opposer,
dans les grandes choses comme dans les petites au mensonge, qui de manière
extrêmement variée est présent dans le monde ; accepter le combat pour la
vérité, parce que sa joie la plus profonde est présente en nous. Quand nous
parlons d'être consacrés par la vérité, nous ne devons pas non plus oublier
qu'en Jésus Christ vérité et amour sont une seule réalité. Etre plongés en
Lui signifie être plongés dans sa bonté, dans l'amour vrai. L'amour vrai ne
se trouve pas à bon marché, il peut même être très exigeant. Il oppose
résistance au mal, pour conduire l'homme vers le bien véritable. Si nous
devenons un avec le Christ, nous apprenons à Le reconnaître dans ceux qui
souffrent, dans les pauvres, dans les petits de ce monde ; alors nous
devenons des personnes qui servent, qui reconnaissent les frères et sœurs du
Christ et qui en eux le rencontrent Lui-même.
« Consacre-les par la vérité » - c'est la première partie de cette
parole de Jésus. Mais il ajoute après : « Pour eux, je me consacre
moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité » -
c'est-à-dire authentiquement (Jn 17, 19). Je
pense que cette deuxième partie a une signification particulière. Il existe
dans les diverses religions dans le monde de multiples modes rituels de «
sanctification », de consécration d'une personne humaine. Mais tous ces
rites peuvent rester à un niveau purement formel. Le Christ demande pour ses
disciples la vraie sanctification, qui transforme leur être, qui les
transforme eux-mêmes ; que cela ne reste pas purement rituel, mais soit une
véritable appropriation par le Dieu saint. Nous pourrions dire encore : le
Christ a demandé pour nous le Sacrement qui nous touche dans les profondeurs
de notre être. Mais il a prié aussi pour que cette transformation qui
s'accomplit jour après jour en nous se traduise en vie ; il a prié pour que
dans notre vie quotidienne, dans le concret de notre vie de chaque jour,
nous soyons vraiment envahis par la lumière de Dieu.
A la veille de mon Ordination sacerdotale, il y a 58 ans, j'ai ouvert la
Sainte Ecriture, parce que je voulais encore recevoir une Parole du Seigneur
pour ce jour et pour le chemin que j'aurai à parcourir comme prêtre. Et mon
regard est tombé sur ce passage : « Consacre-les par la vérité : ta
parole est vérité ». Alors j'ai su : le Seigneur est en train de parler
de moi, et il est en train de me parler. C'est exactement ce qui arrivera
pour moi demain. En dernière analyse, nous ne sommes pas consacrés par des
rites, même s'il y a besoin de rites. Le bain dans lequel le Seigneur nous
plonge, c'est Lui-même - la Vérité en personne. Ordination sacerdotale, veut
dire : être immergés en Lui, dans la Vérité. Je lui appartiens d'une manière
nouvelle et de cette manière j'appartiens aux autres, « pour que ton règne
vienne ». Chers amis, au moment du renouvellement des promesses, nous
voulons prier le Seigneur afin qu'il fasse de nous des hommes de vérité, des
hommes d'amour, des hommes de Dieu. Prions-le de nous attirer toujours plus
en lui, afin que nous devenions véritablement prêtres de la Nouvelle
Alliance. Amen.
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Sources : www.vatican.va
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E.S.M.
© Copyright : Librairie Editrice du Vatican
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 09.04.09 -
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