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19 Avril 2005
 

"Tradition" et "succession", écrit  Benoît XVI, furent originellement très proches

 

Le 08 juin 2008 - (E.S.M.) - Il est donc dès l'origine, précise Benoît XVI, étroitement lié à la question de la véritable apostolicité; qui plus est, on voit que « successio » et « traditio » furent originellement très proches, les deux termes ayant au départ une signification quasi identique.

"Tradition" et "succession" -  Pour agrandir l'image: Cliquez

"Tradition" et "succession", écrit Benoît XVI, furent originellement très proches

LA PAROLE DE DIEU
Rubrique : Théologie

Primauté, épiscopat et succession apostolique
1ère partie Le papisme

Réflexions générales sur le concept de successio apostolica

Le concept de succession - ainsi que l'a très justement analysé von Campenhausen - a été clairement formulé lorsque eut lieu la polémique anti-gnostique au IIe siècle (H. CAMPENHAUSEN, Fonction ecclésiastique et délégation spirituelle au cours des trois premiers siècles, Tùbingen, 1953, p. 163-194).; cela afin d'opposer à la transmission [Überlieferung] pseudo-apostolique de la gnose l'authentique tradition [Überlieferung] apostolique de l'Église. Il est donc dès l'origine, précise Benoît XVI, étroitement lié à la question de la véritable apostolicité ; qui plus est, on voit que « successio » et « traditio » furent originellement très proches, les deux termes ayant au départ une signification quasi identique; ils étaient désignés par le même mot qui signifie aussi bien « tradition » que « succession » (Cf. E. Caspar, « La plus Ancienne Liste romaine d'évêques », Écrits de la société savante de Kônigsberg, section Sciences humaines 2, 4 (1926).Th. Klauser, « Les Débuts de la liste romaine d'évêques », dans Bonner Zeitschrift fur Théologie und Seelsorge 8 (1931) 193-213, en part. 196. - Une analyse systématique de la relation entre tradition et succession : G. Sôhngen, « Tradition et proclamation apostolique », dans Die Einheit in der Théologie, Munich, 1957, p. 305-323).

La « tradition », poursuit Benoît XVI, n'est en effet jamais la simple transmission anonyme d'une doctrine, elle est personnelle; c'est une parole vivante qui possède sa réalité concrète dans la foi. Inversement, la succession n'est pas la réappropriation de pouvoirs administratifs qui se soumettent dès lors à leur nouveau détenteur, mais une mise au service du Verbe, un office [Amt] de témoin auprès du bien confié, lequel s'élève au-dessus de son détenteur de sorte que celui-ci se place entièrement en retrait de ce qui lui a été transmis, comme si - pour reprendre les superbes figures d'Isaïe et de saint Jean-Baptiste - il n'était que la voix qui donne au Verbe la capacité de résonner dans le monde. La fonction, la succession des apôtres, se fondent sur le Verbe - cela vaut pour aujourd'hui comme pour hier. À quoi ressemble la situation du IIe siècle ? La gnose oppose au christianisme d'Église sa philosophie religieuse tordue et la fait passer pour une tradition apostolique tenue jusqu'alors secrète. Dans le même temps naît, au sein de l'Église, une polémique qui souligne le fait que celle-ci regroupe les communautés au sein desquelles les apôtres avaient prêché ou ayant été les destinataires de leurs épîtres. À l'intérieur de ces communautés, il est possible de remonter pour ainsi dire jusqu'à la bouche de l'apôtre lui-même; l'homme qui se trouve aujourd'hui à la tête de l'une d'elles peut, en nommant ses prédécesseurs l'un après l'autre, faire remonter son arbre généalogique spirituel jusque-là. Si la connaissance d'une tradition orale des apôtres existe, elle ne peut se trouver qu'au sein de ces communautés, qui sont les véritables aunes auxquelles on mesure ce qui seul est en droit de s'appeler « apostolique ».

On voit ici très clairement en quoi tradition = succession. Effectivement, la succession, c'est la persistance du Verbe apostolique, tandis que la tradition, c'est la permanence de témoins mandataires. Hans von Campenhausen a déclaré à ce sujet que, au-delà du rôle médiateur de la gnose, l'Église avait, par la formulation du principe de succession (de tradition), repris à son compte un schéma de la philosophie antique qui, la première, avait pratiqué, au sein de ses écoles, la technique des listes de succession (Op. cit.., p. 183. L. Koep met davantage l'accent sur les modèles juifs, art. « Liste d'évêques », dans RAC II 405-415, en part. 407 et suiv. Pour un développement supplémentaire de l'idée, il faudrait renvoyer à la pensée juridique romaine. Cf. G. TELLENBACH, art. « Auctoritas A », dans RAC I 904-909, notamment p. 906 : « Le juriste Tertullien a introduit dans la pensée chrétienne l'idée du droit privé romain, selon laquelle tout prédécesseur légal est considéré comme Yauctor, c'est-à-dire comme le garant et témoin, du propriétaire d'une chose. Les apôtres, en tant que premiers récipiendaires de la doctrine... transmettent celle-ci aux communautés ou à leurs chefs et ceux-ci les transmettent à leur tour à leurs successeurs. Cela fait des apôtres et des premiers évêques les auctores de ceux qui suivent: la lignée légitime de succession garantit la foi et la persistance de Yauctoritas apostolique. La tradition et Yauctoritas s'engagent dans une relation fidèle l'une à l'autre... ». Tellenbach renvoie par ailleurs à U. GMELIN, Idée romaine de la souveraineté et autorité papale, 1937). C'est bien possible, quoique les sources existantes ne permettent pas d'émettre un jugement entièrement fiable.

Du reste, indique Benoît XVI, le Verbe divin et la réalité créée par lui n'ont-ils pas toujours besoin de se servir de médiateurs humains afin de pouvoir s'exprimer parmi les hommes ? Si toutefois von Campenhausen voulait dire par là qu'une théologie de l'Écriture avait précédé la théologie de la successio-traditio et que cette dernière était ainsi plus tardive et donc secondaire (Cela est suggéré p. 176. Page 177, il est dit qu'Irénée était davantage théologien de l'Écriture qu'on ne le reconnaît et l'admet habituellement. S'il est bien vrai qu'Irénée se servait dans une large mesure de l'Écriture et que sa spiritualité s'en nourrissait entièrement, l'usage de l'Écriture et le principe de l'Écriture sont toutefois deux choses distinctes), il faudrait qualifier cela d'erreur. Car la compréhension du Nouveau Testament en tant que « Écriture », c'est-à-dire la formulation possible d'un principe d'écriture néotestamentaire, n'est pas antérieure à la fixation du principe de successio-traditio ; depuis Marcion, elle est d'ailleurs bien davantage déterminée par la gnose que ne l'est le dit principe (Cf. A. VON HARNACK, Histoire du dogme I, Tùbingen, 1931, p. 372 et suiv.; A. JÙLICHER - E. FASCHER, Introduction au Nouveau Testa ment., Tùbingen, 1931, p. 478 et suiv). Qu'on ne s'y trompe pas : l'existence d'écrits néotestamentaires, reconnus comme apostoliques, n'inclut pas encore l'existence d'un « Nouveau Testament » en tant qu'« Écriture » - des écrits à l'Écriture, le chemin est long. Il est connu - et on ne doit pas négliger ce fait-, que le Nouveau Testament ne se conçoit nulle part lui-même comme « Écriture ». Pour lui, l'« Écriture » ne désigne que l'Ancien Testament., tandis que le message christique est précisément conçu comme l'«Esprit» qui enseigne comment comprendre l'Écriture  (Voir en particulier les analyses fondamentales de 2 Cor 3, et les commentaires importants de G. SCHRENK dans ThWNTl, p. 766 et suiv).

L'idée d'un « Nouveau Testament » qui serait « Écriture » est encore ici totalement inconcevable - et même dans le sens où la « fonction » prend nettement forme en tant qu'aspect de la παραδοσις (ndlr : paradosis, qui est transmis). Cette existence clairement établie d'écrits néotestamentaires reconnus en l'absence d'un principe d'Écriture néotestamentaire - ou plutôt d'une conception canonique claire -, remonte loin, jusqu'au IIe siècle - en pleine époque, justement, des discussions avec les tenants de la gnose. Avant même que l'idée d'une Écriture néotestamentaire « canonique » ne fût formulée, l'Église avait déjà forgé un autre concept du canon; son Écriture était certes dans l'Ancien Testament, mais il lui fallait un corpus de commentaires canoniques néotestamentaires, corpus que l'Église voyait dans la traditio telle qu'elle était garantie par la successio. Le « canon » - ainsi que l'a drastiquement formulé von Harnack -, « c'était à l'origine la règle de la foi; en réalité, l'Écriture s'est incrustée en plein milieu (DG II 87, note 3. Cf. également H. Bracht, « Le Rôle de la tradition dans la formation du canon », dans Catholica 12 (1958) 16-37) ».

Avant que le Nouveau Testament ne devienne lui-même Écriture, c'est la foi qui commente l'« Écriture », à savoir l'Ancien Testament. Cependant il faut à ce propos réfuter une autre erreur. Lorsque l'Église oppose à la gnose la διαδοχή (ndlr : succession; ensemble de choses qui se succèdent.) vivante qui est l'unification (comme nous l'avons dit) de la traditio et de la successio - le Verbe qui est lié au témoin et le témoin qui est lié au Verbe -, cela ne signifie pas qu'elle affirme à son tour canoniser des traditions orales transmises en parallèle de l'Écriture, mais au contraire qu'elle souhaite se protéger au moyen de ce principe de l'affirmation gnostique d'une παραδοσις. La διαδοχή (παραδοσις) αποστολιχη  (ndlr : apostolichi) sans faille de l'Église représente, selon le dessein des premiers théologiens antignostiques, la démonstration, précisément, que la παραδοσις αγαΦος propagée par les gnostiques n'existe pas, du moins pas sous la forme prétendue. Quelle que soit donc la dépendance terminologique, παράδοσις (διαδοχή) signifie d'un côté comme de l'autre deux choses complètement différentes, voire carrément contraires. Dans la gnose, elle signifie des doctrines ayant trait au contenu et d'origine prétendument apostolique; dans la théologie ecclésiastique, elle signifie l'attachement de la foi vivante à l'autorité de l'Église, incarnée par la succession épiscopale. L'Église n'invoque pas la διαδοχή afin de placer aux côtés de l'Écriture des doctrines apostoliques non écrites, mais au contraire afin de contester l'existence de tels héritages secrets. Pour elle, παράδοσις représente le fait que, dans la communauté néotestamentaire, « l'Écriture » (= l'Ancien Testament) est subordonnée à l'exégèse vivante au moyen de la foi reçue des apôtres (Cela n'exclut aucunement des vérités révélées et ouvertement transmises par l'Église sans être pour autant incluses dans le Nouveau Testament). L'outil essentiel pour parvenir à cette exégèse fidèle, ce sont les écrits néotestamentaires et le Symbole des apôtres qui les résume, et ce sont justement des instruments au service de cette foi vivante, qui trouve sa forme concrète dans la διαδοχή (Il est impossible d'analyser ici en détail les conséquences pour la théologie systématique contemporaine. On trouve d'importantes pistes de réflexion dans K. RAHNER, De l'inspiration de l'Écriture, Fribourg, 1958, en particulier p. 80-84) . Ou, pour le répéter en d'autres termes : pour les premiers théologiens antignostiques, la « tradition » existe dans l'Église dans la mesure où le siège initial de l'auctoritas apostolica réside dans la Parole vivante de l'Église proclamatrice, mais certainement pas au sens où elle conserverait par-devers elle des informations secrètes datant des temps apostoliques. En d'autres termes,  affirme Benoît XVI, dans l'Église, il existe une Tradition, et non pas des traditions. L'idée de la Tradition est ecclésiastique, celle des traditions est gnostique (Cela ne veut bien entendu pas dire que l'idée de tradition ne peut se manifester dans un sens ecclésiastique légitime ; il est simplement affirmé qu'elle a auparavant été formulée par la gnose et par conséquent de façon gnostique. - Une lecture précieuse à ce sujet : J. N. BAKHUIZEN VAN DEN BRINK, « La Traditio au sens théologique », dans Vigilia christ. 13 (1959) 65-86).

A suivre : la "tradition apostolique" et la "succession" se définissent mutuellement
 

Sources :  La Parole de Dieu, cardinal Ratzinger/Benoît XVI  - E.S.M.

Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

Eucharistie, sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 08.06.08 - T/Théologie

 

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