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Quand et comment François a détricoté la paix liturgique créée par
S.S. le pape Benoît XVI
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Le 09 janvier 2023 -
(E.S.M.)
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Mgr
Georg Gänswein raconte sa vie aux côtés du Pape Benoît XVI,
un livre qui va bientôt sortir en plusieurs langues : «
Nient’altro che la verità ».
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Couverture du livre de Mgr Gänswein : «
Nient’altro che la verità ».-
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Quand et comment François a détricoté la paix liturgique créée par S.S. le
pape Benoît XVI
Le 09 janvier 2023 - E.
S. M. - On ne retrouve écrit nulle part comme tel que le Pape
François aurait « brisé
le cœur » du Pape Benoît avec son interdiction de la messe
latine de l’ancien rite dans le livre « Nient’altro che la verità
» dans lequel Georg Gänswein raconte sa vie aux côtés du Pape
défunt, un livre qui va bientôt sortir en plusieurs langues.
Mais dans les quatre pages du livre qui décrivent ce qui s’est passé
à cette occasion, on découvre toute l’amertume que Benoît a éprouvée
le 16 juillet 2021 quand « il a découvert, en feuilletant
‘L’Osservatore Romano’ de cet après-midi, que le Pape François avait
promulgué le motu proprio ‘Traditionis
custodes’ sur l’usage de la liturgie romaine antérieur à la
réforme de 1970 », un décret par lequel il limitait pratiquement
jusqu’à la révoquer la liberté de célébrer la messe en rite ancien
que le Pape Benoît avait lui-même autorisée par son motu proprio « Summorum
Pontificum ».
Benoît « a lu avec attention le document » et « quand on
lui a demandé son avis » – raconte Mgr Gänswein – il a déclaré
assister à « un changement de cap décisif et à considéré qu’il
s’agissait d’une erreur, parce que cela menaçait la tentative de
pacification qui avait été menée quatorze ans plus tôt ».
Le Pape émérite « a en particulier considéré que c’était une
erreur d’interdire la célébration de la messe en rite ancien dans
les églises paroissiales, parce qu’il est toujours dangereux de
confiner un groupe de fidèles dans un coin au risque qu’ils se
sentent persécutés et de leur inspirer la sensation de devoir
préserver à tout prix leur propre identité contre ‘l’ennemi’ ».
Mais ça ne se termine pas là, au contraire. « Quelques mois plus
tard, en lisant ce que le Pape François avait déclaré le 12
septembre 2021 durant la conversation avec les jésuites slovaques de
Bratislava, le Pape émérite a froncé les sourcils devant une de ses
affirmations : ‘J’espère maintenant qu’avec la décision de mettre
fin à l’automatisme de l’ancien rite, nous pourrons revenir aux
véritables intentions de Benoît XVI et de Jean-Paul II. Ma décision
est le résultat d’une consultation menée l’année dernière avec tous
les évêques du monde’ ».
« Et il a encore moins apprécié – poursuit Mgr Gänswein –
l’anecdote racontée tout de suite après par le Pape ». Une
anecdote retranscrite comme suit par « La
Civiltà Cattolica », qui a intégralement publié la conversation
du Pape François avec les jésuites de Slovaquie :
Un cardinal m’a raconté que deux prêtres nouvellement ordonnés
étaient venus le voir pour lui demander d’étudier le latin afin de
pouvoir bien célébrer. Celui-ci, qui a le sens de l’humour, a
répondu : ‘Mais il y a tellement d’Hispaniques dans le diocèse !
Étudiez l’espagnol pour pouvoir prêcher. Ensuite, lorsque vous aurez
étudié l’espagnol, revenez me voir et je vous dirai combien de
Vietnamiens il y a dans le diocèse, et je vous demanderai d’étudier
le vietnamien. Ensuite, quand vous aurez appris le vietnamien, je
vous donnerai également la permission d’étudier le latin’. Alors il
les a fait ‘atterrir’, il les a fait revenir sur terre ».
Ce qui « semblait incongru » – écrit encore Mgr Gänswein – à
Joseph Ratzinger, c’était surtout « cette référence à ses
‘véritables intentions’ », auxquelles le Pape François avait
prétendu vouloir répondre alors qu’en réalité « Traditionis
custodes » était aux antipodes de la volonté du Pape Benoît qui
était – comme il l’a résumé dans son livre-entretien de 2010 « Luce
del mondo » – de « rendre plus facilement accessible
l’ancienne forme, surtout pour préserver le lien profond et
ininterrompu qui subsiste dans l’histoire de l’Église ». Ceci
parce que « dans une communauté dans laquelle la prière et
l’Eucharistie sont les choses les plus importantes, on ne peut pas
considérer complètement incongru qu’auparavant on considérait qu’il
s’agissait de la chose la plus sacrée. Il s’agissait de se
réconcilier avec son propre passé, de la continuité interne de la
foi et de la prière de l’Église ».
De plus, après avoir lu que le Pape François revendiquait sa
décision comme « le fruit d’une consultation avec tous les
évêques du monde réalisée l’année dernière », pour le Pape
Benoît, « la raison pour laquelle les résultats de cette
consultation n’avaient pas été divulgués demeurait mystérieuse ».
D’autant plus que, quand il était Pape, après la publication en 2007
de « Summorum
Pontificum », « il avait pris soin de demander aux évêques, à
l’occasion des visites ‘ad limina’, comment se passait l’application
de ces normes dans leurs diocèses, et qu’il en avait gardé un retour
positif ».
C’est ici que s’achève le récit que Mgr Gänswein fait de cette
affaire. Mais il faut également rappeler qu’en 2009, deux ans après
la publication du motu proprio « Summorum
Pontificum », Benoît XVI avait traversé l’un des moments les
plus orageux de son pontificat, alors qu’il tentait de guérir le
schisme avec la Fraternité Saint-Pie-X, notamment grâce à la paix
liturgique entre les deux rites ancien et nouveau, avec force
révocations d’excommunications des quatre évêques de la Fraternité.
L’excommunication fut bien révoquée quand soudain tomba la nouvelle
– que le Pape ignorait totalement jusque là – que l’un des quatre
évêques avait prononcé des déclarations ouvertement antisémites,
allant jusqu’à nier l’Holocauste, ce qui eut pour effet de faire
capoter le processus de pacification pendant qu’une vague
d’accusations s’abattait sur Benoît XVI, qui assuma sa
responsabilité, tout en réaffirmant les raisons de sa démarche, dans
une
lettre touchante aux évêques du monde entier.
Mais quelles étaient justement ces raisons ? Il s’agissait de
raisons profondes, et même de sa « méthode », soutient le
professeur Pietro De Marco, dans l’analyse publiée ci-dessous,
extraite d’un recueil inédit de ses écrits sur le pontificat de
Benoît XVI.
Le professeur De Marco est un spécialiste reconnu de la vie de
l’Église, ancien professeur de sociologie de la religion à
l’Université de Florence et à la Faculté théologique d’Italie
centrale. Son analyse date de 2009, peu après l’affaire que nous
venons d’évoquer.
La méthode de Benoît
de Pietro De Marco
Il n’y a rien de plus obtus que cette accusation récurrente qui
considère la leçon
lecon de Ratisbonne de Benoît XVI en 2006 comme étant le premier
d’une série d’incidents dus à une imprudence coupable de sa part –
dans ce cas envers le monde musulman – et dont le dernier serait la
levée des excommunications pesant sur les évêques de la Fraternité
Saint-Pie-X.
J’avais déjà observé à l’époque qu’il y avait une caractéristique
inimitable dans l’importante leçon de Benoît XVI dans l’aula magna
de l’Université de Ratisbonne : la décision de ne pas éviter la « pars
critica » à l’intérieur d’une démarche dialogale.
Les actions successives de Benoît XVI ont montré combien la
dénonciation et la sanction de l’excès devaient être comprises comme
étant loyales, concrètes et préalable à la volonté de rencontre.
D’autant que l’histoire catholique précédant le Concile Vatican II
étant l’horizon vital de « l’esprit » du Concile même et de
sa réalisation, les gestes de paix sont nécessairement issus de ces
milieux d’orthodoxie traditionnaliste souffrante, même si trop
ostentatoire, qui se réclament de l’histoire préconciliaires. C’est
une utilisation politique du Concile, et non pas la doctrine, qui a
méprisé et relégué en marge de la vie catholique, sous prétexte de
« rupture » conciliaire, les siècles de Tradition vitale et
authentique dont les traditionnalistes catholiques se réclament.
Je précise d’emblée que, tout comme la sollicitude pour l’intégrité
de l’histoire liturgique, le geste d’ouverture vers la Fraternité
Saint-Pie-X avait pour but, dans le chef de Benoît XVI, de
reconduire la vie catholique à sa nature essentielle de « complexio ».
La réhabilitation de styles, de sensibilité et de formes de
l’histoire chrétienne est censée agir comme paradigme stabilisateur
des dérives centrifuges et des fragmentations subjectivistes qui
sont non seulement issues d’expérimentations avancées mais également
de la pastorale actuelle.
La stabilisation exige cependant ce que j’ai qualifié d’« usage
politique » du Concile se rende compte de son propre excès
déséquilibrant, de sa propre partialité ; et en tire les
conséquences autocritiques. De sorte que l’objectif de
réconciliation interne au sein de l’Église devienne partie
intégrante d’une plus large intervention médicinale pour l’Église
universelle.
Déjà, les réactions négatives au motu proprio « Summorum
Pontificum» de 2007 qui avait autorisé la célébration de la
messe en rite ancien confirmaient l’urgence de l’action médicinale
du Pape Benoît. Au long des pages d’éclaircissements patients des
intentions de « Summorum
Pontificum», il affirmait que le rite ancien n’était pas un
autre rite, que sa présence dans le peuple chrétien était une
mémoire constructive, et que sa célébration était légitime et
opportune. La richesse longitudinale, historico-traditionnelle de la
« complexio » catholique est donc la donnée première que l’on
cherche à atteindre ; et c’est par conséquent ainsi qu’il convient
d’entendre la « moderation sacrae liturgiae » exercée par
chaque évêque.
L’action du pontife se confirmait donc comme une révolte contre une
lecture idéologique et substantiellement « révolutionnaire »
du Concile donnée par une élite théologique et pastoralistique
catholique, et qui avait fini par imprégner les laïcs en paroisse.
Ces dérives touche à ce qui est « de fide » de manière
inquiétante. Il s’agissait encore, pour Benoît XVI, d’assumer le
risque de considérer l’excès « opportun ou importun » quand
la doctrine et les actions outrepassaient les seuils extrêmes de
tolérance.
C’est ce qui a donné lieu à plusieurs reprises au cours du
pontificat de Benoît, à des « scandales » prévus et imprévus,
mais opportuns dans le dessein de Dieu. Qu’il s’agisse de la
confrontation délibérée avec l’Islam ou de son engagement dans le
dialogue avec les Juifs, ou du soin pour l’unité de l’Église dans
l’unité de la tradition vivante, les « scandales » contingents et
leur dépassement dans la souffrance amenaient à prendre conscience,
dans le chef des parties en cause, précisément de ces seuils
critiques que le chemin de Pierre, et la sollicitude de Rome,
étaient amenée à devoir traverser.
Ce chemin parcouru par Pierre est pour le bien de tous. Vaine et
indécente, par rapport à la dynamique profonde de ce pontificat,
aura été cette « hostilité prête à l’attaque » que le Pape
Benoît a dénoncée dans sa
lettre aux évêques du 10 mars 2009, ce goût de l’inimité pour le
plaisir d’agresser le siège pétrinien à l’affût d’occasion pour se
manifester sans responsabilité et, il faut bien le dire, sans
intelligence.
Le parcours de réintégration des évêques de la Fraternité de
Saint-Pie-X dans la communion constituait, à la lumière de ce qui a
été dit, un autre acte souverain profond et courageux,
complémentaire à « Summorum
Pontificum».
Il m’avait alors paru voir dans la décision de Benoît XVI
l’espérance d’être, personnellement et constamment, la preuve de la
présence essentielle de la Tradition entre nous, une présence
susceptible de remédier à la désorientation pastorale et doctrinale
contemporaine. Et il n’y avait aucun doute qu’il était important et
urgent d’agir dans cette direction. Ce qui était le plus urgent, ce
qui était prédominant pour le successeur de Pierre, disait la
lettre, c’était le « confirma fratres tuos »
(Lc 22, 32), qui a un contenu
souverain : « d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un
dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ».
Il suffit de penser que la non-acceptation du magistère du Concile
ou la désapprobation la plus contingente des actes œcuméniques de
Benoît XVI, dans le chef des membres de la Fraternité Saint-Pie-X,
est au moins symétrique par la gravité, dans le camp opposé, aux
interprétations du Concile comme rupture et nouveau départ, qui sont
étrangères à la tradition des Conciles antiques.
On reste frappé, et pas positivement, par la manière de réagir de
certains épiscopats à la révocation des excommunications pesant sur
les évêques de la Fraternité Saint-Pie-X. Face à quelles richesses
indiscutables, certains épiscopats pensent-ils que l’on puisse
laisser aller à la dérive le patrimoine de ferveur, de charismes et
probablement de sainteté, « cet amour pour le Christ et cette
volonté de l’annoncer Lui, et avec Lui le Dieu vivant », qui
réside dans les hommes et les femmes de la Fraternité ? Il faut bien
dire avec franchise que certaines hiérarchies nationales feraient
mieux d’analyser les propres incapacités actuelles : leur tolérance,
ou leur impuissance, envers des théologies déviantes et leurs abus
disciplinaires et liturgiques programmatiques et envers la
perméabilité du clergé des laïcs qualifiés à des idéologies et des
politiques sécularisantes.
C’est peut-être justement la difficulté, la douleur, de cette
analyse, pour bon nombre d’élites catholiques mondiales qui les
pousse – par un mécanisme typique des intelligentsias de toutes les
époques – à isoler la Fraternité comme « un groupe envers lequel
il ne faut faire preuve d’aucune tolérance, contre lequel on peut
tranquillement laisser libre cours à sa haine » (comme le dit la
lettre de Benoît XVI). Un bouc émissaire rendu tabou, qui ne peut
plus être approché, pas même par le Pape, sans devenir immonde aux
yeux de cette même intelligentsia.
La question provocatrice, posée par plusieurs critiques de Joseph
Ratzinger est celle-ci : « Que le Pape nous dise si nous devons
encore suivre le Concile ou bien retourner à l’Église du passé »
est en substance une confirmation de cette réduction de la période
avant le Concile et de ses défenseurs à un tabou. Mais le fait que
les « signes privilégiés pour sélectionner la victime »
soient le catéchisme de Pïe X ou la messe tridentine, montrent bien
quelle science mensongère sous-tend la violence et le mépris dont
les membres de la Fraternité font l’objet.
Je cite un autre extrait important de la
lettre du Pape Benoît XVI aux évêques : « On ne peut geler
l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être
bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se
proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être
rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de
l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi
professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont
l’arbre vit. »
On a tout de suite pourvu, en Italie, à dispenser gratuitement des
contenus inoffensifs et réducteurs à la sollicitude pour cette foi
professée dans les siècles et qui est pour Benoît XVI la priorité
suprême de l’Église et du successeur de Pierre : « conduire les
hommes vers le Dieu qui parle dans la Bible ». Une telle
sollicitude devrait promouvoir, peut-on lire, non pas « l’inimité
envers l’humanité d’aujourd’hui, mais le désir de s’engager chaque
jour davantage pour améliorer la coexistence civile, combattre
l’idolâtrie qui revient sans cesse, freiner la décadence dans la
barbarie et favoriser la paix et la justice ».
Mais on ne voit pas bien à quoi pourrait bien servir « toute
l’histoire doctrinale de l’Église » si l’on finit par réduire de
la sorte l’assiduité à la Parole de Dieu et l’originalité
chrétienne à un statut de moralité publique ordinaire, bonne à tous
les usages, même à de vaines polémiques politiques. Le résidu
chrétien de la religion civile de Rousseau suffirait, peut-être
confondu avec le message « attractif et révolutionnaire » du
Concile.
Un article de
Sandro Magister, vaticaniste à
L’Espresso.
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Sources : diakonos.be
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E.S.M.
Ce document est destiné à l'information; il ne
constitue pas un document officiel
Eucharistie sacrement de la miséricorde -
(E.S.M.) 09.01.2023
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